IÀ
PIIYSIOLOCIK El PATHOI.Or.lE. 63 l
effets sont les mêmes, les membres postérieurs sont toujours plus alFectésque les antérieurs. Nul n'est plus propre à cette expérimentation que le lapin : quand on lui enlève la partie moyenne du cervelet , le train de derrière est prcsqu'immobile, tandis que celui de devant est dans une agitation continuelle. Dans les efforts que fait l'animal, il se renverse souvent en arrière, en prenapt son point d'appui sur le train postérieur resté fixe et immobile : d'autres fois l'animal pivote sur ses pattes postérieures, il décrit un cercle dont le centre correspond au train postérieur, qui ne se meut point.
Chez la grenouille , on remarque un effet à peu près semblable quand on Ja place sur le sol ; souvent elle se renverse en arrière , et souvent aussi elle décrit un arc en s'appuyant sur les pattes de derrière.
Mais c'est surtout chez les oiseaux que cet effet est sensible. Après l'ablation du cervelet les pattes sont immobiles, tandis que les ailes se meuvent encore. Lancez l'oiseau en l'air, il vole; mais tombé à terre, il ne se relève plus , parce que les pattes étant paralysées , il ne peut plus prendre sur elles son point d'appui pour s'élancer de nouveau : dans cet état , un oiseau est comme si on lui avait coupé les pattes ; et pour voir cette similitude dans ces effets , il est curieux de faire PU même temps et comparalivemenl ces deux
expériences ( i ) . Le canard placé dans l'eau perd la faculté de nager, comme la grenouille placée, sur la terre perd la faculté de sauter ; ces deux effets , en apparence si différens , proviennent donc de la même cause. Si on généralisait ces résultats, on pourrait donc dire que le cerveau est l'organe du vol, du saut et de la nage; mais ce qui est vrai pour la grenouille , le canard et le lapin , ne l'est plus pour d'autres animaux. C'est cette généralisation à laquelle nous sommes tous portés d'une manière presque involontaire , qui peut être reprochée à MM. Rolaudo et Flourens, dont 1(3S ouvrages sont d'ailleurs si remarquables.
Action et Maladies de la protubérance annulaire'
Dans les apoplexies que j'ai désignées sous le pom d'hémato-encéphalie , et de malaco-encéphalie , les symptômes les plus variés et les plus constans se manifestent, selon que la continuité des fibres de l'encéphale est interrompue sur tci ou tel point de sa surface. Avant la première pu-
(i) D'après cette influence du cervelet sur les membre.'^ postérieurs, les cétacées devraient avoir éprouvé une diminution notable dans le volume de cet organe, ce. qui n'est pas. Bien plus, le cervelet a singulièrement accru de volum»'. Cette anomalie me paraît inexplicable dans l'état présent ii«^ la science.
PHYSIOLOGIE ET rAÏHOLOf.IE. 63.>
blicalion de mes recherches , on négligeait conij)lcteinent leur étude ; l'hypothèse d^î la compression de l'encépl^ale par les liquides en détournait les esprits, (i)
On sait aujourd'hui que les paralysies affeclont tantôt la nioilié du corps , tantôt une jambe ou un bras , ou qu'enfin tous les muscles subjaccns à la tête peuvent être paralysés instantanément. Ouelle est la partie du cerveau qui régit ainsi la presqug totalité des mouvemeus soumis à la volonté ?J/anatomie aurait pu le dire; mais la patlio-
(i) Celte hypothèse n'était que la conséquence rigoureysement déduite du système des esprits animaux. Ces esprits étaient si déliés, c'était une vapeur tellement subtilft, que quelques gouttes de liquide sufTisaicnt pour oblitérer les pores d'où ils transsudaient, ou inletrompre la continuité des canaux dans lesquels s'opérait leur circulation; telle était la base sur laquelle était étayée la doclrine dés maladies du système nerveux. Cette doctrine était admirablement liée dans toutes ses parties ; tout s'expliquait par elle , comme on peut surtout en juger par l'ouvrage de Vieussetls; mais on ne saurait trop le répéter, on n'avait qu'une doctrine de convention ; tout le monde admettait l'existence des esprits animaux, tout le monde devait nécessairement admettre les conséquences de ce système. Personne n'y croit plus de nos jours, et cependant la science a conservé et conserve encore les explications qui sont nées de leur existence. Cette contradiction est choquante ; n'a-t-on pasreprocbé à M. Flourens la nullité d*' la plupart de ses résultats, en se fondant sur ce qu'il nielfait ses animaux en apoplexie en laissant du sang épanché dans le crâne ? Pour«juger de cette erreur, voyez mon travail «iir le* Apoplexies, Annuaire des hôpUaux , 1819.
logie a encore ici devancé l'anatomie et la physiologie. Chez trois hommes dont j'ai rapporté l'histoire dans un autre ouvrage, l'immobilité générale avait été produite par la destruction presque complète de la protubérance annulaire (£femato-mésocèphalie ).
Sur deux autres, observés l'un en 1822, l'autre en 1825 , un phénomène assez remarquable s'était manifesté. Au moment de l'attaque, ils ressentirent une douleur des plus vives , jetèrent des cris et coururent devant eux comme pour éviter un grand danger. Ils tombèrent après environ cent pas. Chez tous les deux , la tendance à se porter en avant avait été spontanée; la protubérance annulaire avait été détruite dans toute sa profondeur , et la paralysie complète.
Chez une femme , dont la moitié postérieure du mésocéphale était squirrheuse,lardacée [scléroîiiéso - céphalie ) , la marche avait d'abord été chancelante comme dans l'ivresse , puis la mobilité et la sensibilité furent entièrement perdues. On l'excitait , elle ne sentait point ; on la mettait sur un côté , elle y restait jusqu'à ce qu'on la déplaçât de nouveau. Elle perdit la vue complètement sans opacité dans les cornées; elle perdit le goût , l'ouïe et l'odorat ; la vie de relation était tout'à-fait anéantie un mois avant sa mort. Ces phénomènes étaient évidemment le résultat de la désorganisation de la protubérance annulaire , et de l'insertion des nerfs trijumcauXc
rnYsioLO(;iE i:t I'Atiiologie. 6ùb
Lu homme décédé le 20 novembre 1821 , dans les salles de M. le docteur xMontaigu , à l'Hôtel- Dieu , avait ofFcrl les mêmes phénomènes : insensibilité , immobilité absolues; perle du goût, perte de la vue , perte de l'ouïe et de l'odorat. La partie inférieure de la protubérance annulaire était ramollie, réduite en bouillie {malaco-mcsocephalie ) le milieu était dur et lardacé (1).
Chez tous ces malades , des douleurs atroces avaient précédé la perte complète de la sensibilité. Cette propriété réside donc spécialement dans la protubérance annulaire et dans la partie de la moelle allongée qu'elle embrasse. Elle est donc aussi le centre du principe des mouvemens volontaires. Que conclure de cette coïncidence de la perte de tous les sens, par la désorganisation de la protubérance annulaire ? Ces faits n'expliquentils pas ceux que nous avons déjà cités à l'occasion de la section et de la désorganisation des nerfs trijumeaux?
Dans ces cas de ramollissement de la partie moyenne du mésocéphale , les mouvemens avaient d'abord présenté l'agitation de la danse de sainlguy , puis l'incohérence de l'ivresse , puis la paralysie complète.
Sur tous ces malades, les pupilles ont été contractées ou immobiles , selon que les muscles
(1) Celle observation a été parfaitcmenl rédigée par M. h tlnclcnr Parisel , interne de la division.
636 PHYSIOLOGIE tr PATHOLOGIE.
étaient en agitation ou en repos. Dans ceux où kî. protubérance était plus affectée d'un côté que de l'autre , le nerf facial était paralysé du côté opposé , la commissure des lèvres déviée , la narine immobile ; le bégaiement avait lieu.
Sur la plupart , tous les muscles inspirateurs étaient immobiles , et la respiration était interrompue par la cessation d'action des puissances inspiratrices , effet bien différent de la paralysie des poumons produite par l'altération du corps restiforme ou de l'olive. J'ai vu souvent alors le rire sardonique coïncider avec l'agitation générale. Le rire sardonique était évidemment l'effet de la convulsion du nerf facial.
Dans les encéphalites aiguës (fièvres ataxiques) , l'inflammation de la protubérance annulaire produit la rigidité de tous les membres, la contraction permanente des pupilles.
Si la protubérance est plus enflammée à droite qu'à gauche, il y a rigidité plus grande du côté gauche et constriction plus prononcée de l'iris à droite. Si l'inflammation est plus forte à gauche , les symptômes sont inverses ; l'iris gauche est la plus resserrée , et les membres droits les plus contractés. Souvent aussi il y a rigidité des mâchoires. Les phénomènes qui se développent du côté de l'iris sont expliqués par l'action de la cinquième paire , et ceux des raouvemens par celle de la protubérance.
Dans ces cas , et surfont lorsque l'irritaiion sç
riIYSlOLOCir. ET PATITOI.OCIE. (i.^T
propage jusques sur le bulbe rachidicn , on observe le vomissement , et les irrégularités de la Inspiration et de la circulation qui accompagnent si fréquemment les encéphalites.
Tels sont les phénomènes que développent les maladies organiques de la protubérance annulaire ; la physiologie expérimentale les produit en grande partie sur les animaux. L'irritation artificielle produit la contraction des pupilles , l'agitation convulsive et générale de tous les muscles, leur paralysie complète, la paralysie des muscles inspirateurs , le vomissement , et sa cessation par l'aplatissement du bulbe rachidien. L'irrilation de la protubérance du côté droit détermine des convulsions à gauche . et le resserrement de l'iris à droite ; l'inverse a lieu quand on irrite le côté gauche. /
Quand on a détruit complètement la protubérance et le bulbe rachidien , l'animal est complètement insensible; 'il est complètement immobile: ou peut l'irriter de toutes les manières , il est insensible à tout; état qui reproduit si exactement ce que nous ont présenté nos malades. La respiration s'arrête , et elle s'arrête par la cessation seule des puissances inspiratrices , tant que les côtés de l'olive et la base du pont ne sont point intéressés dans la section. C'est d'après ces résultats que Lorry décida que la moelle allongée était le seul organe actif du cerveau, et
qu'elle était le principe et la source du mouvement et du sentiment.
