‹ Anatomie comparée du cerveau, dans les quatre classes des animaux vertébrésChapitre 41 sur 50 · II. 3G · texte numérisé non relu

II. 3G

arrière , comme chez le blaireau. Chez d'autres carnassiers , la symétrie et le parallélisme de ces circonvolutions s'efFacent , comme on l'observe chez la loutre (i) et chez l'ours (2). Chez tous ces carnassiers , les circonvolutions de la base sont plus ou moins dissimilaires , commo on peut le voir chez le lion (5) , l'ours (4) , la loutre (5) , le tigre ^ la panthère et la genette ; chez le raton (6) , au contraire , elles sont similaires, comme celle de la face supérieure et de la face latérale. Le kanguroo-géant (7) a également les circonvolutions symétriques dans tous les sens (8).

Parmi les ruminanset les pachydermes, la symétrie a lieu assez exactement , sur toutes les faces chez le mouton (9), sur les faces supérieure (10) , latérale et inférieure (11) chez le chameau ,

(i) PI. X, fig. aao, n" 9 et 10.

(2) PI. XI,fig. 220, E, F.

(3) PI. XIV, Cg. 266, R,G, S.

(4) PL XI,fig. 25i, H, L, N, S.

(5) PI. XI, fig. 225, F, D.

(6) PI. VIII, ûg. 200, G, F.

(7) PI. XIII, fig. 25o, D,K.

(8) PI. XVI, fig. 299, n»5et i^.

(9) PI. X , Og. 22 1 , n» 5, 6, 7 et g

(10) PI. XIIÏ, fig. 248, E, F, G.

(11) PI. XIII /fig. 249, A, C, G.

ET LOLSE OI.I^CTir. 565

sur les mêmes faces chez le bouc de la liautc Egypte (i), le daman (2), le lama (3) et le jjécari (4). Enfin , chez les rongeurs , les circonvolulions sont parfaitement similaires dans tous les sens , comme on le voit chez le castor (5) et le porc-épic (6). Renfermant tous ces faits dans une proposition générale, on peut donc dire que les circonvolutions sont d'autant plus symétriques, qu'elles sont moins nombreuses , et d'autant plus dissimilaires qu'elles sont plus étendues et plus multipliées; mais les singes font à ce principe une exception si remarquable, qu'il est important de la faire ressortir d'une manière spéciale ^\'ilIis avait dit vaguement que les circonvolutions se répètent dans les espèces d'une même famille; Sœmmering et Monro avancèrent que la similitude était parfaite dans les familles et les espèces ; M. Gall le suppose sans l'affirmer aussi posivement , et Tréviranus adoptant l'opinion de Sœmmering et de Monro, croit que les circonvolutions pourraient fournir des caractères positifs pour la classification des mammifères. Nous venons de voir combien celte proposition est loin

(i) PI. XIV, flg. 261, n:6, 7, 8, 9 et lo; fig. t.6i, F, G , M.

(2) PI. XV, fig. 269, n* G, 7 et 8.

(5) PI. XVI, fig. 294, D, E, F, G; fig. 290, F, G.

(4) PI. ■XVI,fig. 298, D,E,F, G,fig. 3oo,M,S.

(5) PI. XIV, 6g. 265, n'S, 7 et 9; fig. 258, E, F, G, K.

(6) PI, XIII, fig. 252, K, L; fig. 2 5i, E, G.

564 HÉMISPHÈRES CIÉUÉBRALX

(l'être exacte on ce qui concerne les familles ; d'après nos observations sur trois phoques , quaîrc lions , six renards , deux loups , environ vingt chiens , dix à douze chats , cinq à six bœufs et moutons , nous pouvons assurer quelle ne l'est pas non plus en ce qui concerne ces espèces , si du moins les différences que nous avons remarquées , ne sont pas un effet de l'âge. Tous les anatomistes savent d'ailleurs que chez l'homme les dissemblances sont infinies, comme je l'ai constaté d'âge à âge , de sexe à sexe , de profession à profession , d'habitude à habitude , et aussi dans le même âge, le même sexe, la même profession et les mêmes habitudes. Rien n'est donc moins vraisemblale que cette pensée deWillis , développée par MM. Gall et Spurzheim , qui attribue au nombre et à la disposition des circonvolutions une si puissante influ^Mice sur la manifestation de l'intelligence, ou sur la ruse et les instincts des animaux. En laissant de côté l'homme , dont l'intelligence échappe à toutes les données de l'analomie, on peut remarquer que le sanglier, le cochon, le mouton, le bouc, le bœuf ont des circonvolutions plus nombreuses et plus étendues que ie lion , le tigre , le renard , le loup , le cheval , le chien , et sur-tout que le castor. Or , comparez les actes de ces animaux ; quel est , du renard, du chien, ou du mouton , celui dont la ruse est la plus étendue? et quelle distance immense sépare les actes du castor de ceux du bouc et du sanglier?

