‹ Anatomie comparée du cerveau, dans les quatre classes des animaux vertébrésChapitre 47 sur 50 · II · texte numérisé non relu

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690 PUYSiOLOGIÉ ET PATHOLOGIE.

des deux îobes cérébraux, une ligne en avant du grand ventricule : aussitôt l'animal fléchit les jambes de derrière et se traîna sur celles de devant; placé sur le dos et maintenu dans celte position , il agitait violemment les pattes de devant, celles de derrière étaient immobiles. Les radiations de la couche optique étaient intactes , celles du corps strié étaient enlevées. J'ai varié cette expérience de différentes manières ; M. le docteur Lacrampe-Loustau la modifiée à son tour , en se rapprochant du procédé de Saucerotte; et le résultat a toujours été le même ; les extrémités postérieures ont seules été paralysées par la section des radiations antérieures du corps strié. Ces expériences reproduisent donc l'un de nos résultats pathologiques"; reste à vérifier celui des radialions de la couche optique.

Le lobe cérébral droit étant mis à découvert sur un gros chien, j'incisai sa partie postérieure au niveau de la partie moyenne de la couche optique (1} ; la patte antérieure gauche cessa de se mouvoir : je prolongeai l'incision sur l'hémisphère gauche et au même niveau, l'animal fléchit sur le train antéri(!ur; en voulant marcher il tomba sur les pattes de devant, et, au moyen des pattes

(1) La bandelette blanche qui divise Ja couche optique en deux parties , me paraît être la ligne de démarcation de cette action spéciale; c'est pourquoi je me suis appesanti sur ce fait dans la partie anatomique.

PHYSIOLfn;iF. ET PATHOLOGIE. 69 1

de derrière restées Irès-ui^iles, il décrivait des cercles dont ic centre correspondait aux pattes de devant immobiles et comme fixées sur le sol. Les radiations moyennes et postérieures de la couche optique avaient seules été divisées.

Sur un autre chien, je pratiquai unelrès-petilc ouverture sur la partie postérieure et moyenne du coronal : je plongeai dans le lobe postérieur gauche un bistouri effdé; des mouvemens convulsifs légers se manifestèrent dans la patte droite de devant ; je retirai le bistouri , et à l'aide d'un petit tube de verre j'introduisis dans la profondeur du lobe incise quelques gouttes d'acide nitrique; aussitôt les convulsions redoublèrentdans la même patte: je laissai reposer le chien; une heure après, cette patte était immobile et à demi fléchie ; l'animal marchait sur les trois antres. C'est le seul cas où j'aie très-bien réussi à ne léser que les radiations postérieures de la couche optique, comme cela a eu lieu dans plusieurs des cas pathologiques que j'ai rapportés; et chez cet animal, de même que chez nos malades , on voit que l'extrémité antérieure est uniquement affectée, d'abord de convulsions , puis de paralysie.

L'expérience suivante , de M, le professeur Rolando , est d'autant plus curieuse à ce sujet , que chacun sait que cet habile physiologiste regarde le cervelet comme la source presque unique des mouvemens volontaires. Des phénomènes fort curieux , dit-il , furent aussi observés sur un rocliot» ,

chez lequel on a Goupé, avec un instrument tran-' chant , les fibres qui vont se rendre des couches optiques aux corps cannelés. A peine fut-il opéré , que l'on observa qu'il ne remuait plus , comme auparavant, les jambes antérieures (1).

Ainsi ces expériences prouvent ce que les faits pathologiques avaient établi , savoir : que les radiations de la couche optique influencent plus spécialement les membres antérieurs, et ceux du corps strié les membres postérieurs : il est presqu'inutile d'ajouter que la jonction de ces deux ordres de radiations (ou la partie moyenne des hémisphères ) influencent tout à la fois et ins-

(1) Les expériences de M. le docteur Lonslau ont eu le même résultat. Je transcris ici un passuge de son second mémoire.

« Personne n'ignore que "Willis avait placé dans le corps » strié le sensoriavi commune, où aboutissaient toutes les sen- » sations, et d'où partaient tous les mouvemens volontaires; » cette idée a été le pivot autour duquel ont été ramenés les » travaux de Pourfour-Petit, de Chopart, de Sabouraut et » de Saucerotte.

» Tous ces auteurs ont cherché à réaliser l'idée de Willis » d'après des expériences sur les animaux vivans , et d'après » des observations pathologiques sur le cerveau do l'homme.

> Saucerotte fit des expériences qui lui montrèrent que » la partie antérieure des hémisphères cérébraux influe sur i> les mouvemens de la jambe, et la partie postérieure et » supérieure de ces mêmes hémisphères sur les mouve- » mens du bras ; et aussitôt, pour les rattacher à l'hypothèse » repue, il supposa que tous les faisceaux médullaires du

rHYSlOLOOlli VA l'àlHOLOGIE. ÔqS

Uinlaiiéincnlltîs deux nii'iiibios. C'est oc (juc l'on produit conslamment chez les uiammifèrcs , si l'on incise prorondcuient la partie nioycniR' du demicentre ovale , formé par renlrelacement de ces radiations.

11 n'en est pas de même chez les oiseaux : jamais je n'ai pu parvenir à paralyser isolément les pattes ou les ailes, en opérant sur la partie antérieure ou postérieure de leurs lobes cérébraux^ dont l'influence sur les mouvemens volontaires est beaucoup moins marquée que chez les mammifères; il en est de même chez les reptiles : j'ai remarqué seulement que chez les oiseaux , les ailes sont plus affaiblies que les pattes par l'ablation des

a cerveau se rendaient au corps strié et s'entre-croisaient B dans son centre : de là ses préceptes pour l'opératiou du » trépan , préceptes répétés par Chopart.

