CHAPITRE II
Des Nerfs et du sens de la Vision , considérés dans les quatre classes des animaux vertébrés.
Si l'étendue d'un sens est en raison directe du développement du nerf qui en est le siège immédiat , <j>n peut établir , d'après ce qui précède , l'échellè de l'olfaction chez les animaux vertébrés. En descendant de l'homme aux singes , aux phoques , aux ruminans , aux carnassiers digitigrades , aux plantigrades , aux ruminans et aux rongeurs , on aperçoit le nerf de l'odorat, d'abord très-simple, envahir peu à peu toute la partie antérieure de la base de l'hémisphère antérieur. Les mammifères ont aussi ce sens plus fin que l'homme , parce qu'ils n'ont pas, comme lui , d'autres facultés qui y suppléent. L'olfaction étant liée intimement à la conservation des espèces , sert en quelque sorte de guide aux mammifères , pour le choix de leurs alimens. C'est , avec le goût , le sens le plus matériel.
La chambre osseuse de l'olfaction suit une progression semblable à celle du nerf : plus on descend de l'homme aux rongeurs, plus on observe l'agrandissement de la chambre olfactive , plus les masses latérales de l'éthmoïde , plus les maxillaires supérieurs acquièrent de l'étendue, plus la i
NEUFS DE LA VISION. 3o5
face acquiert de volume aux dépens de la cavité du crâne , plus par conséquent la masse des hémisphères cérébraux diminue.
Les cétacés feraient une singulière exception à cette loi commune de l'étendue de l'olfaction , si de l'absence du nerf olfactif on pouvait déduire rigoureusement la privation complète de l'odorat. Mais le volume de la cinquième paire , le volume du ganglion sphéno-palatin chez ces animaux , permettent de croire qu'il y a transposition de ce sens, du nerf de l'odorat qui manque, sur la branche du nerf trijumeau , qui lui sert d'accessoire dans les autres animaux. Cette opinion de M. le professeur Duméril recevra un nouveau degré de certitude des faits analogues que nous rapporterons dans le chapitre suivant , et de la loi d'action du système nerveux émise par M. le baron Guvier.
Chez les oiseaux , l'absence constante de la racine interne du nerf olfactif doit nécessairement apporter une diminution très-grande dans l'étendue de l'olfaction. Toute cette classe paraît aussi très-inférieure à celle des mammifères sous le rapport de ce sens. Chez les reptiles , l'organe de l'olfaction est relativement aussi étendu que chez les mammifères ; plusieurs faits établissent que chez eux le sens de l'odorat a une portée très-grande. Enfin, quoiqu'on n'ait encore aucune donnée posilive sur l'odorat des poissons , on peut conclure analogiquement qu'il a une grande étendue, notamment chez les cartilagineux.
5oq ANATOMIE COMPARÉE DU CERVEAU,
Le sens de la vue ne suit pas tqut-à-fait ce même rapport ; on peut dire que chez les mammifères , le sens de l'odorat prédomine sur celui de la vision : l'inverse a lieu chez les oiseaux. L'imperfection de leur odorat semble compensée par l'étendue de leur vue. Les reptiles me paraissent sous ce rapport dans une condition intermédiaire entre les mammifères et les oiseaux. Les poissons semblent doués d'une prédominance marquée de ces deux sens sur les autres vertébrés. C'est du moins ce qu'on peut déduire de l'anatomie comparative des nerfs de ces deux sens dans les quatre classes , et des parties de l'encéphale auxquelles ils aboutissent.
La vision s'exerce par l'intermédiaire de l'un des corps les plus subtils de la nature, la lumière. Un organe admirable par sa structure, lui fait subir diverses modifications par les densités différentes des parties dont il est composé. L'impression des objets visibles, arrivée au fond de l'œil, est transmise par la rétine et le nerf optique , jusqu'à l'encéphale.
L'exercice de ce sens suppose donc l'existence préalable de l'œil, du nerf optique, et des parties auxquelles s'insère ce nerf. Dans nos théories actuelles , nous ne saurions concevoir la vision sans la réunion de ces trois conditions ; mais ces trois conditions peuvent subir des modifications importantes. Le nerf optique peut manquer chez certains animaux, sans qtie la vision soit perdue. Si l'œil existe , s'il se met en communication avec
NEUFS DE LA VISION. 3o5
l'encéphale par l'intermédiaire d'un nerf, l'impression des objets extérieurs peut cire perçue par l'animal, la condition fondamentale de la vision est remplie. Lesconditions secondaires sont seules changées.
En effet , si le nerf optique manque , Si un autre nerf se trouve aboutir au fond du globe de l'œil , l'action de la vision séra transmise le long de ce nerf , comme elle l'est , dans l'état ordinaire , le long du nerf optique. Rien ne s'oppose dans nos théories à la possibilité de cette transmission.
Mais si ce nerf oculaire est différent du nerf optique , si ses rapports avec l'encéphale sont changés , s'il ne s'insère plus sur les mêmes points que le nerf optique , le sens de la vue , (qui a déjà changé de nerf, changera donc aussi de siège dans l'encéphale ; il pourra être transporté d'une partie de cet organe sur une autre très-éloignée, sans connexion immédiate avec la première. 11 arrivera pour le sens de la vue ce qui se passe chez les cétacés pour le sens de l'odorat. Si cela est , comment accorder ces faits avec l'hypothèse de l'origine des nerfs adoptée jusqu'à ce jour? Gomment les expliquer d'après nos théories sur l'action du système nerveux et de l'encéphale? Ces hypothèses et ces théories n'embrassant pas la généralité des phénomènes organiques qu'ils doivent expliquer, devront donc subir des modifications importantes , ou être remplacées par d'autres qui soient plus en harmonie avec la diversité des conditions sous lesquelles peut être remplie une
5oG À.NAT0M1E COMPAREE DU CERVEAU,
même fonction. On déduira , je pense , cette consé- ' quence de4 certains faits de l'anatomie comparative des nerfs de lavision, et dunerf trijumeau, sur lequel le sens de la vue est transporté chez quelques animaux vertébrés et dans certaines classes des invertébrés.
Nerfs de la vision.
Ces nerfs sont distingués en ceux qui perçoivent l'impression de la lumière , et ceux qui se distribuent dans les parties qui impriment le mouvement au globe de l'œil : on les connaît sous le nom de deuxième , troisième , quatrième et sixième paires : nous les examinerons dans cet ordre dans les quatre classes des vertébrés.
Les poissons sont remarquables par le volume de leur œil , par la grosseur de leur nerf optique, et par l'isolement du lobe particulier de l'encéphale dans lequel se rend ce nerf. En général , le nerf optique ( i ) est moins gros chez les poissons cartilagineux (2) que chez les osseux (5) ; trèspetit chez la lamproie (4) , il augmente chez l'esturgeon (5) , chez les squales (6) et les raies (7) ;
(1) PI. VI, fig. i5a, n°8.
fa) Ibid.
(3) Pl. VII, fig. 162, n° io.
(4) Pl. XI , fig. 224.
(5) Pl. XII, fig. 255.
(6) Pl. XII, fig. 236, n'j; Pl. XII, fig, 237, n° 2.
(7) PI, VI, fig. i33, n° 10.
NERFS DE LK VISION. dO*)
mais jamais il n'a dans cette famille la grosseur relative qu'on lui observe chez les poissons osseux en général (1). Les anguilliformes (2) , les pleuronectes ont néanmoins le nerf optique relativement plus petit que les raies et les squales.
