‹ Anatomie comparée du cerveau, dans les quatre classes des animaux vertébrésChapitre 29 sur 50 · C.EKVlil.liT. J-JJ · texte numérisé non relu

C.EKVlil.liT. J-JJ

comme le fou de bassari cl les perroquets, sont ceux chez lesquels les héniis[)lu res m'ont paru les plus développés.

Leur position offre des variations soumises aux variations des lobes optiques. Lorsque les lobes optiques sont portés très en arrière , les petits hémisphères sont rejetés en bas du cervelet , comme on le remarque chez les perdrix, les pigeons , les faisans , la buse , la pie, les aigles , la bondrée (i) et l'autruche (2). Mais à mesure que les lobes optiques se retirent et se portent au-dessous des lobes cérébraux , les hémisphères du cervelet s'élèvent, comme on le remarque déjà chez le casoar (5). Enfin chez le fou de bassan , le perroquet d'Afrique et les cigognes (4) , les tubercules quadri-jumeaux s'étant tout-à-fait enfoncés sous le cerveau, les hémisphères du cervelet sont venus rejoindre la partie postérieure des hémisphères cérébraux. Le perroquet amazone est de tons les oiseaux que j'ai examinés , celui sur Lequel cet effet est le plus marqué. Il est à remarquer que chez tous les oiseaux, sans exception, les sillons des hémisphères se continuent immédiatement avec ceux du lobe médian. On voit donc que les principales variations des hémisphères du

(i) PI. IV, fig. 80.

(a) PI. lV,ng. pf,.

(5) Pi. III, lig. 77, .-5.

574 GERVELÏT.

cervelet des oiseaux , de même que celles de leur lobe médian , sont rigoureusement soumises aux modifications que les lobes optiques éprouvent dans cette classe : on voit de plus qu'elles sont la répétition de celles que nous avons signalées dans le cours de l'incubation.

En outre, du lobe médian et de ces pelits hémisphères laléraux , le cervelet des oiseaux oflTre sur la base de sa partie latérale deux petits appendices tuberculeux (i), un de chaque côté. Cepelit tubercule, quel'on trouve chez tous les oiseaux, est développé en raison directe de la masse du cervelet ; il est superposé sur la face externe des pédoncules de cet organe , immédiatement au-dessous des lobes optiques, et correspond aux sinus laléraux du venlriculedu lobe médian du cervelet. Il est, à l'extérieur, d'un gris moins rosacé que le reste de l'organe : ses pelits sillons ne sont pas toujours copcenlriques à ceux du cervelet, ils ont souvent une direction opposée, comme on le voit chez la cigogne blanche (2), et comme souvent aussi nous le remarquerons chez les mammifères. Son centre est formé par un petit noyau de matière médullaire, d'où parlent de peliles radiations qui suivent la marche et la direction de ses sillons.

Puisque les tubercules laléraux du cervelet des oiseaux naissent des pédoncules du cervelet im-

(1) PI. IV, fig 104, n° i5.

(a) Pi. IV, fig. 104, n* i5.

mécliatement au-dessous des lobes optiques , oa voit que, comme les hémisphères dont ils semblent être la racine , ils doivent s'élever ou s'abaisser , selon que ces lobes se portent en avant ou en arrière. C'est ce qui doit être, d'après la connexion dea parties ; c'est ce qui est , d'après l'observation directe. Chez les poules, les canards^ les oies, les perdrix , les pigeons , les faisans , la pie , les aigles , la bondrée , oiseaux chez lesquels les lobes optiques se prolongent en arrière, de même que chez le casoar, les tubercules latéraux sont, ainsi que chez ce dernier, descendus très-bas (i). Au contraire, ces tubercules viennent s'adosser contre la base des hémisphères cérébraux , chez les perroquets (2), le fou de bassan, les cigognes (5), et en général chez tous les oiseaux dont les lobes optiques, portés en avant, viennent se loger sous leg hémisphères cérébraux. On voit donc qvwe ces tubercules et les hémisphères suivent les mouvemens des lobes optiques ; ces derniers semblent entraîner les premiers dans leurs divers mouvemens. .Ce mouvement du cervelet est déterminé peut-être par la liaison des lobes optiques avec les pédoncules supérieurs de cet organe : eneflfet, chez tous les oiseaux ces pédoncules se continuent avec les parois des lobes optiques (4), en passant au-

(0 PI.III,fig. 77,n°5.

(2) PI. IV,fig. 96, n" 12.

(5) PI. IV, fig. 104, n- i5.

f4) PI- m, fig. 84, n-5.

5 70 GERYELET.

dessous de la partie postérieure de leur commissure. De la partie interne de^chaque pédoncule se détache la valvule deYieussens, véritable commissure de ces gros faisceaux (i). A cause de la position de ceux-ci, on voit que cette dernière commissure est sur un plan inférieur à celui de la commissure <Xes lobes optiques. Sa couleur est d'un gris qui ressemble à la lame cornée des mammifères. Elle présente chez beaucoup d'oiseaux plusieurs segmens de matière grise , qui s'enfoncent dans le haut du quatrième ventricule , et y forment quelquefois un petit mamelon situé audessous de la partie antérieure du cervelet.