Une de ses plus belles expériences, et que la plupart des physiologistes modernes ont répétée, esi celle qui consiste à enlever à un mammifère les lobes cérébraux, les tubercules quadrijumeaux , le cervelet , et de ne laisser de la protubérance que la partie qui correspond au-dessus de l'insertion de la cinquième paire. Dans cet état , l'animal , réduit au segment basilaire de l'encéphale , a une vie régulière et constante ; la respiration et la circulation s'exécutent librement, quoiqu'avec un peu plus de précipitation que dans l'état naturel. La sensibilité est conservée ; l'animal sent quand on le pique; et il a la conscience de cette sensation , et la volonté de s'y soustraire , puisqu'il agite les pattes , le tronc et la queue avec régularité , sans néanmoins pouvoir marcher ; il ouvre la gueule pour crier , sans produire de cris ; il entend, , il sent , il paraît même goûter les substances que l'on place dans sa bouche. Mais la vue est perdue ou paraît perdue; sans cette dernière circonstance, cette expérience serait la contre-épreuve rigoureuse des effets obtenus par la section de la cinquième paire. C'est à l'intégrité de l'insertion de ce nerf qu'est due la persistance des sensations , car dans les maladies de la protubérance, tant que îaltcration ne s'étend pas sur ces cordons d'inser-
PHYSlOl.or.Jt ET rATIlOLOClE. (ijp
lion, les sens restent intègres; ils sont anéantis quand ils sont atteints. Cet elFet est beaucoup plus prompt quand la maladie commence par les cordons supérieurs du quatrième ventricule, que lorsqu'elle débute par la partie antérieure. Aussi « chez les animaiix , les faisceaux qui forment le plancher du quatrième ventricule étant enlevés jusqu'à la cinquième paire, ou paralyse les sensations de la face, tandis que les faisceaux extérieurs intermédiaires aux deux nerfs laissent persister ces sensations (M. Desmoulinsj (i).
Cette iidluence du segraent^basilaire de l'encéphale est plus prononcée chez lès oiseaux que chez les mammifères ; elle est plus prononcée chez les re]>liles que chez les oiseaux , comme l'attestent les expériences de Rcdi , de Fontana et du profesicur llolando. 11 paraît être le point de
(.) Je n'ai pas réussi à produire ces derniers effets dans mé expériences, quoique j'eusse préparé et fait représenter r'ez les animaux celte partie, pour montrer qu'elle est 1<^ épétition de celle de l'homme. En parcourant sur mes refjistres les expériences que j'ai tentées sur ceUe partie, j'en trouve une qui a beaucoup d'intérêt dans le moment présent : elle est de Cockburn. » Si j'enfonce un stylet entre la première vertèbre et l'occipital , je produis des mouvemens convulsifs généraux, et dans les yeux, au bout "de trois jours la vue se trouble, parce qu'il sdnnent des ulcères à la cornée y et que fout fœil se détruit . D'où je conclus que les nerfs optiques ne finissent pas, ou ne commencent pas , comme on !e dit , aux couclies i-niiquos »
64o PHYSIOLOGIE ET PATIIOLGCilE.
réunion des principales facultés des poissons , comme l'avaient soupçonné Collins et Manget, et comme peut le faire présumer l'anatomie de cette partie, si richement organisée dans cette classe, tandis que les hémisphères cérébraux sont si descendus dans leur organisation.
On a dit et on a crîj , d'après Hippocrate, que la même lésion du cerveau pouvait produire la paralysie d'un côté , et les convulsions de l'autre. La paralysie était croisée et les convulsions étaient directes. Ces deux effets sont contradictoires et inconciliables , car ils se passent tous les deux dans les muscles; ils sont dépendans delà même propriété. Les convulsions sont l'irritabilité en action; et la paralysie, le repos ou l'anéatitissement de riiritabilité. Cela est si vrai, qu'en irritant lè cerveau, par exemple, on détermine d'aboid des convulsions dans le côté opposé; si l'irritition est long- temps continuée, et l'organe détnit, les divers muscles qui étaient en convulsion ce- ^Hennent immobiles et paralytiques. Les convu.sions et les paralysies sont deux états divers . ou deux modifications d'une même propriété. 11 est donc impossible que la même altération produise les convulsions d'un côté et la paralysie de l'autre.
Lorry s'aperçut de cette contradiction : en admettant les faits que l'on rapportait à son appui, il essaya d'en rendre raison en cherchant à produire artificiellement cette alternative de convul-
PHYSIOLOGIE ET PATIIOLOGIIL. 64 1
sions d'un côté et de paralysie de l'autre. Il crut que la moelle allongée les lui avait présentés, mais il hésita dans les conclusions. M. Flourens , dégageant ces expériences de la complication qu'elles pouvaient offrir , a conclu rigoureusement que la moelle allongée est directe dans son action , et il pense qu'Hippocrate a voulu parler des lésions complexes d'une partie croisée de l'encéphale avec une lésion coïncidente de la moelle allongée. Mais les faits rapportés dans la science, par Baglivi , Bonnet , Morgagni et quelques modernes, sont tous des lésions simples, et des lésions qui intéressent uniquement les hémisphères cérébraux. En supposant donc que l'action de la moelle allongée soit directe, l'explication de notre habile physiologiste ne leur est point applicable.
Mais la moelle allongée a-t-eiic une action directe? En bornant, comme je l'ai fait, et comme l'a fiiit aussi M. Flourens , la moelle allongée à la partie postérieure des tubercules quadri jumeaux , on voit que chez les mammifères et l'homme les deux tiers do la protubérance sont compris dans cette limite. Or, l'altération de toute la protubérance est croisée ; un foyer à gauche produit la paralysie à droite, et vice versa. Et dans les cas où j'ai eu assez tôt les maladies sous les yeux, j'ai vu des mouvemens convulsifs précéder la perle croisée du mouvement; jamais je n'ai remarqué de convulsion directe. Si on enlève à un animal les hémisphères cérébraux , les luber- II. 4i
6f^2 PHYSIOLOGIE ET PATHOLOGIE.
culcs quadri jumeaux et le cervelet, de manière à conserver la protubérance, et que l'on irrite celleci , on détermine constamment les convulsions croisées, et aux convulsions succède la paralysie. L'effet n'est direct qu'au delà de la protubérance , au point qui correspond au niveau des olives.
L'effet est un peu différent chez les oiseaux; l'action croisée de leur moelle allongée (la protubérance n'existant pas ) , ne se manifeste qu'au dessus de l'insertion de la cinquième paire. Audessous l'effet est direct; mais alors ce résultat s'étend et aux . convulsions et aux paralysies. M. Flourens ayant expérimenté sur les oiseaux , a sans doute été induit en erreur en voulant étendre aux mammifères ce que lui avait offert cette classe. Car, comme je l'ai déjà expliqué, la moelle allongée et tout l'encéphale a une action directe chez les reptiles et les poissons.
Au reste, commençons par savoir s'il y a réellement dans une même affection de l'encéphale convulsion directe d'un côté , et paralysie croisée de l'autre. H y a déjà plusieurs années que j'ai mis en doute ceux que l'on a rapportés; je ne sache pas que personne en ait vu depuis. Plus de deux mille paralytiques ont été soumis à mon examen; jamais je ne l'ai remarqué. Avant de vouloir expliquer le fait , il faut le constater.
Action et Maladies des tubercules quadrijumeaux.
La fréquence des maladies des organes est , dans
rHTSioLociiE i:t pathologie. 645
réconomie de riiomme, en raison directe de l'importance du rôle qu'ils jouent dans son organisation. Les tubercules quadrijumeaux juslificnt pleinement celte assertion dans l'encéphale; autant les maladies des lobes cérébraux sont communes, autant celles de ces tubercules sont rares. Les résultats de la physiologie et de la pathologie confirment, en ce point, les données de l'anatomie comparée, mais ne justifient pas sous d'autres toutes ses conséquences.
Ainsi, on aurait dû croire que la vision serait détruite par les altérations de ces tubercules; j'ai vu ces tubercules désorganisés, et je n'ai pas observé, dans ces cas, la perte de la vue.
A la suite de longs chagrins, un homme fut pris de la danse de St. Guy; cette affection revint d'abord à de très-longs intervalles; en 1811, elle devint continue; en 1812, ne pouvant plus se livrer à ses occupations, il fut reçu à l'Hôpital de la Pitié. Les mouvemens étaient dans un désordre difficile à exprimer; la station était toujours agitée : si on forçait au repos ses membres, la face était agitée convulsivement, les yeux roulaient dans l'orbite avec une rapidité que l'observateur pouvait difficilement suivre. La marche était des plus bizarres: tantôt il levait les pieds plus qu'il n'était nécessaire, tantôt il les traînait et chevauchait par la rencontre de l'obstacle le plus léger. D'autres fois il levait trop une jambe, et pas assez la jambe opposée. Les mouvemens des bras étaient
aussi désordonnés que ceux des jambes. Voulait-il manger la soupe, il portait la cuillère au front, ou la renversait sur sa poitrine ; ce n'était qu'après les efforts les plus pénibles qu'il parvenait à l'introduire dans la bouche. La langue ne partageait point cette irrégularité de mouvement.
Dans la colère, l'équilibre des mouvemens paraissait un instant rétabli; il marchait alors devant lui et ne s'arrêtait que quand il rencontrait un arbre ouïes murs de la cour ; alors il se retournait tout d'une pièce et revenait sur ses pas : cet état était ordinairement suivi d'une attaque d'épilepsie , dont la durée moyenne était d'une demiheure ou de trois quarts d'heure. Nous trouvâmes , à l'ouverture du cadavre , un noyau dur et comme squirrheux dans la partie moyenne des tubercules quadrijumeaux ; au pourtour et surtout en arrière, la substance cérébrale était ramollie et marbrée; le ramollissement s'étendait jusqu'à la partie interne des processus cerebelli ad testes.
Une femme hystérique et affectée d'un cancer de l'utérus , était venue dans notre hôpital dana l'espérance d'entrer à l'hospice de la Salpétrière ; mais dans une de leurs visites, les membres du bureau central la désignèrent pour être renvoyée ; aussitôt elle devint taciturne, ne voulut plus manger ni répondre aux questions qui lui étaient faites , ni même aux assurances qu'on lui donna , qu'elle serait placée selon ses désirs. Elle restait immobile sur son lit; et quand elle se levait pour satisfaire
à ses besoins , sa déinarche était celle d'une personne ivre; cinq jours après elle fut prise de mouvemens spasniodiques , sans attaque d'hystérie ; ses jambes allaient involontairement dans son lit, ses bras étaient dans la même agitation. Ses yeux étaient tantôt fixes, tantôt dans la plus grande mobilité. Les pupilles étaient constamment contractées; le délire survint, et au délire succéda un état comateux et apoplectique, état comateux qui avait cela de particulier , que de loin en loin les jambes et les bras étaient pris de mouvemens spasmodiques et en apparence irréfléchis. A l'ouverture , nous trouvâmes un foyer sanguin situé au haut des cordons supérieurs du quatrième ventricule , au-dessous , par conséquent , des tubercules quadrijumeaux postérieurs.