Au premier aperçu , les nerfs optiques , chez les poissons cartilagineux , paraissent s'implanter immédiatement dans les pédoncules cérébraux (5) , ce qui fait que plusieurs anatomistes ont borné en cet endroit leur origine. Ils y adhèrent , en effet , à un tel point , qu'il faut une dissection très-attentive pour les isoler et les suivre dans l'épaisseur des lobes optiques ( l\ ) ( tubercules quadrijumeaux ) , dont ils sont la continuation. Liés intimement avec un corps particulier qui se trouve à la base de l'encéphale (5) , dont ils reçoivent quelques faisceaux blanchâtres , on s'en est d'autant plus facilement laissé imposer , qu'on regardait les lobes optiques (6) comme les hémisphères cérébraux , et qu'on ne pouvait raisonnablement faire sortir ces nerfs de la partie antérieure et profonde de ces prétendus hémisphères. J'ai donc dû mettre à profit toute la sévérité de nos procédés anatomi-
(1) Pl. VII, fig. 157, n°6; fig. 162, n" 10; fig. 176, n° 3; fig. 164, n° 12.
(2) Pl. VII, fig. 192, n" 7.
(5) Pl. VI, fig. ,/,8, n"9.
(4) Pif VI, fig. 148, n° 9 et 12.
(5) Pl. VI, fig. 148, n- 8.
(6) Pl. VI, fig. i38, n* 7; fig. i52, n' 7; fig. 148, n" 12.
ques pour suivre ces nerfs au-delà des pédoncules cérébraux et découvrir leur liaison avec les tubercules quadrijumeaux (lobes optiques).
Si on enlève avec soin le corps particulier (1) qui se trouve en arrière de l'entre-croisement de ces nerfs , on les aperçoit entrer directement dans ce lobe (2) , d'autant plus facilement que le corps précédemment indiqué est moins volumineux et moins compliqué : si on ouvre le lobe optique (3), et qu'on laisse le nerf intact comme je l'ai fait chez la morue (4) , on voit le nerf (5) se diriger du pédoncule vers l'intérieur de ce lobe; si on découvre le lobe optique par sa partie supérieure (6) , on voit les couches qui forment ce lobe (7) , se continuer immédiatement dans la profondeur du nerf, si la section a été assez profonde pour ouvrir celui-ci (8).
En disséquant avec soin le nerf optique des poissons , on le trouve composé de quatre couches , une blanche extérieure , une seconde grise placée au-dessous , une troisième blanche , une quatrième interne et grisâtre comme la seconde.
(1) Pl. VI, 6g. 148, n-9.
(2) Pl. VII, fig. 178, n» 2.
(3) Pl. VII, fig. i59, n° 3.
(4) Pl. VII, fig. 164, n° 12.
(5) Pl. VII, Og. i65, W 7.
(6) Idem.
(7) Pl. VII, fig. i65, n°9, 10 et r§.
NERF DE LA VISION. 3og
Or, chacune de ces couches est la continuation de celles qui forment les parois des lobes optiques , ce qui met hors de doute leur connexion ; j'ai suivi cette structure et cette communication chez les raies , les squales , et sur environ cent espèces différentes de poissons osseux ; je l'ai fait représenter dans ce' précis chez le trigle (1) , la morue (2) et l'égrefin (3). Indépendamment de cette origine , quelques faisceaux des pyramides se continuent immédiatement dans le nerf optique (4).
Chez certains poissons , ces faisceaux des pyramides sont unis à ceux d'où proviennent les nerfs olfactifs ; les uns et les autres adhèrent au corps arrondi, situé en arrière des nerfs optiques (5), ce qui a fait croire à plusieurs icthyotomistes que le nerf olfactif (6) et le nerf optique (7) prenaient leur origine chez les poissons dans le même tubercule. Pallas avait fait cette observation chez le cyclopterus glutinosus ; la disposition que j'ai indiquée est la même chez le cyclopterus lumpus : Carus dit l'avoir vérifiée chez le gadus œglefinus , mais les rapports des nerfs olfactif (8) et opti-
(1) Pl. VII, fig. i5g, n° 3, 4 et 5.
(2) Pl. VII, fig. i65, n° 7, 8, 9 et 10.
(3) Pl. VII, fig. 181, n- 3, 4, 5 et 9.
(4) Pl. VII, fig. 181, n°3.
(5) Pl. VII, fig. 184, W 4 et 5.
(6) Pl. VII, fig. 184, n° 6.
(7) PI- VII, fig. 184, n" 5.
(8) Pl. VII, fig. 184, n'6.
5lO ANATOMIE COMPARÉE DU CERVEAU,
que ( i ) , sont tout - à - fait différens chez ce dernier poisson : leurs origines n'ont rien de commun , le nerf olfactif n'a aucune communication avec le corps situé en arrière des nerfs optiques (2).
Avant leur entrée dans les lobes optiques , les nerfs optiques s'entrecroisent chez les poissons (3), celui de droite passe à gauche , et celui de gauche à droite : cette disposition n'est pas générale , le croisement n'est pas distinct chez plusieurs gades (4) ; il est peu distinct chez les cartilagineux, à cause de l'adhérence des nerfs optiques avec les pédoncules cérébraux ; chez les squales et les raies (5) , il faut disséquer le nerf en cet endroit, pour apercevoir les faisceaux" croisés (6) ; chez lés cyprins ( 7 ) , les pleuronectes et les anguilliformes (8) , le croisement se fait sans mélange de la matière des nerfs ; chez le merlan (9) , le nert de droite ne fait que se superposer sur le gauche , pour passer du côté opposé; chez le brochet (10)
(1) Pl. YÏI, fig. 184, n° 5.
(2) PI. VII, fig. 184, n" 4.
(3) Pl. VI , fig. 144, n° 6; Pl. VII, fig. 178 , n° ».
(4) Pl. VII, fig. 164, n° 12.
(5) Pl. VI, fig. 148, n°g.
(6) Idem.
(7) Pl. VI, fig. 144, n° 6.
(8) Pl. VII, fig. 192 , n" 7.
(9) Pl. VI, fig. i54, n°4-
(10) Pl. vi, fig. 154, d°4.
NEUFS PE LA VISION. 5 1 î
et l'anguille vulgaire (1) , l'entrecroisement se l'ait delà même manière; chez la baudroie (2), les nerfs sont réunis , et il faut les disséquer comme chez les raies , pour voir les faisceaux croisés : il en est de même chez la tanche (3) , la morue (4) et les trigles (5). En général , l'entrecroisement est d'autant plus évident que le corps situé en arrière des nerfs optiques est moins prononcé , ce qui est surtout remarquable chez les anguilles (6) .
Le nerf optique, chez les reptiles , a une insertion semblable en tout point à celle des poissons ; un lobe particulier semble destiné à le recevoir (7); et de même que dans la classe précédente , le volume du nerf est proportionnel au développement du lobe; toutefois le volume du nerf optique est beaucoup plus petit chez les reptiles que chez les poissons osseux et cartilagineux.
En général, chez les ophidiens, le volume du nerf optique (8) est beaucoup moins considérable que chez les reptiles doués de membres ; les ophidiens sont a ces derniers ce que les anguilliformes , chez les poissons , sont aux autres familles de cette
(1) Pl. VII, fig. 192, n° 7.
(2) Pl. VII, fig. 182, n° 6.
(3) Pl. VII, fig. 186, n" 8.
(4) Pl. VII, fig. 162, 11° 10.
(5) Pl. VII, fig. i57, n» 8.
(6) Pl. VII, fig. 192, n» 5, 7 et 8.
(7) Pl. V, fig. 122 , n* 10.
(8) PI V, fig. 187, n°6. .