Le cervelet est , de toute: les parties de l'encéphale, celle qui a le plus occupé les anatomistes. Depuis le médecin Pourfour-Petit, qui a eu la patience de compter les feuillets qui le composent, et qui le premier a beaucoup accru le nombre des lobes que les anatomistes y observaient avant lui ; depuis Malacarne, qui, avec plus de patience que Pourfour-Petit , a multiplié plus encore et le nombre des lobes et le nombre des feuillets de cet organe , 1rs anatomistes ont porté une attention sérieuse à son organisation compliquée. MxM. Chaussier , les frères Wenzel , Meckel , Pœil, Carus, Gall, ont présenté à ce sujet des aperçus ingénieux et piquans, qui n'ont pas donné la solution de la question, parce que l'on bornait

(i) PI. m, fig. 83, n' i4.

trop la question au cervelet de rhommc , et presque toujours au cervelet de l'Iiomme adulte. Vu hasard heureux pouvait seul y conduire dans celte direction; et l'on sait que ces résultats heureux sont rares dans les sciences, quand une bonne méthode d'observation ne dirige pas l'esprit. En elFet, on a cherché à expliquer le cervelet le plus compliqué de tous, celui de l'homme, avant de s'être rendu compte de celui des mammifères qui lui est inférieur ; de celui des oiseaux , qui est moins compliqué que celui des derniers mammifères ; avant môme d'avoir trouvé l'explication du cervelet des poissons et des reptiles , qui est plus simple encore que celui des oiseaux. Il n'est donc pas étonnant que l'on ait écnoiié dans cette tentative ; il l'eût été davantage que l'on y eût réussi.

La méthode inverse, jointe à l'élude approfondie du cervelet dans les diverses périodes de la formation des embryons, nous j)lace sur la seule et véritable route qui puisse nous conduire à l'explication (lifTicile du cervelet des niamniifères , et qui puisse nous y conduire par l'observation , dégagée de toute hypothèse. Jusqu'à présent l'état primitif du cervelet des embryons nous a fait concevoir celui des reptiles , des poissons osseux et cartilagineux ; le cervelet de la tortue franche nous a donné la clef de celui des squales , tels que les grisets et les milandres; ceux-ci nous ont conduit au requin, qui nous a oflfert un véritable cervelet d'oiseau. ?s'ous sommes arrivé , conduit pour ainsi

dire par la nature, au cervelet déjà compliqué de la seconde classe des vertébrés , et nous avons trouvé dans son organisation même la source et la cause des variations qu'il nous a présentées dans les diverses familles de cette classe. Nos explications ne sont donc que des comparaisons : nous appliquons à une classe les faits et les rapports que nous avons aperçus dans celle qui la précède ; nous marchons ainsi avec des faits et des rapports connus , sur des rapports et des faits qui nous restent à connaître. C'est ainsi que nous allons procéder à l'explication du cervelet des mammifères , en commençant par les inférieurs, et remontant vers les supérieurs.

Le cervelet des mammifères inférieurs, tels que les rats, les chauve-souris (i), les didelplies, etc. (ii) , est remarquable par l'écartement qui existe entre cet organe et les hémisphères cérébraux (3). On croirait, au premier examen, que leur encéphale appartient à un développement inférieur à celui des oiseaux , ce qui n'est pas. A quoi tiennent doue ces apparences? Quelle est la cause de cet écartement? C'est ce que nous allons chercher à apprécier pour le cervelet.

Nous avons fait remarquer chez les oiseaux que

(1) PI. IX, fig. 2i5, B.

(2) PI. II, fig. 55, n" 4; fig. 54, n* 6.

(3) PI. IX, fig. ao6, D, F.

lorsque les lobes optiques dépassent les lobes cérébraux, les hémisphères du cervelet sont rejelés en arrière. Qu'arrivcrait-il dans ce cas , si les tubercules quadrijumeaux s'étendaient sur la ligne médiane; si, au lieu de la dépression formée par leur commissure, il y avait une proéminence? Il est évident que chez les oiseaux, de même que cela a lii;u chez le requin , tout le pervelet serait repoussé en arrière et maintenu à une dislance plus ou moins grande du cerveau. Cet ellet serait produit pour le lobe médian, comme il a lieu pour les hémisj)hères et les tubercules latéraux du cervelet; on verrait alors les lobes optiques dos oiseaux interposés transversalejiient entre ce dernier organe et le cerveau. Or, ce qui ne se remarque pas chez les oiseaux , à cause de la position latérale des lobes optiques et de la dépression centrale de leur commissure, produite par leur demi-rotation, existe chez les mammifères inférieurs, où ce déplacement n'ayant point lieu, les tubercules quadrijumeaux encore très-développés restent à leur place, et servent en quelque sorte de barrière à la progression du cervelet en avant, comme ils arrêtent la marche des lobes du cerveau en arrière. Que doit-il résulter de là? Il doit en résulter nécessairement que les tubercules quadrijumeaux restent en grande partie à découvert sur la face supérieure de l'encéphale , comme nous l'avons déjà dit , et

comme on le voit chez le rhinolophe uiiifer (i) ^ chez le vespertilion muriri (2} et chez toutes les chauve -souris , chez le zemiii (3j , la marmotte (4) et la plupart des rats, chez le didelphe de Virginie (5) , la marmose et les dasyures , le tatou à six bandes , le fourmilier à deux doigts , etc. Ce caractère spécifique de Tencéphale de ces animaux n'est lui-même que la reproduction d'un état embryonnaire du lapin (6), du veau (7) et de l'homme (8) , à l'époque où les tubercules quadrijumeanx sont très-saillans. La même cause produit les mêmes effets chez les animaux adultes et les embryons.

De plus, en ce qui concerne le cervelet, ces mammifères se rapprochent des oiseaux , chez lesquels les lobes optiques débordent le cerveau et arrêtent le cervelet; mais ils en diffèreut par des particularités très-remarquables , dépendantes de la différence des tubercules quadrijumeanx dans les deux classes. Chez les oiseaux l'affaissement de leur partie moyenne permet au lobe médian du

(1) PI. IX, fig. 206, K.

(2) PI. IX, fig. 2i5, B

(3) PI. XV, fig. 270,11" 2.

(4) PI. IX, flg. 207, T.

(5) PI. II, fhg. 53, n'4.

(6) Pi. II, fig. 56, n' 5.

(7) PI. II, fig. 49, "-r-

(8) PI. II, fig. 68, n'5.

