‹ Anatomie comparée du cerveau, dans les quatre classes des animaux vertébrés (volume 2)Chapitre 60 sur 109 · ANATOMIE COMPARÉE DU CIRVEAU · texte numérisé non relu

ANATOMIE COMPARÉE DU CIRVEAU

Yeux est le représentant de celui des invertébrés. Les fœtus des vertébrés qui viennent au monde sans moelle épinière, ont donc vécu dans le sein de leur mère sous l'influence d'un système nerveux analogue à celui des invertébrés. Ces êtres monstrueux ne le sont , que parce que leur système nerveux s'est arrêté à l'époque du développement qui constitue l'état permanent des êtres dits invertébrés. Par où et comment le système nerveux des classes supérieures se distingue-t-il de celui des classes inférieures ? Il s'en distingue par un nouvel ordre d'organes , la moelle épinière et l'encéphale , qui viennent occuper l'axe central de ce système , et auxquels viennent aboutir toutes ses radiations excentriques.

Les nerfs ne naissent donc point de la moelle épinière et de l'encéphale ; isolés de ces parties , ils viennent, par suite de leur marche concentrique, se mettre en rapport avec elles par une insertion d'abord très-superficielle, et qui devient de plus en plus intime à mesure que les faisceaux de ces parties les enlacent et les enveloppent. Ce principe reconnu change tout ce qu'on a dit sur la prétendue origine des nerfs , et donne à l'étude de leur mode d'insertion et à leurs rapports généraux , une direction toute nouvelle.

L'insertion des nerfs du tronc sur la moelle épinière est simple; aussi n'a-t-elle été le sujet d'aucune discussion parmi les anatomistes. Partis des ganglions intervertébraux , les faisceaux nerveux divisés, traversent les trous de conjugaison ,

pi'nt'trcnt dans le canal vertébral et le canal rîe la (lurc-mère, et s'implantent sur les faisceaux antcTÎeurs et postérieurs de la moelle épinière: cette insertion se fait jîrimitivement vis-à-vis des trous de conjugaison ; mais à îiicsure que l'embryon se développe et que l'animal grandit , la moelle épinière devenant plus longue , les racines supérieures s'écartent des inférieures ; les premières deviennent ascendantes , les secondes descendantes ; ce rayonnement des faisceaux d'implantation varie beaucoup selon les classes et les familles d'une même classe; leur point de converfifcnce correspond toujours aux trous de conjugaison.

Si, comme l'ont dit G ail et S pur 2 heim, le développement des nerfs était sous l'inHuence immédiate de la matière grise , il faudrait que cette matière formât les couches extérieures de la moelle épinière, ou que du moins elle fiit la première apparente chez les jeunes embryons. Or la matière bMnche précède , chez les oiseaux et chez les mammifères , la formation do la grise ; la matière blanche forme les couches excentriques de la moelle épinière dans toutes les classes sans exception. Le système des anatomistes allemands est donc encore en défaut ; il suppose un ordre de faits directement inverse de celui qui existe. Au moment où les nerf» s'implantent sur la moelle épinière , la couche blanche externe est très-mince ; ils sont à peine adhérens à cette couche; ils lui paraissent comme adossés ; mais à mesure que de nouvelles couches

fibreuses se déposent , le nerf est enveloppé de toutes parts ; il paraît enchâssé dans l'écartementde ces fibres. Sur quelques embryons , il m'est arrivé quelquefois de le retirer comme d'une gaine dans laquelle il aurait été introduit ; mais plus tard les nerfs s'identifient tellement avec la moelle épinière , qu'ils semblent faire corps avec elle ; que rien n'indique plus leur isolement primitif; enfin qu'ils paraissent en naître, ainsi qu'on l'a dit et cru jusqu'à ce jour. Cette implantation n'est pas difficile à voir sur les embryons des oiseaux , des reptiles et des mammifères; elle peut être iacilement déduite de leur disposition , même chez les animaux adultes ; ce qui diminue le regret que j^éprouve de ne pouvoir mettre sous les yeux des lecteurs , les dessin^ qui la rendent évidente.