» Le vague et l'incertitude de ces préceptes justifient >) l'oubli où ils étaient tombés, et où les ont laissés tous nos » grands maîtres, les Desault, les Bichnt , les Boyer, les n Richerand , et , sans aucune exception , tous les grands chi- » rurgiens de nos jours.

» Pour découvrir l'action spéciale des radiations do la » couche optique et du corps strié sur le mouvement des » membres, il fallait donc de nouveaux faits observés chez « l'homme et de nouvelles expériences sur les animaux

* vivans : ces faits et ces expériences ont été recueillis cL » exécutés de nos juurs par M. Serres, et c'est en vain » que l'esprit de rivalité s'clTorce d'en contester d'abord la » réalité, et puis la découverte .-t la nouveauté, lurï((ii'> l<Hir

• certitude est démontrée. »

hémisphères cérébraux ; c'est principalement chez les hirondelles que cet effet m'a paru sensible.

Ainsi les expériences physiologiques , de même que les faits pathologiques, prouvent incontestablement que les hémisphères cérébraux de la classe supérieure des vertébrés concourent directement à la production des mouvemens; la solution de continuité de leurs fibres produit la paralysie , leur irritation détermine des convulsions ; les convulsions sont limitées à un membre, ou étendues à la moitié du corps, de même que les paralysies , selon que l'irritation est circonscrite ou générale: l'application decetteproposition, méconnue dans ces derniers temps (1) , est si importante pour la médecine, que nous avons dû la développer avec quelque étendue.

Les paralysies sont croisées de même que les convulsions; c'est-à-dire que le côté droit du cerveau influence le côté droit du corps, et vice versa. L'action d'un hémisphère du cerveau ne s'exerce que sur le côté qui lui est opposé; jamais un hémisphère n'influe simultanément sur les deux côtés à-la-fois , soit pour déterminer une double hémiplégie, soit pour produire l'hémiplégie d'un côté et les convulsions de l'autre. On a supposé toutefois que cela pouvait avoir lieu :

(1) « Mes expériences établissent que les hémisphères du » cerveau ne produisent directement aucun mouve&ent. » (M. Floureqs, pag. a^ô.)

PHYSIOLOGIE ET PATHOLOGIE. ÔqS

l€8 uns ont avancé qu'il y avait des paralysies directes, pro.luiles par la lésion des hémisphères; les autres, que la même altération pouvait déterminer la paralysie croisée et les convulsions directes: enfin, ce qui approcherait du merveilleux, on a pensé que le même hémisphère pouvait aussi paralyser la jambe du cùlé gauche et le bras du côté droit; on expliquait de cette manière les paralysies transverses , ou cji diagonale^ de Sauvages.

Ce sont surtout les paralysies directes et les convulsions directes , coïncidant avec une paralysie croisée, qui ont exercé la sagacité des médecins. Il y a dans la science quelques faits et plusieurs explications. Les faits demandent à être revus; les explications , même celles qu'on a données de nos jours , ne peuvent supporter l'examen d'un physiologiste (i).

Lorsqu'il y a paralysie d'un côté et convulsion de l'autre, il existe deux affections, correspondant l'une à la paralysie , l'autre aux convulsions. André îNollet, ancien marchand devin, âgé de soixante- onze ans, d'une forte constitution, fut frappe, dans la matinée du 5i janvier 1821 , d'une attaque d'apoplexie avec hémiplégie du côté gauche : porté le lendemain dans ma division , il nous oftVitune paralysie presque complète de ce côté , et des convulsions violentes du côté droit; convul-

(1) Il n'est ici question que des explications appliquées aux altérations des hémisphères cérébraux.

6g6 PHYSIOLOGIE ET PATHOLOGIE.

sions qui donnaient à sa physionomie un aspect hideux, à cause de l'immobilité des muscles du côté gauche de la face. L'ouverture du cadavre offrit une caverne remplie de sang, logée à la partie interne du demi-centre ovale de l'hémisphère droit; le demi-centre ovale gauche était rouge, enflammé dans toute son étendue; l'irritation était surtout prononcée au niveavi de la partie moyenne du corps strié , et antérieure de la couche optique ; les ablutions de la substance cérébrale ne lui faisaient rien perdre de sa rougeur.

Charles Bertin , âgé de soixante ans, d'une constitution détériorée, tomba malade le lo décembre i8ia ; tout-à-coup il fut pris d'une difficulté d'uriner, d'une faiblesse dans les jambes et le bras droit ; il n'y eut ni vertiges , ni étourdissemens précurseurs.

Le i3 décembre, jour de son entrée à l'hôpital, les mêmes symptômes persistaient, et, en outre , la face était colorée, les yeux vifs et brillans, la prononciation difficile , les idées obscurcies, le pouls dur et un peu fébrile. (Arnica avec deux gros d'acétate d'ammoniaque par pinte. )

Du 19 au 25, l'état du malade resta stationnaire; seulement les idées devinrent de jour en jour plus embarrassées, et la prononciation plus difficile. ( On se borna à la tisane d'arnica. )

Le 26 au soir , le malade perd connaissance toutà-coup; la face devient rouge, les yeux étincelans ; la bouche se contourne à droite; la moitié droite

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du corps est dans un état convulsif continuel , la vwiiic gauche tombe, au coyitraire , dans une immobilité absolue; le pouls est dur et tendu. ( Arnica éinétisé, lavement purgatif, pédiluve sinapisé. )

Le 16 , la face est décolorée , lo pouls est petit, dur, très-fréquent; une sveur visqueuse couvre la peau. ( Deux larges vésicaloires aux jambes et un à la nuque, j

Le 27 , prostration totale des forces , respiration un peustertorf:i;se. (Vésicatoiresaux cuisses.) Mort le 28 au malin.

