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Si vous eUidiez les jeunes embryons des animaux, vous trouvez que les nerfs latéraux du tronc , que les nerfs latéraux de la tête et du bassin , sont les premiers formés; qu'ils existent indépendamment de la moelle épinière, indépendamment de l'encéphale : ces nerfs ont acquis tout leur développement lorsque l'axe cérébro-spinal est encore liquide , lorsqu'il n'a pas même revêtu ses formes primitives. Vous trouvez les nerfs sans communication avec l'encéphale, sans communication avec la moelle épinière. Donc le système nerveux se développe de la circonférence au centre, et non du centre à la circonférence, comme on. l'avait supposé.
De ce principe fondamental découle toute la névrogénie , sur laquelle l'Académie des Sciences avait appelé l'attention des concurrens.
Tous les nerfs se formant de la circonférence au centre, leur origine se trouve nécessairement dans les organes auxquels on suppose ordinairement qu'ils se distribuent, et leur terminaison ou leur insertion se fait sur l'axe cérébro-spinal, du-
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quel on lésa fait provenir jusqu'à ce jour.
Le développement de cette proposition renferme l'explication du système nerveux des animaux articulés, qui n'ont ni moelle épinière , ni encéphale , dans le sens des animaux vertébrés.
Elle rend raison de la loi d'action du système nerveux de M. le baron Cuvier ; de la loi de transposition de l'action des sens d'un nerf sur un^autre^ due à M. le professeur Duméril ; elle explique enfin les rapports des nerfs entre eux.
De la formation des nerfs, la nature passe à celle de la moelle épinière. Cet axe nerveux suivra-t-il le même développement que les nerfs? se formera-t-il de dehors eu dedans, ou de dedans en dehors?
Ouvrez les jeunes embryons ; vous trouverez constamment que primitivement la moelle épinière est composée de deux petits cordons, l'un droit, l'autre gauche, entièrement isolés l'un de l'autre. Plus tard, vous observerez ces deux cordons se réunissant en avant sur la ligne médiane par une engrenure analogue à celle du système osseux. Les deux cordons forment
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alors une longue gouttière , ouverte en arrière dans toute son étendue. Plus tard encore , vous verrez ces deux cordons s'engrener en arrière comme ils l'ont fait en avant , et vous verrez cette longue gouttière se convertir en un long canal occupant le centre de cet axe.
Or, le mécanisme de la formation de ce canal est le même que celui de la formation de autres canaux de l'organisation. Il s'est formé comme le canal intestinal , comme le canal aortique, comme le canal de la trachée artère, comme tous les canaux osseux. C'est un véritable canal de conjugaison , résultant de la loi de ce nom et de la loi de symétrie.
Mais chez beaucoup d'animaux cet axe doit devenir solide. Quel sera le mécanisme de cette nouvelle transformation?
Suivez toujours la nature le scalpel à la main ; vous observerez des couches excentriques se former successivement dans l'intérieur de ce canal , et se déposer de dehors en dedans jusqu'à ce qu'enfin le canal soit entièrement oblitéré.
Passez dans le crâne, vous trouverez les
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pédoncules cérébraux doubles et disjoints comme les cordons primitifs de la moelle épinière , vous les verrez se réunir en avant par une engrenure en tout semblable à celle de cette dernière partie. Nous observerons alors une large gouttière circonscrite par les parois de ces deux cordons.
Suivez le redressement de ces cordons, vous les verrez marcher de dehors en dedans , se porter à la rencontre l'un de l'autre, se réunir et se confondre, en donnant naissance aux parties diverses dont l'encéphale primitif se compose dans toutes les classes. Vous remarquerez premièrement le redressement de la partie des cordons des pédoncules qui correspondent aux tubercules quadrijumeaux ; ces cordons se réuniront sur la ligne médiane par une suture semblable à celle de la moelle épinière , et donneront naissance à deux vésicules ovalaires , Tune droite , l'autre gauche. Ces vésicules seront ovales dans toutes les classes 5 elles auront chez toutes la même forme, la même position et les mêmes rapports.