Sur une autre femme de soixante-huit ans, qui nous avait offert , au plus haut degré , les mouvemens incoliérens de la danse de St. -Guy , auxquels succéda une apoplexie foudroyante , toute la base des tubereules quadrijumeaux, principalement les tubercules postérieurs, était le centre d'un foyer sanguin, qui, en avant , s'étendait jusqu'au dessous de la glande pinéale , et en arrière jusque dans l'épaisseur de la partie antérieure de la protubérance annulaire.
Une malade affectée delà danse de St. -Guy (i),
(i) Observation recueillie par MlM. Ménestrier et JMartel, internes de ma division.
et décédée dans ma division en iSaS, nous a offert le premier degré de cette dernière altération. Les tubercules quadrijumeaux antérieurs et postérieurs étaient enflammés ; les cordons internes du processus cerehelli ad testes l'étaient également et à un degré d'autant plus grand , qu'ils se rapprochaient davantage des tubercules quadrijumeaux (i).
Dans la danse de St.-Guy, les mouvemens sont involontaires , désoordonnés ; ils pèchent par le défaut d'équilibre entre eux. Si, dans les cas que nous venons de rapporter , les symptômes de la danse de St.-Guy étaient le résultat de l'irritation des tubercules quadrijumeaux et de leurs dépendances, il était à présumer que l'expérience reproduirait ce qu'avait dévoilé l'observation.
Il n'est pas de physiologiste qui, ayant expérimenté sur le cerveau, n'ait remarqué que la lésion la plus légère des tubercules quadrijumeaux est suivie de mouvemens convulsifs les plus énergiques et les plus désordonnés. En découvrant l'encéphale d'un chien et mettant à nu ces tubercules , on les produit et on les fait cesser à volonté. Mais ce n'était pas de cette manière que
(i) Je ne connais dans la science aucune observation de la danse de Saint-Guy, suivie de l'ouverture du cadavre; c'est pourquoi j'ai fait peindre avec le plus grand soin les altérations organiques rencontrées sur ces trois derniers malades.
PHYSIOLOGIK ET l'ATHOLOClI::. (jf^'J
nous pouvions produire les symplômes que nous avions observés; il fallait que Tanimal pût survivre un certain temps à l'expérience, résultat que l'on obtient par la ponction de l'encéphale.
Sur un chevreau on fit traverser un bistouri très-effilé sur la base des tubercules quadrijuineaux : l'animal éprouva une douleur très-vive , suivie demouvcmens convulsifs dans les membres et dans les yeux , qui roulaient dans l'orbite. L'instrument fut laissé en place; l'animal s'apaisa au bout de deux heures ; huit heures après l'opération on le fît lever. La démarche était on ne peut plus irrégulière, on eût dit qu'il ne savait plus marcher; souvent il remuait les pattes sans se mouvoir, d'autres fois il traînait celles de devant et levait outre mesure celles de derrière. On retira l'instrument , des mouvemens convulsifs se produisirent; les pupilles étaient contractées. 11 resta dans cet état quatre jours, oflfrant, lorsqu'il était couché, des mouvemens spasmodiqucs dans les pattes , et marchant toujours avec la même irrégularité. Quand il voulait boire, il était longtemps avant de pouvoir mettre le museau dans le Yaseoù était l'eau. Il avait également beaucoup de peine à saisir les herbes qu'il choisissait pour se nourrir.
L'instrument avait traversé la base des tubercules quadrijumeaux, et le gros faisceau sur lequel repose le processus cercbelli ad testes. Sur deux lapins et un chien l'effet fut le même. Le profes-
seur Rolando a obtenu aussi les mêmes résultats. J'ai observé, dit-il, sur quelques-uns des plus gros de ces animaux (chevreaux, agneaux, cochons, daims, chiens, chats), qu'après avoir déchiré tantôt les tubercules quadrijumeaux, tantôt une portion des couches optiques, il se manifestait des phénomènes qui démontraient que les muscles de l'animal ne se mouvaient pas dans un sens régulier, mais avec une espèce d'irrégularité tout à fait semblable aux mouvemens d'un homme ivre. C'est pourquoi, quand ils marchaient, tantôt ils élevaient les pieds plus qu'il n'était nécessaire, tantôt ils marchaient en les traînant.
Si on traverse chez les oiseaux les deux lobes optiques par leur base , on produit les mêmes effets ; mais comme alors on a compris dans la blessure les pédoncules cérébraux , on conçoit que le résultat est compliqué. Pour apprécier ce qui appartient aux lobes eux-mêmes , il faut les blesser isolément et alternativement. La blessure du lobe droit fait tourner l'animal à gauche , en produisant de ce côté des mouvemens convulsifs ; en blessant le gauche l'animal ne tourne plus , il danse sur ses pattes ; Jeté en l'air , son vol est très -irrégulier. La même agitation , le même décousu des mouvemens se remarquent chez les grenouilles. 11 est à remarquer que chez les mammifères et les oiseaux la blessure ou l'ablation d'un seul tubercule fait tourner Tanimal sur le côté opposé, comme l'a si bien constaté M. Flou-
PHYSIOLOGIE ET PATHOLOGIE. G/fQ
rens; tandis qu'il tourne sur le même côté de la blessure chez les reptiles (i) , toujours par la raison que j'ai donnée, du non-croisement des pyramides dans les deux classes inférieures.
Dans les altérations pathologiques des tubercules quadrijumeaux, je n'ai pas remarqué d'altération sensible de la vue ; dans les expériences sur les mammifères , elle m'a paru quelquefois troublée momentanément , mais à un degré si faible que l'on peut douter que ces corps exercent une action directe sur la vision. Il n'en est pas de même chez les oiseaux , les reptiles et les poissons : la vue est constamment affaiblie ou perdue complètement , selon que les lobes optiques sont blessés , détruits ou enlevés en totalité ou en partie.
L'action de ces lobes est croisée , c'est-à-dire que constamment la blessure ou l'extirpation du lobe droit trouble ou anéantit la vision de l'œil gauche, et celle du lobe gauche la vision de l'œil droit. Dans ces opérations l'iris est sensiblement affectée; et ce qui paraîtra contradictoire à ce que déjà nous avons dit , l'iris du côté droit est affectée par l'excitation ou l'ablation du lobe gauche , et celle du côté gauche par les semblables mutilations du lobe droit ; mais dans ces
(i) Si les tubercules quadri)umeaux sont excitateurs de V équilibrai ion des mouveinens , ou voit donc pourquoi ils persistent chej les animaux privés de nerf optique.
65o PHYSIOLOGIE ET PATHOLOGIE,
cas l'iris n'est pas aflectée directement , elle ne l'est que consécutivement au trouble porté dans l'action de la rétine et du nerf optique , comme cela arrive tous les jours dans les paralysies de ce nerf (i). C'est donc à la sur-excitation ou au défaut d'excitation de la rétine que sont dus , dans ce cas , la constriction ou le relâchement de l'iris. Voici une expérience directe qui le prouve. Si dans la chambre obscure on fait tomber un pinceau de rayons lumineux sur la rétine , en le dirigeant par l'ouverture pupillaire , l'iris se contracte aussitôt ; si on dirige le même pinceau sur l'iris, elle reste immobile; l'iris est donc insensible à l'action de la lumière : elle est insensible aussi aux irritations directes , comme je m'en suis plusieurs fois assuré chez l'homme. Cette propriété lui est commune avec larétine , ainsi que l'a constaté M. Magendie.
L'iris se meut chez tous les animaux vertébrés , excepté chez certains poissons et quelques reptiles, où elle est fixe. Comment se meut-elle? Cette question tant débattue pour et contre les opinions de Haller , est loin d'offrir encore une solution satisfaisante. Ce grand physiologiste ayant
(i) C'est là ce qui a fait dire à Haller que le nerf optique était le siège de la contraction de l'irrs ; en le plaçant, comme on l'a fait dernièrement, dans les tubercules quadrijumeaux, c'était donc reproduire sou» d'autres termes l'opinion de Haller.
l'IlYSlOLOGIE ET PATHOLOGIE. 65 1
attribué exclusivement l'irritabilité aux muscles ^ et tout mouvement devant être produit par eux , on lui opposa cette membrane , qui était , selon Whytt, mobile etsensible en n\êQ|e^temps. Haller nia qu'elle fut musculeuse. Il aurait pu conduis de ses travaux et surtout de ceux de Zinn , qu'elle était nerveuse ; mais il se fût mis en contradiction avec lui-même; car une membrane nerveuse eût été sensible et irritable , ce qui répugnait autant à sa doctrine que d'admettre qu'une partie irritable était sensible. Les physiologistes modernes adoptant les vues de ce grand* homme sur l'irritabilité , s'obstinèrent à y trouver des muscles , que cela s'accordât ou non avec ses vues sur la sensibilité. Monro en trouva deux , l'un circulaire , l'autre à fibres longitudinales ; M. Maunoir les retrouva ; MM. Home et Bauery ont ajouté le muscle circulaire de la membrane hyaloïde. Les fibres de l'iris existent circulaires et longitudinales , comme l'ont dit les deux premiers anatomistes, quoiqu'ils diffèrent sur la position des premières. Tous les anatomistes les ont vues ou peuvent les vojr. Mais ces fibres sont-elles musculeuses? Leur continuité immédiate avec les nerfs ciliaires détruit cette supposition ; la raison sur laquelle ou se fonde, c'est qu'elles sont contractiles , et il répugne à nos doctrines actuelles sur le système nerveux d'admettre la contractilité au nombre des propriétés physiques des nerfs. Mais si cette propriété existe réellement dans les nerfs ciliaires , la question des
.65a PHYSIOLOGIE ET PATHOLOGIE.
raouvemens de l'iris me paraît résolue , et résolue sans des suppositions que repoussent son organisation et sa texture.
Ce phénomène de la contractilité des nerfs ciliaires est des plus intéressans. Si , après avoir ouvert l'œil sur un animal , on enlève avec soin un nerf ciliaire , aussitôt qu'on le saisit avec des pinces par l'une de ses extrémités , l'autre s'en rapproche , en formant des spirales si rapprochées et si rapides , que dans moins de deux secondes le nerf est réduit au vingtième de sa longueur ; il se roule sur lui - même , se pelotonne. Si dans cet état on le plonge dans l'eau , îl reprend sa longueur primitive , et en le retirant il se roule de nouveau comme la première fois. On peut répéter cent fois ces expériences , cent fois le résultat sera le même. Sur l'homme elle réussit constamment aussi , et absolument de la même manière , un , deux et trois jours après la mort. Chez les oiseaux , le^ reptiles 6t les poissons , la rétraction du nerf est aussi instantanée que chez les mammifères. Voilà sans doute un phénomène inattendu dans la science; et si maintenant on se rappelle la disposition de ces nerfs dans l'iris, on verra qu'il n'est nullement nécessaire de l'intervention des muscles pour expliquer sa mobilité, (i)
Chez les animaux à pupille fixe , il n'existe
(i) Ce? expérience? ibnt partie d'un trarail que jG pu-
UlYSIOLOGlE ET PATHOLOGIE. 655
sans doute pas de nerfciliaire; je l'ai constaté chez la grenouille ; on sait que chez ce batracien la pupille n'éprouve aucune mobilité , et qu'une disposition particulière garantit la rétine de l'action trop vive de la lumière. Les recherches les plus soignées n'ont pu me faire découvrir les nerfs ciliaires ni dans la texture de l'iris, ni hors du «| globe de l'œil. En sera-t-il de même chez les poissons à pupille immobile ? si cela est , la molilité ou l'immobililé de celte membrane serait due à la présence ou à l'absence des nerfs ciliaires.