A l'autopsie , le cerveau parut ferme au toucher ; il existait dans le noyau in^dullaire de l'iiémisphère droit, préciséyient en dehors et au-devant du coude que forme le ventricule latéral, un foyer contenant deux onces de sai.g noir ; ce foyer était ouvert dans le grand ventricule; la substance cérébrale qui l'environnait était jaune et injectée dans l'espace de deux lignes. La couche optique de l'hémisphère gauche offrait aussi dans son épaisseur un épanchement de sang noir et caillé, beaucoup moins considérable que celui de l'hémisphère droit, et ouvert comme lui dans le troisième ventricule.

Ainsi la paralysie que l'on avait remarquée du côté gauche était le résultat du grc-md foyer creusé dans l'hémisphère droit , et les ^nvulsious qui existaient à droite étaient excitées par le foyer développé dans la couche optique gauche. Tel était aussi le cas d'une femme hémiplégique du

6gS PHYSIOLOGIE ET PATHOLOGIE.

côté droit depuis huit mois , et qui fut prise de convulsions du côlé gauche ; convulsions qui , pendant un mois , revinrent par accès simulant l'épilepsie. A l'ouverture du cadavre, on rencontra urf foyer non cicatrisa dans la partie médiane du demi-centre ovale droit , et un ramollissement de deux pouces d'étendue dans la partie correspondante du demi-centre ovale gauche. Ce ramollissement était d'un gris-rougeâtre, pointillé de noir par de très-petits foyers sanguins. Les convulsions récentes du côté droit étaient évidemment l'effet de ce ramollissement, et la paralysie du côté gauche le résultat de l'ancien foyer non cicatrisé de l'hémisphère droit. Les convulsions, de même que les paralysies, sont donc croisées ; lorsqu'il y a coïncidence des convu.fâ'ons d'un côté, avec la paralysie de l'autre , il y existe deux altérations spéciales , l'une correspondant à la paralysie , et l'autre aux convulsions. Quant aux paralysies directes, il n'en existe pas ; c'est une erreur d'observation qui les a fait admettre (i).

(i) J'ai traité ce point avec quelques détails dans VÀn~ nualre des hôpitaux (1819); j'y renvoie le lecteur j mais pour montrer avec quel soin doivent être recueillies les observations pour ne point s'en laisser imposer par ies apparences, je vais rapport^jun fait observé récemment dans ma division , et qui fit croire d'abord à l'existence d'une paralysie directe.

Dimbley ( Marie) , Ti^ée de dix-neuf ans, d'une forte constitution , fut prise, le 16 janvier i8a6, d'une céphalalgie asseï

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intense, accompagnée les jours suivans île douleur vive à l'épigaslre, avecnauséesetvomissenieus Je malièros bilieuses. En mCme temps aussi les lombes, les cuisses et les jambes étaient le siège d'une douleur conluse. Dès le q du même mois, cette fille avait eu ses règles, dont la durée fut de trois jours comme de coutume.

Le samedi ai janvier, la céphalalgie, la douleur de l'èpigastrc, les vomisseraens s'étaient dissipés j dès le matin, des boutons varioliques se manifestèrent d'abord à la face, puis sur le col et la poitrine , et ensuite sur les autres parties du corps. Le dimanche, elle entra à l'hôpital de la Pitié, et le lundi matin elle nous offrit le premier degré d'une variole semi-confluente. La rariole suivit sa marche ordinaire jusqu'au jeudi 26 janvier.

Ce jour, la malade était assoupie et couchée sur le côté droit; de temps en temps elle «'agitait, et répondait brusquement aux questions qui lui étaient adressées. Si on la plaçait sur le côté gauche, elle faisait des efforts pour se remettre sur le côté droit; on s'aperçut alors que le côté gauche était presque immobile, surtout le bras : si on lui pinçait le bras gauche, elle cherchait avec 1;* main droite à repousser celle de l'observateur. Elle accusait une douleur vive dans le côté droit de la tête. Les 27, 28 et 39, son état était le même; dans la nuit du 28 au 29, elle tomba de son lit. La douleur de tête se fait toujours ressentir du côté droit.

Des mouvemens convulsifs se manifestent dans la nuit du 29 au 5o. Le malin , les yeux roulent dans les orbites , les mouve?nens convulsifs agitent toute la face et tout le corps , principalement du côté droit. Les membres sont tortue, la bouche est remplie d'écume , la tête est inclinée à droite; il V a suspension complète de tous les sens pendant la durée des mouvemens convulsifs.

Le 3i , les convulsion? de la v^-ille se renouvellent: le

■^OO PHYSIOLOGIE liT Ï'ATHOLOGIE.

i" février, elles sont un peu moins intenses. On remarque que dans les accès le bras droit ei^t agité violemment et exécute des moiivemens précipités de flexion et d'extension. Jamais la malade n'avait eu de convulsions avant la présente maladie.

Le 5 février Dîmbley est mieux ; la figure s'est rapprochée de son état naturel, la paralysie dos membres gauches a presque entièremeni disparu j du 6 au i4, la malade se sert du bras gaucho , et prend sa tisane avec la main du même côté. Le dévoiement persiste j elle maigrit beaucoup et d'une manière rapide.

Du i5 au 26, le dévoiement continue, la faiblesse augmente de jour eu jour. Elle succombe le 27 du même mois. Nous apprîmes alors seulement, que deux jours avant, les attaques d'épilepsle avaient reparu , et que la nuit de la morl elle était tombée quatre fois de son lit.

Autopsie. Les membres gauches ne présentent point de roideur, de même que la jambe Jroite; le brds droit est au contraire contracté, ainsi que les doigts de la main du même côté.