CtRYKLET. 38 1

"cervelet de se porter en avant , les hémisphères seuls sont arrêtés et tenus à distance du cerveau, à cause de la saillie des lobes optiques sur les cô'és. Chez ces mammifères, au contraire, les tubercules quadrijumeaux sont saillans sur le milieu et affaissés sur les côtés. On voit déjà ce qui va résulter de cette disposition inverse. On voit que chez les manmiifères ce sera le lobe médian qui sera rejeté eu arrière , et les hémisphères qui se porteront en avant. Nulle part cette disposition curieuse du cervelet des mammifères inférieurs n'est plus marquée que chez les chauve-souris (i). (^hez le rhinolophe unifer et le vespertilion murin le lobe médian du cervelet (2) est rejeté très en arrière , et les hémisphères , portés en avant (5), rejoignent la partie postérieure du cerveau. C'est l'inverse des oiseaux. Il résulte de là que le bord antérieur du cervelet forme une courbure elliptique dans la concavité de laquelle sont logés les tubercules quadrijumeaux; cette courbure , trèsmarquée chez les chauve-souris, est très-prononcée aussi chez le didclphe , la marmose et le tatou à six bandes , dont le lobe médian est considérablement rejeté en arrière, quoique les hémisphères, très-développés, soient déjà recouverts par les lobes cérébratix. Remarquons un autre contraste bien

(i) PI. IX, fig. aoG «-t 213.

(2) PI. IX, fig. 20O, C; fig. 2i5, C.

(3) PI. IX, n-. aoC. 0; D^. uiS, B. .\,€.

singulier dansla disposition de ces organes chez les oiseaux et chez ces mammifères. Chez les oiseaux , les tubercules quadrijumeaux forment une courbure elliptique, concave en arrière, et dans laquelle vient se loger le lobe médian du cervelet : chez les mammifères , au contraire, c'est le cervelet qui forme celte courbure concave en avant, et dans laquelle viennent se placer à leur tour les tubercules quadrijumeaux. Dans le premier cas, le lobe médian du cervelet est inévitablement porté en avant, comme il est inévitablement aussi porté en arrière dans le second. Les différences du cervelet qui en résultent dans les deux classes sont trèssaillantes, quoique la cause qui les produit soit d'une simplicité véritablement admirable.

Mais à mesure que les tubercules quadrijumeaux diminuent de volume, la courbure elliptique du bord antérieur du cervelet se redresse , et le lobe médian de cet organe se porte en avant à la rencontre des hémisphères cérébraux : on suit cette diminution des tubercules , et cette marche progressive du cervelet, chez la marmose , le fourmilier à deux doigts , le zemni (i) et la marmotte (2). Par ce moyen le lobe médian (5) prend donc peu-à-peu la position qu'il occupe chez tous les oiseaux ; plus il s'avance vers le cer-

(1) PI. XV, fig. 270, n'a et 4.

(2) PI. IX, fig. 307, F, A, C.

(3) PI. IX, fig. ao9, C.

reau, moins il se prolonge en arrière, comme on peut le voir en comparant cette partie du cervelet, chez les chauve-souris , le tatou , la marmose , le zemni et la marmotte.

C'est par suite de ce mécanisme que le lobe médian du cervelet parvient à sa place; mais il n'y parvient et ne peut y parvenir qu en chassant devant lui le^ tubercules quadrijumeaux. L'effet de cette progression est donc de faire disparaître ces tubercules de la face supérieure de l'encéphale en les enfonçant sous les hémisphères cérébraux, de même que nous l'avons observé chez les oiseaux , toujours avec celte différence, que ce changement est produit par les hémisphères du cervelet, danscette dernière classe, et par le lobe médian chez les mammifères. On peut remarquer en effet que les tubercules quadrijumeaux deviennent de moins à moins visibles, à partir des chauve-souris (i) , des rats, des didejphes , du tatou, au fourmilier, au zemni (2) , à la marmotte (3), et enfin au castor (/)) , mammifère chez lequel ce mouvement s'arrête , et où pour la dernière fois, dans cette classe, on distingue encore entre le cervelet et les hémisphères cérébraux une petite partie des tubercules quadrijumeaux.

Si comme déjà nous l'avons remarqué^ la nudité

(i) PI. IX, Cg. 206 et 2i5.

(2) PI. XV, fig. 270.

(3) PI. IX, fig. 207.

(4) PI. XIV, fig. 265, C.

des tubercules quadrijumeaux, chez ces mammifères , répète un état embryonnaire, nous devons faire observer niaintenan't que leur disparition graduelle de la face supérieure de l'encéphale reproduit le même phénomène que nous avons suivi dans les diverses périodes de la formation des embryons, et le reproduit par les mêmes causes. Ainsi, sous ce rapport , les chauve-souris correspondent à l'embryon du lapin du quinzième jour, et à l'embryon humain du quatrième mois ; les rats , le zemni , les didelphes et le tatou , conservent d'une manière permanente la disposition transitoire de l'embryon de l'homme du cinquième mois , de celui du lapin du vingtième jour. Enfin, après le vingt-cinquième Jour de la formation du lapin , et à la fin du sixième mois de l'homme, le cervelet et le cerveau cachent presqu'en totalité les tubercules quadrijumeaux, comme on le voit chez la marmotte et le castor. Causes et effets, tout se ressemble , tout se répète chez les embryons et les animaux adultes. '

Lorsque chez les oiseaux les tubercules quadrijumeaux ont tout-à-fait disparu de la face supérieure de l'encéphale, les hémisphères du cervelet s'avancent à la place qu'ils occupaient , se rapprochent, comme chez les cigognes (i) et le fou de bassan, du niveau de la partie antérieure du lobe médian , et quelquefois se placent sur la même

(OPl. IV,fig.90.

ligne que lui, comme on l'observe chez le perro* quct amazone. 11 est à remarquer que pendant que ce mouvement s'opère chez les oiseaux , les hémisphères acquièrent de l'accroissement , et le lobe médian diminue au contraire de volume. C'est ce double mouvement, si simple chez les oiseaux à cause de la faiblesse des hémisphères du cervelet , qui , se reproduisant d'une manière plus compliquée chez les mammifères, diversifie de tant (le manières la surface externe du cervelet des rongeurs , des carnivores , des pachydermes et des rumiuans.