Vous remarquerez en second lieu la
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marche excentrique des lames de la moelle' allongée , vous les verrez se porter transversalement sur le plancher du quatrième ventricule ; les lames, d'abord écartées, se rapprocheront l'une de l'autre, se loucheront y se confondront par une espèce desuture croisée , et vous aurez le cervelet primitif des mammifères, des oiseaux, des reptiles , et de certains poissons.
En troisième lieu, vous observerez les pédoncules se conjuguer entre eux par des commissures transverses ; il y aura d'abord une demi - commissure de chaque côté : chacune d'elles marchera à la rencontre de sa congénère , en se dirigeant de dehors en dedans ; par cette marche elle rencontrera celle du côté opposé, se joindra à elle , et formera de cette manière un faisceau unique, traversant d'un pédoncule à l'autre.
Vous remarquerez enfin le redressement des lames des hémisphères cérébraux et des lobules olfactifs,, quand ils existent , donnant primitivement naissauce à deslobes arrondis, placés symétriquement les uns à côté des autres, et offrant dans toutes
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les classes la même forme et la même disposition.
Si par la pensée nous arrêtons dans cet état primitifTencéphaîe de toutes les classes, nous le trouverons formé des mêmes élémens ; cet organe sera la répétition de luimême , dans quelque espèce , dans quelque genre , dans quelque famille que l'on le considère. Nous trouverons constamment l'axe cérébro-spinal formé dans toutes les classes par les quatre élémens fondamentaux qui suivent. La moelle épinière , deux bulbes arrondis qui correspondent aux tubercules quadrijumeaux , deux bulbes en avant d'eux, qui sont les premiers rudimens des bémispbères cérébraux , et deux lames transversales en arrière , qui sont les premiers vestiges du cervelet. Si une cause quelconque arrête dans son développement une ou plusieurs parties l'encéphale d'une classe pourra venir au monde avec les formes de la classe qui lai est inférieure. Un reptile pourra naître avec le cerveau du poisson; un oiseau avec le cerveau d'un reptile; un mammifère avec les formes encéphaliques dévolues aux reptiles ou aux
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oiseaux. Les monstres justifient tous les jours cette dernière assertion.
Le système nerveux se développe donc de la circonférence au centre ; de ce principe découle la solution de la grande question qui occupe les esprits, sur la prééminence des deux substances qui composent le système nerveux.
Chacun sait que le système nerveux est formé de matière grise et de matière blanche. Personne n'ignore que les faisceaux de la matière blanche rayonnent en divers sens au travers des couches plus ou moins épaisses de la matière grise.
Les physiologistes et les médecins ont tiré de cette structure un grand parti pour leurs explications.
Depuis Platon , les philosophes et les physiologistes , qui ont écrit avec quelque supériorité sur les fonctions du système nerveux , ont tous considéré ce système comme les organes par l'intermède duquel s'exécutent les sensations et les volitions de l'âme.
Depuis Pylhagore , surtout , on s'est beaucoup occupé de rechercher quel milieu
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singulier unissait l'aine et le corps. Après avoir abandonné les idées du feu, qu Hippocraie , Diogène-Laerce et Lucrèce avaient imaginées , après avoir rejeté les harmonies d'Aristoxène et de Lactance , et délaissé , malgré leur admirable obscurité y les entéléchies d'Aristote y l'esprit humain conçut enfin l'idée des esprits animaux.
CeUe funeste invention exerça sur la physiologie et la pathologie la même influence que l'hypothèse du développement central des animaux , sur l'anatomie transcendante; elle enraya pendant des siècles la marche de ces sciences , et frappa même de stérilité les brillantes découvertes que les efforts du génie dérobaient de loin en loin à la nature. Je ne suivrai pas les physiologistes dans tous les sentiers où. les a égarés cette erreur ; je ne considérerai celte hypothèse fameuse , que dans ses rapports immédiats avec l'anatomie du système nerveux, et les fonctions récemment attribuées à la matière grise.
Qu'était-ce que les esprits animaux?
Une abstraction placée entre l'âme et le système nerveux pour expliquer leur har~
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monie. Bientôt on donna un corps à cette abstraction ; on assimila les esprits animauK aux fluides les plus subtils j au feu , au son, à l'air, à la lumière ; on les doua d'une vitesse bien supérieure à celle de ce dernier fluide ; on les logea dans l'encéphale , tantôt dans le quatrième ventricule, tantôt dans le demi-centre ovale dés hémisphères, et d'autres fois, enfin, dans le corps calleux , dans la protubérance annulaire et dans le troisième ventricule.