La dure-mère ne jirésente rien de particulier j une couche de pus blanchâtre liquide se remarque au-dessous de l'arachnoïde ; elle occupa le centre de l'hémisphère gauche , et s'étend, d'avant en arrière et de dedans en dehors, jusqu'à un demi -pouce de la circonférence.

La substance corticale dans le lobe postérieur offre une suppuration verdâtrc; la pie-mère, qui s'insinue dans les anfracluosités de celte partie de l'hémisphère, est détruite. Une section oblique de dedans en dehors étant pratiquée sur l'hémisphère gauche , au -dessus des ventricules latéraux, montre que la suppuration occupe toute l'épaisseur du lobe postérieur. Toutefois celte suppuration verdâtre est encore plus marquée au centre qu'à la périphérie. La partie iofé-

niTSIOI.Or.IE F.T rATnOLOCIE. -70 1

ricuic du lobe moyen tin côié gauche préseiilc 'lans la substance grije le mêino aspect veidâlio , quoique la suppuration ne soit pas encore formée.

Sur le ilcMii-ccnUe ovale gauche, on voit encore quatre petits loyers offrant le même aspect vcrdâtre. Trois , éloignés les uns des outres d'environ un pouce, correspondent i la couche optique et au corp;- slrié; ib peuvent contenir un pois à cacl.'-rc. Le quatrième, fitué à six lignes de Tixlrémilé du lobe antérieur et à ?a superficie, pourrait loger une pt tite amande.

Dans l'hémisphère droit et dans la partie du demi-centre ovale, qui correspond au lobe moyen, existent deux petits foyers verdAtres sein])lables pour la grandeur aux trois premiers que nous avons décrits dans l'hcmisphère gauche. Ils sont à nn pouce de distance l'un de l'autre, et ne s'étendent pas au-delà de la substance blanche.

La moelle épinière était parfaitement saine. Je néglige do rapporter les altérations des autres viscères.

Avant de commencer l'examen de celte observation , il est bon de remarquer que ce lait avait d'autant plus fixé l'attention des élèves, que, peu de temps auparavant, on m'avait nié, dans l'Académie royale de Médecine, la coïncidence de l'encéphalite avec la variole confîucnte. Je dois prévenir aussi qu'ayant été indispose dans le mois de janvier, je ne vis la malade que quelques jojirs avant la mort ; mais l'observation ayant été rédigée par un de mes élèves les plus instruits , M. JMartel , on peut la regarder comme parfaitement exacte.

Cela étant, il faut expliquer les symptômes par les altéralions : et d'abord une douleur vive se manifeste du côté droit delà tête, les membres gauches paraissent paralysés; cela indique une irritation du côté droit du cerveau. La paralysie S€ dissipe assez promplement; la malade peut se servir de la main gauche j on trouve deux petits foyers dans le demi-

Quoique j'aie établi, l'un des premiers, que les lésions artificielles du corps calleux (i) n'exercent aucune influence sur le§ mouvemens volontaires, je pense que cette observation a besoin d'être de nouveau confirmée chez l'homme (2). 11 en

centre ovale droit. Le peu d'intensité de la paralysie coïncide donc avec le peu d'étendue de l'altération de l'encéphale.

Au contraire, dans les mouTenaens convulsifs, le côté droit est principalem înt affecté j le bras droit est principalement agité; et agité de manière à fixer l'attention des malades qui avoisiuent son lit. Que trouve-t-on ? ce que l'on doit trouver, le lobe postérieur gauche en suppuration. Cette vive irritation de ce lobe explique donc la violence des convulsions droites, surtout du brasj de même que le peu d'intensité de la lésion du côté droit explique la faiblesse de la paralysie gauche.

Mais pourquoi la paralysie droite n'a-t-elle pas succédé à la désorganisation si profonde de l'hémisphère gauche ? C'est un point encore obscur de la pathologie de l'encéphale , que je n'entreprendrai pas de traiter en ce moment. Ce que je veux faire ressortir présentement , c'est que, sans un examen approfondi, on aurait pu négliger les convulsions du bras droit, s'arrêter uniquement sur la paralysie gauche , et conclure, d'une part, l'existence d'une paralysie directej del'autre, la coïncidence d'une seule altération produisant uoe paralysie directe et des convulsions croisées; ce qui, je crois, ne se présentera jamais à un observateur attentif.

(1) Annuaire des hôpitaux, troisième et quatrième expériences, pag. 559.

(2) Reil a rapporté un cas de lésion du corps calleux sans paralysie; mais il ne faut pas oublier que, dans les idées de ce

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estdcmêmede la voûte à trois piliers: l'induction nous porte à croire que ces parties sont étrangères à l'exercice de ces mouvcmcns , puisque nous les voyons manquer dans des classes où ces mouvemens ont acquis leur plus haute énergie ; mais, pour la solution de questions de cette importance, l'induclion n'est pas preuve : il faut des faits, et des faits observés chez l'homme (i).

Avant de quitter ce qui a rapport aux paralysies , nous devons dire un mot des moyens par lesquels la nature en opère la guérison. Toute paralysie coïncidant le plus fréquemment avec une solution de continuité des fibres de l'encéphale, le mouvement ne se rétablit que lorsque la réunion des fibres divisées est opérée. Il y a alors formation d'une cicatrice dans la masse de l'encéphale; j'ai prouvé ce fait à une époque où les paralysies étaient

célèbre physiologiste, la substance blanche, organe delà sensibilité , était déclarée impropre i exciter les mouvemens : or le corps calleux étant une voûte entièrement formée de matière blanche, ce fait venait merveilleusement à l'appui de son opinion.