Aussitôt, en effet, que les tubercules quadrijumeaux ont cessé d'être visibles extérieurement chez les mammifères, on voit le lobe médian se porter en avant, se loger, comme chez les oiseaux, dans une échancrure Ibrméb par l'écartement des hémisphères cérébraux, laissant ainsi en arrière de lui les hémisphères du cervelet. Cette tendance du lobe médian du cervelet à se porter en avant, déjà manifeste chez la marmotte (i), plus encore chez le castor (2) , est si prononcée chez le kanguroo géant (3) et l'agouti (4), que, comme chez les cigognes, les hémisphères du cervelet restent en arrière de lui. Puis chez le lièvre, le lapin (5), le

(i) PI. IX, fig. 207.

(2) PI. XIV , fig. 265.

(5) PI. XIII, fig. 25o.

(4) PI. IX, fig. 21 3.

(5) PI. II, fig. 57.

IL a5

386 CERYELET.

daman (i) , le porc-épic (2) , le lérot (3) , les hémisphères du cervelet acquérant de l'accroissement, leurs rapports antérieurs avec le lobe médian deviennent semblables à ceux du cervelet du fou de bassan et du perroquet amazone.

Ces rapports entre le cervelet des oiseaux et celui de ces mammifères tiennent à une cause première, identique dans les deux classes. Qu'est-ce qui détermine la forme générale du cervelet des oiseaux? C'est évidemment la prédominance du lobe médian sur les hémisphères du cervelet. Or , c'est la prédominance du lobe médian qui se continue chez ces mammifères , et qui donne à leur cervelet une physionomie qui le rapproche de celui des oiseaux. Remarquez , en effet , que chez les chauve-souris , les rats , le fourmilier à deux doigts , la marmotte (4) , le daman , le kanguroo géant, le porc-épic, et surtout l'agouti (5) , la forme du lobe médian du cervelet est celle d'un demicône ainsi que chez les oiseaux ; ses rainures se continuent, de même que dans cette dernière classe, avec ceux des hémisphères du cervelet; enfin le ventricule du lobe médian , caractère classique des oiseaux , se retrouve en petit dans le lobe médian des mammifères inférieurs.

(1) PI. XY, fi^. 269.

(2) PI. XIII, fig. 252. - (3)P1. XV,fig. 276.

(4) PI. IX,fig. 207, C.

(5) pi. IXjfig. 3î3, C.

Après avoir dc^lerminé ces analogies et montré la transition du cervelet des oiseaux à celui des mam" mifères , comme nous avions indiqué celle des reptiles aux poissons , et le passage des poissons cartilagineux aux oiseaux, indiquons d'une manière générale les modifications que cet organe éprouve dans la classe supérieure des vertébrés, et cherchons, s'il est possible, à en assigner les causes. 11 est presque inutile de dire que ce sont les mômes que celles que nous avons su ivieschezies embryons, et qui diversifient aussi de. tant de manières le cervelet des différentes époques de la gestation des mammifères supérieurs. A quoi tiennent toutes ces variations etnbryonnaires? Elles sont évidemment le résultat de l'antagonisme qui s'établit entre le lobe médian du cervelet et les hémisphères du même organe. D'abord le lobe médian domine les hémisphères , puis les hémisphères égalent le lobe médian , puis le lobe médian est dominé par les hémisphères. Parcourez maintenant l'ensemble des formes permanentes du cervelet chez les mammifères , et vous verrez cet antagonisme se reproduire des chauve-souris et des rongeurs, aux pachydermes, aux ruminans, aux carnivores, aux quadrumanes , aux phoq:!ie .aux cétacées et à l'homme.

En effet, chez les chauve-souris le ©be médian du cervelet (i) est très-développé en comparai-

(i) n. IX,fig. 3o6, C,D.

388 CERTEtET-

son des hémisphères (i) ;chez la taupe (2) , le lapin (3) , la marmotte (4), le kanguroo-géant (5), le porc-épic (6) , la mangouste du Cap (7) , l'unau (8) , lelérot (9) , l'agouti (10) , c'est toujours le lobe médian qui forme la partie principale de la face externe du cervelet; chez le daman (1 1) , le coati roux (12), la marte (1 3), le lobe médian est égal aux hémisphères ; chez le castor (i4) » les hémisphères dépassent déjà le lobe médian ; chez le bouc de la haute Egypte ( 1 5) , le chien , le chat, le lion (16) , la loutre (17) , l'ours (18), le chameau à deux bosses (19) , le cheval ^20) , le pé-

(1) PI. IX,fig. 2i5, C,B. ^

(2) PI. XIV, fig. 256, C.

(3) PI. II,fig. 57, n°2.

(4) PI. IX, fig. 207, C.

(5) PI. XIII, fig. 25o,C.

(6) PI. XIII, fig. 352, C, B.

(7) PI. XI, fig, 232, C.

(8) PI. XI, fig. 229, B.

(9) PI. XV, fig. 269,0° 2.

(10) PI. IX, fig. 2i5, B.

(11) PI. XV, fig. 269, n* 2.

(12) PI. XII, fig. 240, n« 5.

(i3) PI. XV, fig. 278, B. .,

^4i4) PI. XIV,fig. 265, B. D.

(i5) PI. XIV, fig. 261; B, u''3et4.

UQ) PI. XIV, fig. 264, n»2et3.