i;r i.DBE oLi'Anir. 50")

11 exislc cUez les mammifères un rapport reniai quable entre les circonvolutions des lobes cérébraux , et les divisions du cervelet; ainsi vai embrassant ce rapport d'une manière générale , le cervelet est parfaitement symétrique chez les mammifères , dont les circonvolutions se répètent <lans tous les sens d'un lobe à l'autre ; le cervelet est au contraire non-symétrique chez les mammifères à circonvolutions tout-à-fait dissimilaires; la symétrie du cervelet s'efface chez les animaux dont certaines circonvolutions sont similaires et les autres dissimilaires. Remarquez toujours que la non-similarité des circonvolutions commence par la base du lobe cérébral , et celle du cervelet, par sa face supérieure ; l'inversion que nous avons observée entre ces deux organes se reproduit ainsi jusque dans les moindres particularités de leur ort'anisalion.

Du lobe olfactif.

J'ai <!éjà dit pourquoi et comment le lobe olfactif avait, pour ainsi dire, été inap(Mçu par les anatomistes; j'ai montré son importance et fait apprécier l'influence qu'il exerce sur les autres parties de l'encéphale, et plus spécialement sur les lobes cérébraux dont tantôt il s'écarte, comme chez certains poissons . au point de dépasser la cavité du crâne , et dont il se rapproche tellement ch'v qu'Iques repliles . la plupart des ol-

S6(y HEMISPHERES CEREBRAUX

seaux et beaucoup de mammifères , qu'il semble en quelque sorte se confondre avec lui. La condition errante de ce lobe , comparée à la fixité des autres élémens de l'encéphale tient sans doute à sa position. Terminant en avant i'axe cérébrospinal, il peut se déplacer, et se déplace en effet sans troubler les connexions et les rapports des autres lobes de l'encéphale, ce que n'auraient pu faire ni le cervelet, ni les lobes optiques, ni les lobes cérébraux : sous ce rapport il se rapproche du point terminal de la moelle épinière, que nous avons trouvé errant de la même manière à l'extrémité opposée de cet axe ; se prolongeant souvent et se fixant aux dernières vertèbres coccygiennes, flottant ailleurs dans le canal vertébral, et s'arrétant plus ou moins haut ou plus ou moins bas, selon les classes , les familles et les espèces.

Si, faisant abstraction des membres , nous bornons pour un moment l'être animal an tronc et à la télé , nous trouvons qu'il se prolonge d'autant plus inférieurement que le point terminal de l'axe descend plus bas dans sou canal, et qu'il se raccourcit en proportion de son ascension dans le canal , ou de sa concentration. Un pareil rapport se répètera-t-il en avant du tronc? La face et le crâne éprouveront-ils du déplacement du lobe olfactif une semblable modification? Le crâne s'affaissera-t-il, comme le bassin, à mesure que le lobe olfactif se projètera en avant? La face se prolongera-t-elle en avant, ou se concentrera-t-elle sous

ET LOBE OI.FAClir. 667

le cràuc, selon que le lobe olfactif sera eufoncé sous les lobes cérébraux , ou placé à distance de ces lobes? Pour répondre à cette question, dont le simple énoncé indique l'importance, jetez un coup d'œil sur l'inclinaison' de l'angle facial des MiammifcTCS : d'après les belles recherches de Camper, de Blumenbach et.de M. Cuvier , vous voyez, en descendant des quadrumanes aux ronijeurs , le crâne se déprimer et la face s'étendre, eu même temps qup le lobe olfactif caché sous les lobes cérébraux s'en dégage de plus en plus, et vient saillir sur leur partie antérieure; l'afiaissement du crâne coïncide avec le raccourcissement des lobes cérébraux, et la saillie du lobe olfactif avec la projection en avant de la face. Les cétacés font seuls une exception à cette règle.

Opposez à cette variation continuelle du crâne et de la face des mammifères la fixité des mêmes parties chez les oiseaux , et vous verrez l'immobilité de ces parties coïncider avec la position fixe dans cette classe du lobe olfactif.