(i) J'ai observé trois cas de destruction presque complète de la voûte; dans deux, il y avait eu une faiblesse générale de tous les membres ; dans le troisième , que j'ai publié dans le journal de M. Magendic , ce résultat était douteux. Dans un cas semblable , publié par un de nos bons observate-irs, M. le docteur Martinet, l'intégrité des mouvemens avait survécu au ramollissement d'un hémisphère et de la voûte.

904 riIYSIOtOGIE ET PATHOLOGIE.

répiUées incurables. Si un paralytique recouvre l'exercice des itiouveniens et qu'il succombe à une autre maladie, ou trouve la cicatrice au point où s'était formée la division de l'encéphale. La cicatrice est plus ou moins ferme, les lèvres de la division sont plus ou moins bien rapprochées, selon que les mouvemens sont devenus plus ou moins libres. Lescicatricf? sont: ou linéaires, la guérison de la paralysie est alors complète; ou aréolaires , la guérison est alors imparfaite ; lesmouvemens sont plus ou moins gênés. Une paralysie étant complètement guérie, il arrive quelquefois que, sans cause connue, et sans une nouvelle attaque d'apoplexie , la perte du mouvement reparaisse : dans ces cas, ily aintiltraîionde lacicatrice; lacicalrice, de linéaire qu'elle était, devient aréolaire ; les aréoles se remplissent d'une sérosité jaunâtre; les lèvres de la plaie de l'encéphale , écartées , sont ainsi maintenues à distance. Ces cas sont fréquens, surtout chez les vieillards faibles. D'autres fois, une nouvelle attaque d'apoplexie, une chute ou un coup porté s.ur la tête , rompent la cicatrice ; aussitôt la paralysie se reproduit. J'en ai rapporté un exemple remarquable, il y a sept ans (i). Cet effet n'a lieu que dans les cicatrices récentes; les cicatrices anciennes résistent plus que les parties de l'encéphale qui les avoisinent. On voit très- fréquemment dfes foyers sanguins rècens, creusés à côté des cicatrices.

(i) Journal universel des sciences médicales , tom. XI.

PHYSIOLOCIK KT PATHOLOGIE. n(»6

qui ont résisté aux eflbris j)ar lesquels ont été brisées les parties do l'encépliale qui les avoisinent. On ne saurait trop adniinîr à ce sujet les ressouret's <le la nature.

Quand je publiai mon mémoire sur la guérison des paralysies par la cicatrisation du cerveau, on dcmauda comment ce fait avait échappé si lowj;temps aux recherches des observateurs. Si l'on eût consulté l'histoire de la science, la question inverse eût élé plus juste. Comment l'aurait-on découvert sous l'influence des hypothèses qui se sont disputé le domaine du système nerveux î De quel intérêt pouvaient être ces cicatrices, quand les mouvi'mens étaient attribués à l'arachnoïde, par lliolan , et à la dure-mère , par Baglivi ? Pendant le long rêve des esprits animaux, quel auteur eût imaginé que la substance blanche pût se régénérer indépendammejit de la matière grise, qui st.'ule pouvait sécréter ces esprits? Et dernièreineutencore, quand on taisait procéder la matière bkmche de la grise , quand cette dernière était une sorte de matrice où s'engendrait la première , qui eût songé à voir une cicatrice se former de toute pièce, dans le centre de la matière blanche? Toutes ces hypothèses détournaient les observateurs, et leur faisaient regarder comme impossible la régénération de la matière blanche sans matière grise. Pour la découvrir , il fallait donc observer, l'esprit libre de toutes ces suppositions.

C'est une position nouvelle dans la science , que II. 45

d'avoir à se demander si les hémisphères cérébraux sont les organes immédiats des sens. Cette question ressort directement néanmoins des travaux récens sur la cinquième paire, et des faits pathologiques relatifs aux altérations du segment basilaire de l'axe cérébro-spinal du système nerveux. 11 devient donc plus important que jamais de chercher à préciser la part que prennent à l'exercice des sens les lobes cérébraux , pour la distinguer de celle qui paraît dévolue et à la cinquième paire et à la moelle allongée.

Boerhaave ayant posé en principe que l'action de chaque nerf existait à son point d'insertion sur l'axe cérébro-spinal , les physiologistes et les pathologistes placèrent le siège de l'odorat aux environs du champ olfactif, et celui de la vision dans la couche optique. Le sens du goût et celui de l'ouïe résidaient vers les bandes inférieures delà moelle allongée, et le toucher , sens plus général, était disséminé dans la masse des hémisphères. Voilà ce que l'on croyait, et ce qui doit être réformé ou modifié.

En attendant de nouvelles lumières, nous devons dire sur quelles bases étaient établies ces données. Saucerotte, par ses expériences stir les animaux, semblait avoir établi sans réplique que l'odorat avait son siège dans le champ olfactif, puisqu'il abolissait ce sens par la section de celte partie ; Lover l'avait vu détruit chez l'homme par une tumeur qui comprimait les branches d'insertion

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du nerf olfactif ; et moi-même , dans plusieurs altérations organiques du champ olfactif, je croyais ni'être assuré que rolfaclion était perdue dans la narine correspondante à la lésion. ]\Iais les conclusions que nous avions déduites de ces faits et de ces expériences sont singulièrement atténuées par l'observation récente de Béclard , qui constata la persistance de l'olfaction dans une dégénérescence presque cancéreuse du champ olfactif.

