PRÉLIMINAIRE
JL' Académie des Sciences a proposé pour sujet de son grand prix , FAnatomie comparée du Cerveau dans les quatre classes des animaux vertébrés. Cette question , intéressante par sa nature , devient , par les circonstances , plus intéressante encore. Depuis quelque temps l'étude du système nerveux est devenue le goût dominant ^ et pour ainsi dire la passion générale des anatomistes et des physiologistes. Dans le mouvement rapide oii sont entraînés les esprits dans cette direction , les uns se hâtent de généraliser des données spéciales, les autres se traînent lentement sur des vérités de détail, sans saisir ni leur liaison, ni leur ensemble. Tous sentent la nécessité d'éclairer la psychologie humaine par la psychologie comparative.
La science attend de ces nobles efforts I. a
ij DISCOURS
les plus grands résultats. Mais pour marcher d'un pas assuré dans une carrière si épineuse , il est nécessaire de donner à nos recherches une direction uniforme et de poser d^une manière rigoureuse les termes du grand problème qui occupe les esprits.
Les anatomistes et les médecins disséquaient le cerveau il y a déjà trois mille ans. Depuis trois siècles surtout , cet organe a fait le sujet constant de leurs recherches. Mais, ch^se étonnante ! quoiqu'on ait senti toute l'utilité dont pouvait être pour ce sujet Fanatomie comparative, les bases de cette partie de la science ne sont pas encore posées; les élémens de l'encéphale ne sont point déterminés, même chez les animaux vertébrés.
On ignore de quelles parties cet organe se compose chez les poissons , chez les reptiles et chez les oiseaux ; on n^est pas plus avancé sur leurs véritables connexions et sur leurs rapports : disons-le même , on n'a sur ce dernier objet que des idées erronées , parce qu'on comparait toujours les unes aux autres des parties hétérogènes.
PRÉLIMINAIRE. il)
11 c'Sl iucile tle concevoir que toutes les notions acquises dans celte direction devaient nécessairement elre vicieuses , et que pour airiver à des résultats moins incertains , il fallait d'abord déterminer la valeur des termes qu'on doit comparer , puisque leurs rapports constituent l'essence de i'anatomie comparative.
Il manquait donc à la science une bonne détermination des élémens de l'encéphale dans les quatre classes des animaux vertébrés. Pourquoi manquait - elle ? Telle est la question que nous devons d'abord examiner.
Chacun sait que les préjugés du paganisme interdisant aux philosophes la dissection du cadavre humain , I'anatomie primitive de l'homme fut toute déduite de celle des animaux j de là les erreurs que Vesale reproche si amèrement à Galien.
Dans le seizième siècle la science prit une direction tout-à-fait opposée j on disséqua l'homme et on rapporta tout à lui. L'anatomie des animaux fut déduite à son tour de celle de l'homme.