Vous trouverez ciioz les reptiles le crâne beaucoup plus affaissé encore et la face plus relevée il plus étendue, selon que le lobe olfactif sera ramené au point de contact des lobes cérébraux , comme chez les batraciens et les chéloniens , ou rejeté à dislance , comme chez les ophidiens, les lacertienset la plupart des sauriens.

Enfin, vous remarquerez que chez les poissons la face se place sur le même niveau que le crâne ,

568 HÉMISPHÈRES CtREBRAlX

parce que le lobe olfactif atteint presque les mêmes dimensions que les lobes cérébraux. 11 est vrai que chez les poissons osseux l'allongement de la face ne suivra pas exactement l'éloignement du lobe olfactif des lobes cérébraux; que, par exemple , lorsque le lobe olfactif est projeté hors du crâne , comme chez les silures , les tétrodons , les gades , les cyprins , la face ne s'allonge pas dans la même proportion ; mais cette exception est la répétition de celle que nous a présentée le point terminal de la moelle épinière chez les lophius et les tétrodons. Vous trouverez une autre exception chez les poissons cartilagineux dont l'encéphale ne remplit point la capacité du crâne , et chez lesquels conséquemment le lobe olfactif peut s'éloigner ou se rapprocher des lobes cérébraux sans allonger ou affaisser la face. Ces exceptions , dont les conditions organiques nous échappent dans l'état actuel de l'anatomie comparative, finiront par rentrer dans les règles communes , lorsque l'étude des sens dans cette classe serti plus avancée.

Quoi qu'il en soit de ces rapports sur lesquels nous avons cru devoir nous arrêter un instant , il nous reste à dire un mot du lobe olfactif considéré comme élément de l'encéphale dans les quatiTî classes des vertébrés : nous avons déjà apprécié ses connexions, en parlant de son pédicule . à l'article du nerf de l'olfaction.

Ce lobe est plus ou moins volumineux chez les poissons , selon qu'il est écarté dos lobes céré-

r,T LOBK oi.rAcriF. 669

braux , ou qu'il hîur est adosse''. Ainsi, chez le congre (1) et l'anj^uillc vulgaire (2), il égale presque on volume les lobes cérébraux, auxquels il est immédiatement adossé. Cliez le gronau (5) , il conserve également une grande dimension , qu'il perd chez le barbeau (4) et tous les poissons osseux chez lesquels il abandonne les lobes cérébraux. Sa structure, chez les premiers , diffère peu de celle <lu lobe cérébral ; au contraire , en s'éloignant de lui , il se durcit , se déforme et se rapproche plus de la structure des ganglions intervertébraux des classes supérieures. 11 revêt sur-tout ce caractère lorsque, sorti de la cavité du crâne , il se place dans les mêmes conditions queces ganglions eux-mêmes. Chez les poissons cartilagineux, plus il s'éloigne aussi du lobe cérébral , plus il semble perdre sa forme arrondie, comme on le voit chez la lamproie (5), l'esturgeon (G) et le requin (7), comparés aux raies (8) , à l'ange et l'aiguillât , aux squalus glaucuSjSqualus galeus et squalus griseus. En même temps qu'il se déforme chez ces derniers poissons, la cavité intérieure qu'il présente chez le requin.

(2) PI. VII , Og. 190, n°5.

(3) PI. VII, fig. i55, n-S.

(4) PI. VII, (ig. i85, I. I.

(5) PI. XI, % 224. w 1.

(6) Pi. \II, fig 235, u- I

(7) PI. VI, fig. i4-i, n' 18.

(8) PI. Vï. fig i38,n° 17.

670 HÉMISPHÈRtS CEREBRAUX

se rétrécit et tend à s'oblitérer complètement. Cette variation de structure est beaucoup moins sensible cependant que chez les poissons osseux. Chez les reptiles il varie dans sa position ; de même que chez les poissons, il s'éloigne et se rapproche alternativement du lobe cérébral. Quand il s'en éloigne, il communique toujours avec lui par un pédicule plus ou moins gros (1), de même que chez les poissons cartilagineux , et jamais par des rubans aplatis, comme cela a lieu chez ies osseux (2). Quand il s'en rapproche, ce n'est plus une simple contiguïté, comme chez les poissons osseux, mais une continuité immédiate, comme on le voit chez la tortue franche (3) et la grenouille (4) : cette continuité est moins complète toutefois chez les batraciens et les trigonocéphales , que chez cette tortue et le caïman à museau de brochet. Le lobe olfactif, très-petit chez la tortue grecque (5) , plus volumineux chez les vipères (6) et les lézards (7; , reste allongé et en quelque sorte fus i forme , lorsqu'il est séparé du lobe cérébral; sa forme devient plus globuleuse lorsqu'il se rapproche de ce lobe, comme cela a lieu en partie

(1) PI. V, ûg. i55, n'g.