L'influence des hémisphères cérébraux sur la vue estbien mieux prouvée que celle de l'olfaction. Coïler, Valsalva , Pourfour-Petit , Sauccrotte , ont constaté la perte de ce sens à la suite de l'altération ou de l'ablation des lobes cérébraux. Cet effet a été vérifié par tous les physiologistes de nos jours ; mais ces expériences , en montrant l'action des hémisphères sur la vision , n'apprennent rien sur la partie qui en est spécialement le siège. La pathologie est un peu plus précise que la physiologie expérimentale.

Dans les altérations de la périphérie des lobes, à quelque profondeur qu'elles pénètrent, la vue reste intacte. Il en est de même du corps strié La masse de la couche optique paraît être le foyer de ce sens chez l'homme; encore n'y concourt-elle pas eu entier. Ainsi j'ai vu toute la surface supérieure détruite , sans que la vision fût altérée ; j'ai observé cette destruction tantôt d'un seul côté , tantôt des deux à-la-fois , la vue restant intègre. Quand la couche optique est détruite dans sa pro-

fondeur» la vision n'est perdue que lorsque la désorganisation pénètre au niveau du point de départ de la, commissure molln : cette commissure paraît être la limite de ce sens , d'après les faits que j'ai observés. Si les genoux sont détruits, la vue est perduue de l'œil opposé ; l'altération d'un seul ne fait que. l'affaiblir. ^tî^''^ '^^>

Quelquefois les malades voient les objets doubles ; quelquefois aussi ils voient les objets doubles d.'un œil et simples de l'autre : alors, la vision est singulièrement troublée. L'instinct porte constamipoDît tes malades à ne se servir que de l'œil où la vueè3t*simple. Dans d'autres cas, la vue est d'abord double d'un œil , simple de l'autre; puis l'œit à vue simple devient double, celui à vue double devient simple. Dans quelques-unes de ces ano malins, j'ai rencontré des altérations du tubercule optique et des pédoncules cérébraux; mais , dans lou9 ies cas , ces altérations m'ont paru insuffisantes pour rendre compté dés phénomènes observés.. Si on ajoute à ces faits les cas nombreux de cécitç^causés par diverses productions contre aatui?e, qui comprimaient le nerf de la vision •SpiïiP'des endurcissemens de son tissu, ou l'atrophie^ même de ce n<5rf, on verra que Faction immédiate des hémisphères sur la vision est mieux établie que celle de l'odorat. Toutefois, cette action n'a lieu que chez les mammifères et les oiseaux. Chez les reptiles et les poissons, les lobes cérébraux sont complètement étrangers à l'exercice

PHYSIOLOGIE Kl rA.TUOJ.OGlE. 709

de et' sens (i). Quant au sons de l'ouïe et du goùt, \ti uc connais aucune observation qui puisse faire j3résuuier une action directe exercée sur eux par les lobes cérébraux.

(i) Ayjiiil fait répcler par plusieurs de int-s élcvcs les diverses expériences consignées dans cet ouvrage, la perle de la vision par l'ablation des lobes cérébraux lut le phénomène qui frappa le plus leur altontion; je transcris ici le passage de M. le docteur Lacrampe-Louslau, dans lequel se trouvent les probabilités anatoruiques de ce fait.

« Je ne savais coniuient me rendre raisou de la perle de la 1) vision par Taldalion des hémisphères cérébraux. Je fis patl » de mon embarras à IM. le professeur Serres, qui ouvrit » l'atlas de son anatomie comparée du cerveau, et me donna n la note sirivartle.

» Les cordons moyens de la moelle épinière, situés au côté » externe des pyramides, montent parallèlement à elles jus- • qu'à la partie antérieure du bulbe de la moelle allongée; » ils s'en écartent en cet endroit, pénètrent dans l'intérieur » des tubercules quadrijumeaux, auxquelsM. Serresa donné I» le nom de lobes optiques dans les trois classes inférieures. » Parvenus dans les ventricules de ces tubercules , ils se » plongent dans un renflement de matière grisâtre , et se di- » visent en sortant en quatre lames, dont deux grises et deux T blanches. Les deux lames blanches, parvenues à la partie » antérieure des lobes optiques, s'adossent au faisceau des » pyramides, et vont s'épanouir avec elles dans les héini- » sphères cérébraux. Le prolongement de ces lames n'existant » pas chez les reptiles et les poissons , cela explique pourquoi » dans ces deux classes l'ablation des lobes cJirébraux n'in- » téresse en rien la vision. » ( Deuxième mémoire , pages 5o et 5i.)

yiO PHYSIOLOGIE ET PATHOLOGIE.

Pour compléter les effets résultans des altérations matérielles des hémisphères cérébraux, nous devons dire un mot du trouble qui se remarque quelquefois dans la manifestation de l'intelligence.

Tantôt il y a perversion de l'intelligence par la lésion d'un seul hémisphère cérébral , tantôt cette lésion unllobaire est sans effet sur les facultés intellectuelles. C'est sur-tout lorsque l'altération est bornée , que cette intégrité de l'intelligence a été observée ; et c'est aussi pour en donner l'explication , que l'on a imaginé qu'un hémisphère suppléait à l'autre, ou mieux encore qu'on ne pensait que par un seul hémisphère, comme on ne voyait que d'un œil , qu'on n'entendait que d'une oreille. Cette manière d'expliquer L'unité de l'être sentant, au milieu de la duplicité des organes des sensations , ne mérite pas une réfutation sérieuse : c'est le dernier terme de l'abus d'une supposition de Locke.

