‹ Anatomie comparée du cerveau, dans les quatre classes des animaux vertébrés (volume 2)Chapitre 49 sur 109 · ANATOMJE COMPARÉE DU CERVEAU · texte numérisé non relu

ANATOMJE COMPARÉE DU CERVEAU

espèce de valvule, ainsi que le dit Reil , valvule qui isole ce ventricule du canal de la moelle épinière ; en même temps aussi le noyau central prend de l'accroissement ; circonscrite en arrière , rétrécie sur ses côtés, cette cavité diminue dans tous les sens, sous l'influence de l'augmentation de calibre de toutes les artères cérébelleuses qui l'environnent. Chez quelques embryons monstrueux , cette cavité s'oblitère complètement ; le cervelet forme alors , comme la moelle épinière , une masse solide , qui ferait croire à l'absence de cet organe, si, comme nous venons de le faire , on n'en avait suivi toutes les transformations.

Le ténia grisea des frères Wendzell ne m'a pas paru distinct pendant tout le période de la vie utérine , chez le singe , l'homme , le veau , le cheval , le cochon , le mouton , le chien , le chat et le lapin ; le nerf acoustique était néanmoins très-développé du quatrième au cinquième iHois chez l'embryon humain , du troisième au quatrième chez celui du veau , au troisième du mouton , au quarantième jour du chien ; ce qui établit que le nerf préexiste à son développement , et que la matière blanche qui le forme, précède la matière grise du ténia. Les faisceaux médullaires qui rampent à la surface interne du quatrième ventricule de l'homme , ne sont pas également formés pendant tout le temps de la gestation : on trouve bien, du septième au huitième, et pendant le neuvième mois , des rainures grisâtres dans le lieu qu'ils doivent occuper; mais il n'y a

aucune apparence de matière blanche ; ce qui établit que ces faisceaux blancs succèdent à la matière grise du quatrième ventricule. Je viens de montrer le développement du cervelet , sous la dépendance de ses artères ; dans l'état présent de la science une telle proposition a besoin d'être prouvée de plus d'une manière : les embryons monstrueux vont nous servir à établir ce rapport dans toute sa latitude.

Chezles véritables acéphales, lorsque les membres supérieurs existent , les artères axillaires sont formées, la crosse aortique manque, l'artère vertébrale existe aussi à des degrés divers de développement. Chez un embryon de chat, elle a son diamètre ordinaire, les vertèbres cervicales existent, mais contractées ; un bulbe nerveux couronne le haut de la colonne vertébrale , ce bulbe ne contient que le cervelet, formant une masse solide comme la moelle épinière; il n'y a aucun vestige des lobes cérébraux. Chez un embryon humain du quatrième au cinquième mois ( i ) , les membres supérieurs , l'artère axillaire et la vertébrale manquent ; le cervelet manque aussi (2) , quoique les tubercules quadrijumeaux soient très-développés (3) ; à la place du cervelet ou rencontrait une légère dépression , qui semblait en indiquer la

(1) PI. II, Cg. 64, n" II.

(a) PI. II, 6g. 64, n"3.

(5) PI. II, fig. 64, n°4et6.

1 3o ANATOMIE COMPARÉE DU CERVEAU ,

place ( 1 ) ; chez un anencéphale de veau , privé des membres antérieurs , on trouvait dans le crâne les mamelons des lobes cérébraux , et des tubercules quadrijumeaux ; il n'y avait aucun vestige du cervelet , aucun vestige de l'artère vertébrale.

Chez un embryon humain du septième mois, l'artère vertébrale était atrophiée , réduite au plus au huitième de son calibre ordinaire ; le cerveau était bien développé , le cervelet ne formait que trois ou quatre feuillets non réunis sur la ligne médiane , flottant sur la partie supérieure du quatrième ventricule, et sur une certaine quantité de liquide que renfermait cette cavité. Stenon a fait la même observation sur un veau hydrocéphale ; il a vu le cervelet , quoi qu'assez développé, séparé de plusieurs lignes sur la ligne médiane ; les feuillets s'étaient recourbés sur eux-mêmes, comme cela arrive primitivement aux hémisphères cérébraux.

Ainsi, avec l'absence ou l'atrophie des artères vertébrales, coïncide l'absence ou l'atrophie du cervelet. Considérons maintenant les monstres qui ont deux cols , quatre artères vertébrales , et ime seule tête , et voyons dans quels rapports se trouveront le cervelet et les lobes cérébraux.

Chez un embryon humain monocéphale et octopède , il existait quatre artères axillaires , quatre artères vertébrales , deux colonnes cervicales réu--

(i) PI. n,fig. 64, n' 3 bis.