Action et maladies des hêinîsphcres cérébraux.
En arrivant aux hémisphères cérébraux, nous nous retrouvons en présence des grandes questions dont se sont occupés les physiologistes relativement au siège de la sensibilité et des mouvemens , des sensations et des facultés intellectuelles. Nous retombons, plus que dans toutes les autres parties, dans le cercle des suppositions , des hypothèses et des systèmes.
Quand les fluides jouissaient du privilège exclusif de tout produire dans le système nerveux , ils étaient à-la-fois la cause essentielle du senti-
blierai incessamment sur la conJractilité du système nerreuï et des autres tissus non musculaires.
ment et du mouvement ; les nerfs n*en étaient que les dispensateurs. Lorsque les membranes du cerveau dépossédèrent les fluides, on transporta sur celles-ci tout ce que l'on avait attribué à ceuxlà. Ce transport ne se fit pas subitement ; on supposa d'abord que les enveloppes étaient le siège de la sensibilité , que les nerfs sensibles y puisaient leurs racines , et que les nerfs moteurs tiraient les leurs delà masse cérébrale. Riolan spécifia cette idée en concentrant sur l'arachnoïde toutes les propriétés que l'on attribuait aux membranes en général et à la masse nerveuse; il assigna des facultés diverses à l'arachnoïde externe et à celle qui tapisse l'intérieur des ventricules. Baglivi , dont l'esprit ne pouvait s'accommoder de toutes les vues de Riolan , trouva plus facile de faire de la dure-mère l'organe unique du sentiment et du mouvement. Tout cela se passait à une époque où le fluide nerveux avait , par un changement de nom , remplacé les esprits animaux ; on voulut le faire circuler comme le sang auquel on le comparait : il fallut dès-lors lui trouver un cœur ; la dure-mère remplit cet office : cette membrane devint le principe de tous les mouvemens; elle agissait sur la substance corticale dont elle exprimait le fluide nerveux, qu'elle transportait ensuite avec la rapidité de la pensée jusqu'aux extrémités les plus éloignées. La sensibilité était étroitement liée à l'exercice des mouvemens : la dure-mère devint le foyer de cette propriété,
VHYSIOLOGIF. f.ï VATIIOLOGIE. 655
comme elle était le principe de tous les mouvemens. On aperçoit dans cette hypothèse un mélange des idées de Riolan avec l'opinion de Malpighi , qui avait fait un organe sécréteur de la masse des lobes cérébraux , et qui , pour une idée qui aujourd'hui nous paraît si peu raisonnable, avait fait rejeter les hautes pensées de Willis, son antagoniste. Ce futcontre ces idées que combattit avec tant de persévérance toute l'école de Haller.
Ainsi présentées dans toute leur nudité, ces opinions répugnent présentement à notre esprit; mai» quand on lit avec altenlioncequel'ona écrit depuis quelques années sur rarac/m«7«s, on trouve que nous avons peut-être dépassé Riolan dans les fonctions qu'il attribuait à l'arachnoïde. On ne voit pas en effet ce qu'il resterait à faire à l'encéphale, si l'arachnoïde exerçait l'action qu'on lui suppose. Pour rendre cet organe aussi nul qu'il l'était dans les vues de Baglivi et de Pacchioni, il ne nous reste qu'à généraliser quelques idées émises dans ces derniers temps à l'occasion d'un fait dans lequel l'intégrité des mouvemens paraît avoir survécu à la destruction de la partie matérielle de l'axe cérébro-spinal. Ainsi la science se replie sur ellemême de siècle en siècle, et les anciennes erreurs pèsent de tout leur poids sur notre esprit, à mesure que nous faisons im pas.
La pie-mère avait été négligée dans ces diverses hypothèses ; mais elle eut son tour après les belles
injections de Ruysch. Boerhaave , supposant là matière médullaire de l'encéphale composée de vaisseaux , plaça toute l'action nerveuse au point de contact de ces vaisseaux avec les artères provenant delà pie-mère et de la substance corticale* Les autres membranes étaient étrangères à ces actions. Reil eût donné à cette idée une grande vogue si ses opinions physiologiques eussent eu le succès de ses recherches anatomiques ; il distingua dans le nerf l'enveloppe et la pulpe : la première était un étui formé par la pie-mère, la seconde était le prolongement de la pulpe cérébrale ; il doua l'enveloppe du privilège de produire les mouvemens , et fit de la pulpe l'organe de la sensibilité. Arnemann crut avoir prouvé cette assertion , en établissant qu'après la cicatrisation des nerfs , le mouvement seul se rétablissait , le sentiment étant pour toujours anéanti : à cette supposition , Arnemann en ajouta une autre , en assurant que dans la reproduction des nerfs, l'enveloppe seule se régénérait: il expliquait de cette manière le retour du mouvement et la perte de la sensibilité. Reil n'ayant fait aucune expérience , Vicq-d'Azyr et Bichat suppléèrent à cette omission : ils isolèrent le prétendu névrilème de la pulpe, l'irritèrent et ne produisirent rien de ce que faisait espérer l'hypothèse de Reil. Ces expériences directes firent oublier cette opinion déjà jugée, avant qu'elle parût, par celles de Haller , de Castell , de Walstorf et de ïosetti.
rilYSIOLOCIK ET PATUOtOGlE. 667
Enfin, les idées de Willis, qui rétablissaient dans son empire l'axe céréliro-spinal , prévalurent; Boerhaave avait déjà préparé ce retour, dont la gloire restera à l'école de Haller. Un philosophe moderne a dit que l'homme était une intelligence servie par des organes : en traduisant cette haute pensée dans le langage analomique , on peut ajouter que les instrumens de cette intelligence sont les diverses parties du système nerveux. Chercher ailleurs que dans ce système le siège du mouvement, du sentiment, des sen^ salions et de l'intelligence, c'est rentrer dans les routes qui nous ont égarés jusqu'à ce jour.
Mais à peine eut-on entrevu cette grande vérité, qu'aussitôt on imagina de trouver dans l'encéphale un point qui régît toutes les autres parties. Cette prérogative fut accordée à la glande pinéale par Descaries, Murait, Gaukes; au corps strié et à la couche optique par Wiliis, Pourfour- Petit, Saucerotte et Sabouraut; au seplum lucidum par Digby , Kenalm , Duncan ; au corps calleux par Bontekoë , Lancisi, Lapeyronie ; à la moelle allongée par Hoffmann , Blancard , Schclhamer , Lorry : enfin de nos jours , Sœmmering le père , interprétant une pensée de Boerhaave, a replacé dans les parois du quatrième ventricule le siège du sensoriwn commune; c'est revenir après de longs détours à l'idée favorite du médecin de Pergame. Une vérité fondamentale ressort cependant de ce déplacement alicrnatif du sensorium II. 42
commune ; c'est que les fonctions de l'encéphale sont réparties dans toute sa masse et qu'aucune partie ne les régit toutes : et une seconde vérité qu'on aurait pu déduire des recherches précédentes , c'est que chaque partie y concourt à sa façon. Or c'est précisément la part que chacune y prend, que nous cherchons présentement à déterminer.
Cette diversité d'action de l'encéphale avait hypothétiquement été entrevue. Boerhaave rejetant l'idée d'un sensorium commune ,, avança que chaque nerf devait avoir une portion de pulpe cérébrale qui lui fût propre; il regarda cette partie comme la limite fixe des impressions, des sensations et des actes que le nei"f reçoit , conserve et exécute. Il y avait dès-lors autant de centres d'action que d'origines distinctes de nerfs. Willis avait encore à ce sujet devancé Boerhaave , comme déjà nous l'avons dit ; son système n'a jamais été bien compris, et peut-être avait-il à craindre, à l'époque où il écrivit , que ses détracteurs ne le comprissent trop bien : considérant que les mammifères étaient seuls pourvus de circonvolutions, et que l'homme était placé à leur léte par la profondeur et l'étendue de ces replis, il fit de ces parties le réservoir des idées; il doua la substance corticale de la faculté de les reproduire ( organe de la mémoire ) ; le corps calleux , de celle de les féconder ( organe de l'imagination } ; les corps striés et la couche optique placés entre ces deux
PHYSIOLOGIE KT PATHOLOGIE. ÔSq
principales parties , furent le sensoriiim commune et l'organe (!es mouveincns volontaires. Les idées furent donc localisées par cet habile médecin , mais les localisations ne furent point spécifiées: MiM. Gall et Spurzhcim ont entrepris celte dernière tâche, en supposant comme. démontré que les sailliesextérieuresducrâne répètent exactement les saillies des circonvolutions, et que les goûts, les penchans , l'aptitude de l'esprit et ses diverses applications , se trouvent trahis de celte manière par les enfoncemens ou les saillies des coronaux, des temporaux , des pariétaux et de l'occipital. C'est cependant celle |)artie, toul-à-fait hypothéthique , de leur beau travail , qui en a précisément fait la fortune.
Les actes de l'encéphale dérivant tous de la sensibilité et des mouvcmens volontaires, ou devait d'abord s'occuper de localiser ces deux propriétés fondamentales dans la masse de l'encéphale, comme on avait tenté de le faire sur ses enveloppes. Willis ayant fait du cervelet l'organe de la sensibilité, il fut presque reçu par ceux qui adoptèrent ses vues, que les lobes cérébraux étaient complètement insensibles; ils furent réservés par ces divers auteurs aux mouvemens volontaires. Mais Lorry ayant trouvé quelamoelleallongée éiait la source des mouvemens et le foyer de la sensibilité, les lobes cérébraux et le cervelet se trouvèrent en même temps dépossédés de leurs prérogatives. Puis, plus tard , on a reconnu l'inllucncc
66o PHYSIOLOGIE ET l'ATHOLOGIE.
que le cervelet exerçait sur les mouvemens : on a alors exagéré cette influence , comme Willis avait exagéré celle des lobes cérébraux. Les lobes cérébraux considérés primitivement comme le principe des mouvemens volontaires, sont considérés maintenant comme leur étant tout-à-fait étrangers. On a vu, déplus, que dans les idées de Reil et d'Aiiermann , ils devaient être le principal foyer de la sensibilité. Ainsi en moins d'un demi-siècle, les lobes cérébraux et le cervelet ont entièrement échangé leur destination.