Mais il n'en est pas de même de quelques nerfs encéphaliques: leur insertion dans certaines classes est quelquefois tellement éloignée du point où ils se dégagent de l'encéphale , les couches fibreuses qui les ont enveloppés sont si nombreuses , si épaisses, que, privé des figures des jeunes embryons, j'aurais pu difficilement en donner une idée juste , si la classe entière des poissons , qui , comme je l'ai si souvent répété, sont des embryons permanens des classes supérieures , n'était venue à notre secours.

Nerf de l'olfaction. Chez les poissons osseux , on peut suivre l'implantation de ce nerf jusque sur les cuisses cérébrales , ou la sortie des pédon-

NEUF DE r.OLFACTÏON. sSy

culcs (les lobes , qui sont les aoalogves des hémisphères cérébraux des classes supérieures.

Cette implantation est d'autant plus simple , que les lobes dont se compose leur encéphale, sont moins nombreux (»), que les hémisphères cérébraux sont moins développés (2) , ou même manquent presque complètement (5).

Chez l'égrefin (4) , il se détache de la partie antérieure des lobes optiques , dont il paraît être la continuation ; quand on a ouvert ces lobes , on voit les racines (5) descendre du côté interne des petits lobes cérébraux (6) , pour se porter sur les pédoncules, à leur sortie immédiate des tubercules quadrijumeaux(7). Chez la baudroie (loph. pisc), dont les hémisphères cérébraux (8j sont beaucoup plus développés , le^ racines du nerf olfactif (9) sont la continuation du cordon pyramidal (lo) ; sitôt , en effet , que ce cordon s'est dégagé des lobes optiques ( i 1 ) , il se divise en deux bran-

(1) PI. VII, fig. 184, n"3.

(a) PI. VII, (ig. 180, n"6.

(3) PL VII, ftç. 181, n* 8.

(4) PI. VII, Gg. 184, n-6.

(5) PI. VII, Og. 181, n"9.

(6) PI. VII, 6g. 177» û- 4-

(7) PI. VII, flg. 181, n» 9.

(8) PI. VII, fig. .79, n- 5.

(9) PI. Vïl,fig. ,89, n" 4-

(10) PI. VII, fig. 189, n- I.

(11) PI. VII, fig. 189, n" 6.

-ï«6o ANiLTOMI£ COMPARÉE DU CERVEAU,

ches ( i ) : l'externe se porte dans la profondeur du lobe cérébral (2) ; l'interne , qui continue le pédoncule , se porte en avant , le long de |a partie interne du même lobe (5) , pour aller se rendre dans la chambre olfactive (4). Chez la morue (5), ce mode d'insertion est en tout analogue à celui du lophius ; le pédoncule , sorti de la partie interne du lobe optique (6) , se divise comme chez l'égrefin; le nerf olfactif (7) se place au côté interne , et se porte dans l'organe de l'odorat; il n'est que la continuation des cordons pyramidaux (8) ; une variété assez remarquable se présente chez plusieurs poissons; c'est celle d'une commissure transversale (9) , qui réunit les deux nerfs olfactifs avant leur sortie des hémisphères cérébraux. J'ai représenté cette bande fibreuse transversale chez la tanche (10). Cette commissure serait-elle analogue à la commissure antérieure des hémisphères cérébraux des mammifères? Afin de rendre évidente cette continuation du nerf olfactif,

(1) PI. VII, fig. 189, n''5et4.

(3) PI. VIT, fig. 189, n* 5.

(5) PI. VII, fig. i83, n*4.

(4) PI. VII, fig. 179» n» 9.

(5) PI. YII, fig. i63, n° 10.

(6) PI. VII, fig. 166, n" i et 7.

[y] PI. VII, fig. 166, irS.

(8) PI. VII, fig. 166, in.

(9) PI. VII, fig. 187, n« 8.

(lo} t»l. VII, fig. 187, n- 8.

NERF Dl' l.'oLF ACTION. 201

chez los poissons osseux , avec le cordon pyramidal , j'ai déplissé les lobes de l'encéphale chez le merlan (i), j'ai séparé la pyramide (a) du cordon olivaire (5) ; on voit que la première , parvenue audevant du lobe optique, se continue inmiédialcment dans le nerf olfactif (4) ; on aperçoit également bien ce rapport chez la perche (5). Quoique les poissons cartilagineux dilFèrent des poissons osseux sous le rapport de la composition de leur encéphale, on peut suivre chez quelques-uns l'insertion du nerf olfactif (6) jusque sur le pédoncule cérébral (7). C'est ce que j'ai fait chez l'esturgeon et la lamproie ; car chez les squales et les raies, les fdets du nerf m'ont abandonné dès leur entrée dans l'hémisphère, comme cela arrive chez certains reptiles, notamment la tortue franche.