EMBRYON DES MAMMIFÈRES. l3l

nies en liniit à la première vertèbre do cette réjgion ; il y avait deux occipitaux et deux cervelets, ces cervelets avaient chacun leur existence isolée , leur protubérance distincte, leurs nerfs distincts ; ils se réunissaient en avant , par leurs processus cercbelli ad testes , à deux énormes tubercules bijumeaux , joints entre eux par une lame médullaire épaisse, analogue au corps calleux des lobes cérébraux ; ceux-ci étaient exactement dans leur état ordinaire. En 1817, je présentai à la Société Philomatique un veau monstrueux de la même espèce ; je fis remarquer aux anatomistes présens à la séance , les quatre artères vertébrales, les deux cervelets bien et fortement développés , isolés l'un de l'autre en arrière, réunis en avant comme chez l'embryon humain précédent : les hémisphères cérébraux étaient dans leur état normal. En 1820, le célèbre Oken pressentant toute la valeur de ces faits pour la philosophie de la nature organisée, me témoigna le désir devoir par lui-même ce rapport des artères vertébrales et du cerveau : indépendamment du veau que j'avais présenté à la Société Philomatique , je possédais encore un monocéphale octopèdc de mouton, et un de lièvre , que je devais à la bienveillance de mon illustre ami M. Geoffroy Saint-Hilaire.

Chez le mouton dont les colonnes cervicales étaient réunies vers la troisième vertèbre, nous trouvâmes quatre artères vertébrales , deux cervelets parfaitement isolés , des tubercules bijumeaux arrondis .

d'un volume considérable, un ventricule de chaque côté dans leur intérieur , un seul nerf optique de. chaque côté aussi , les lobes cérébraux dans leur état normal. Chez le lièvre, les colonnes cervicales étaient divisées jusqu'à la partie postérieure de l'occipital ; les quatre artères étaient plus isolées les unes des autres , les cervelets plus séparés , les tubercules quadrijumeaux étaient bijumeaux; comme chez le mouton, il y avait deux nerfs optiques et, deux hémisphères cérébraux.

Quel que soit donc l'état dans lequel on rencontre le cervelet chez les embryons normaux et anomaux , que cet organe manque complètement , qu'il soit avorté dans son développement , ou qu'un seul encéphale soit pourvu de deux cervelets, nous trouvons toujours que ces diverses métamorphoses sont en rapport avec l'absence , l'atrophie , ou la surabondance des artères qui lui sont propres : les tubercules quadrijumeaux restent bijumeaux dans ce dernier cas , comme nous les avons rencontrés chez les reptiles (i) et les oiseaux (2) , et comme ils le sont constamment dans la classe des mammifères , pendant les deux tiers environ de la gestation , ainsi que nous allons le voir.

Quoique les transformations de ces tubercules soient moins nombreuses et moins variées chez les

(1) PI. ï,fig. 7, n-5.

(a)PL I,Cs. y,!!»;.

maiiimifcrcs que chez les oiseaux, leurs diversités tle grandeur el de forme, chez les embryons , méritent toute l'attention des anatomistes. Formés long-temps avant l'apparition du cervelet, ces tubercules constituent d'abord deux lames (i), recourbées sur elles-mêmes {9.) , el donnent ainsi naissance à deux bulbes arrondis , situés sur la face supérieure de l'encéphale (.3) : chez le mouton de la cinquième semaine, ces vésicules sont trèsallongées (4) ; chez le veau , à la même époque , elles sont plus larges en arrière qu'en devant (5) ; chez l'embryon humain, du commencement du deuxième mois , elles sont plus larges (6) que chez le mouton et le veau. Chez tous les mammifères leur volume dépasse beaucoup celui de toutes les autres parties de l'encéphale , leur intérieur est creux (7), et contient un liquide analogue à celui que renferme le canal épinien de la moelle épinière.

ConforménKînt à la loi de symétrie, ces tubercules sont d'abord isolés l'un de l'autre , comme le sont primitivement la moelle épinière en arrière ('S),

(i) PI. I, fig. ao, n°3.

(2) PI. I,Gg. 3i, n"4.

(5) PI. I,fig. «4,n°4.

(4) PI. I,fig. 19, n» 4-

(5) PI. I, fig. 27, n" 4

(6) PI. I, fig 24,n°4.

(7) PI. 1, &g. 32, n-6.

(8) PI. 1 , 6g. 20 , n° 1 el a ; fig. 26, u* a , 5 et 4.

1 34 ANATOmE COMr ARÉE DU CERVEAU ,

et les deux lames primitives du cervelet fi) ; de telle sorte , que si on renverse ces lames , on déplisse les vésicules qu'elles formaient (2) ; mais au commencement du troisième mois chez le veau , à la fin du deuxième chez le mouton , les lames des tubercules s'engrènent l'une dans l'autre par un mécanisme entièrement analogue à l'engrenure qui confond les lames postérieures de la moelle épinière et les feuilles du cervelet (3); un sillon externe assez profond indique le lieu de cette conjugaison C4). Entre les écartemens des lamelles de l'engrenure , on voit pénétrer le vais- Seau de la pie-mère dans le ventricule des tubercules. Chez l'embryon humain, au commencement ou au milieu du troisième mois , la réunion s'opère comme chez les autres mammifères : si on fait une incision à la partie supérieure des tubercules (5J , on voit que les deux lames sont continues ; on découvre le ventricule dont le centre correspond à ce qui , chez l'homme adulte , forme l'aqueduc de Sylvius. Ce ventricule est l'analogue de celui que nous avons rencontré chez les oiseaux et les reptiles; mais dans ces deux classes cette cavité persiste et constitue l'état permanent

(1) PL I, Ûg. 3a, Q' 5; fig. 48, n° 7.