De plus, dès que l'on s'occupa de la physiologie du cerveau , la différence des deux substances qui le composent frappa tous les esprits : de cette différence, que l'on exagéra beaucoup, on déduisit une diversité d'actions ; on supposa que deux parties , dont i'uue était blanche et l'autre grise, ne sauraient concourir à des actions semblables ; on a déjà vu à ce sujet les hypothèses de Willis , de Wepfer,deVieussensetdeMM. Gallet Spurzheim; je passe sous silence celle de Riolan , et j'arrive aux opinions de nos jours. Selon les uns, la matière grise est la partie éminemment active de l'encéphale, c'est l'organe de la sensibilité; et selon les autres, elle est le principe unique des mouvemens: on conçoit que chez ces derniers la matière blanche est la partie sensible de l'encéphale, et que pour les premiers elle est l'organe des mouvemens. Pour juger par un seul fait ces deux opinions, il n'y a qu'à considérer la moelle f^pinière^ chez
PHYSIOLOGIt El l-AllIOLOClli. 66 1
les animaux dans lesquels la malicrc blaiitlu- la conslituc uniquement; l'irrilatioa de celle moelle épinière provoque les plus vives douleurs et les convulsions los plus actives. Donc la matière grise n'est ni l'organe unique de la sensibilité , ni le principe des mouvemens ; donc aussi la matière blanche excite à-la-fois et les mouvmens et la sensibilité.
En définitive donc , la sensibilité a été attribuée exclusivement au cervelet, aux hémisphères cérébraux et à la moelle allongée ; le principe des mouvemens a tour-à-tour été placé dans les lobes cérébraux, dans la moelle allongée et dans le cervelet; et selon que l'une ou l'autre de ces propriétés a été déplacée, on a changé la dcslination des parties fondamentales de l'encéphale. A c|Uoi tient cette oscillation? Toujours à cette malheureuse tendance qui nous porte à généraliser des résultats particuliers.
11 est évident, par exemple, que d'après les expériences physiologiques, la moelle allongée est le foyer principal de la sensibilité. Il n'est pae moins certain que les altérations pathologiques du pont de Varole , et de la partie de la fnoelle allongée qu'il embrasse sont toujours accompagnées de la perle de la sensibilité. Mais s'eusuit-il que le cervelet et les lobes cérébraux soient insensibles? non, sans doute : rien ne mène à cette induction , ni l'analogii; , ni l'expérience. L'analogie la repousse , car elle nous montre partout le sys-
tème nerveux sensible. L'expérience la rejette également , car toutes les fois que l'on plonge un instrument à une certaine profondeur, soit dans les lobes cérébraux , soit dans le cervelet, une douleur vive se manifeste : la sensibilité est mise en jeu. Les maladies donnent le même résultat queles expériences: des douleurs aiguës précèdent et accompagnent les lésions matérielles de ces deux organes (i). Dans les expériences, de même que dans les cas pathologiques, le cervelet paraît plus sensible que les lobes cérébraux, et ce résultat est conforme à la distinction expérimentale des nerfs, en ceux qui sont sensibles et ceux qui sont irritables. La sensibilité est donc répandue dans toute la masse de l'encéphale , quoiqu'il paraisse bien établi que la moelle allongée est le principal siège de cette propriété.
En sera-t-il de même des mouvemens volontaires? Si l'on avait bien refléchi aux faits d'après lesquels Wilîis avait fait des lobes cérébraux le centre unique de cet ordre de mouvemens ; si les observations innombrables qui constatent l'existence des paralysies à la suite des lésions maté-
(i) Il est à remarquer que chez les oiseaux, les lobes cérébraux et le cervelet soiit beaucoup moins sensibles que chez les mammifères; ce que Vicq-d'Azyr avait déjà observé. Remarquez anssi que c'est toujours chez les oiseaux que l'on a fait les expériences d'apiùs lesquelles on préjuge l'insensibilité du cervelet et des lobes cérébraux. »
PHYSIOLOGIE i;r PATHOLOGIE. 663
riellcs d«î ces lobes, avaient élé prises en considération , assurément jamais les physiologistes n'eussent conclu de leurs expériences sur certains animaux, que ces parties étaient complètement étrangères aux mouvemens volontaires. Les résultats de l'expérience pathologique sont ici si tranchés, si multipliés, si décisifs, qu'il faut les taire pour les récuser. Car l'influence des hémisphères cérébraux sur Cf.s mouvemens ressort de toutes parts : celte vérité intéresse de trop près la médecine pour la traiter légèrement.
Et d'abord , nous devons observer combien est compliquée la détermination du siège spécial des mouvemens volontaires dans l'encéphale, ^^ous avons déjà vu que la protubérance annulaire et la moelle allongée semblent les tenir exclusivement sous leur dépendance; nous avons trouvé aussi que le cervelet exerce sur leur manifestation une puissante influence ; nous avons remarqué , enfin , leur discordance chez les mammifères à la suite des lésions des tubercules quadrijumeaux. Si nous Avions généralisé chacun de ces résultats en particulier , nous aurions pu considérer comme l'organe des mouvemens volontaires l'une ou l'autre de ces parties, ou même toutes les trois réunies, et dès-lors les lobes cérébraux se fussent trouvés en dehors de nos explications ; mais en appliquant à ces lobes la méthode qui nous a diriges dans les autres parties, nous allons déterminer la part
qu'ils prennent dans l'exercice de ces mouvemens.
Observons encore que les altérations de la moelle allongée et de la protubérance annulaire frappent également d'immobilité les extrémités supérieures et inférieures ; que les hémisphères du cervelet paralysent plus spécialement les membres inférieurs que les supérieurs, et disons par anticipation que les lobes cérébraux influencent plus généralement et plus spécialement les membres supérieurs que les inférieurs. C'est ce que nous exposerons après avoir établi que les radiations des corps striés tiennent plus spécialement sous leur dépendance le membre inférieur , et celles de la couche optique le membre supérieur ( i ) .
Le nommé Vandaest. tailleur d'habits ^ âgé de vingt-deux ans , était affecté depuis dix- huit mois d'un écoulement purulent de l'oreille droite, accompagné d'une dureté de l'ouïe du même côté, et survenu spontanément, sans qu'il se rappelât avoir reçu des coups à la tète, ou fait des chutes sur cette partie. Dans les derniers jours de mars i8i 1 , ce jeune homme éprouva le soir un violent frisson, suivi la iiuitd'une sueur abondante, d'une vive céphalalgie et d'efforts pour vomir, sans vomissement, quoiqu'il n'eût pris que de l'eau sucrée
(i) Voyez Annuaire médico-chirurgical des hôpitaux de Paris, année 1819.
VHYSIOLOGIE E! l'ATHOLOGlE. GtlS
dans le cours do la journée. Ces frissons el l'accès fébrile qui les suivait se renouvelèrent tous les soirs, et, soit qu'il eût ou qu'il n'eût pas mangé dans la journée , les envies de vomir se manifestaient pendant la période du frisson et de la chaleur .^ès le sixième ou septième accès, il éprouva, quelques instans avant son invasion, des mouvemens convulsifs dans le bras gauche ; mouvemcns convulsifs à la suite desquels le bras était si fatigué, que le malade ne pouvait se livrer à son travail habituel que dans le milieu de la journée.
Le i5 avril de la même année, il fut obligé de le cesser tout-à-fait , le vésicatoire et les linimens avec lesquels il avait frictionné ce membre n'ayant apporté aucun amendement à la faiblesse et à l'engourdissement qui succédaient aux mouvemens convulsifs. Les accès cessèrent alors de se manifester ; mais le malade était faible, abattu, mélancolique; une douleur vive et profonde de la tête ne le quittait jamais , et la suppuration de l'oreille droite coulait toujours avec la même abondance. Ses amis le voyant s'alïaiblir de jour en jour, le ûrent porter à l'Hôtel-Dieu le 24 du même mois. Voici l'état dans lequel il se trouvait le soir de son entrée. Céphalalgie aiguë, paupières fermées, douleur vive des yeux provoquée par la lumière , vue nette, pupille ni dilatée ni contractée; le malade avait couvert sa tête avec le drap du lit pour garantir sesyeuxdujour. A neuf heures dusoir, convulsions violente» du bras gauche, douleur de tête plus
vive , respiration accélérée, pouls fréquent et serré. Le 25, à la visite du matin, les convulsions du bras avaient cessé; le malade était Irès-affaissé , taciturne; la langue était jaune, chargée , la bouche pâteuse ; toute la nuit ilavait éprouvé des nausées. On prescrivit un vomitif, des lavemens émc^liens et une tisane amère : il vomit abondamment; les vomissemens ou les efforts pour vomir continuèrent toute la journée ; le soir la face était profondément altérée, les yeux ternes; le bras, qui , pendant le vomissement , avait été agité par les convulsions, était dans une roideur tétanique; on ne pouvait le fléchir sans de grands efforts; le pouls était vif, petit, la respiration gênée; les yeux étaient d'une telle susceptibilité à l'action delà lumière, qu'il avait toujours la figure recouverte du drap du lit. Les facultés intellectuelles étaient parfaitement intègres.
Le 26 et le 27, même état; légères envies de vomir, face terreuse , mouvemens convulsifs légers dans le bras ,et à des intervalles éloignés ; pouls petit, très-fréquent, faiblesse très-grande. ( Lini. végétale, Hoffm. trente gouttes , julep centi. sirop d'ipécacuanha une once, lavement de camomille avec un demi-gros de camphre. ) La nuit trèsmauvaise. Céphalalgie continuelle.
Le 28 au malin, face hippocratique, pouls petit , intermittent, respiration très-difficile. Céphalalgie vive , facultés intellectuelles libres. (Même prescription.) A une heure de l'après-midi, perte de
connaissance ; convulsion du bras gauche , suivie d'une roideur tétanique des plus prononcées ; écoulement par le nez et par la bouche d'une écume blanche mousseuse , comme dans les accès épilcpliqucs : à une heure et demie , le malade présente tous les signes d'une mort prochaine, et la cause de la maladie c tant inconnue , on ne change rien au traitement. IMort à deux heures aprèsmidi.
J'ai copié textuellement l'observation : car les doutes que nous avait laissés la maladie nous firent apporter une attention particulière à l'autopsie cadavérique. L'abdomen n'ollVit rien de particulier, ainsi que les organes thoraciqucs.