3l2 ANAT0M1E COMPAREE DU CERVEAU 3
classe. Ce nerf augmente graduellement des lacertiens (1) aux crocodiles (2) et aux chéloniens (3).
Chez tous les reptiles . le nerf optique se continue directement dans le lobe optique , ainsi qu'on peut le voir sur le lézard gris (4) et sur la tortue franche (5). La lame blanche du lobe se prolonge immédiatement dans le nerf (6) ; celui-ci paraît n'en être que la suite ou le prolongement.
L'adhérence du nerf optique aux pédoncules cérébraux est si faible chez les reptiles , qu'on détache le nerf en totalité (7) sans intéresser les faisceaux des pédoncules. J'ai vérifié ce fait chez les chéloniens. avec toute l'importance qu'il mérite , relativement à l'hypothèse émise chez les poissons sur l'origine prétendue du nerf optique dans les pédoncules cérébraux. J'ai constaté aussi que chez le caméléon (S) , le crocodile vulgaire (9) , le crocodile à deux arêtes (io) , la vipère hajé (u) et les
(1) Pl. V, fig. 129, n" 5.
(a) Pl. V, fig. 118, n°a.
(3) Pl. V, fig. 122, n° i3.
(4) Pl. V, fig. 129, n° 5 et L\.
(5) Pl. V, fig. 122, n° 11 et i3,
(6) Pl. V, fig. 121 , n° 3.
(7) Pl. V, fig. 124, n°3.
(8) Pl. V, fig. iî3, n°5.
(9) Pl. V,fig. «i7,n°4ctS.
(10) Pl. V, fig. 118, n° 4 et 5.
(n) Pl. V, fig. 127, n°5et0.
grenouilles (j), le nerf optique est en rapport immédiat avec le petit corps situé immédiatement en arrière de son entrecroisement.
Le nerf optique s'entrecroise chez tous les reptiles; cet entrecroisement est d'autant plus marqué, que le nerf et le corps situé en arrière sont plus petits ; chez tous les ophidiens (2) il n'y a que superposition des deux nerfs ; celui de droite passe sur celui de gauche, sans contracter de liaison avec lui. Chez les batraciens (0), la disposition est à peu de chose près la même ; chez les sauriens (4) et les chéloniens (5) , les nerfs optiques se confondent, leur substance semble se mélanger avant que Je croisement n'ait lieu ; c'est au point de jonction des deux nerfs que le corps situé en arrière d'eux envoie les faisceaux blanchâtres par lesquels il communique avec eux ; plus ce corps est volumineux, plus est étendue la surface par laquelle les deux nerfs se touchent; on peut voir ces effots chez le caméléon (6) , le crocodile (7) et la tortue franche (8).
(j) Pl. V, fig. i5i , n° n et 12.
(2) Pl. V, fig. 127, n" 6.
(3) Pl. Y, fig. i3i, n" 12.
(4) Pl. V, fig. 1,2, n" 5 et 6.
(5) Pl. V, fig. 122, 12 et 1 3
(6) Pl. V, fig. 112, n"5 et 6.
(7) Pl. V, fig. ti 7, nVjet 8.
(8) Pl. V, fig. ,,2, n" i3 et 12.
Chez les oiseaux , le nerf optique (î) reprend le volume que nous lui avons remarqué chez les poissons (2) , et qu'il avait en partie perdu chez les reptiles (3) ; comme dans ces deux classes , il se rend dans deux lobes creux (4) , situés sur les côtés et à la base de l'encéphale ; chez les oiseaux , de même que chez les reptiles et les poissons , le volume de ces lobes (5) est toujours proportionnel à celui des nerfs qui s'y portent (6). Remarquons que , de même que chez les poissons , on trouve le nerf optique composé, chez les oiseaux, de quatre couches ; la première blanche et extérieure , la seconde grise , une troisième blanche , et une quatrième interne et grise. Observons de plus que ces couches sont la continuation de celles qui forment les lobes creux dans lesquels se rendent les nerfs, absolument de même que chez les poissons: il y a donc identité de composition des nerfs optiques chez les poissons et les oiseaux; identité de rapport avec les lobes optiques dans l'une et l'autre classe; identité de structure de ces lobes chez les oiseaux et les poissons. La position seule de ces lobes est dilférente chez les oiseaux adultes. Il faudrait , d'après ces rapports , se laisser étran-
(1) Pl. III, flg. 78, n° 10.
(2) Pl. VII, fig. 162, nu 10
(3) Pl. V, fig, 122, n* i3.
(4) Pl. III, fig. 78, n-7.
(5) Pl. III, fig. 79, n°7
(6) Pl. HI, fig. 78, n' 10.
genient abuser par l'esprit de système , pour méconnaître l'analogie qui existe entre les lobes , Id'où proviennent les nerfs optiques dans ces trois classes; il est vrai que chez les poissons cartilagineux ( î ) , on a profité de l'adhérence que ces nerfs contractent avec la base des pédoncules , pour borner à cette partie leur origine ; mais chez les oiseaux, cette adhérence est plus prononcée encore que chez les poissons : les nerfs optiques , en se rapprochant l'un de l'autre (a) , s'appliquent contre les pédoncules , les embrassent 3 les recouvrent (3) , et contractent une telle adhérence avec eux , qu'en les détachant on enlève une partie des faisceaux des pédoncules (4) ; ce n'est qu'après avoir laissé séjourner quelque temps l'encéphale dans l'alcohol , qu'on parvient à isoler les pédoncules (5) du nerf (6) chez les oiseaux, et à suivre leur continuation dans l'épaisseur des parois des lobes optiques (7). Depuis Willis , Haller, Collins, Malacarne , nul anatomiste n'a mis en doute l'origine de ces nerfs dans ces lobes ; nul n'a imaginé de les faire provenir des pédoncules cérébraux ;
(1) Pl. VI,fig. ,48, n» 9.
(2) Pl. IV, fig. 98, n» 12.
(5) Pl. IV , fig. 91 , n- 5.
(4) Pl. VI, fig 9,, n«4.
(5) Pl. III, fig. 82, n"8.
(6) Pl. III, fig. 82, n"3.
(7) Pl. IV, fig. 90, n" 5.
pourquoi penserait-on différemment des poissons ,. si on n'avait un système de détermination à faire prévaloir ?
Ainsi chez les oiseaux , de même que chez les reptiles , que chez les poissons osseux et cartilagineux , le nerf optique s'insère immédiatement dans les lobes du même nom (i); en déplissant ces lobes, on voit leurs parois se prolonger directement dans l'épaisseur du nerf (2) : j'ai suivi cette insertion et ces rapports chez la poule , l'oie , le canard , le dindon , les faisans doré et argenté ; le pigeon , les perdrix , les oiseaux de proie , les oiseaux nocturnes ; je les ai représentés dans ce précis chez le casoar (3), l'autruche (4), la cigogne blanche (5) et le perroquet (6).
En outre , j'ai constaté chez tous ces oiseaux , et sur beaucoup d'autres espèces , que je ferai représenter dans mon grand ouvrage , que le nerf optique se met en rapport avec les hémisphères cérébraux des oiseaux par un faisceau considérable (7) , qui se joint à la commissure antérieure (8) , et se rend dans le rayonnement mé-
(1) Pl. IV, fig. 91, n° 4-
(3) Pl. III, fig. 82, n°3.
(5) PI. III, fig. 82, n° 7 et 9.
(4) Pl. III, fig. 80, n° 2 et 5.
(5) Pl. IV, fig. i83, n° 6 et 9.
(6) Pl. III, fig. 82, n"5et 8.