(2) PI. VI. fi-^. 149, n"i! et 13. (5) PI. V, fig. 120, n* 14.

(4) PI. I.fig. 16, n">5.

(5) PI. V, fig. 125, n' II,

(6) PI. V, fig. 126, n- 9.

(r) PI. V, fig. 128, n« 6.

tr LOBt OLFACTIF. S'] l

chez le requin , la lampron^ et l'eslurgeon , parmi les poissons cartilagineux. On voit sur-tout ce changement chez la tortue franche ( i ) , la grenouille (2) , les crapauds , l'aniphisbèue et certains trigonocéphales : il est particulièrement remarquable chez le caïman à museau de brochet comparé au crocodile vulgaire. De même que chez les poissons osseux, lelobeolfactif atteint ses plusgrandes dimensions en venant s'adosser au lobe cérébral; sous ce rapport, la tortue franche, le caïman à museau de brochet et les balraciens , st)nt aux reptiles ce que le congre, l'anguille et les trigles sont aux poissons osseux. Son ventricule s'abouche . directement alors dans le ventricule hémisphérique des reptiles ; quand il est éloigné du lobe cérébral il communique avec lui par la cavité du pédicule, comme cela a lieu chez les cartilagineux, tt de même que chez ces poissons , son ventricule propre se rétrécit d'aulanl plus qu'il s'éloigne davantage. On peut sur-tout observer ces diverses modifications du lobe olHictif chez le caïman à museaude brochet et chez le crocodile vulgaire. La différence de structure du lobe olfactif avec le lobe cérébral des poissons cartilagineux , ne peut donc servir à rejeter chez ces poissons la détermination du premier de ces lobes, puisque nous trouvons cette même différence chez les poissons osseux et

(i) PI. V. fig. 122, r.' 16.

(a) PI. I, fig. ,6, n-S.

672 HÉMISPHÈRES CÉrÉBRADX

chez les reptiles. Chez tous les reptiles où le lobe olfactif se continue avec le lobe cérébral, un étranglement semblable à celui de la tortue franche (i) indique le point d'union des deux organes.

Il résulte de ce que nous venons de voir chez les poissons et les reptiles, que , plus le lobe olfactif se rapproche des lobes cérébraux , plus il augmente de volume. Si cette règle d'accroissement se continuait chez les oiseaux , et si , dans cette classe , le lobe olfactif se joignait constamment au devant de la base du lobe cérébral, son volume devrait donc s'accroître encore, et dépasser celui qu'il a chez la tortue franche et le caïman à museau de brochet. Or, cette position et la continuité du lobe olfactif avec le lobe cérébral sont constantes et presque invariables chez les oiseaux , et cependant les dimensions du lobe olfactif dans cette classe sont si réduites qu'il est resté inaperçu par beaucoup d'anatomistes. On voit donc que les lois d'accroissement et de décroissement des élémeos de l'encéphale varient quelquefois de classe à classe. Ce fait exceptionnel constitue lui-même une espèce de règle que ne doivent jamais perdre de vue ceux qui veulent traiter avec succès de l'aiialomic comparative.

Le lobe olfactif des oiseaux forme une espèce de papille nerveuse arrondie, et située au-devant et à la base du lobe cérébral antérieur . comme

(1) D. V, fig. 122 , n' i5.

ET LOBH OLIAf.TlF. 5^5

un le remarque chez la bondréc commune (i) , riiirondellc {:>.), le roilelet (5), la cigogne (4) et l'aulruchc (5). Continu chez tous les oiseaux avec la substance même du lobe , il n'offre de rudiment de pédicule que chez le perroquet (6), le canard musqué, la bernache et le casoar (7), chez lesquels seuls il constitue un lobe distinct du lobe cérébral. Alors il se place tout-à-fait en avant do la base de ce dernier lobe , et le déborde comme chez les rongeurs , ainsi qu'on le voit chez ce dernier oiseau (8). Chez les autres, tantôt il en occupe la pointe, comme chez la cigogne (9); tantôt comme chez l'autruche (10) et la bondrée (11), il s'enfonce plus ou moins sous sa base.