(17) PI. X, fig. 220,i(,° iet5. *

„4i^„Pl XIIU fig. 248>B^-, ^

(20) PI. XV, fig. 274, E, Gj K. ^,^^ ^ .^ ^^ ^^ ^^^

CERYELET. 38^

cari (i) , le lama (2) , le mouton (3), la prédominaDce des hémisphères sur le lobe médian devient de pliisen plus marquée. Chez le phoque (4), le dauphin (5) et les singes (G) , les hémisphères forment la partie principale du cervelet; le lobe médian, réduit à peu de volume, ne constitue plus qu'une partie accessoire de l'organe. Enfin, chez l'homme , les hémisphères sont si développés , et le lobe médian est tellement réduit dans ses dimensions, qu'à peine a-t-il été considéré comme un des élémens du cervelet. Cette force du lobe médian coïncide avec le volume du pédoncule supérieur du cervelet ; plus le lobe médian est développé , plus ce pédoncule augmente ; d'où il suit que son accroissement est donné par les dimensions du lobe médian de l'homme aux rongeurs. Les faisceaux composant ce pédoncule se continuent supérieurement avec les tubercules quadrijumeaux , ainsi que je l'ai représenté chez l'agouti (7) ; d'où- il suit encore que les conditions d'existence du lobe médian , de son principal pédoncule et des tubercules quadrijumeaux, doivent

(1) PI. XVI, fig. 290, C. D.

(2) PI. XVI ^fig. 294, R. A. D.

(3) PI. X, Cg. 221, D, E, n*3 et 4.

(4)P1. IX,fig. 209,C,B,C.

(5) PI. XI,fig. 235, B,C.

(6) PI. VIII,fig. i95,B,C,D;fig. I98,B,E,P.

(7) PI. IX, fig. ao5, n»5.

suivre et suivent en effet le même rapport de l'homme aux singes , aux carnassiers , aux ruminans et aux rongeurs.

Si cela est , on voit donc la raison pour laquelle les tubercules quadrijumeaux n'ont pas disparu chez la taupe , le zemni , la musaraigne , le rattaupe du Cap , quoiqu'ils n'ayent plus de nerf optique ; puisque le lobe médian et le pédoncule supérieur du cervelet ont conservé leurs dimensions , les tubercules quadrijumeaux ne pouvaient cesser d'exister chez ces animaux.

De la face interne des pédoncules supérieurs se détache la lame médullaire nacrée , désignée sous le nom de valvule de Vieussens. Cette lame suit et doit suivre le rapport du lobe médian , des pédoncules supérieurs et des tubercules quadrijumeaux: ce qui est en effet , comme on l'observe de l'homme aux rongeurs et aux insectivores.

On conçoit que ce balancement alternatif dans les dimensions du lobe médian et des hémisphères du cervelet ne peut s'établir sans que leur forme extérieure soit modifiée ; et il est inutile de remarquer que ces variations doivent nécessairement en produire qui leur correspondent dans la configuration générale du cervelet. Pour apprécier les diversités de cet organe chez les Tnammifères , il faut donc les considérer dans les parties qui les constituent.

ISous avons vu que chez les oiseaux le lobe médian n'étant nullement gêné dans son déve-

CERVELET. Sgi

loppement à causerie la faiblesse des hémisplières, sa loriiîe est celle d'un demi-cône bombé à sa partie moyenne et plus efTilé à ses deux extrémités ; nous avons remarqué aussi qu'il conserve en partie cette même disposition chez les mammifères inférieurs, et qu'il la conserve par les mêmes raisons. Mais à mesure que les hémisphères se développent , la forme du lobe médian change. Le premier changement qui se manifeste, est celui de l'aplatissement de sa partie moyenne : cette partie, qui s'élevait au-dessus des hémisphères chez la taupe (i),la marmotte (2) et l'agouti (5), s'affaisse, comme on le remarque chez le lièvre , le lapin , le daman (4) , l'uuau (5) et la mangouste du Cap (()) ; le lobe médian est alors au même niveau que les hémisphères. Malgré cet affaissement il perd peu de sa prédominance, par la raison qu'il s'élargit et qu'il gagne latéralement ce qu'il perd en hauteur ; disposition que l'on remarque surtout chez la mangouste , le porc-épic (7) , l'unau , le coati roux (8) , et jusque chez la marte (9).

(1) PI. XV, Ûg. 256, G.

(2) PI IX, fig. 207,C.

(5) PI. IX,(}g. 2i5, €.

(4) PI. XV,fig. 269, n" 2.

(5) PI. XI, ng. 229, B.

(6) PI. XI,fig. 202, G.

(7) PI. XIII, fig. 252, G.

(8) PI. XII, fig. 240, n'>4.

(9) PI. XV, fig. 278, B.

5g2 CERVILET.

Mais cet effet n'a lieu que tout autant que les hémisphères du cervelet ne prennent pas un grand accroissement. Aussitôt que par cet accroissement, les hémisphères dépriment le lobe médian, celui-ci est comprimé : placé entre les deux hémisphères qui le pressent latéralement , et ne pouvant plus remonter, il présente d'abord des dépressions sur ses côtés , dépressions dans lesquelles s'enfoncent les hémisphères; puis les hémisphères se développent inégalement, l'un prenant plus d'accroissement que l'autre; le lobe médian est détourné et déjeté sur les côtés , de droite ou de gauche , selon l'hémisphère ou la partie de l'hémisphère qui se développe le plus. Enfin complètement dominé chez le phoque , les cétacées , le singe et l'homme , il est réduit à ne former qu'un appendice sur la face supérieure de l'organe, appendice que Ton a nommé vermiculaire, à cause des sillons transverses qui le divisent.

Les dépressions latérales du lobe médian fient en arrière chez la mangouste du Gap, parce que c'est à l'union de son tiers postérieur avec les deux tiers antérieurs que les hémisphères se développent le plus (i). Le lobe médian ," large en avant et rétréci à son tiers postérieur , est plus mince en arrière. Chez Tours, au contraire, l'étranglement est en avant (2) ; le lobe médian ,

(1) PI. XI, fig, 232, B, D.

(a) PI. XI,6g. a3o, C.