(7) Pl. IV, fig. 91, n» 4-
(8) Pl. III, fig. 82, n' 4 et 5.
dullaire de l'intérieur de l'hémisphère ( 1 ). J'ai fait dessiner ce rapport important chez la bondréc (a) et le perroquet (3) (4).
Si chez certains poissons (5) et chez beaucoup de reptiles (6) , les nerfs optiques se croisent d'une manière évidente , il n'en est pas de même chez les oiseaux ; chez aucun on n'aperçoit le passage immédiat du nerf droit au côté gauche, et vice versâ. Les faisceaux profonds , qui constituent le nerf optique des oiseaux , se croisent néanmoins (7) ; pour découvrir ce croisement , il faut enlever avec soin les faisceaux externes $11 nerf au moment où ils se séparent (8) ; on aperçoit alors des faisceaux profonds passer de gauche à droite, d'autres se diriger de droite à gauche (9) , et former un entrelacement très-distinct (10). Le nerf optique est en contact immédiat avec le corps
(1) Pl. III, fig. 82, n°6.
(a.) Pl. IV, fig. 91, n» 4» 5 et 6.
(3) Pl. III, fig. 82, n" 3, 4 et 6.
(4) Ce rapport du nerf optique des oiseaux explique pourquoi , dans l'ablation des hémisphères faite par" Valcher Coïter , Valsalva , Rolando et plusieurs autres physiologistes , la vue est sensiblement altérée pendant un temps plus ou moins long.
(5) Pl. VI, fig. i44,n°6;ng. 1 54, n"4; Pl. VII, fig. 1&î,n"7.
(6) Pl. V, fig. 127, n°6; fig. 181, n" 11.
(7) Pl. III, fig. 80, n» 4.
(8) Pl. III, fig. 79, n"9.
(9) PI- III, fig. 80, n"4.
(10) Pl. IV, fig. io3 , n* îo.
situé en arrière de sa jonction avec celui du côté I opposé ( î ) ; le volume de ce corps n'est cepen- i dant pas proportionnel à celui du nerf, ainsi qu'on peut le remarquer chez le casoar (2) , l'autruche (3) , la cigogne (4) et l'hirondelle (5) .
Dans les trois classes que nous venons d'examiner , les lobes optiques vers lesquels se rendent 1 les nerfs du même nom, sont isolés des autres parties de l'encéphale ; ils forment une partie , en 1 quelque sorte , détachée des autres ; on peut accompagner le nerf jusque dans l'épaisseur de leurs parois , ou suivre le prolongement de ceux-ci dans le nerf. Il n'en est pas de même chez les mammifères : les tubercules qtiadri jumeaux ne sont plus aussi isolés que dans les trois autres classes ; ils ont avec la couche optique , des connexions qui rendent beaucoup plus difficiles à suivre , les faisceaux d'insertion des nerfs optiques.
Une partie de ces difficultés n'existent pas chez les jeunes embryons de l'homme et des mammifères. Chez les embryons de l'homme , du veau , du cheval , du chien , du chat , du loup et dii lapin , j'ai vu les faisceaux du nerf optique entrer dans les tubercules quadrijumeaux creux, à-peu-
(1) Pl. III, fig. iq, n° 8.
(2) Pl. III, fig. 78, n» 9.
(3) Pl. III, fig. 80, n°6.
(4) Pl. IV, fig. 104, n°6.
(5) Pl. IV, fig. 92,n°3.
près de la même manière qne nous venons de I l'exposer pour les lobes optiques des classes inférieures.
Chez les jeunes embryons , le nerf optique est composé de filamens isolés et symétriques ; ces fîlamens se réunissent d'abord de chaque côté séparément , et forment deux lames adossées en haut et en bas ; au centre de ces deux lames on trouve l'artère centrale de la rétine ; plus tard , le nerf optique est rendu solide par la déposition d'une petite quantité de matière d'un blanc grisâtre , qui réunit et confond tous ces filets en un seul tronc. Cette disposition m'a paru évidente chez l'embryon de l'homme, du cheval, du veau, du mouton, et sur celui des oiseaux ; je n'ai pu la découvrir chez les reptiles : le canal dans lequel est renfermée la rétine , et dont Soemmering le fils a donné une description si détaillée (1), est donc formé aussi parle rapprochement des deux lames dont se compose primitivement le nerf optique.
(1) Galien admit qe canal; Vésale, son antagoniste, le rejeta; Eustachile retrouva, Riolan partagea l'opinion d'Eustachi; Reil l'injecta avec du mercure ; il en conservait plusieurs préparations dans son cabinet anatomique. L'existence de ce canal est réelle ; mais on en a singulièrement abusé pour les explications médicales : on y a fait d'abord circuler des esprits de diverses natures ; on a conclu analogiquement son existence dans les autres nerfs; on a supposé tantôt qu'il contenait de la matière grise, tantôt la matière blancbe de l'encéphale. Cette dernière erreur est encore admise en anatoinie pour la structure des nerfs en général.
Jusqu'aux troisième et quatrième mois de l'embryon de l'homme, de celui du veau et du cheval , du troisième mois du mouton et du cochon , les faisceaux du nerf optique se continuent avec l'enveloppe externe des tubercules quadrijumeat:«x ; un peu plus tard , on voit se joindre au nerf optique une lame ^blanchâtre , qui recouvre la partie postérieure des couches du même nom.
Les corps géniculés ne -se montrent que vers le commencement du quatrième mois du mouton et du cochon ; au cinquième du veau et du cheval , et au sixième de l'embryon humain : cette apparition tardive de ces corps détruit sans réplique l'idée de Gall , qui les regarde comme la source première des nerfs optiques : on conçoit , en effet , que si cela était , les corps géniculés devraient précéder la formation des nerfs (1). Or, les nerfs existent depuis long-temps ; ils sont même relativement plus volumineux qu'ils ne le seront jamais ; on ne peut donc les \ faire procéder d'une partie qui n'est pas encore formée. Toutefois , les corps géniculés se développent dans le dernier tiers de la vie utérine des embryons des mammifères , sur le trajet des faisceaux d'insertion du nerf optique
(i) Quand bien même on regarderait les corps géniculés comme des ganglions, la conclusion reste la même. On voit que la matière blanche du nerf précède la matière grise des corps géniculés. Les corps géniculés sont postérieure à la formation du nerf, de même que h$ ganglions intervertébraux sont postérieurs au développement des nerfs du tronc.
i aux tubercules quadrijumeaux , notamment sur ; le faisceau provenant des tubercules antérieurs, Ht entrevu parValsalva et Morgagni , si bien décrit | par Sanctorini , et que Gall regarde comme la ra- I cine principale du nerf.
Vicq-d'Azyr exprima très-bien l'insertion des nerfs ■ optiques sur les tubercules quadrijumeaux (?) ; I mais en suivant dans la profondeur de la couche I optique (2) les faisceaux- qu'avait entrevus Sanctorini , il leur donna peut-être trop d'importance; depuis on les a trop négligés. 11 est certain que de la partie profonde et interne des couches optiques chez l'homme , il se dirige , vers la concavité du tractus du même nom , une multitude de faisceaux médullaires , qui , en se joignant à ce corps , en augmentent le volume. Mais ce tractus et ces faisceaux me paraissent une production de la couche optique ; ils sont étrangers au nerf du même nom, quoiqu'ils communiquent avec lui. On sera convaincu de ce fait , si l'on observe que ces faisceaux vont en diminuant de l'homme aux singes , aux cétacés , aux carnassiers et aux ruminans ; je n'ai pu les découvrir chez les rongeurs. Or , le nerf optique va en augmentant de volume dans ce même rapport , c'est-à-dire de l'homme aux singes , aux carnassiers et aux rongeurs ; il y a donc un rapport inverse entre ces
(1) Pl. XIII, fig. 243, n" 7 et 16.
va) Pl. XIII, fig. 243, n°. 8.