(2) PI. I, Gg. 5i, n°4;fig. 28, n" 5.

(3) PI. n, fig. 74, n»5.

(4) PI. II, fig. 49. >'"7-

(5) PI. I, fig. 5'2, n" 6.

de ces corps. Choz les maminif^res , au contraire , ces corps deviennent solides. Par quel mécanisme s'opérera cette transformation ? Il serait peut-être inutile de dire que le ventricule des tubercules quadrijumeaux des mammifères s'oblitère de la même manière et sous la même influence du système artériel , que le canal épinien de la moelle épinière , si je ne voulais fixer l'attention sur le rapport intime qui existe entre ces deux systèmes d'organes. Ayant d'ailleurs avancé que ces tubercules sont les buH^es de terminaison de la moelle épinière , je sens le besoin de multiplier les preuves d'un fait si important dans l'analomie comparative de l'encéphale. Pendant que le ventricule s'oblitère par la transformation du liquide contenu dans son intérieur , ou par la déposition successive de couches de matière grise , comme le pense le célèbre Tiedemann, j'ai observé chez le veau, le cheval , le mouton et lecochon, que la base du ventricule, ouïes côtés de l'aqueduc de Sylvius , offrent deux renflcmens analogues à ceux qui restent constamment chez les oiseaux. Cette oblitération a lieu chez le mouton pendant le quatrième mois , et se prolonge quelquefois jusqu'à la naissance , ainsi que chez le veau et le cheval ; chez l'homme, l'aqueduc de Sylvius est formé , et le ventricule a disparu du cinquième au sixième mois ; rarement il persiste après dans les embryons bien constitués. Les tubercules quadrijumeaux , si profondément situés chez les mammifères adultes, sont à nu sur la face supé-

1 36 ANATOMIIi COMPARÉE DU CERVEAU ,

rieurc de l'encéphale pendant la plus grande partie de leur gestation , et font une saillie qui contraste avec leur dépression permanente. Chez le cheval, le veau (i) et le mouton (2), ils recouvrent d'abord le cervelet, avant d'en être recouverts eux-mêmes. Chez le lapin , ils ont la même situation (5) ; au vingtième jour , ils sont encore très-développés , ovalaires et bijumeaux; ils sont logés dans une espèce de dépression formée sur la face supérieure du cervelet (4) , au lieu même que doit occuper plus tard la protubérance désignée sous le nom de processus vermiculaire supérieur. Chez le ouistiti, leur forme est beaucoup plus allongée que chez les autres mammifères (5) ; mousses en avant , ils se terminent en arrière par une pointe qui s'interpose entre les rudimens du cervelet (6) ; chez l'embrj'on humain ils sont bijumeaux (7) , et situés à nu sur la face supérieure de l'encéphale , pendant le quatrième (8) , le cinquième (9) , et même le sixième mois de la vie utérine. Leur forme est celle d'un ovoïde légèrement

(1) PI. II, 6g. 49, n° 7.

(2) Pi. II, fig. 47, n^Sbis.

(5) ri. II, fig. 55, n°6.

(4) PI. II, ûg. 55, n"4et5

(5) PI. II, Cg. 48, n" 8.

(6) PI. II, fig. 48, n° 7.

(7) PI. II , fig. 75 , n» 4.

(8) PI. Il, fig. 72, n- 5.

(9) PI. Il, fig. 58, n"5.

EMBRYON DES MAMillFLHES. 1 3^

déprimé en dedans (i), en avant (2) el en arrière [7)). Chez les embryons des didclphes , ils ont la môme situation (4) , quoique leur forme ne soit pas tout-à-fait la même: chez les embryons du chat, du chien, du loup, du renard, du lion, l'ovale est moins arrondi que chez les précédens ; leur situation, du reste, est analogue à celledu veau , du mouton , du cochon et de l'homme.

Ce qui doit surtout frapper dans cet état primitif des tubercules quadrijumeaux, c'est la saillie qu'ils font pendant les deux tiers de la gestation sur la face supérieure de l'organe (5) ; or , cet effet dépend , i*. de l'atrophie du lobe médian du cervelet (6) , 2". de l'atrophie primitive des couches optiques qui les suivent (7) : ce qui explique le mouvement qu'ils paraissent suivre plus tard (8).

En effet , le cervelet , en se bombant par sa partie moyenne (9) , chasse devant lui les tubercules quadrijumeaux (10). Plus le processus médian de-

(1) PI. II, 6g. 75, n° 4.

(2)P1. Ii,fig. 75,n°7.

(3) PI. II, Cg. 69, n» I et 2.

(4) PI. II, f.g. 58, n":.

(5) PI. II,fig. 49, n" 7.

(6) PI. II,ng. 70, n- 2.

{7) PI. II, fig. 66, II» 7 bis.

(8) Cet effet a été méconnu des <ières Wentzel el de Ticdcmann.

(9) PI. II, fig. 58, n"6.

(10) PI. II, fig. 68, n'3,

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