CERVELET. SgS

rétréci en cet endroit, est dilaté en arrière. Chez le castor, l'étranglement a lieu au milieu (i) ; le lobe médian, dilaté en arrière et en avant, présente un rétrécissententù sa partie moyenne. Chez le mouton, la chèvre, le bouc de la Haute- Egypte (2) , le lobe médian est ondulé, il se dé- Jette alternativement à droite et à gauche ; chez le pécari (5) , le la ni a (4) , le chameau à deux bosses (5) , il forme une courbure très-marquée. Cette courbure est aussi très-sensible chez les carnassiers, le chat, le chien, le renard, le loup, la marte (6) , le raton (7) , le lion {6). Dans cette famille celte courbure du lobe médian offre de grandes variations , selon l'âge des animaux. Sur plusieurs chats et plusieurs chiens aucun ne l'avait semblable : sur quatre cerveaux de lion que j'ai examinés, et dont trois sont encore au cabinet du Jardin du Roi , elle différait sur deux : un n'en avait pas, c'était le plus jeune. Chez le cheval, la courbure du lobe médian est double : ce qui le rapproche de la forme d'une S (9). Enfin,

(i)Pl. XIV, fig. 265, B,n-2.

(2) PI. XV, Og. a6i, B.

(5) PI. XVI, fig. 298, C.

(4)PI. XVI,fig. 294,R.

(5) PI. XIII, fig. 248, B.

(6) PI. X\ , fig. 378 , B.

(:) PI. VIII, fig. 202, C.

(8) PI. XIV, fig. 2G4, n*2.

(9) PI. XV, fig. 274, E,C.

quoique Irès-réduU chez le phoque , le dauphin (i) , le mandrill (2) et le drill (3) , il est néanmoins encore légèrement ondulé.

Ces variations du lobe médian sont la cause de la non-symétrie de la face supérieure du cervelet de certains mammifères. Cet organe est symétrique chez tous les poissons , chez tous les reptiles et chez tous les oiseaux , c'est-à-dire que l'un de ses côtés est la répétition exacte de l'autre. Cette symétrie se conserve chez les insectivores et les rongeurs , et chez certains carnassiers , comme chez les ours. Elle disparaît dans le genre félis, chez la plupart des ruminans , quelques singes , le phoque , les cétacées et l'homme.

Ainsi , plus on s'élève des mammifères inférieurs aux supérieurs, plus le lobe médian s'atrophie , plus les hémisphères du cervelet se developpentet se compliquent.

Chez le didelphe (4) , les rats , les chauvesouris (5) , l'unau (6) , la mangouste du Cap (7) , la taupe (8) , un seul lobe forme la face supérieure des hémisphères du cervelet. Chez

(1) PL XI, ûg. 225, B.

(2) PL VIII, fig. 195, C.

(5) PL Vm, fig. 198, C.

(4) PL II, fig. 55, n»3.

(5) PLIX,fig. 21 5, B.

(6) PLXI,fig. 229,B,C.

(7) PL IX,fjg 232, D, C, D.

(8) PLXIV,fig, 256, D.

CEnVElET. 395

l'agouti (1), le lièvre, le lapin (2), le porcépic (5) , la niarmotlc (/|) , le zemni (5) ,1e coatiroux (6) , la marie (7) , le daman (8) , le raton (9) , le tatou f lo) , le hérisson (1 1) , on en remarque deux de chaque côté du lobe médian. Chez le mouton (12), la chèvre, le bouc de la Ilaute-Égypte (1 3) , le pécari [\ly) , le cheval ( 1 5) , le chat , le chien , le loup , le renard , l'ours ( 16) , le tigre, le lion (17) , il y en a trois. Chez le castor (18), le kanguroo géant ( 1 9J , le lama (20) , on en distingue quatre. Il y en a cinq sur chaque

(>) PI. IX, fig. 2i5, C,D.

(2) PI. XI, fig. 5-, n'a et 5.

(5) PI. XIII. fig. 252, B, C.

(4) PI. IX, fig. î07,D,F.

(5) PI. XV, fig. 2;:o, D, C.

(G) PI. XII , fig 240 , n" 5 et 4.

(7) PI. XV, fig. 278, B, C.

(8) PI. XV, fig. 269, n" 5 et 4.

(9) PI. VIII, fig. 202, B, C.

(10) PI. XIII, fig. 244, n" 2 et 5.

(11) PI. XVI, fig. 296, B, D.

(i 2) PI. X , fig. 22 1 , E , n" 5 et 4- (i3) PI. XIV, fig. 261, n" 2, 5 et 4. (i4) PI. XVI, fig. 298, D,C.' (i5) PI. XV, fig. 274, B, R, D, C.

(16) PI. XI, fig. 23o,B, C, A, C.

(17) PI. XIV, fig '264, n° 2, 5 et 4.

(18) PI. XIV , fig. 2G5, D, n" S et 4.

(19) PI. XIII, fig. 25o, B, C, A, C.

(20) PI. XVI, fig. 294,D,C, A,D.

Sg6 CERVELET.

hémisphère chez le phoque (i) , le dauphin (2) , le chameau à deux bosses (3) , les singes C4) et l'homme.

Ainsi , en y comprenant le lobe médian , la face externe et supérieure du cervelet est formée d'abord de trois lobes, puis de cinq, puis de sept, puis de neuf, et enfin de onze lobes. Les lobes composant les hémisphères du cervelet sont très-inégaux entre eux, chacun d'eux prédomine tour-à-lour sur son voisin; et de là résulte encore une nouvelle source de variétés extérieures pour cet organe ; variétés produites par la position des rainures plus ou moins profondes qui séparent ces lobes , et par la direction difféï'ente des sillons qui parcourent leur superficie.

Le nombre des lobes composant la face supérieure des hémisphères du cervelet se reproduit exactement sur sa face inférieure , de telle sorte que l'une des faces est la répétition de l'autre. Il y a cependant cette différence , que sur la face inférieure tous les lobes sont rangés concentriquement les uns aux autres et d'une manière assez régulière. Chaque lobe est séparé de son voisin par un sillon en forme d'arc , dont la concavité regarde le bulbe rachidien ou le pont de

(1) PI. X,fig. 216, n'3.

(2) PI. XI, fig. 225, C, A, D.

(3) PI. XIII, fig. 248, B, C, I.

(4) PI. VIII, fig. 195,8, G, p.