.faisceaux externes de la couche optique et le nerf du même nom. Ces faisceaux manquent chez les oiseaux dont les nerfs de la vision sont si développés. Chez l'embryon humain ils n'existent pas; le tractus optique ne reçoit les faisceaux internes qui se joignent à lui en dedans , que de la première à la deuxième année après la naissance. J'insiste sur ces faits , parce que Treviranus , et surtout Rolando, considèrent de nouveau la couche optique comme le centre d'origine du nerf de la vision , et qu'ils se basent sur les rapports de ces • deux parties pour rejeter la détermination que j'ai donnée, des lobes optiques des classes inférieures.
Indépendamment de ces faisceaux d'insertion , il en existe quelquefois un autre, qui se dirige vers la lame cornée , qui sépare la couche optique du corps strié. Les anciens anatomistes ont connu ce faisceau : Vicq-d'Azyr l'a indiqué vaguement , ainsi que Tarin ; Mathey l'a rencontré deux fois chez l'homme ; Treviranus l'a vu chez le cochon-d'inde; je l'ai rencontré sur un srnge (le papion ) , sur le marsouin , et une fois chez le lapin. Ainsi le nerf optique s'insère chez les mammifères sur la périphérie des tubercules quadrijumeaux (1) ; il se met de plus en communication avec la couche optique par les faisceaux superficiels qui s'appliquent sur la face postérieure (2); et chez l'homme,
(1) Pl. XIII, fig. 243, n* 7 et 16.
(a) Pl. XIII, fig. 245, n* 8 et 11.
les singes, les carnassiers et les ruminans , il communique également par l'intermède du tracÇus optique avec les faisceaux profonds de cette éminence. Dans son trajet de l'oeil aux tubercules quad ri jumeaux, le nerf optique est également mis en relation avec la matière grise située en arrière de sa jonction. Cette communication a lieu par de petits filamens blanchâtres, qui, de ce tubercule, se portent sur la jonction des deux nerfs. Ces filamens, très-grêles chez l'homme , les singes et les carnassiers , deviennent plus considérables chez les ruminans et les rongeurs. Ils me paraissent en rapport de volume avec le développement de ce corps.
Le volume du nerf optique va en augmentant d'une manière générale , de l'homme ( 1 ) aux singes (2) , au phoque (3) , aux cétacés (4) , aux carnassiers (5), aux ruminans (6) et aux rongeurs. On peut suivre cette augmentation graduelle chez le drili (7) , le mandrill (8) , le phoque (9) , le
(1) Pl. XIII, fig. a47, n" u.
(2) Pl. VIII, fig. t97,n' 2.
(3) Pl. IX, fig. 208, ô« 2.
(4) Pl. XII, fig. 234, n» 2
(5) Pl. XIV, fig. 266, n- 2.
(6) Pl. XVI, fig. a95, n" 2.
(7) Pl. VIII, fig. .94, n» s.
(8) Pl. VIII, fig. 197, n«7.
(9) Pl. IX , fig. 208 , n" 2.
3zl[ ANAT0MIE COMPAREE DU CERVEAU.
dauphin (i) , le lion (2) , la martre (3) , le kanguroo (4j , l'ours (5) , le pécari (6) , le cheval (7) , le chameau (8) , le lama (9) , le bouc de la Haute-Egypte ( 1 o) et l'agouti (11). Certains carnassiers et certains rongeurs font exception à ce principe , comme on peut le voir chez la loutre (12) , le raton (i3) , le castor (14) , le porcépic (i5), le hérisson (16) ; les chauve -souris tiennent le milieu sous ce rapport (17).
Au premier aperçu de la base de l'encéphale des mammifères , la jonction du nerf optique semble se déplacer ; tantôt elle se porte en avant (18), d'autres fois on croirait qu'elle se dirige en ar-
(I) Pl. XII, fig. 234, n° a.
(a) Pl. XIV, fig. 266, n" 2.
(3) Pl. XV, flg. 290, m 2.
(4) Pl. XVI, fig. 299, n° 2.
(5) Pl. XI, fig. 23i ,n° 2.
(6) Pl. XVI, fig. 3oo, n" 2.
(7) Pl. XV, fig. 274, n° 2.
(8) Pl. XIII, fig. 249, n°2.
(9) Pl. XVI, fig. 295, n° 2.
(10) Pl. XIV, fig. 262, n° 2.
(II) Pl. IX, fig. 211, n°2.
(12) Pl. X, fig. 233, n° *.
(13) Pl. VIII, fig. 200, n° 2.
(14) Pl. XIV, fig. 258, n° 2.
(15) Pl. XIII, fig. 25i , n° 2
(16) Pl. XVI, Cg. 2,97, n° 2.
(17) Pl. IX, fig. 204, n* 2.
(18) PI. IX, fig. 208, n* a»
NERFS DE LA VISION. 3a5
rière (1). Cette jonction est portée en avant chez le phoque (a) , les Cétacés (3) , le raton (4) , le lion (5) et les carnassiers digitigrades en général. Elle est déjetée en arrière chez les singes (6) , l'ours ( 7 ) , le pécari ( 8 ) , le cheval ( 9 ) , le daman (10) , le bouc de la Haute -Egypte (11), l'agouti (12) et le hérisson (1S). Le castor ( i4) 5 le porc-épic ( 1 5) et les chauve-souris ( 1 6) , tiennent le milieu sous ce rapport entre les mammifères précédens. Néanmoins la jonction des nerfs optiques est fixe chez tous ces animaux ; la position relative qu'elle occupe à la base de l'encéphale , dépend de l'étendue plus ou moins grande du lobe antérieur , qui se contracte chez les mammifères , chez lesquels le nerf optique semble se porter en
(1) PI. XI, fig. »3i, n° 2.
(2) Pl. IX, fig. 208, n" 2 , E.
(3) PI. XII, fig. 254, n° 2, L.
(4) Pl. VIII, fig. 200, n" 2,1.
(3) Pl. XIV, fig. 266, n° i, E.
(6) Pl. VIII, fig. i94,n°3,E.
(7) Pl. XI, fig. a3i, n'a, I.
(8) Pl. XVI, fig. 3oo, n'2 et 1.
(9) Pl. XV, fig. 275,V2,M.
(10) Pl. XV, fig. 273, n° a, G.
(11) Pl. XlV^fig. 262, n° 2, M.
(12) PI. XI, fig. an , n° 2, E.
(13) Pl. XVI, fig. 297, n° 2, E.
(14) Pl. XIV, fig. a58, n° 2, I.
(ti5) Pl. XIII', fig. 25i , ri» 2, I.
(16) PI. IX, fig. ao4, n° a,B;fiç. 214, n'a, E.
3s6 ANATOMIE COMPARÉE DU CERVEAU ,
avant , et qui s'allonge au contraire chez ceux dont le nerf paraît situé plus en arrière. On peut apprécier la cause de cet effet en comparant l'étendue relative de ce lobe chez le phoque (1), le dauphin (2), les singes (3) , les carnassiers (4) , les ruminans ( 5 ) , les rongeurs ( 6 ) et les chauvesouris (7).
Le nerf optique n'est pas seulement juxta-posé sur la base des pédoncules ; il contracte avec ces derniers des adhérences qui sont d'autant plus étendues et d'autant plus prononcées, qu'on éloigne davantage de l'homme pour se rapprocher des rongeurs.