L'action simultanée des deux hémisphères semble mieux prouvée, dans les cas où la perversion de l'intelligence est perçue par le malade même: tel est celui où un seul hémisphère étant profondément affecté, le malade comprend les questions qu'on lui adresse, médite sa réponse, et, lorsqu'il veut l'exprimer , parle tout différemment qu'il n'a pensé, profèredes mots, des phrases et des réponses qui ne sont ni les réponses , ni les phrases , ni les mots qu'il avait intention de proférer. Le malade qui s'aperçoit de cette incohé-

PHYSIOLOGIE KT rATUOLOGlE. 711

rence, s'intcrrompl , se reprend, recommence et ne parvient jamais à exprimer sa pensée. Il faut avoir été témoin du combat intérieur que se livre le malade, pour concevoir ce déplorable état. 11 semble, dans ces cas, que l'action des deux hémisphères est désunie ; que l'hémisphère sain pense, perçoit , réfléchit , et que l'hémisphère malade exprime. L'âme se juge elle-même.

Tels sont encordes cas d'altération unilobaire . dans lesquels les malades ne peuvent proférer qu'une seule phrase , toujours la même. Ik ! ..La. Not. . . Seigneur !.. . répondait toujours une femme à toutes les questions : elle exprimait nettement ces mots à la suite les uns des autres ; mais si , on voulait les lui faire prononcer isolément, si par exemple , on lui disait de commencer par Seignetir, elle faisait des efTorls inouis sans y parvenir, etenfin après un instantelle proférait sa phrase dix ou douze fois de suite , comme par une espèce d'explosion. Tel était encore un ancien jardinier, qui prononçait avec une volubilité que pas un de nous ne pouvait égaler, Bé Bé Rc... A.. O.... Telle est encore une jeune femme qui vient une ou deux fois l'an dans ma division , et dont tout le vocabulaire est renfermé dans ces mots : eli bien ! pas toujours comme ça !... INous avons inutilement fait tous nos efForls pour lui faire proférer isolément bien!.... toujours.... pas.... ça... comme. ... cette association de mots paraît irrésistible chez cette femme hémiplégique, dont la douceur et

7 1 2 PHYSIOLOGIE ET FATUOLOGIE.

ia gaîté n'ont point été altérées par cette cruilie position (i).

Constamment l'altération profonde des deux lobes cérébraux trouble l'intelligence, et la trouble en en paralysant la manifestation. Il n'y a plus de détermination réfléchie; l'œil voit, l'oreille entend, la langue et le palais goûtent ; mais l'âme ne juge plus : la vie de relation est anéantie; l'homme est complètement réduit à la vie végétative ; il mange, boit et dort, ou plutôt on le fait boire et manger, et exécuter les diverses fonctions animales, sans qu'il manifeste ni désir ni opposition. On lecouche d'un côté, il y reste ; on le place de l'autre , il y reste encore : si on cherche à l'exciter fortement et qu'on y parvienne, il tient les yeux fixement ouverts ; mais cette fixité du regard est le seul signe par lequel il manifeste qu il a senti qu'il vivait encore. II y a impression sur les sens, mais la perception et la sensation sont éteintes. C'est cette absence de sensations que l'on provoque chez les animaux, par l'ablation des lobes cérébraux , soit qu'on la pratique par le procédé de Goïter .

(i) Peut-on expliquer ces faits par V association des înouvemens dont Reil s'est presque seul occupé parmi les physiologistes modernes? De là un précepte important de pratique» et qui m'a réussi un grand nombre de fois , c'est d'apprendre à parler aux malades, quand la guérisori s'annonce; de leur enseigner ic syllabaire, de les faire épeicr, et de ne leur faire prononcer des mots entiers que lorsque toutes les combLuaisons du syllabaire leur sont Êamih'ères.

VIIYSIOLOGIE ET l'ATUOLOGll!. 7 I 7)

OU par coiiii de ALM. lloluiulo et Flourens (i).

Peul-oii dire alors que les lobes cérébraux seuls veulent y se déterminent , que seuls ils perçoivent j sentent i* Ce qui , dans I(; langage de tous les physiologistes, veut (lire que lame a perdu l'instrument de ses volontés, de ses dét(M'mitiali()ns, de ses perceptions et de ses sensations : ou le croyait naguère. Mais si ce même état se produit, les lobes cérébraux étant parfaitement sains, une inconnue nouvelle est introduite dans ce problème, déj'i si compliqué et si difiicile. Or, les altérations profondes du segment basilaire produisent les mêmes eflets que les altérations profondes des lobes cérébraux.

Ces faits prouvent incontestablement la part que prend l'encéphale dans la marufestation de l'intelligence. Ils montrent des altérations des facultés intellectuelles dépendantes des altérations matérielles de cet organe. Fn est-il de même des aliénations mentales? Les immenses recherches de l\I. le docteur Esquirol ont répondu négaliveujont à cette question. !MM. les docteurs Fahvt et Georget sont d'une opinion contraire; la science attend avec intérêt le résultat de leurs travaux (2).

(1) C'est cr uîCme <;tat qui a été observé dans les Ciis d'ossification complète , ou de péliiiication de la masse de l'eacépliale. Tout le monde connaît celui rapporté par le oé- Icbre Duvcracy. if'-

(î) Les procédés de ranuiomic pathologique sont si im-

7l4 PHYSIOLOGIE ET PATHOLOGIE.