Son volume diffère peu chez les oiseaux , en comparaison des variations qu'il présente dans les autres classes; toutefois^ il m'a paru plus développé chez l'oie , le canard , le dindon, le vautour, l'aigle , le hibou , l'épervier , le corbeau , la bé-

(1) Pl.IV, fig. 88,n'9.

(2) PI. IV, fig. 92,n-7.

(3) PI. IV, fig. 94,00;.

(4) PI. IV, 6g. io3, n- 12.

(5) PI. IV, fig. gS. n» II.

(6) PI. IV, fig. 96, n" i5.

(7) PI. III, fig. :8,n''i2

(8) PI. III, fig. 77,1106.

(9) PI. IV, fig. io3, n" 12.

(10) PI. iV, Ihi. 98, 11° M

(11) Pi. IV. f:g. 88. lî-S.

casse, que chez la poule, les perdrix, les merles, les étourneaux , le pigeon , la tourterelle , les pies et les pics. Il devient si petit chez le moineau , le rossignol , le pinson , le serin, le chardonneret , la fauvette, le roitelet et l'hirondelle , qu'on a beaucoup de peine à le distinguer du lobe cérébral. Les perroquets et le casoar sont les oiseaux chez lesquels je l'ai trouvé le plus volumiraineux.

Quelque peu développé que soit le lobe olfactif chez les oiseaux , on trouve à son centre un petit vide, qui est l'analogue du ventricule qu'il présente chez les reptiles et les mammifères : cette cavité devient très-sensible chez les perroquets et le casoar. Chez ce dernier, J'ai cru la voir communiquer avec le ventricule hémisphérique (i).

(i) On aurait une fausse idée du sens de l'olfaclion chez les oiseaux, si on mesurait son étendue d'après le volume du lobe olfactif j en effet, d'une part, les ramifications des nerfs olfactifs sont beaucoup plus nombreuses que ne pourraient le faire supposer les dimensions de ce lobe; de l'autre, la branche supérieure de la cinquième paire fournit à ce sens une grosse branche, qui se distribue à l'oriûce externe des narines, contourne l'os éthmoïde , s'enfonce dans ses cavités et se prolonge ensuite sous la voûle palatine jusqu'à l'extrémité du bec : c'est peut-être de cette disposition que naît l'affinité qu'on remarque chez les oiseaux, entre le sens du goût et celui de l'odorat. C'est du moins ce que peuvent faire présumer les nouvelles recherches sur la cinquième paire , et les expériences que je m'occupe de faire sur la section de ce

Le lobe olfactif ne présente donc plus chez les oiseaux les mêmes variations que chez les poissons et les reptiles; mais nous les retrouvons en partie chez les mammifères, avec des diAVrences qu'il est nécessaire do faire remarquer. D'abord , chez la plupart , il est pédicule, comme chez certains reptiles et certains poissons; mais son pédicule devient moins apparent, à cause de l'étendue du lobe ce^rébral qui le recouvre presque complètement. Ensuite j lorsqu'il cesse d'être pédicule , il se confond avec le lobe antérieur même, comme cela a lieu chez la tortue franche et le caïman à museau de brochet. Chez les reptiles et les oiseaux, il diminue de volume en s'éloignant du lobe cérébral ; chez les mammifères , il semble augmenter au contraire. Plus il est enfoncé sous les hémisphères . comme chez les singes (i) et le phoque (2), plus

nerf dans cette classe j car dans aucune autre, la cinquième paire ne prédomine davantage dans le sens de l'olfaction : on en peut juger par le nombre des plis, des anfractuosités et des sinus elhmoïdaux, dans lesquels se ramifie le gros rameau de la cinquième paire; sinus, anfractuosités et plis qui diffèrent beaucoup selon les familles. Ainsi ce plissement de la membrane olfactive , très-multiplié et très-étendu chez les aigles , les milans, les vautours, le corbeau, le hibou, les canards, l'est inûnimenl moins chez la poule, le perroquet, le pigeon , la perdrix, le moineau , l'alouette, etc. Le nombre des plis de la membrane olfactive me parait être à l'odorat ce que le plis>ein»'r.t do la rétine est au sens de la vue.

(i) PI. VIII, fjg. 197, n» 1.

;2) PI. IX. fig. 208, E.