Dans les deux classes inférieures des vertébrés , l'entrecroisement des nerfs optiques est si marqué , celui de droite passe si visiblement à gauche, et celui de gauche à droite , qu'on ne peut mettre en doute ce fait une fois qu'on l'a observé. Dans la classe des oiseaux , cette disposition n'est plus si manifeste ; il faut disséquer le nerf avec soin pour découvrir leur décussation ; chez les mammifères , cette décussation est plus obscure encore et plus profondément cachée que chez les oiseaux.
(1) Pl. IX, fig. ao3, E, C.
(a) Pl. XII, fig. a34, L , M.
(3) Pl. VIII, fig. i94,F;fig. 197, F.
(4) Pl. XIV, fig. 266, F.
(5) Pl. XIV, fig. 262, BC.
(6) Pl. XIV, fig. 258, F.
(7) Pl. IX, fig. 204, E, F; fig. 214, F, Et
Or les mammifères et l'homme ayant toujours servi de point de départ et de terme de comparaison aux anatomistes , on a longtemps nié l'entrecroisement des nerfs de la vision , parce qu'on vient difficilement à bout de la rendre évidente chez l'homme et les familles qui l'avoisinent ; de là , la dissidence des opinions.
Sont pour la décussation parmi les anciens anatomistes , Galien , Mundinus , Sylvius , Lancisi , Cheselden, Mathei, Petit; parmi les modernes, Soemmering et M. le baron Guvier, qui l'ont surtout observée chez les mammifères.
Sont contre la décussation, Vesale , qui, en cette occasion comme dans beaucoup d'autres , a été peut-être entraîné trop loin par le désir qu'il avait de contredire Galien ; Sanctorini , dont l'opinion a été d'un grand poids à cause de l'étude spéciale qu'il avait faite de l'entrecroisement des fibres des diverses parties de l'encéphale ; Monro qui s'étayait de l'anatomie des poissons.
Sont pour une simple réunion en forme de la lettre H , Blasius , Lecat , Varole , Bauhin , Etienne , Riolan , Spigel , Tissot , Portai et le grand Haller.
Sont enfin pour une décussation partielle des nerfs optiques, Ackcrmann, Vicq - d'Azyr , Caldani, Cuvier, Wentzell et le professeur Treviranus. D'après cette' dernière opinion , la plus conforme aux résultats fournis par l'anatomie comparative, les fibres externes du nerf optique se rendent directement à leurs points d'insertion,
sans s'unir à celles du nerf opposé ; quelques-unes des fibres internes se mélangent au contraire sur le plateau transverse du cliiasma.
Dans ce mélange , les fibres internes du nerf optique s'entrecroisent -elles réellement? celles de droite passent-elles à gauche? celles de gauche à droite? Vicq-d'Azyr n'a pu suivre cette décussation; les frères Wentzell restent dans le doute ; Treviranus n'ose décider , quoiqu'il lui paraisse avoir vu évidemment quelques faisceaux se porter d'un côté à l'autre ; M. le baron Cuvier est plus précis , la préparation qu'il a faite sur le nerf optique du cheval ne laisse aucun doute ace sujet. Depuis plusieurs années, j'ai dirigé sur cet objet l'attention des nombreux élèves qui fréquentent le grand amphithéâtre des hôpitaux et mes leçons; les diverses préparations qui m'ont été soumises; celles que j'ai faites moi-même sur l'homme et les mammifères ne m'ont laissé que des doutes. J'ai été plus heureux sur les jeunes embryons de l'homme, du cheval , du veau , du mouton , du lapin et du cochon d'inde. J'ai vu manifestement les fibres internes former un angle avec les externes au point de la jonction des deux nerfs; j'ai suivi les fibres de droite jusque sur le nerf gauche ; celles de gauche jusque sur le nerf droit; en passant d'un côté à l'autre, les fibres formaient un plexus aréolaire , ce qui rendait le cliiasma assez semblable au ganglion des nerfs trijumeaux avant leur division; plus fard , sur des embryons plus âgés , les aréoles
vides qui séparaient les faisceaux, ont été comblées i par la déposition de la matière blanche ; alors la décussation était beaucoup plus obscure , dans les cas où je l'ai le mieux observée , je n'ai pu suivre l'entrecroisement que sur deux ou trois faisceaux tout au plus. Chez les embryons à terme , j'ai retrouvé le même doute que m'avaient laissé les animaux adultes.
Il arrive donc à la décussation des nerfs optiques, ce qui survient par le développement de l'embryon à celle des pyramides antérieures ; d'abord très-manifeste lorsque les faisceaux sont peu volumineux , elle devient de plus en plus cachée à mesure que la matière blanche qui les enveloppe, augmente d'épaisseur , et confond les faisceaux primitivement isolés. Nous verrons bientôt les lumières que- fournissent la pathologie et la physiologie expérimentale, pour éclairer cette question d'un si haut intérêt en médecine.
Ainsi la décussation des nerfs optiques existe dans toutes les classes, mais à des degrés différens. Cette importante vérité est due aux lumières de la pathologie. Sans l'observation des paralysies croisées des yeux , on n'eût jamais mis toute la persévérance' qu'il a fallu , pour rendre évident le croisement des fibres internes des nerfs optiques chez l'homme et les mammifères.
Au premier aperçu , le croisement d'une partie de ces fibres, le non-croisement de l'au Ire, semble rendre raison des effets opposés observés en médecine.
Personne n'ignore que Vesale observa deux paralysies de la vue , dont l'altération organique occupait la couche optique du même côté. On sait aussi Jque cet anatomiste observa les nerfs optiques isolés, disjoints sans communication l'un avec l'autre , sur un sujet qui pendant la vie n'avait éprouvé aucun trouble dans la vision. Quoique Loesel, cité par Haller, ait répété cette observation, je crois avec ce dernier physiologiste que ce fait a besoin de confirmation pour être admis dans la science. Quant aux premières observations de Vesale , toutes opposées à l'idée de croisement des nerfs optiques , je répète encore qu'elles ont été publiées dans la vue de contredire Galien ; je le répète , quoique je sache qu'on a dit que chez des sujets qui avaient perdu un œil, on avait observé une atrophie de la couche optique du même côté (1); je le répète, quoique Meckel ait rapporté des cas d'amaurose non croisés , et que la disposition anatomique des fibres externes du nerf optique semble rendre raison de cet effet.
(1) Soernmering a eu occasion de disséquer sept sujets, qui depuis longtemps avaient perdu un œil; constamment il a trouvé la couche optique atrophiée du côté opposé. Les frères Wentrell ont confirmé le même fait sur des sujets analogues. Je l'ai vérifié plusieurs fois; M. Magendie et moi nous l'avons observé de nouveau, il y a quelques mois, sur un homme décédé dans sa division a l'hôpital de la Pitié. Cependant la couche optique est souvent atrophiée lans altération de la vue, sans diminution du nerf optique.
Les cas es mieux constatés en pathologie sont Ceux où le croisement a constamment été remarqué par Valsalva, Morgagni, Haller, Soemmering , Wentzell , Pourfour Petit , Saucerotte , Sabouraut ; mais on a reçu les faits contraires avec id'autant plus d'empressement qu'oïl a longtemps méconnu le croisement du nerf optique , et qu'enfin on n'est parvenu à le démontrer que sur ,1a plus petite partie des fibres qui le composent.