Dégagé des hémisphères cérébraux , le nerf olfactif se comporte d'une manière bien différente , d'abord chez les poissons osseux comparés les^^ uns aux autres , puis chez les cartilagineux mis en rapport avec les osseux. Chez ces derniers , tantôt ce nerf forme un long pédicule (8) au bout

(i)pi. vF,ng. 147.

(2) PI. M, fig. 147, n»7.

(3) PI. VI, Gg. 147,0-8.

(4) PI. VI,f,g. 147, n' 6.

(5) PL Vl,fig. i56, n-e.

(f>) PI. VI, fig. i4i), ir 11.

(7) PI. VI,f.g. 149, ""5-

(8) PI. VII, flg. 178, n" I.

262 ANA.TOMIE COMPARÉj; DU CERVEAU ,

duquel se trouve le renflement que nous avons désigné sous le nom de tobute olfactif (1). Tantôt ce lobule ett immédiatement adossé aux hémisphères cérébraux (2) , et le nerf olfactif s'y plonge à sa sortie immédiate des hémisphères cérébraux; le nerf olfactif est pédicule chez la plupart des poissons osseux , comme nous l'avons représenté chez legrefîn (3) , chez le barbeau (4) etl'ésox (5) ; il est non-pédiculé chez tous les poissons dont l'encéphale se compose de six lobes , comme chez l'anguille (6) , le congre (7) , les trigles (8) , etc.

En général, chez les poissons osseux, dont le nerf olfactif est pédicule, les hémisphères cérébraux sont plus développés (9) que chez ceux où il offre la disposition inverse (10) ; plusieurs poissons font néanmoins exception à cette règle : j'en ai choisi les exemples les plus remarquables d'abord chez la baudroie (11), dont les hémisphères sont peu développés , quoique le nerf soit pédicule ; et

(1) PI. YII, % 178, E.

(2) PI. VII,fig. 190, n° 7.

(3) PI. YII, fig. 184, 11-6.

(4) PI. VII, Og. i85, M.

(5) PI. VIT, fig. 178, n" 1.

(6) PI. VII, fig. 190, n-S.

(7) PI. VII, fig. 167, n" 7.

(8) PL VII, fig. i55, n*8.

(9) PI. VII, fig. 163, n' 9.

(10) PI. VII, fig. 168,11" 6.

(ni PI. VII, fig, 180, n" 7.

NERF DE l'olfaction. 263

rnsuitechczr(''grorm ( i ), qui offre le point extrême de cette organisation. Chez ce dernier poisson , les h(^niis[)hères cérébraux (2) sont en effet si peu volumineux, que la plupart des analomistes ne les ont pas rencontrés , et ont douté de leur existence.

Ces variations sont moins prononcées chez les poissons cartilagineux ; chez tous ceux que j'ai anatomisés , depuis la lamproie jusqu'au requin , j'ai rencontré les nerfs olfactifs pédicules.

Chez la lamproie (pelro. fluvialis) , le pédicule est très-court , et le lobule olfactif peu éloigné des hémisphères (3) ; chez l'esturgeon , il est un peu plus allongé (4) ; chez les squales (5) , sa longueur augmente : ce lobule est plus écarté des lobes cérébraux , ainsi qu'on le remarque sur le requin (6) ( squalus carcharias ) , dont le pédicule a une grosseur considérable; chez l'ange (squalus squatina ) (7) , le pédicule est plus mince , plus allongé > et se rapproche davantage des raies; les aiguillats sont encore plus voisins de ces derniers poissons par l'étendue de ce pédicule, comme

(1) PI. VII, fig. 181 , n*6.

(3) PI. VII, Gg. i8i,n°6.

(5) PI. V, flg. A,n*8.

(4) PI. XII, fig. 255, L.

(5) PI. VI, 6g. 142.

(6) PI. VI, fig. 142, n" i6.

{7)P1. XII, fig. 237,1.

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