CERVELET. ZQ'J

Varole. Pour connaître la complication des hémisphères du cervelet , c'est donc cette face qu'il importe surtout de considérer , et non la partie supérieure , comme on l'a l'ait jusqu'à ce jour.

Ainsi, d'après ce principe, on compte cinq lobes sur la face intérieure de chaque hémisphère dans ce cervelet de l'homme, des singes , du chameau à deux bosses (i) , du dauphin (2) et du phoque (3) ; quatre chez le kanguroo (4) , le castor (5) et le lama (6) ; trois chez le lion (7) , l'ours (d>) , le cheval (9) , le pécari (10), le mouton , le bouc de la Haute-Egypte (1 1 j ; deux chez le daman {12) ,1e coati roux , la marte ( 1 3) , le raton ( 1 4) , le zemni ( 1 5 j , la marmotte (16), l'agou-

(1) PI. XIII, fig. a48, B,C,I.

(2) PI. XII, fig. 234, A, B, C; D, 0. (5) PI. IX, fig. 208, n°8,9, 12 et 14.

(4) PI. XVI, fig. 299,11'' 8.

(5) PI. XIV, fig. 258, n° 7.

(6) PI. XVI, fig. 295, N.

(7) PI. XIV , fig. 266 , A.

(8) PI. XI, fig. 23 1 , WH.

(9) PI. XV,fig. 2;4,n'8.

(10) PI. XVI, fig. 5oo, n" i5et8.

(11) PI. XIV, fig. 262, n" 8 bis.

(12) PL XV, fig. 273, B.

(i3) PI. XV, fig. 290, no'S.

(i4) PI. VIII, fig. 200, N, A, C.

(i5) PI. XV, fig. 272, n' 8.

(16) PI. IX, fig. ao3, 0,n°8bis.

5gS CERVELET.

ti (ij ; et un seul chez les chauve-souris (2) , les rats, la taupe ("5). Quelquefois , cependant , chez ces mammifères inférieurs , on aperçoit à la face inférieure deux lobes, quand il n'y en a encore qu'un de visible sur la face supérieure; mais alors le second est rudimentairc , et si faible, que son relief n'a pu êlre marqué sur cette dernière face.

Celte complication régulière de la base du cervelet pourrait servir de base à la division des familles de cette classe , d'une manière plus positive que celle de la face supérieure, qui varie de genre à genre , souvent d'espèce à espèce , quelquefois même , comme chez les félis , d'individu à individu. Tréviranus a néanmoins cru que les mammifères pourraient être classés d'après les variations delà face supérieure du cervelet, ce qui me paraît difficile d'après les observations que j'ai faites.

Une particularité que nous ne devons pas omettre, quoique j'en aie en vain cherché la cause, c'est que le cervelet de l'homme présente seul le petit lobule que Malacarne a désigné sous le nom de tonsiliaire. Je ne l'ai aperçu ni chez les singes , ni chez les phoques , ni même chez les cétacées , dont le cervelet est si développé (4). La présence

(1) PL IX, fig. 211 , n''7, 9 et 8.

(2)P1. IX,fig. 214, n" 7.

(5) PI. XIV, fig. 260,' C.

(4) Y aurait-il quelque rapport entre le développement considérable du cervelet chez le phoque et la faiblesse de ses

de ce lobule coïncide chez riiomnie avec les stries blanchâtres du qualrièine ventricule, quoiqu'il n'y ait aucun rapport immédiat entre ces deux parties.

On se tromperait beaucoup cependant , si l'on croyait que la masse des hémisphères du cervelet s'accroît chez les mammifères en raison du nombre des lobes qui entrent dans leur comj)osition. Cela serait, si, à mesure qu'un nouveau lobe paraît, ceux qui l'ont précédé conservaient le même volume. Mais en général les lobes semblent se développer aux dépens les uns des autres : si l'un prend un grand accroissement, celui qui l'avoisine s'affaiblit. Cette diminution n'est pas toujours proportionnelle; et delà dérivent les inégalités dans la masse des hémisphères. Considérée en général, cette masse va en augmentant des didelphes , des insectivores aux rongeurs . aux pachydermes, aux rumioans , aux carnassiers , aux quadrumanes , aux phoques , aux cétacées et à l'homme.

C'est surtout en considérant l'encéphale par la base, que l'on juge facilement de cet accroissement, parce que la moelle allongée qui en recouvre le centre sert de point de comparaison ; chez les chauve-souris, les rats, le didelphe , la mo'clle allongée est débordée à peine latéralement par les hémisphères ; chez les rongeurs , le lièvre,

renflemens cpiniens? entre l'absence du renflement inférieur des cétacées ç» l^prodigicns accroissement du cervelet?

i^eà CERVELET.

le lapin , les insectivores , la taupe , le zemni , on voit les hémisphères s'étendre à droite et à gauche de la moelle allongée ; on les voit déborder de plus en plus dans ce sens , chez le mouton , le cheval , la chèvre , le bouc , le lion , la marte , l'ours, le pécari , le chameau , le lama , les singes , le phoque, le dauphin et l'homme. Il est à remarquer que les mammifères sont les seuls vertébrés chez lesquels la moelle allongée soit ainsi débordée sur les côtés par le cervelet ; chez les reptiles , les poissons osseux et les cartilagineux , et même chez les oiseaux, on n'en voit aucun vestige, l'encéphale étant placé sur sa base (i). On conçoit que cela doit être ainsi , puisque la partie visible dans ce sens correspond aux hémisphères qui manquent chez les poissons et les reptiles , et qui sont représentés chez les oiseaux par le petit tubercule situé sur la partie latérale du cervelet , lequel est en quelque sorte étouflfé par la moelle allongée.

Ce que nous venons de dire sur l'antagonisme du lobe médian du cervelet et de ses hémisphères, explique les variations de ses bords antérieurs et postérieurs chez les mammifères. Ceux chez lesquels le lobe médian est très-développé , les extrémités de ce lobe font en arrière et en avant une saillie qui déborde les hémisphères dans ces

(i) Sont exceptés de cette disposition le squalus griseusa les cigognes et les perroquets.