On a raisonné sur les paralysies de l'œil , comme ion l'a fait sur celles dépendant d'une lésion organique des hémisphères cérébraux. De ce que toutes les fibres des hémisphères ne peuvent être suivies jusque sur les pyramides , à cause du peu d'étendue du croisement de cellès-ci , on a admis des paralysies des hémisphères croisées , et d'autres , non croisées. J'ai dit dans un autre ouvrage (î) le peu de croyance que méritait cette dernière opinion ; je reproduirai cette idée ailleurs ; je la rapporte pour le moment , pour faire observer que la même assertion est reproduite pour les yeux, avec aussi peu de fondement peut-être que pour l'hémilj plégie : la physiologie expérimentale vient à l'appui de notre opinion.
Si on blesse profondément l'un des hémisphères < cérébraux chez les mammifères, comme l'ont fait Pourfour Petit , Saucerotte , Rolando , la vue est affaiblie ou perdue du côté opposé.
(i) Annuaire médico-chirurgical des hôpitaux de Paris, 1819. Nouvelle division des apoplexies et des paralysies, quatre planches in-folio.
33s ANATOMIE COMPARÉE DU CERVEAU,
Si l'un des tubercules quadrijumeaux antérieurs est lésé , 1« même effet se remarque , l'œil opposé à la blessure est le seul frappé de paralysie.
Si on blesse les deux hémisphères ou les deux tubercules successivement , la vue se trouble et se perd successivement aussi, en affectant constamment l'œil opposé à l'hémisphère ou au tubercule détruit.
Si on enlève , comme le professeur Rolando , l'un des hémisphères cérébraux chez les oiseaux, la vue s'affaiblit constamment dans l'œil opposé à l'hémisphère enlevé; si ou enlève les deux hémisphères successivement , on observe sur les deux yeux une paralysie croisée.
Si on détruit dans la même classe l'un des lobes optiques , la vue se perd constamment aussi du côté opposé. L'effet est toujours croisé chez les grenouilles , auxquelles on détruit de la même manière l'un de ces lobes.
Ainsi les faits pathologiques les mieux constatés , et , sans exception , toutes les expériences physiologiques , déposent en faveur du croisement d'action des nerfs optiques.
Chez les mammifères et les oiseaux, les rapports du nerf optique avec les hémisphères cérébraux expliquent l'action de ces derniers organes sur la vision. Chez les reptiles, les tortues exceptées, ce rapport disparaît , les hémisphères n'ont plus d action sur la vue; chez les poissons, tout rapport et toute action a disparu. A mesure qu'on descend des vertébrés supérieurs aux inférieurs , l'action
de la vision se porte donc, ainsi que le nerf, de plus en plus en arrière, Enfin nous verrons bientôt que non-seulement les hémisphères cérébraux et la couche optique , mais même les tubercules qnadrijumeaux et les lobes optiques deviennent étrangers à ce sens. Dans ces cas, l'action de la vision paraît transportée le plus en arrière possible , puisqu'elle correspond à la moelle allongée.
L'œil reçoit en outre des nerfs destinés aux iniuscles qui le meuvent. Ce sont les troisième , iquatrième et sixième paires , et le rameau ophthali mique de la cinquième. La troisième paire s'ini sèrc , dans toutes les classes , sur le côté interne des pédoncules cérébraux (1) , en arrière des éminences mamillaires (2) , ou du corps qui les rem- 1 place dans les mammifères (5) , les oiseaux (4), ks reptiles (5) et les poissons (6). Cette fixité Id'insertion est très-importante , dans toutes les ; classes , au milieu des variations nombreuses iqu'éprouvela base des pédoncules , comprise entre ce nerf et la sixième paire. Elle correspond chez l'homme (7) et les singes (8) , au niveau de la partie
(1) Pl. XV, fig. 37a, V 3.
(a) Pl. XIII, fig. 247, n° 14.
(3) Pl. XV, fig. 275, R.
(4) Pl. IV, fig. 98, n°, 2.
(5) Pl. V, fig. 122 , n° 12.
(6) Pl. VII, fig. .64, n" 9.
(7) Pl. XIII, fig, 247, n°5.
(8) Pl. VIII, fig. 194,n°3; fig. 197, n'3.
antérieure des tubercules quadrijumeaux antérieurs; chez les ruminans (1) et les rongeurs (2), elle se trouve vers le point correspondant au tiers antérieur de ces tubercules , ce qui dépend du volume qu'acquièrent ces derniers : plus les tubercules quadrijumeaux deviennent volumineux dans cette classe, plus par conséquent le nerf de la troisième paire se rapproche d'eux, plus elles s'éloignent de la partie postérieure de la couche optique. Cette circonstance de peu de valeur en ellemême chez les mammifères , en acquiert une trèsgrande appliquée à la classe des oiseaux. S'il est vrai, comme nous l'avons établi, que les lobes optiques dans cette classe soient les analogues des tubercules quadrijumeaux des mammifères, qui chez les oiseaux ont pris un grand développement, qui ne voit que l'insertion de la troisième paire devra se trouver plus en arrière encore que chez les ruminans et les rongeurs ; qu'elle devra correspondre à la partie moyenne de ces lobes ; qu'elle devra perdre conséquemment tout rapport direct avec la couche optique? J'insiste beaucoup sur ce point , parce qu'il sert à montrer le peu de fondement de la nouvelle détermination que Treviranus vient de donner aux lobes optiques des oiseaux. Considérez ce nerf chez la bondrée (3), chez
(1) Pl. XIII, fig. 249, n° 3.
(a) Pl. XIII , fig. a5i , n° 3 ; Pl. XIV, fig. a58 , n" 3. (5) Pl. ÎV, fig. 88, n' 3; fig. 91 . n° 5.
l'autruche ( i), chez la bernache (2) , chez la cigogne blanche (3), chez l'hirondelle (4) , chez le roitelet (5) , chez le casoar (6) , et chez tous les oiseaux sans exception , partout vous verrez ce nerf correspondre à la partie moyenne des lobes optiques (7) ; surtout en considérant l'encéphale sur les côtés, ainsi que je l'ai représenté pour la bondrée (8), la cigogne (9), l'autruche ( 1 o) de l'ancien continent et le casoar (11).
Chez les reptiles , la troisième paire conserve le même rapport d'insertion que chez les oiseaux ; considérée chez la grenouille (12) , là vipère hajé (i3),le caméléon (1 4) , chez le crocodile (i5), chez la tortue franche (16), on la voit s'insérer sur les pédoncules cérébraux en arrière du corps
(I) Pl. IV, fig. 58 , n« 8.
(a) Pl. IV, fig. 96, n- 5.
(ï) PL IV, fig. io5 , n» 9 ; fig. 104 , n° 8.
(4) Pl. IV, fig. 92, n°3.
(5) Pl. IV, fig. 94, n° 3.
(6) PI. III, fig. 7Q,n°7.
(7) Pl. IV, fig. io5, n° 8.
(8) PI. IV, fig. 96, n° 5.
(9) Pl. IV, fig. zo4, n°8.
(.0) Pl. IV,fig.97, n"9.
(II) Pl. III, fig. 78, n» 8.
(12) Pl. V, fig. i3i, n" 10.
(13) Pl. V, fig. 127, n" 8.
(14) Pl. V, fig. u3, n" 3.
(15) Pl. V, fig. 1 17, n°3.
(16) Pl. V, fig. J23, n* 10.
336 ANATOMIE COMPARÉE Dl CERVEAU,
situé immédiatement derrière la jonction des nerfs de la vision; elle correspond à la partie moyenne des lobes optiques ( i ) ; quelquefois même tout-à-fait en arrière, comme chez le caméléon (2) et le caïman (3); ainsi plus nous descendons chez les vertébrés , plus nous voyons les lobes optiques se porter en avant; or l'insertion de la troisième paire étant fixe , elle semble se porter de plus en plus en arrière. Ce principe général de névrogénie peut servir chez les poissons , de même que chez les oiseaux , à la détermination rigoureuse des lobes optiques.