S']6 HÉMISPHÈRES CÉRJÎRKAUX

il est réduit dans ses dimensions ; plus il s'en écarte, comme chez le lapin (i), l'agouti (2), la marmotte (3) et les chauve-souris (4) , plus il devient considérable. Néanmoins , chez les mammifères de même que chez les reptiles , son plus grand volume existe chez ceux où il se continue immédiatement avec le lobe cérébral, comme on l'observe chez la taupe (5) , le zemni (6) , le lérot (7) et le hérisson (8). Entre ces deux extrêmes de grandeur, le lobe olfactifcroît graduellement des singes aux phoques , aux carnassiers digitigrades , aux plantigrades, aux ruminans , aux rongeurs, aux chauve-souris et aux insectivores. Son ventricule suit la même progression, et il s'ouvre, comme nous l'avons dit , dans le grand ventricule latéral. Ses radiations se continuent , comme nous l'avons vu aussi, soit avec la commissure antérieure, soit avec l'hippocampe , mais jamais directement avec le corps calleux. Ce lobe manque complètement chez les cétacés.

S'il est vrai que l'anatomie comparative ait pour but de déterminer la similitude des organes chez

(.) PI. II, fig. 56,0-7.

(2) PI. IX, fig. 2i3et2ii, E.

(5) PI. IX, fig. 2o3 et 207, E.

(4) PI. IX, fig 204 et 206, E.

(5) PI. XIV, fig. 256 et 260, E.

(6) PI. XV, fig. 270 et 272, E.

(7) PI. XV, fig. 276, E.

(8) PJ. XVI , fig. 29G et 297, E.

ET 1.0 BK ULKACriK. Sn'j

les animaux, ol los rapports qu'ils ont dans les diverses classes, on nous pardonnera les détails dans lesquels nous avons été obligé d'entrer pour déterminer avec précision les éiémens du système nerveux dans le règne animal , et établir les rapports des diverses parties de l'axe cérébro-spinal des vertébrés , objet spécial de ce concours. Tant que l'on a considéré l'encéphale en masse, on a erré dans ses rapports, ou l'on a désespéré de les découvrir. Cet organe étant le plus compliqué de toute l'organisation , la marche actuelle des sciences indiquait qu'il fallait d'abord le décomposer, et en comparer ensuite les diverses pièces une à une : c'est cette marche analytique que je me suis efforcé de suivre ; c'est elle qui m'a entraîné dans les recherches nombreuses et difficiles auxquelles j'ai dû me livrer. C'est aux anatomistes à juger mes efforts et les résultats comparatifs et généraux qui vont terminer ce chapitre.

1. Les lobes cérébraux chez les mammifères sont composés de plusieurs lobules ou lobes secondaires.

2. Les lobules les plus importans sont le lobule sphénoïdal et le lobule de l'hippocampe.

3. Ces lobules sont développés en sens inverse l'un de l'autre.

4. Plus le lobule sphénoïdal se développe , plus le lobe antérieur grandit dans tous les sens , plus le lobe postérieur devient manifeste. La plus grande longueur de l'hémisphère cérébral , sa plus grande

678 HÉMISPHÈRES CEREBRAUX

hauteur coïncide donc avec le plus grand développement du lobule sphénoïdal.

5. Au contraire, avec le développement du lobule de l'hippocampe , coïncide la diminution dans tous les sens de riiémisphère.

6. Le lobe olfactif suit le rapport direct du lobule de l'hippocampe et le rapport inverse du lobule sphénoïdal.

7. Le lobule sphénoïdal est développé eh raison directe du corps calleux , et inverse de la voûte et de ses dépendances.

8. D'où il suit que le lobule de l'hippocampe doit suivre la raison directe de croissance de la voûte , et l'inverse de celle du corps calleux.

9. Le lobule sphénoïdal est développé en raison directe des hémisphères du cervelet , en raison inverse de son lobule médian et des tubercules quadrijumeaux; d'où il suit qu'il est développé aussi en raison directe de la protubérance annulaire, en raison inverse du trapèze, de la moelle épinière, du nerf de la cinquième paire , du nerf olfactif et du nerf de la vision.

10. Le corp^ calleux , suivant le rapport du lobule sphénoïdal , est donc aussi développé en raison inverse des nerfs des sens , de la moelle épinière, des tubercules quadrijumeaux, du lobe j médian du cervelet, du trapèze, et en raison directe J des hémisphères du cervelet et de la protubérance annulaire.

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