Je n'ai eu en vue, dans ces corollaires, que de tracer une esquisse des altérations matérielles de l'axe cérébro-spinal du système nerveux , et de les rapprocher des phénomènes divers qui les accompagnent. J'ai passé avec rapidité sur des questions qui , tout-à-fait douteuses à l'époque où je commençai mes publications, ont subi les épreuves du temps , et ne sont plus aujourd'hui contestées par personne ; je me suis appesanti sur d'autres , à cause des controverses dont elles sont encore l'objet, et sur-tout à raison de l'intérêt qu'elles offrent pour la pratique médicale. Dans les questions tout-à-fait nouvelles que j'ai élevées , tantôt je me suis borné à exprimer le résultat, leur développement exigeant une latitude que ne me

parfaits, qu'un grand nombre d'altérations organiques échappent encore à notre investigation. Il reste à faire pour l'anatomie pathologique ce que Bichat a exécuté pour l'histologie. Cette imperfection de cette partie fondamentale de la pathologie est attestée par les discussions qni ont suivi la publication de l'ouvrage publié par M. le docteur Petit et moi, sur la Fièvre entéro-viésentériqae ^ et la localisation de toutes les fièvres, qui en est la conséquence immédiate. Personne ne s'est aperçu de cette lacune j et ceux qui avaient le plus grand intérêt à la combler , ont apporté , au lieu de faits , la métaphysique médicale du stahlianisme. En traitant , dans la pathologie du système nerveux, de la nature des altérations dont il est susceptible, je donnerai un aperçu de ce que j'ai entrepris sur ce système seulement. L'application de ces procédés à l'étude du siège des aliénations sera peut-être de quelque utilité.

permettait pas le cadre de cet ouvrage; tantôt j'ai «ppuyé CCS résultats par des faits, quand ces faits étaient de nature à porter avec eux la conviction. Dans tous les cas, j'en ai assez dit pour éveiller l'attention des observateurs et fournir aux bons esprits les moyens d'en déduire toutes les conséquences. Ces conséquences, je les ai depuis longtemps renfermées dans le problème suivant : Une maladie de l'axe cérébro-spinal du système nerveux étant donnée ^ déterminer son siéa;ej)ar les symptômes. C'est aux médecins et aux physiologistes à juger jusqu'à quel point j'en ai donné la solution.

Dans l'examen des fonctions des diverses parties de l'encéphale, j'ai souvent été ramené sur les hypothèses, les explications et les suj)positions de toute nature, que la difficulté du sujet et les imperfections de la science ont fait naître à ses diverses époques : ce tableau des oscillations des esprits est plus nécessaire qu'on ne le pense, pour mettre un frein aux suppositions et aux hypothèses nouvelles qui reparaissent dans des ouvrages d'ailleurs rccommandables , et qui le plus souvent ne sont que les hypothèses anciennes amplifiées ou mutilées : en montrant les funestes effets qu'elles ont produits , c'est garantir cette partie de la science des nouveaux dangers qu'elle aurait à courir sous l'influence des méthodes hypothétiques, substituées à la méthode expérimentale. qui en si peu d'années a produit de si grands résultais.

'Jl6 PHYSIOLOGIE ET PATHOLOGIE.

J'aurais bien d'autres faits à ajouter à ceux que j'ai rapportés; mais ils suffisent pour juger la doctrine de la localisation des fonctions et des tnaladies de l'axe cérébro-spinai. Une des erreurs de nos devanciers esl d'avoir supposé qu'il n'y avait qu'une seule action , ou , en d'autres termes , qu'il y avait dans l'encéphale un point unique qui devait les régir toutes : une seconde erreur, développée dans ces derniers temps, et qui dérive de la première , est de supposer à son tout qu'iïïie même action est exclusivement dévolue à une même partie de l'encéphale. L'une de ces suppositions n'est pas plus exacte que l'autre.

11 y a unité d'action , et diversité de parties qui concourent à la produire. Telle est la proposition la plus générale et la plus vraie qui me paraisse ressortir des faits et des expériences.

Pour que notre langage soit la représentation de nos pensées, et, autant que possible, l'expression concise des faits , je nomme excitateur le point ou la partie où parait résider telle action. Les faits et les expériences nous permettent de distinguer les excitateurs suivans :

1°, Le renflement inférieur ou la région lombaire de la moelle épinière est excitateur de l'cjaculation, de la contraction de l'utérus, de la vessie et du gros intestin.

2°. La portion dorso-costale est excitateur des intestins grêles et de l'aclion des côtes.

3°. La région cervicale est excitateur des agens

PUTSIOLOGIE ET PATHOLOGIl! 717

mécaniques de la respiration , et plus spécialement cUi diaphrai^nie.

4°. Et de plus , les cordons antérieurs de la moelle épinière paraissent les excitateurs principaux des mouvemens , et les cordons postérieurs , les excitateurs principaux de la sensibilité.

5'. Le segment basilaire est un centre d'excitation, lu o\i\c est excitateur des mouvemens du cœur; le corps restiforme , excitateur de la respiration pulmonaire^ Le cordon qui sépare ces deux liiisceaux est excitateur de l'estomac. Les excitations de conservation ou de nutrition sont ainsi concentrées dans la limite inférieure de ce segment ( Organe de nutrition de W illis. )

6°. La partie supérieure de ce segment est excitateur de ta sensibilité et de la motilité c^éncrale (Lorry). Le trapèze est excitateur des mouvemens de la face. Les faisceaux où s'insèrent les nerfs trijumeaux , l'excitateur des appareils des sens et de l'instinct.

^•. Les tubercules quadrijumeaux , que Willis regardait comme les organes de conservation^ sont excitateurs de l* association des mouvemens volontaires ou de l'équilibration ; et de plus, les excitateurs du sens de la vue daqs les trois classes inférieures.

6°. Le lobe médian du cervelet est excitateur des organes de la génération. Ses hémisphères sont excituteurs des mouvemens de» membres ^ o{ plus spé-

^l8 PHYSIOtOGIE ET PATHOLOGIE.

cialement des membres pelviens. Le cervelet est excitateur du saut.

9°. La couche optique est l' excitateur de la vue chez l'homme et les mammifères. Ses radiations sont excitateurs des mouvemens des membres tliorachiques , et subsidiairement , excitateurs de la respiration.

10. Les radiations du corps strié soûl excitateurs des membres pelviens.

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