CHAPITRE V
Des Tubercules quadrij urne aux :, et de leurs analogues, les Lobes optiques , dans les quatre classes des vertébrés.
Jusqu'à ce jour les anatomistes avaient déduit leurs déterminations de la forme et de la position des parties, en choisissant l'homme pour point de départ, et les mammifères pour terme de compijraison des autres classes. La moelle épinière et la moelle allongée ayant une position constante dans toutes ces classes , et ne différant point ou presque point (le pont des mammifères excepté) quant à leur forme, on est généralement tombé d'accord sur l'analogie de ces parties chez tous les vertébrés. Les limites de la dernière ont seulement fa«it naître quelques controverses , mais elles n'ont eu aucune influence sur la science.
Il n'en est pas de même des tubercules quadrijumeaux , et des lobes qui leur correspondent dans les trois classes inférieures; lobes que j'ai nommés lobes optiques, le nerf de la vision n'étant en quelque sorte que leur continuation. Ici commencent la diversité de forme , la diversité de position , pour les éléraens de l'encéphale , et avec elles le doute , le vague et l'incertitude des déterminations. On conçoit en efiet qu'en restant assujétis aux formes
2D.\ TUBERCULES QUADBIJUMElU^.
des parties . et en ne choisissant que les animaux adultes , on ne pouvait trouver similaires deux rangées de tubercules solides et une paire de lobes creux? Pareillement, en prenant pour règle la position, comment reconnaître à la base et sur les côtés de l'encéphale des oiseaux, les analogues des organes qu'on voyait constamment sur la face supérieure du même organe? On crut la chaîne des ressemblances rompues, on chercha à la renouer d'une autre manière : on aperçut des tubercules dans les lobes optiques des oiseaux; on n'hésita pas à les considérer comme les analogues des tubercules quadrijumeaux: on vit une voûte de couleur grise et blanche réunir les deux lobes optiques ; on n'hésita guère moins à trouver en elle les caractères de la voûte à trois piliers des mammifères. On fut plus loin encore chez les poissons.
La richesse d'organisation de leurs lobes optiques, la prédominance qu'ils acquièrent sur tes autres lobes qui composent l'encéphale dans cette classe , les fit considérer comme les analogues des hémisphères cérébraux des classes supérieures. Dès-lors on y trouva non-seulement, comme chez les oiseaux, les tubercules quadrijumeaux et la voûte, mais on y reconnut et on y plaça la couche optique, les corps striés , la voûîe , et jusques au corps calleux. En arrivant à des rapports si peu vraisemblables , il semble qu'on eût dû se mettre Cl» garde contre les principes qui y coiidui-
TUBERCULES QUADBfJUMEAUX. 255
saieDt : il n'en fut pas ainsi ; plus ces rapprochemens parurent singuliers , plus ils piquèrent l'esprit des observateurs. Ce n'est pas , en eflet , une chose facile que de trouver le cerveau de l'homme dans l'encéphale d'un poisson ; mais pour arriver à ces conclusions , on choque toutes les vraisemblances, on délaisse toutes les connexions des parties, tous leurs rapports : on fait du cerveau dans cette classe une véritable monstruosité. Ce n'est donc pas une petite entreprise que de chercher à ramener par des voies simples et naturelles les lobes optiques des oiseaux , des reptiles et des poissons, à leurs correspondans chez les mammifères, les tubercules quadrijumeaux.
Certainement , si l'on bornait ces considérations aux animaux adultes , nul doute qu'on échouerait dans cette tentative. Considérez en effet à cet âge les animaux : les tubercules quadrijumeaux (i) des mammifères , et les lobes optiques des oiseaux (2) , des reptiles (5) et des poissons (4) , paraissent des organes tout-à-fait différens. Chez les premiers ce sont quatre tubercules (5) solides, symétriques, placés sur la face supérieure de l'en-
(i) PI. XII , fig. 24' , 11° 5 et 6; fig- 243, n° 6 cl 7. (2) PI. III,fig. 78, n" 7; f.g. 79, n"'6et7. (5) PI. V , Ûg. 1 1 1 , n" 6 ; ûg. 116, n' 5.
(4) PI. VI, fig. )39 , n" 5; fig. i55, n" 5.
(5) PI. XI, fig. 225, E, G.
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céphale (i). Chez les oiseaux ce sont deux lobes creux (2) , situés sur les côtés (3) et à la base du cerveau (4). Chez les reptiles (5) ces deux lobes restent dans la même position que chez les mammifères. Enfin chez les poissons osseux (6) et cartilagineux (^) , ils occupent la même place que chez les reptiles; mais leur structure devient si compliquée, qu'on les a pris, comme nous venons de le dire , pour les hémisphères cérébraux. Leur organisation est en outre différente dans toutes les classes. Comment accorder toutes ces dissemblances ? Comment ramener à l'unité de composition , et à la même signification , dans tous les vertébrés, des organes si opposés, par leur forme, leur position et leur structure.
L"*anatomie comparative des embryons des quatre classes rapproche tous les animaux les uns des autres : il semble que ce ne soit qu'une grande famille , dont les genres éprouvent une série de métamorphoses plus ou moins nombreuses, plus ou moins variées : les uns s'arrêtent plus tard dans leur évolution; les autres plus tôt,
(i) PI. XI, fig. 232, n» 1.
(2) PI. III, fig. 85, n» i3.
(3) PI. III, fig. 78, n-;.
(4) PI.III,fig. 79.n•7• (5)PI. V,fig. 119,11-7.
(6) PL VII, Cg. i63, n° 7.
(7) PL VI, fig. i38,n-7.
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d'autres enfin en parcourent toute l'échelle , en traversant tous les degrés intermédiaires des premiers. Je vais montrer une; application de ce principe général des évolutions organiques, dans la formation des tubercules quadrijumeaux chez les vertébrés.
Et d'abord il pourra paraître singulier que leur étude précède celle du cervelet : ce dernier organe suivant immédiatement en arrière la moelle allongée , on croirait qu'il devrait être le premier formé après elle , et surtout long-temps avant les tubercules quadrijumeaux. L'inverse a constamment lieu : les tubercules et les lobes optiques se développent immédiatement après la moelle épinière, dont ils sont le bulbe de terminaison. Cette succession dans la génération de ces parties n'est pas seulement curieuse comme fait anatomique : elle devient en physiologie et en pathologie de la plus haute importance.
Comme la moelle épiuière, les tubercules quadrijumeaux se montrent d'abord sous la forme de deux lames séparées sur la ligne médiane : ces lames sont distinctes chez les oiseaux , de la vingtcinquième à la trentième heure del'incubation (i) ; elles se réunissent en avant chez le mouton à la quatrième semaine (2) , chez le veau et le cheval à la cinquième, chez le lapin au dixième jour,
(i)Pl.I, Og. 2,n-7.
(2) PI. I, fjg. '20, n* 5.