Le crâne ouvert, Icsmemijranes nous parurent dans leur état ordinaire. A la base du cerveau, et à la partie du lobe postérieur qui repose sur la face supérieure du rocher et la tente du cervelet, nous trouvâmes, du côté droit, les altérations qui suivent : 1°. extérieurement, dans l'étendue d'un pouce , la couleur du lobe postérieur était d'un noir livide ; cette partie mélanosée était entourée , dans l'étendue de deux pouces environ, d'une aréole de couleur jaune pâle : toute la parlie altérée élait beaucoup plus molle que le reste de l'hémisphère. 2°. Le cerveau , incisé transversalement sur celte partie noire livide , nous pénétrâmes dans un foyer d'environ deux pouces et demi de long sur un cl demi de large ; ce foyer était rempli par un putrilage verdâlre, d'une odeur
Q6S PHTSKiLOGlIÎ ET rATIIOI.OGIE.
infecte. Ce putrilage enlevé par le moyeu de l'eau , les parois internes du foyer étaient tapissées d'aspérités rougeâtres, et à quelques lignes de leur épaisseur, les vaisseaux sanguins étaient singulièrement développés. *'
Le rapport de celte altération avec !e rocher du côté droit nous ayant fait soupçonner que la maladie s'était peut-être propagée de l'intérieurde l'oreille à l'encéphale , nous recherchâmes avec soin leurs connexions, mais nous n'en trouvâmes aucuned'immédiate. Toutefois les lames supérieures du rocher étaient cariées ; les canaux demi -circulaires avaient disparu; la caisse était remplie par une matière purulente jaune , analogue à celle que le malade rendait par le conduit auditif externe ; la membrane du tympan était détruite à sa partie inférieure, et c'est au travers de cette perforation que s'échappait la suppuration de l'oreille interne.
C'était la première fois que j'observais un fait si décisif; il était en effet impossible de ne pas rapporter les convulsions du bras gauche à l'irritation vive et prolongée dont la base du lobe postérieur droit avait été le siège. Ce rapport fut aussitôt saisi par tous les élèves de la clinique, et plus spécialement par ceux qui me secondaient dans mes recherches sur les maladies organiques du cerveau : depuis , l'observation l'a si fréquemment confirmé , qu'il est peu de points de la palho logie mieux établis que celui-là ; mais avant de
niYSIOI.Or.IE ET rATIlOlOGIE. 669
posscroutrc, je désire montrer, dans l'intérêt delà science et de la vérité , qu'un fait à-peu-près semblable s'était offert à im médecin très -judicieux, et qu'il en avait déduit les mêmes conséquences. J'ai trouvé, il y a quatre ans, ce A\it dans les œuvres de Sandifort.
Un homme d'un tempérament mélancolique avait vécu dans un état de santé permanent jusqu'à sa quarante-deuxième année; à cette époque des contrariétés domestiques fréquemment renouvelées le firent devenir tout- à -fait mélancolique; Dans cet état, il eut recours aux soins d'un médecin peu habile, qui lui fit prendre beaucoup de vomitifs et le soumit à un usage abondant d'eau froide; à la suite de ces moyens, et aussi après que le malade se fut plusieurs fois exposé à un air très-froid , il fut pris subitement d'une attaque d'épilcpsie. Cette attaque terminée, et le malade revenu à lui-même , il éprouva subitement aussi au bras et à la main gauche une telle irritabilité et une si grande sensibilité , que par l'impression de l'air froid sur ces parties il éprouvait des mouvemens convulsifs, et seulement de ce membre supérieur, des muscles de la bouche, des joues et de toute la tête. Dans la suite, chaque fois qu'il y avait de grandes variations atmosphériques, ou seulement les variations provenant des changemens des saisons, et même lorsqu'il éprouvait des affections tristes, aussitôt l'accès épileptique se reproduisait.
Le malade vécut ainsi pendant quatre ans sous l'influence de cette affection.
Pendant tout cet espace de temps le malade se plaignit d'une douleur obtuse. lui faisant éprouver comme un sentiment de pression dans le côté droit de la tête , qu'il désignait en portant la main vers la région inférieure du pariétal , et au-dessous : cette douleur disparaissait quelquefois complètement , d'autres fois la durée était longue ou courte; les paroxysmes étaient plus ou moins éloignés, et plus ou moins douloureux : indépendamment du lieu de la douleur que le malade précisait, comme on l'a vu plus haut , il assurait encore que le volume n'en devait pas dépasser celui d'un œuf de poule. La dernière année de sa vie il eut de temps à autre un flux hémorroïdal , qui ne le soulagea point.
Pendant quatre années que dura cette maladie, le malade eut recours à plusieurs médecins ; plusieurs vésicatoires furent appliqués sur le bras affecté (le gauche) ; lesquels étant guéris, on appliquait alternativement un séton à la nuque : la dernière année il conserva un vésicatoire au bras.
Le malade , fatigué de l'inutilité des moyens employés , désireux de recouvrer sa santé première, et ayant trouvé dans des livres de médecine l'indication de médicamens qu'il croyait propres à son état, eut recours aux eaux minérales acidulés, qu'il prit : ces eaux relâchèrent le ventre , firent revenir
rOTSiOLOGIE ET IIATHOLOGIE. 67 1
un peu l'appétit; mais quelque temps après il survint des vomisscmens de matières glaireuses.
Pendant tout ce temps , la douleur de tête que le maladie ressentait sous le pariétal droit augmenta; on y appliqua un onguent balsamique dans lequel entrait le castoreuin, et dont le malade s'était bien trouvé précédemment ; mais cela ne produisit rien cette fois-ci , la douleur de tête s'accrut continuellement. On a[)pliqua un cataplasme avec de la mie de pain , ce qui parut soulager un peu le malade : enfin le jour suivant il tomba dans la stupeur; on lui donna ime potion antispasmodique forte; mais il mourut avant d'avoir fini cette potion.
A l'ouverture du cadavre on trouva :
Que le foie était plus gorgé de sang que de coutume ; il était un peu verdatre à sa concavité inférieure. Les intestins avoi^inant la vésicule du fiel étaient plus verdâtres que de coutume. Les viscères de l'abdomen étaient aussi plus gorgés de sang; du reste, les viscères pectoraux ne présentèrent aucune altération.
Le crâne étant enlevé , on trouva vis-à-vis le lieu où le malade avait rapporté la douleur pendant la vie, la substance corticale ainsi que la médullaire voi^ sine, beaucoup plus dures que de coutume et véritablement squirr lieuses. Au-dessous de ce lieu induré , lequel le défunt avait souvent désigné avec le doigta on découvrit un abcès qui aurait pu contenir un œuf de poule ; la cavité de cet abcès était remplie par une ma-
tière jaune grumeleuse ^ molle, muqueuse; le fondât l' abcès était occupe et environné d' une substance d'un rouge livide ^ dans laquelle les petits vaisseaux parurent enflammés.
Si maintcDant nous rapprochons les altérations encéphaliques observées sur ce cadavre , des douleurs que le malade a éprouvées, du siège, des sj'^mptômes , et si nous les comparons , nous pourrons en déduire trois corollaires très-utiies pour la pratique : 1°. que la structure, la fabrique et l'action du cerveau sont décussées ou entrecroisées ; de telle sorte que l'action et le sentiment de l'un des côtés du corps résident dans le côté opposé de l'encéphale; car le malade avait toujours souffert du côté droit , où l'abcès a été trouvé après la mort , et l'irritabilité , les convulsions , se sont manifestées toujours sur le bras gauche ; 2°. que la cause des spasmes , des convulsions et de l'épiïepsie, peut être placée profondément hors de la portée des moyens de l'art; 5°. que, d'après une multitude d'observations comparées habilement, 071 pourra désigner la partie du cerveau affectée par le membre frappé de paralysie ou de convulsions. Ainsi , si c'est le bras droit , l'altération organique sera dans l'encéphale , dans la portion qui correspond au-dessus du pariétal gauche, et vice versa. Ainsi, dans notre histoire, par exemple, cette douleur et cet abcès étaient dans l'os pariétal droit; les convulsions et l'irritabilité étaient dans le bras gauche.
niTSIOLOGIE tr PATHOLOGIE. G-jô
Voici d'outrés faits qui juslifient ces prévisions.
Copeau ( François), ûgé <Jo cinquante-neuf ans , tourneur en ivoire, avait reçu, il y avait trois ans, un coup de marteau au-dessus et en arrière de l'oreille gauche. Six mois après , il fut pris de convulsions qui dégénérèrent en épilepsierccsconvulsîous débutaient toujours par le bras gauche , où il ressentait une faiblesse très-marquée plusieurs jours après l'attaque. Deux ans après la première invasion de l'épilcpsie, les accès se succédaient avec rapidité; à cette époque, le bras gauche restait immobile, même pendant les convulsions ; il était complèteitient paralysé pendant les temps ordinaires.
Le 20 mars 1818, le malade entra à l'hôpital de la Pitié, affecté d'une pneumonie aiguë, qui résista à tous les moyens qui furent employés. Il môfurnt le 25 du même mois.
Voici les symptômes qu'il nous avait présentés : la face était pâle, le regard hébété; lés réponses étaient justes , mais tardives : le bras gauche était complètement paralysé, l'avant-bras était fléchi sur le bras , les doigts fléchis dans la paume de la main ; le malade paraissait éprouver une grande douleur, quand on voulait les étendre. Le bras gauche était en outre émacié ; le pouls de ce côté était beaucoup moins fort que celui du côté opposé ; les mouvemens étaient libres dans la jambe gauche et dans tout le côté droit.
6^4 PHYSIOIOGIE ET PATHOLOGIE.
Le poumon droit était hépatisé dans toute son étendue, et adhérent aux côtes dans son tiers inférieur.
La base du lobe postérieur de l'héraisphère droit du cerveau était dans un état d'induration remarquable. Le lobe incisé en cet endroit, nous rencontrâmes dans son centre un abcès qui aurait pu contenir un petit œuf de poule ; la cavité de cet abcès était remplie par une matière jaune verdâtre , entrecoupée par une multitude de petits vaisseaux. Ce foyer correspondait aux radiations postérieures de la couche optique.
Ces faits mettent hors de doute l'influence spéciale que les radiations inférieures de la couche optique exercent sur les mouvemens du bras : les suivans nous montreront le même effet produit par les radiations moyennes et supérieures.
Berscot ( Pierre-Antoine ) , âgé de soixante-neuf ans, entra à l'Hôtel -Dieu le i" mars 1811, et mourut le ^o du même mois. A son entrée , il était paralysé du bras gauche depuis trois jours. Il fut traité par les purgatifs , les sudorifiques et les vésicatoires ; mais tous ces moyens furent sans aucun effet: le bras gauche resta toujours dans une immobilité parfaite.
L'autopsie montra un épanchement considérable de sang, en caillots consistans et séparés, logé dans la convexité du lobule postérieur de l'hémisphère droit du cerveau , à une ligne ou
PHYSIOLOGIE ET PATHOLOf/IE. 676
doux en dehors et au-dessus de la voûlc du ventricule latéraJ.
