‹ Anatomie comparée du cerveau, dans les quatres classes des animaux vertébrés [electronic resource]Chapitre 56 sur 81 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Considérations générales sur le Principe de l'origine des Nerfs. — Du Nerf de l'olfaction comparé dans les quatre classes des animaux vertébrés.

L'Académie royale des Sciences a recommandé dans son programme de suivre aussi loin que possible l'origine des nerfs encéphaliques , sur laquelle les anatomistes ont tant écrit et tant différé les uns des autres , depuis Vesale jusqu'à nos jours. L'anatomie comparative des embryons était plus propre que tout autre procédé à éclairer cette question; elle semblait promettre de pouvoir saisir les nerfs au moment ou ils émanent des diverses

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parties de l'encéphale, avant que des couches fibreuses plus ou moins épaisses ne les ayent enveloppés; elle faisait espérer de plus qu'on pourrait suivre leur marche avec plus de précision qu'on ne lé peut faire chez les animaux adultes; j'attendais beaucoup de cette recherche en procédant surtout des vertébrés les plus simples, comme les1 poissons et les reptiles , aux classes les plus élevées , les oiseaux et les mammifères , chez lesquels ils sont plus profondément cachés. Dans cette idée , j'examinai avec la plus grande attention la moelle épinière et l'encéphale des jeunes embryons; quelle fut ma surprise de n'y apercevoir d'abord aucun1 vestige de nerfs ! Persuadé d'abord que leur ténuité les dérobait à la vue simple y j'eus recours à la loupe et au microscope; mais je ne fus pas plus heureux. La moelle épinière et l'encéphale me parurent toujours dépourvus de nerf. Déconcerté d'abord par ces faits, serait-il possible, me demandai-je , que ces nerfs eussent une si tardive formation? Gomment les parties diverses du tronc et de la tête se sont-elles développées jusqu'au point où je les observe chez ces: jeunes embryons hors de toute influence nerveuse ? Qu'est-ce qui remplace les nerfs dans cetf parties à cette époque de leur formation? Je cessai de m 'occuper un instant de l'origine des nerfs, que je ne pouvais apercevoir, pour porter mon attention sur l'état de ces organes dans les diverses parties de l'embryon déjà formé : si ma surprise avait été grande en voyant le nerf manquer à la moelle

ORIGINE DES NERFS. s5l

épinière et à l'encéphale , elle redoubla encore iiquand, par des dissections soignées, j'eus reconnu et suivi avec le plus rare bonheur tous les nerfs !de la tête, et sans aucune exception tous les nerfs i du tronc. Cette vérité reconnue et vérifiée sur un tgrand nombre d'embryons de reptiles , d'oiseaux et de mammifères , il devenait plus difficile de 1 l'expliquer que de la découvrir dans l'état présent i de nos connaissances.

Les animaux , avait-on dit , se développent du centre à la circonférence : donc les nerfs doivent procéder de la moelle épinière et du cerveau aux i parties excentriques du corps. Comment concevoir, dans cette hypothèse , l'isolement des nerfs des parties centrales du système nerveux ? Comiment concevoir la moelle épinière et l'encéphale , 1 sans communication avec les nerfs du trône et de lia tête? La chose me parut tellement difficile, que ije ne m'attachai pas même à chercher dans cette | direction l'explication des faits que j'avais sous les j yeux; je crus prudent de rechercher d'abord sur « quels fondemens on avait élevé l'hypothèse du développement central des animaux. Avait- on V observé ce mode de formation chez les embryons ? I Cette opinion était-elle déduite des faits , ou était- ! elle le fruit de l'imagination? Je ne tardai pas à m'apercevoir que rien ne confirmait cette hypo- ! thèse ; que dans l'impossibilité où l'on s'était trouvé d'établir une théorie probable de zoogénie, on avait , conformément aux principes philosophiques du temps , imaginé une hypothèse qui en

pût tenir lieu; et par une bizarrerie assez singulière , cette hypothèse se trouvait directement opposée aux faits.

Les animaux ne se forment donc pas du centre à la circonférence , ainsi qu'on l'avait avancé ; j'ai dé couvert qu'ils se développent au contraire de la circonférence au centre , de dehors en dedans , en considérant le tronc comme la racine de l 'animal ; de là vient que les côtes cartilagineuses sont formées avant les vertèbres ; de là vient que les os excentriques du crâne sont cartilagineux avant ceux qui occupent le centre; de là vient aussi que les points osseuxse montrent d'abord sur les côtes, puis sur les masses transverses des vertèbres , puis sur la partie oentrale de ces derniers os. Sur le bassin, c'est d'abord l'iléon , puis l'ischium , puis le pubis et le sacrum ; dans le crâne, les points d'ossification se montrent d'abord sur les points les plus excentriques de la circonférence , puis ils gagnent de proche en proche les os qui occupent le centre. La même loi est applicable au système musculaire : les mu§cles intercostaux paraissent les premiers ; viennent ensuite ceux logés dans les gouttières vertébrales ; plus tard , les muscles abdominaux ferment l'abdomen en devant. C'est donc en vertu d'une loi générale de l'organisation, que le système nerveux se développe de la circonférence au centre , que les nerfs du irone se forment avant la moelle épinière et l'encéphale.

Ce mode de formation concilie les faits que nous avons exposés dans les précédons chapitres ; nous

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