CERVELET. 40l

deux sens, comme on le remarque surtout chez les rongeurs cl les insectivores , comme chez le castor et la taupe. Lorsqu'au contraire les hémisphères ont pris un grand accroissement, comme chez les ours, les singes , lescétacées et l'homme , les extrémités du lobe médian sont rentrées en dedans, elles sont logées dans un angle rentrant sur les deux bords du cervelet, au lieu d'y faire une saillie plus ou moins avancée. Chez les ruminans et la plupart des carnassiers , le lobe médian et les hémisphères étant médiocrement développés , leurs extrémités antérieures et postérieures se trouvent àpeu-près sur la même ligne. Sont exceptés de cette disposition les mammifères (tels que les chauvesouris) dont la partie antérieure du lobe médian est rejelée en arrière par la saillie des tubercules quadrijumaux. Ce qui prouve que ces variations sont bien dépendantes de cet antagonisme , c'est qu'elles se présentent chez les embryons aux époques qui correspondent à la prédominance du lobe médian ou des hémisphères du cervelet, comme nous l'avons déjà vu dans la première partie.

Telles sont les causes qui , chez les mammifères , font varier la surface extérieure du cervelet. Mais pour cet organe, comme pour les autres , les différences sont à l'extérieur, et les ressemblances à l'intérieur. C'est , en effet , une chose assez remarquable que la disposition presque uniforme du noyau médullaire des hémisphères de cet organe, 11. 26

/j02 CERVELET.

à côté dos dissombhnccs d<; leur superficie.

Une partie nouvelle et spéciale à la classe des mammifères se manifeste à la partie interne dece noyau médullaire, c'est le-corps rhomboïdal , le corps ciliaire, le corps dentelé ou le ganglion du cervelet , dont nous allons étudier la formation.

On a déjà vu que dans toutes^cs classes la matière grise forme une enveloppe à la matière lîlanche; la première est toujours beaucoup plus «■paisse que la seconde. Chez les reptiles la matière grise est à la blanche : : 5 : i , chez les poissons : : 4 • ' ^ chez les oiseaux : : 3 : i , et chez les mammifères :: 2 : i ou i 1/2: 1. Ces rapports sont inverses de ceux que nous avons abservés à la moelle épinière, puisque, dans celtQ dernière partie la matière blanche est d'autant plus épaisse, et la matière grise d'autant plus rare, que l'on descend davantage dans l'échelle des vertébrés. Or si , comme nous l'avons dit , cette petite couche de matière grise chez les vertébrés inférieurs ne peut être supposée l'origine, la matrice ou l'organe de nutrition de la blanche dans la moelle épinière, comment, dans le cervelet, une si grande quantité dèmatièregrise produira-t-elle une si faible couche blanche? Comment , à mesure que celle-ci se développe , la matière grise diminue-t-elle d'épaisseur? Quoi qu'il en soit, cette disposition inverse des masses de ces deux substances est d'autant plus curieuse , que leur position respective est également opposée dans les deux organes. Ainsi I »

CER\ELKT. 4^5

«inti^rc blanche est toujours extérieure sur la moelle épinière , et la grise (briiie les couches intérieures ; au contraire , dans le cervelet, la grise est en dehors et la blanche en dedans.

Pour suivre la disposition , la forme et l'accroissement de cette dernière , on est donc obligé d'ouvrir le cervelet en pratiquant une section longitudinale , qui chez les mammifères diviserait le lobe médian dans sa partie moyenne. On suit ainsi son accroissement des poissons aux mammifères supérieurs, en considérant chaque moitié du cervelet par sa partie interne.

Chez les poissons cartilagineux à cervelet impair, comme \e squalus griseus^ \c squalus glaucus et le requin, on voit les plis et replis de la lame médullaire formant des sinus creux que tupisse la pie mère, sinus qui tous viennent aboutir à une cavité commune et plus vaste, située vers le milieu et sur le flanc du quatrième ventricule. Chez les oiseaux ces sinus cérébelleux sont comblés par la déposition de couches blanches sécrétées ici comme dans la moelle épinière par le lacis vasculaire de la pie-mère ; ces couches médullaires , réunies à celles du côté opposé , forment le cône médullaire du cervelet des oiseaux. Un seul sinus n'est pas comblé (i) , c'est celui de la partie moyenne, qui communique dans la cavité com-

(.) PI. IV, fig. 88.

4<>-1 CliRVEtl-T.

mune, laquelle reste égalcniont vide (i). Chaque moitié chi cervelet des oiseaux offre ainsi , dans sa partie moyenne, un hialus creusé dans le demicône de sui^stance médullaire ; si on rapproche les deux parlies du cervelet, les parois de cet hiatus s'appiiquantruncontrerautre, donnent naissance au ventricule particulier des oiseaux, creusé dans l'axe di,i lobe médian. Ce ventricule n'est donc, comme le quatrième lui-même, qu'un canal de conjugaison. L'ouverture de ce ventricule dans le grand ventricule du cervelet est souvent très-rétrécie , comme on le voit chez le casoar (2) et le perroquet (3) ; d'autres foisplus large, comme chez Faille royal (4). Cette ouverture est souvent ré, trécie par une petite valvule médullah^e qui part de ses bgrds, ou bien par un petit tubercule de malière grise, qv.i se trcave à son entrée sur le plancher même du quatrième ventricule, ainsi Cjiî'onle voit chez ce dernier oiseau.

Chez les mammifères le dernier sinus qui reste vide chez les oiseaux est comblé par un semblable mécanisme; le ventricule du lobe médian disparait, sa base seule resté creuse chez qiulques insectivores et quelques rongeurs. C'est au milieu de cet hiatus cérébelleux des oiseaux ainsi comblé

(1) PI. lY, fig. 85, n" i5.

('z)PI. VI, fig. 85.

(5) PI.. IV, fig, 88, n» 2.

(4j PI. IY,fig. 104.

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