Traduisons en un autre langage les lails précis que contient cette observation : paralysie du seul bras gauche ; destruction d'une grande parlie des radiations optiques postérieures et moyennes du côté droit.
Genevay, tailleur, âgé de quarante -huit ans, d'un tempérament sanguin-pléthorique, était depuis plus d'un an affecté d'une paralysie du bras gauche (peut-être à la suite d'une attaque d'apoplexie ).
Dans le commencement de pluviôse an XII, il fut pris d'une somnolence assez prononcée; le 8 il fut admis à l'infirmerie de l'hospice de Bicétre (où il était comme infirme depuis quelques années) , présentant l'état suivant : face rouge , pommettes violettes , somnolence presque continuelle, pendant laquelle la bouche restait ouverte; la respiration se faisait avec bruit ; et le ronflement survenait aussitôt que Genevay fermait les yeux : dès qu'on l'agitait un peu, il les ouvrait, répondait aux questions qu'on lui adressait , mais en témoignant du mécontentement de ce qu'on le «iérangeait; puis il s'endormait de nouveau. II était constamment en supination , le bras gauche fléchi, immobile et appliqué sur la poitrine; le ventre était souple , les selles nulles depuis deux jours, les urines faciles et fréquentes, le pouls plein et tendu.
Ces symptômes persistèrent, la peau devint chaude , la soif "vive ; le râle survint et la mort eut lieu le 1 1 du même mois , trois jours après rentrée du malade.
Les vaisseaux extérieurs du crâne étaient gorgés et distendus par le sang ; ceux des méninges ainsi que le sinus de la dure-mère étaient dans le même état : la substance cérébrale avait sa consistance naturelle; la médullaire offrait un grand nombre de points rouges à l'incision, provenant de la dilatation des vaisseaux qui la traversent : on trouva à la partie postérieure de l'hémisphère droit une caverne pouvant contenir une petite noix, remplie par une sérosité rousse; cette caverne était logée dans la substance médullaire ; au pourtour, et dans l'espace d'un pouce environ, l'encéphale était plus dur que dans le reste de son étendue et d'une couleur jaunâtre. Les quatre ventricules étaient distendus par une sérosité roussâtre; les plexus choroïdiens offraient un grand nombre de vésicules pleines d'une sérosité limpide.
Pour ne pas multiplier inutilement les observations relatives à ce point important de la physiologie et de la pathologie du cerveau , je vais en emprunter une à M. de Lassone , consignée dans VHistoire de l'Académie royale des sciences (1).
(1) Plusieurs de mes élères, mais surtout M. le docteur Lacrampe-Loufctuu , dans^ou excellent Mémoire, m'ayant fait
PHYSIOLOGIE ET PATHOtOGIK. fî'J'J
t Une fenime âgée d'inviron trente-deux ans ,
» eut de grands chagrins ; révacualion de ses règles
» lui supprimée, et il lui survint les symptômes or-
-• dinaires dans ce cas , mais sans aucun mal de tête.
- M. de Lassone travailla à détruire ces accidens
" par les moyens convenables ; les symptômes dis-
» parurent et il en espérait uneguérison complète,
» lorsqu'à l'occasion d'un nouveau chagrin , la
» malade ressentit une grande pesanteur de tête ,
« accompagnée de douleur; ce qui lui occasiona
» quelques jours après une faiblesse dans le genre
» nerveux et un tremblement presque universel.
» En cet état la malade ne voulut plus prendre
» de remèdes : le tremblement parut cependant
» diminuer, mais l'abattement «ugmenta d'autant
» plus ; l'usage des sens et les mouvemens des
» parties extérieures furent presque entièrement
• abolis ; le pouls et la connaissance se soute-
» uaient du reste assez bien , et l'organe de la voix
« était libre. Cette espèce de paralysie se dissipa
» peu-à-peu avec la grande pesanteur de tête , mais
hommage de cette découverte publiée en i8iq dans V^dnnuaire des hôpitatuc , page Sag, j'aurais pu taire cette observation, ainsi que celle de Saodifort, rapportée plus haut, et réserver pour moi seul l'honneur que les médecins pourront y attacher. Mais l'intérêt de la science devant passer avant tout, j'ai cru utile de faire voir que dans tous les temps et dans tous les lieux, la nature se dévoile d'une manière uniforjne à ceux qui observent avec attention et sans idées préconçues.
» le mai sembla affecter tour -à- tour différées » points du cerveau, et différens organes, qui ap- » paremment lui répondent par le commerce des » nerfs. D'abord la malade ressentit une douleur » profonde au sommet de la tête , et sa vue s'affai- » blit; le point douloureux parut changer de lieu , » sans qu'on pût désigner précisément l'endroit » du crâne où il répondait; la vue se rétablit, » mais les yeux n'eurent plus de mouvemens ; » quelques jours après la vue s'obscurcit de nou- » veau , et toutes les parties de l'œil furent affec- I) tées; la langue tomba aussi en paralysie, et la sa- » live coulait involontairement de la bouche; ces » accidens disparurent assez vite , mais la malade 1) se plaignit quelque temps après d'un nouveau » point douloureux à-peu-près vers le centre de » l'os occipital, ce qui augmenta pendant quatre à » cinq jours, et qui fut accompagné de fréquens » maux de coeur et de palpitations ; tous ces ac- » cidens se dissipèrent, et le point douloureux se » fit ressentir plus haut derrière la tête, vers l'angle » de l'occipital ; alors les bras devinrent paraly- » tiques , la douleur se calma en partie et s'ap- » procha de l'os pariétal du côté droit de la tête; B le bras droit recouvra le mouvement, l'autre » resta paralytique, et la douleur de tête ne se » dissipa point. Quelque temps après il se forma » un autre point douloureux vers le bord anté- » rieur du mémo pariétal , avec une espèce d'en- » gourdissemcnt le long de i'épine du dos ; la jambe
» et le pied gaiiclie perdiront le mouvement et res- » tèreut en cet état conjointement avec l'extrémité » supérieure du même côté. Ces parties , qui » avaient perdu le mouvement, n'en étaient pas » moins sensibles aux impressions du froid et de » la chaleur , et les corps aiqus y causaient par » leurs piqûres des douleurs aussi vives que dans » les parties entièrement saines ; enfin les douleurs » de tête augmentèrent peu-à-peu , devinrent gé- » nérales , le pouls s'afïiûblit, et après environ » quinze jours de langueur la malade mourut. y> M. de Lassone ayant ouvert la tête du cadavre, » y trouva dans les deux endroits de la partie cor- » ticale du cerveau qui répondaient aux bords au- » térieur et postérieur du pariétal droit, deux tu- » meurs superficielles , inégales , calleuses , d'en- » viron cinq lignes de diamètre, et qui parais- » saient s'enfoncer dans la partie médullaire, que » l'on regarde comme l'origine des nerfs. 11 y avait • beaucoup d'eau dans les ventricules; le cerveau » paraissait d'une consistance plus ferme -qu'il ne » l'est communément. »
Ce fait, d'autant plus curieux qu'il a été receuilli à une époque où l'action spéciale des radiations de la couche optique et du corps strié n'était point connue, nous offre un cas dans lequel leurs effets sont accumulés sur le même sujet, et indiqués pendant la vie pur des douleurs aiguës. Ainsi la douleur vive qui se manifesta d'abord vers l'angle supérieur de l'occipital , correspondait manifestement à l'irritation des deux
6So PHysIOLOGIE ET PATHOLOGIE.
lobes postérieurs des hémisphères cérébraux; alors les deux bras, et seulement les deux bras , devinrent paralytiques : la douleur s'apaisa en partie, puis elle se rapprocha de l'angle postérieur du pariétal droit; le bras gauche devint immobile, le droit recouvra Içs mouvements: cette douleur so prolongea jusque vers la partie antérieure du même pariétal , et aussitôt la jambe gauche devint immobile ^ussi, INe suit-on pas ici la marche de l'irritation dé Ja partie postérieure à la partie antérieure de rhémisphèi76 droit, et ne voit-on pas successivement le bras , et p.uis la jambe du côté opposé, perdre successivement, le mouvement?
On jugera mieux encore de toute l'importance de ce fait , quand on aura acquis la conyiclion par l«s observations suivantes, que les radiations an-' térieures et moyennes du corps strié , influencent plus spécialement le membre inférieur que le supérieur.
Lecrei" (Xouis-Marie ) , âgé de soixante-huit ans, peintre en bâtimens, éprouvait des étourdissemens qui se renouvelaient aux changemens brusque-s des saisons : ces étourdissemens s'étaient manifestés à la suite de la suppression des hé«iorrhoïdes qu'il avait portées pendant dix-sept ans.
Le 2 février 1817, ce malade étant monté sur une échelle , fut pris d'un tournoiement de léte , et tomba en même temps sur le côté gauche , de la hauteur de cinq pieds : relevé par ses camarades, sa jambe gauche était paralysée ; il ne pou-
vail se soutenir , ce qui obligea de le transporter chez lui. Le bras gauche était un peu plus faible que le droit; néanmoins le malade lui fit exécuter divers mouvemens, qu'on lui recommanda de faire pour s'assurer qu'il n'y avait pas de fracture. Il n'en fut pas de même de la jambe; son immobilité complète lit croire au chirurgien qui le visita, qu'il y avait fracture du col du fémur. On administra au malade deux purgatifs ; on lui fit une saignée du bras droit. Un délire continu se manifesta le 8 février; le 9 au soir, Lecreffut transporté à l'hôpital de la Pitié.
Le 10, il présenta l'état suivant : face rouge et animée, contraction des mâchoires; bouche déviée à droite : langue rouge , ventre tendu , dévoiement, délire , et pendant ce délire, agitation des deux bras et de l;i jambe droite; immobilité de la jambe gauche.
Le 1 1 et 12, le délire diminua , mais la langue devint sèche et noire ; le ventre fut de plus en plus météorisé , le dévoiement devint presque continuel; il s'y joignit une paralysie de la vessie.
Le i/| et i5, il tomba dans une adynamie dont aucun moyen ne put le retirer. 11 mourut dans la matinée du 1 6.
Autopsie. Les intestins, principalement les grêles, étaient phlogosés dans presque toute leur étendue; il y avait deux petites ulcérations dans le cœcum, dont toute la muqueuse était épaissie ; le péritoine était enflammé , et présentait çâ
et là quelques granulations sur sa superficie. Le crâne ouvert , les vaisseaux de la pie-mère parurent très-injectés ; il s'écoula une certaine quantité de sérosité au moment où le cerveau fut retiré de la boîle osseuse du crâne.
