XXX DISCOURS
jugement de l'Académie royale des Sciences. M. le baron Cuvier , M. le professeur Geoffroy-Sain t-Hilaire, et M. Oken en Allemagne^ les ont sanctionnées par une multitude de faits nouveaux qui m'étaient inconnus. M. Dutrochet en a vérifié l'exactitude chez les reptiles. Le plus célèbre de nos entomologistes , M. Latreille 9 a vu que les parties solides des crustacés étaient rigoureusement assujéties aux mêmes principes. Enfin , M. Audouin ne leur a pas trouvé une seule exception dans toute la charpente qui compose le squelette des insectes.
Voilà donc le plus compliqué de tous les systèmes organiques expliqué par des lois simples et générales , déduites de l'observation des faits.
Tous les autres systèmes seront-ils assujétis à la même marche? leur développement sera-t-il excentiique comme celui du systèmeyosseux? leurs ouvertures serontelles pratiquées de la même manière que celles des os ? leurs canaux seront-ils des canaux de conjugaison? Ces lois expérimentales seront-elles applicables à toute l'organogénie ? Telle est , si je ne m'abuse ,
PRÉLIMINAIRE. VXXJ
Tune des plus hautes questions de la philosophie naturelle.
Douze années employées sans relâche à cette étude m'ont à peine suffi pour en. rassembler les matériaux, et pour enchaîner tous les faits que j'ai observés, à des lois primordiales, qui en sont des formules abrégées.
C'est en effet une chose bien digne de remarque que la marche constante et uniforme que suit la nature dans la création des animaux! Tous les systèmes , sans exception , .sont assujétis aux mêmes lois de formation. Tous se développent de la circonférence . au centre; toutes leurs parties marchent de dehors en dedans à la rencontre les unes des autres , pour former les organes uniques qui occupent leur centre , et composer les ouvertures ou les canaux que nous leur observons.
Le canal intestinal est un canal de conjugaison , résultant de la double engrenure , antérieure et postérieure , des deux lames qui les constituent primitivement. Il en est de même de l'aorte , il en est de même de la trachée artère , du larynx , de l'œso-
iXXlJ DISCOURS
pliage, et des organes génitaux-urinaires.
La formation du système musculaire dérive toute entière de l'application de ces lois expérimentales.
Ainsi , à la tête , les muscles temporaux, les masséters , les ptérygoidiens , sont les premiers apparens ; puis viennent les orbiculaires des paupières, les zygomatiques, les buccinateurs ; puis les canins , et les muscles du nez.
Ainsi , à la poitrine , viennent d'abord les muscles intercostaux ; ensuite les muscles des gouttières vertébrales, et les muscles du sternum.
Ainsi , à l'abdomen, on trouve , en premier lieu 3 les obliques star les côtés ; et en dernier lieu, les droits abdominaux , et les pyramidaux, qui occupent la ligne médiane.
I/abdomen présente , chez les jeunes embryons , une vaste ouverture les intestins sont hors de sa cavité ; à mesure que les muscles se portent de la circonférence vers le centre , ils encaissent ces organes ; l'hiatus de la ligne blanche diminue progressivement ; enfin , à la naissance , il ne
PRELIMINAIRE. WXlij
reste plus que l'ouverture de l'ombilic , ouverture formée, comme on le voit, de la même manière que celle du système osseux.
Tous les muscles orbiculaires sont des muscles de conjugaison 5 tous sont primitivement doubles , depuis l'orbiculaire des lèvres jusqu'aux sphincters du rectum.
Le diaphragme est un muscle double ; chez les embryons , il se forme de la circonférence au centre 5 en se réunissant , ses deux parties forment d'abord le trou de conjugaison que traverse la veine cave inférieure , et ensuite les ouvertures qui donnent passage à l'aorte et à l'œsophage ; ouvertures que tous les anatomistes savent être formées par le double croisement de ses piliers postérieurs.
En procédant ainsi des muscles les plus simples aux plus composés , nous arrivons à la formation du cœur , qui est au système musculaire ce que le crâne est au système osseux; ce que l'encéphale est au système nerveux, et qui n'a, guère moins que le crâne et l'encéphale exercé la sagacité des anatomistes.
'xxxiv DISCOURS
Suivez dans leurs belles recherches les Harvey, lesStenon, lesMalpighi, les Haller, sur la formation de cet admirable organe ; que manque-t-il à leurs observations? On le sent à chaque pas : elles- sont dépourvues du lien qui doit les réunir. Pourquoi ce lien manque-t-il ? parce que toutes ces observations ont été' faites sous l'influence de l'hypothèse du développement central des organes.
Appliquez au mécanisme de son développement les lois de formation des autres muscles , et vous verrez le cœur, primitivement si simple , parvenir, par une série d'évolutions très- remarquables , à la structure compliquée qu'il présente chez les mammifères et chez les oiseaux.
Vous verrez les deux lames excentriques qui le précèdent , se réunir en avant et en arrière, et former de cette manière une espèce d'intestin ouvert à ses deux extrémités. Bientôt l'ouverture inférieure se ferme ; c'est alors une poche unique ouverte par en haut. Plus tard, une cloison verticale s'élève de sa pointe ^ et forme une espèce de diaphragme qui sépare les deux