IV DISCOURS
En conséquence les anatomistes cherchèrent d'abord les ressemblances dans l'encéphale des animaux , comparé à celui de l'homme, qui leur était particulièrement connu. Ces ressemblances furent saisies chez les mammifères , parce qu'aux proportions près 5 cet organe est la répétition de lui-même dans les différentes familles dont cette classe se compose.
On y trouva tout comme chez l'homme^ on y dénomma tout comme chez lui.
On arriva ainsi àPencéphale des oiseaux avec une méthode que l'on croyait assurée ; mais dè^ les premiers pas on se trouva arrêté dans la détermination des parties dont se compose cet organe dans cette classe.
Le cervelet en arrière et les lobes cérébraux en avant furent bien reconnus ; mais on rencontra à la partie moyenne une paire de nouveaux lobes qui n'avaient aucun analogue ni chez l'homme ^ ni chez les mammifères : ces lobes furent méconnus.^ Cette erreur en entraîna d'autres dans les parties qui les environnent. Toute la région moyenne de l'encéphale de cette classe parut nouvelle j et comme les termes de
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rapport manquaient dans la science , le champ des conjectures fut ouvert aux anatomistes.
La chaîne des ressemblances parut dëslors rompue ^ et lorsqu'on en vint aux poissons, il sembla impossible de la renouer , à cause de plusieurs circonstances que nous allons faire connaître.
Les anatomistes , négligeant les préceptes de Varoliet deBartholin, s'étaient habitués 5 d'après des considérations physiologiques , à disséquer le cerveau humain par sa partie supérieure , et celui des mammifères d'avant en arrière. Cette méthode eut peu d'inconvéniens chez eux ; elle en eut également de faibles chez les oiseaux , parce qu'il était difficile de méconnaître les lobes cérébraux et le cervelet.
D'une autre part , la considération des formes , qui avait si heureusement dirigé les anatomistes chez les mammiteres, qui leur avait encore servi à reconnaître le cervelet et les hémisphères cérébraux des oiseaux , les abandonna entièrement chez les poissons.
Au premier aperçu , rien ne rappelle
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dans cette classe ni l'encéphale des mammifères 5 ni celui des oiseaux ; cet organe se compose, chez les poissons, d'une double série de bulbes alignés d'avant en arrière , tantôt au nombre de deux , le plus souvent au nombre de quatre , et assez fréquemment encore au nombre de six.
A quelle paire devait-^on donner le nom d*hémispbères cérébraux? était-ce aux. sltïtérieurs, aux moyens ou aux postérieurs? A quelle partie des classes supérieures devait-on rapporter les autres lobes? Sur quelles bases pouvait-on établir les analogies et les différences ? La science manquant des données nécessaires à ce sujet , chacun détermina ces lobes à sa manière , selon les idées qui le dirigeaient. Les mêmes lobes reçurent des noms différens , et furent tour-à-tour assimilés à des parties tout-à-fait hétérogènes.
Le cervelet lui-même , qu'il est si difficile de méconnaître dans les autres classes , était encore, chez les poissonS; un sujet d'incertitude. Tantck cet organe est unique et impair comme dans les classes supérieures, c'est particulièrement le cas des poissons
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osseux; tantôt, comme chez presque tous les cartilagineux , c'est un organe pair , composé de feuillets symétriques et roulés sur eux-mêmes le long des parois du quatrième ventricule.
Chez un très-grand nombre , un corps particulier se détache des lobes postérieurs, et vient encore compliquer cet organe. Ce corps , qui ressemble tantôt à la luette du voile du palais de Fhomme, et d'autres fois au cartilage épiglotique , se place en l'orme de couvercle sur le quatrième ventricule : le plus souvent il est simple ; d'autres fois , comme chez certaines raies , il est double ; et alors la moitié postérieure se dirige v^^ le quatrième ventricule , et l'autre nwitie antérieure vient recouvrir les lobes postérieurs. Comment, au milieu de toutes ces transformations , reconnaître le cervelet?
La base de l'encéphale des poissons n'est guère moins variable que sa face supérieure. Ce que cette base offre surtout de remarquable , ce sont deux tubercules arrondis qui , par leur situation et leur forme, ont quelque ressemblance avec les éminences maniillaires de l'homme. Aussi n'a-t-on
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pas manqué de leur assigner cette analogie. Chose remarquable ! disait-on , les éminences mamillaires , qui sont le caractère le plus élevé de l'organisatioD , se retrouvent chez les poissons , qui paraissent si descendus dans l'échelle animale I Ces éminences , qui n'existent que chez l'homme, qui ont déjà disparu chez les singes , chez tous les mammifères et chez tous les oiseaux 5 sont tout-à-coup reproduites chez les poissons. Preuve évidente que leur encéphale appartient à un degré très-élevé de l'animalité.
En conséquence , on assimilait leurs lobes postérieurs aux hémisphères cérébraux. On trouvait dans ces lobes la couche optique 5 le corps strié , la corne d'ammon , la voûte , et jusques au corps calleux. Considérant alors qu'une partie de ces organes ont disparu chez les oiseaux et les reptiles , on ne manquait pas de faire ressortir la prééminence des poissons sur ces deux classes.
Je le demande , pouvait-on entreprendre Panatomie comparative de l'encéphale avec des déterminations qui choquaient
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tous les raj)porls anatomiques et zoologiques des animaux vertébrés?
La confusion résultant de tous ces faux rapports et de toutes ces dissemblances fut encore accrue par l'extrême variation de l'encéphale des poissons.
Chez les mammifères , toutes les parties de l'encéphale sont , à peu de chose près , la répétition les unes des autres. Les familles apportent bien quelques changemens dans leurs proportions et dans leurs rapports ; mais avec un peu d'attention il est facile de les ramener au type classique, dont ils ne sont qu'une légère modification.
Chez les oiseaux, cet organe est plus fixe encore que chez les mammifères ; toutes les familles de cette classe sont remarquables par la composition identique de leur cerveau. Des plus petits oiseaux aux plus grands , c'est la répétition des mêmes élémens, conservan t toujours et leurs mêmes formes et leurs mêmes connexions.
Les reptiles offrent déjà quelques différences, différences appréciables surtout par la comparaison de l'encéphale des ophi-