Le cerveau considéré par sa base , on aperçut un engorgement des vaisseaux de la pie-mère , correspondant aux racines du nerf olfactif droit. Le cerveau incisé dans cette partie , on pénétra à sept ou huit lignes dans la profondeur du lobe antérieur droit, dans un foyer sanguin, dont l'étendue avait un pouce d'avant en arrière : sa partie postérieure était adossée à la partie antérieure et latérale du corps strié droit; son centre correspondait à la partie antérieure et moyenne delà radiation antérieure du corps strié; sa base reposait sur les faisceaux des pédoncules , qui, après s'être dégagés de dessous le corps strié , vont se rendre dans la base du lobe antérieur. Le demi-centre ovale du même côté était injecté dans toute son étendue ; le reste de l'hémisphère droit était sain , ainsi que le gauche , dont les vaisseaux étaient également injectés ; le cervelet et la protubérance annulaire étaient intacts.
Une femme de soixante-dix-neuf ans ( nommée Marguerite Quérat ) , qui séjourna dans ma division du 25 avril 1822 au 23 janvier 1825, était paraplégique. D'abord , la cuisse et la jambe droites avaient perdu le mouvement, puis la jambe gauche avait été affectée de la même manière : la parole était 1res-
l'HTSIOtOGIE ET PATHOLOGIE. 683
difiîcllc et sur-tout extrêmement lente; l'odorat était tellement obtus , que la malade vivait habituellement dans la malpropreté la plus dégoûtante. La tète était toujours penchée sur la poitrine. Le3 radiations antérieures et inférieures du corps strié des deux côtés étaient ramollies; la couleur de la partie de rcucéphale altérée était d'un blanc sale : à gauche l'altération était plus étendue qu'à droite ; les pédoncules du nerf olfactif étaient d'un gris et d'une dureté qui les rapprochait de la lame cornée; la commissure antérieure était diminuée de volume.
11 est inutile de rapporter de nouveajux faits à ce sujet , car ils se répètent tous les uns les autres ; toujours les paralysies partielles du bras et de la jambe, dépendant d'une lésion des lobes cérébraux , coïncident avec des altérations limitées aussi, soit des radiations de la couche optique, dans le premier cas, soit des radiations antérieures du corps strié , dans le second.
Il suit de là, comme conséquence immédiate, que l'altération ou la destruction de la partie moyenne du demi- centre ovale, ou l'entrelacement inférieur des radiations de la couche optique et du corps strié, sent constamment suivis d'une hémiplégie complète.. Les faits qui appuient cette proposition sont si nombrcuxchez les auteurs, que je crois superflu d'en rapporter de nouveaux (i).
(i) Voyez à ce sujet le premier inémoirq de M. le tlocleuu Lacrampc-Louslaii ; les cas qu'il rappoiic, recueillis à ma
684 PHYSIOLOGIE ET PATHOLOGIBr.
II suit encore que, dans les hémiplégies, la jambe ou le bras sont plus ou moins affectés, selon que l'altération siège plus particulièrement ou plus profondément sur les unes ou sur les autres de ces radiations.
La femme Tenant, âgée de quarante-sept ans, était hémiplégique par suite d'une attaque d'apoplexie. Le bras avait conservé un reste de mouvement ; la jambe en était totalement privée ; elle était paralysée du côté gauche. Il y avait dans Ihémisphère cérébral droit deux foyers circonscrits : l'un, et c'était le plus grand et le plus prolond , dans la partie moyenne du corps strié ; l'autre , plus petit , était creusé dans la partie antérieure de la couche optique.
La femme Lanaise ojffrit la disposition inverse. L'hémiplégie avait commencé par le bras gauche , qui fut totalement privé de mouvement, différant en cela de la jambe, qui se mouvait encore, quoiqu'imparfaitement ; la presque totalité des radiations de la couche optique étaient altérées , tandis qu'il n'y avait d'affecté que les radiations postérieures du corps strié.
La femme Grand-Pierre ( Louise ) , à la suite d'un étourdissement qui la prit en jouant , a d'abord les doigts de la main gauche engourdis ,
clinique, sont d'autant plus ooncluans , que d'après les symptômes, le siège de l'altération avait été précisé avant l'ouverture des cadavres.
rHYsioLOGin i:t pathologie. 685
et ne peut plus se livrnr à ses occupations. Bientôt elle devient inquiète, criarde ; elle ne peut plus mouvoir ses bras, qui sont constamment fléchis sur la poitrine; si on les étend, ils cèdent, mais se fléchissent de nouveau, comme entraînés par un mouvement mécanique. La jambe gauche est entièrement immobile; la droite se meut. L'autopsie montre : x". un double ramollissement des lobules postérieurs du cerveau : or, ces lobules sont formés par les radiations postérieures de la couche optique; ce qui explique la double paralysie au bras; 2°. l'altération du côté droit avait envahi les radiations du corps strié; ce qui explique la paralysie de la jambe gauche; 3". les radiations striées de l'hémisphère gauche étaient intactes : de là, la persistance du mouvement de la jambe droite.
Cette action spéciale de ces deux ordres de radiations explique, selon nous, pourquoi, dans les hémiplégies , le bras est souvent plus affecté que la jambe ; pourquoi , dans la guérison des paralysies , le mouvement revient plus promptementet plus complètement à la Jambe qu'au bras : car les radiations de la couche optique étant plus étendues et plus disséminées que celles du corps strié, on conçoit qu'elles sont plus souvent et plus profondément atteintes que ces dernières.
Cette observation de la persistance de la paralysie des membres supérieurs est , depuis près de deux siècles , dans la science. Les uns Tont attri-
buée à la différence du calibre des artères des membres supérieur et inférieur ; les autres , au nombre des muscles qui les meuvent : quelquesuns à la différence de longueur du col du fémur et de celui de l'humérus; et d'autres , en plus grand nombre , à l'inclinaison différente des nerfs de la cuisse et du bras ; on conçoit, en effet, que lorsqu'on y faisait circuler un fluide subtil, on pouvait croire que l'angle d'insertion des nerfs brachiaux sur la moelle épinière , devenait un obstacle à son cours ; tandis que la direction presque perpendiculaire des faisceaux de la queue de cheval en favorisait , au contraire , la marche. Mais personne, que je sache, n'avait encore songé à rechercher cette cause dans les lobes cérébraux.
Quoi qu'il en soit de cette assertion, il reste donc établi par les faits que la moelle allongée et la protubérance annulaire influencent également les mouvemens des deux membres ; que les hémisphères du cervelet influencent plus généralement les membres inférieurs que les supérieurs ; tandis qu'au contraire les lobes cérébraux tiennent plus sous leur dépendance le membre supérieur que l'inférieur.
Cette différence d'action des radiations de la couche optique et du corps strié ne se borne pas aux mouvemens de la jambe ou du bras ; elle influence encore spécialement d'autres organes , dont le trouble des fonctions intéresse au plus haut degré la pathologie.
Ainsi les altérations des radiations de la couche optique troublent ou gênent beaucoup plus les fonctions du poumon que celles des radiations du corps strié.
De là \ienfc qu'à la suite des hémiplégies , lorsque le mouvement se rétablit à la jambe , et que le bras reste plus ou moins paralysé , la respiration se trouve gênée par le plus petit exercice, soit que celte gêne provienne du poumon lui-même, soit qu'elle soit l'effet d'une diminution d'action des puissances inspiratrices, et plus spécialement du diaphragme. De là vient encore que chez ces personnes, l'acte du rire, l'éternucment, etc. , sont plus gênés que chez les autres. Le mouvement du diaphragme est ainsi lié à celui du membre supérieur : cela explique , d'une part , l'insertion des nerfs diaphragmatiques ; de l'autre, l'harmonie constante qui existe entre la fréquence de la respiration et la rapidité des mouvemens des membres. On conçoit en effet, que si les mouvemens du diaphragme n'eussent pas été combinés avec ceux des membres, l'asphyxie ou la suffocation se seraient manifestées dans la course ou dans les grands exercices: c'est ce qui arrive lorsque les deux bras sont paralj'sés ; c'est ce qui arrive lorsqu'on pratique la section des nerfs diaphragmatiques chez les mammifères : de là vient enfin le long trajet que parcourt le nerf diaphragmatique pour aller rejoindre les nerfs brachiaux, et s'insérer avec eux sur la région cervicale de la moelle épinière.
Les radiations de la couche optique et du corps strié exercent aussi une action spéciale sur la voix , la parole et la prononciation. M. le professeur Récamier avait , il y a plusieurs années , placé le siège de la parole dans la partie moyenne du demi-centre ovale, parce qu'il avait observé l'aphonie, à la suite des altérations organiques de cette partie : M. le docteur Bouillaud a attribué exclusivement cette propriété au lobe antérieur, parce que , dans le cas soumis à son examen , c'est à la suite des maladies du lobe antérieur que l'aphonie s'était manifestée : enfin, j'avais conclu de la lésion des radiations de la couche optique , ce que ce dernier médecin a déduit de celle du corps strié. Il résulte ainsi de ces trois ordres de faits que la voix, et sur-tout la parole , sont spécialement influencées par le demi-centre ovale des hémisphères cérébraux. Mais ces fonctions le sont-elles au même degré et de la même manière dans toute l'étendue de ce demi-centre? Je crois pouvoir avancer d'après mes observations, que les radiations du corps strié influencentl'exercice de la parole d'une manière plus directe que celles de la couche optique ; et qu'au contraire celles de la couche optique influencent plus la voix ou la formation des sons que celles du corps strié. D'où il résulte que dans les altérations de ces dernières radiations, l'aphonie est le résultat de la paralysie des mouvemens de la langue , et que dans celles de la couche optique, elle est l'effet
de la paralysie du larynx : on conçoit alors que, lors des lésions du dcmi-cenlrc ovale, l'aphonie doit être le résultat de cette double action exercée et sur le larynx et sur la langue. On voit donc encore une fois que la même fonction n'est pas exclusivement assignée à tel ou tel point de la niasse encéphalique , puisque déjà nous avons vu l'aphonie et le bégaiement se manifester dans les maladies de la moelle allongée et de la protubérance annulaire.
On doit surtout conclure de tout ce qui précède , que les lobes cérébraux exercent une action très-puissante sur les mouvemens volontaires; que les radiations du corps strié influencent spécialement les jambes , et celles de la couche optique les bras-, vérité si importante pour la pratique, que je crois utile de la confirmer par la physiologie expérimentale.
J'incisai le lobe antérieur gauche d'un chien de moyenne taille, quelques lignes au-dessus du niveau de la partie antérieure du ventricule latéral ; la patte droite postérieure fléchit seufe : je fis la même section sur le lobe droit, et la gauche fut paralysée ; alors je pus remarquer qu'en marchant sur ses pattes de devant , l'animal traînait celles de derrière. Les pattes postérieures étaient paralysées , celles de devant ne l'étaient pas ; les radiations antérieures du corps strié étaient seules intéressées dans l'expérience.
J'enlevai sur un jeune chat la partie antérieure