Comme on croyait à l'existence des esprits animaux aussi fermement qu'à celle de la bile et du sang, on s'occupa sérieusement de leur assigner une source dans l'encéphale. Willis employa à cet usage la substance grise des ganglions de la moelle épinière et du cerveau ; Vieusseus , le plus ferme défenseur de ces esprits , dut à cette erreur les belles découvertes qu'il fit sur la matière grise des couches optiques , des corps géniculés , du corps rhomboidal et du corps olivaire.
On prétendit encore que ces esprits venant du sang, ils devaient être soumis à la loi générale de la circulation- A cet effet ,
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Willis et Vieussens imaginèrent «que les faisceaux de la matière blanche étaient creux pour leur donner passage ; on supposa qu'il existait dans les nerfs une cavité semblable à celle des artères et des veines; cavité que les sens ne montrent pas, et qu'on ne voit pas même au microscope. Ce n'est pas que Leuwenhoeck ne prétende l'avoir vue; mais on sait aujourd'hui le cas que l'on doit faire en anatomie des observations de ce célèbre physicien. Enfin , comme on objecta qu'un fluide aussi subtil que les esprits animaux , s'échapperait facilement par les extrémités des filets nerveux , Vieussens découvrit sur le champ des vaisseaux névro-lymphatiques, que personne n'a vus depuis, quoique Diemerbroek ait imaginé de placer des valvules dans leur intérieur. Il est difficile de dire où se seraient arrêtés les anatomistes , si, par ses immortelles découvertes sur l'irritabilité , Haller n'avait fait rentrer ces esprits dans le néant.
En rappelant les idées de Willis et de Vieussens, j'ai presque fait l'histoire des opinions nouvelles de MM. Gall et Spurzheim sur la Jnatière grise et blanche du
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systèmifrnerveux. En retranchant les esprits animaux du système des anciens anatomistes , on voit que dans leurs ide'es , la matière grise sert de racine à la matière blanche , et que ces deux substances se trouvent dans un rapport proportionnel.
C'est ce fait important , quoiqu'il ne soit pas général, que les anatomistes allemands expriment , en disant que la matière grise est la matrice , ou l'organe de nutrition de la matière blanche ; hypothèse plus séduisante peut-être, mais non moins erronée que celle des esprits animaux.
Personne ne doutait 3 il y a un demisiècle, de l'existence de ces esprits; personne n'y croit plus de nos jours ; il serait donc inutile de nous attacher à réfuter cette hypothèse. Il n'en est pas de même de celle de MM. Gall et Spurzheim : elle est tellement enlacée dans les faits , qu'elle fait presque corps avec eux; et on ne peut prévoir où elle nous aurait déjà conduit, si, par son mémorable rapport à l'Académie des Sciences, M. Cuvier n'en avait paralysé les effets.
Dans cette hypothèse , la matière grise du système nerveux doit nécessairement
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précéder la malière blanche , soit pour lui servir de matrice, soit pour lui servir de matière de nutrition ; réduite à ses termes les plus simples , toute la question consiste donc à savoir quelle est, de ces deux matières, celle qui se forme la première. Ainsi énoncé , le problème devient tout anatomique.
Nous ferons remarquer à cette occasion que, de même que l'hypothèse de Willis 7 celle de Gall est fondée sur le développement central du système nerveux. Elle suppose que la moelle épinière et l'encéphale se forment du centre à la circonférence. Or la matière grise occupant le centre de l'axe cérébro-spinal, elle est censée préexister à la matière blanche, qui en occupe la périphérie; aux nerfs, qui s'y implantent ; aux ganglions intervertébraux , qui sont plus excentriques encore ; enfin , aux radiations nerveuses , qui de ces ganglions rayonnent dans toutes les parties de l'animal. Cette opinion est donc conséquente aux idées qu'on avait imaginées sur le développement de ce système.
Mais si sa formation est excentrique, et I. H