En effet, les lobes optiques dans cette classe étant parvenus au maximum de leur grandeur , l'insertion de la troisième paire à dû nécessairement être rejetée encore plus en arrière , ainsi qu on le remarque chez les poissons osseux (4) et cartilagineux (5).
D'après ce seul rapport , nous pourrions juger combien est erronée l'idée reproduite par Treviranus, qui assimile les lobes optiques des poissons aux hémisphères cérébraux des mammifères.
Chez les mammifères , on rencontre un faisceau transversal partant des tubercules quadrijumeaux postérieurs , et embrassant le pédoncule. Ce fais-
(1) Pl. V, fig. 12a, n°9.
(2) Pl. V, fig. n3, n" 5.
(3) Pl. V, fig. i5o, n» 5. c
(4) Pl. VII , fig. 164, n" 16.
(5) Pl. VI, fig. 148, n° 7.
NfcRFS Dlî LA VISION. DÔ'J
ceau, très-apparent chez l'homme, les singes, le marsouin, augmente chez les ruminans; chez les carnassiers , il n'est pas proportionné au volume des tubercules postérieurs ; chez les oiseaux , il est aussi distinct que chez les mammifères ; je n'en ai vu aucune trace chez les reptiles et les poissons. Treviranus a observé ce faisceau ; il pense qu'il va rejoindre la troisième paire de nerfs; je L'ai toujours vu se porter au-dessus de son insertion , entre lui et l'éminence mamillaire. Rolando , qui l'a parfaitement bien représenté, a confirmé mon observation ; il me semble destiné à faire communiquer les tubercules quadri jumeaux avec les pédoncules cérébraux. En outre , un faisceau assez fort se dirige de la partie antérieure et latérale du pont (1), vers l'insertion postérieure de la troisième paire (2); c'est ce faisceau que Malacarne a observé chez le chevreau , et qu'il a nommé accessoire du moteur commun des yeux. C'est peutêtre de lui dont Treviranus a voulu parler. Je ne l'ai rencontré que chez les mammifères ; il met en relation le pont avec la troisième paire. Son existence n'est pas constante.
En outre, chez les mammifères, tantôt le nerf de la troisième paire se rapproche de la partie antérieure du pont, tantôt il s'en éloigne. Chez le phoque (3) , son insertion touche constamment le
(1) PI. XIII, fig. 24.7, n- 4.
(a) Pl. XIII, fig. a4?, n° 5.
(3) Pl. IX, fig. ao8, n* 5.
bord antérieur de la protubérance annulaire ( i ) r ce qui paraît devoir être attribué à la contraction qu'a éprouvée l'encéphale; chez les cétacés (2) elle s'en éloigne, mais moins que chez l'homme, par la même cause ; chez les singes (3) , elle est souvent plus près du pont (4) quechezl'homme (5); chez les carnassiers digitigrades (6), elle conserve souvent le même rapport que chez ce dernier (7). D'autres fois la troisième paire s'écarte du pont , comme chezlaloutre (8) ; chez les plantigrades (9), elle est toujours plus distante du pont (10) que chez les digitigrades (11); enfin chez les ruminans (12) et les rongeurs (i3) , elle est plus écartée du pont (i4) que chez les mammifères précédons.
Les variations du volume du pont de varole influent d'une manière générale sur ce rapport;
(1) Pl. IX, 6g. 208, P.
(2) Pl. XII, 6g. 234, n" 3, P.
(5) Pl. VIII, fig„ 194, n° 3, P.
(4) Pl. VIII, 6g. 197, n°5,P.
(5) Pl. XIII, 6g. 247, n° 3 , P.
(Ô) Pl. XV, fig. 290, n°3, P.
(7) Pl. XIV, 6g. 266, n° ia, P.
(8) Pl. X, 6g. 233, n° 3 , P.
(9) PI. XI , 6g. 23i , n° 3.
(10) Pl. XI, fig. 23 1 , P;
(11) Pl. XV, fig. 290, n° 3, P.
(12) Pl. XIV, fig. 262, n° 3, P.
(13) Pl. XIII, fig. a5i, n' 3.
(14) ] Pl. XIII, fig. a5i , P.
niais elles ne peuvent en expliquer toutes les modifications.
Le volume relatif de la troisième paire va en augmentant de l'homme aux singes (i) , aux carnassiers plantigrades (2) , aux digitigrades (3) , aux ruminans (4) et aux rongeurs (5). Ledrill (6), le mandrill (7) , parmi les singes ; le cheval (8) , le chameau (9) , le lama (10) et le bouc de la Haute-Egypte (11), parmi les ruminans » sont remarquables particulièrement sous ce rapport.
On a dit que dans toutes les classes , la sixième paire de nerfs prenait son origine sur le sommet des pyramides à leur entrée dans le pont , chez les mammifères et l'homme , et vers le point où il devrait se trouver dans les autres classes. Il est nécessaire de corriger par les faits la généralité de cette assertion.
MM. Gall , Spurzheim et M. le baron Guvier , ont mieux précisé l'insertion de ce nerf qu'on ne
(1) Pl. VIII, fig. l94, n°5.
(a) Pl. XIV, fig. 2G6, n"5.
(3) Pl. XI, fig. a3i , ri* 5.
(4) Pl. XV, fig. 275. n*3.
(5 Pl. XIV, fig. a58, n° 3.
(6) Pl. VIII, fig. 194, n"5.
(7) Pl. VIII, fig. ,97, n°3.
(8) Pl. XV, fig, 275, n" 3.
(9) Pi. XIII, fig. «49, n" 3.
(10) Pl. XVI, fig. 295, n°3.
(11) Pl. XIV, fig. 262, n" 3
ÙqX) ANÀTOHIK COMPAREE DU CERVEAU,
l'avait fait avant eux. Morgagni, WilHs, Sanctorini , Malacarne , Meckel avaient distingué chez l'homme les racines qui s'implantent quelquefois sur le pont, de celles qui joignent les pyramides. 11 est même douteux que l'insertion s'arrête aux pyramides ; chez l'homme il n'est pas rare de la suivre sur les côtés , jusques sur les cordons antérieurs de la moelle épinière , au côté interne des olives. Néanmoins le plus souvent, on la rencontre dans l'homme et la plupart des singes , sur la base de la pyramide antérieure ( 1 ) , au moment où elle s'engage dans le pont. Chez le phoque , elle est, de même que chez l'homme , sur le milieu de la pyramide (2), à son entrée dans le pont; mais une partie de ses faisceaux s'insère sur le trapèze de la moelle allongée , en passant dans un écartement des fibres des pyramides. Chez le raton (5) , l'insertion se fait plus bas que chez les mammifères précédens , les fibres du nerf s'implantent au côté externe de la pyramide dans le sillon qui la sépare du trapèze (4) ; les plus inférieures dépassent ce corps , et se portent sur le cordon antérieur de la moelle allongée. Chez la marte , l'implantation a lieu dans le sillon (5) ; le nerf ne descend pas aussi
(1) Pl. VIII, fig. 197, n"6.
(2) Pl. IX, fig. 208, n°6.
(3) Pl. VIII, fig. 200, n°6.
(4) Pl. VIII, fig. 200, T.
(5) Pl. XV, fig. 290, n° 6.
NERFS DE LA VISION. 7)l\l
bas que chez le raton. Chez le lion ( 1 ) , le nerf de la sixième paire occupe le milieu de la base de la pyramide. Cette différence d'insertion chez les carnassiers est produite en grande partie par le volume de la pyramide : plus la pyramide est large (2) , plus l'insertion du nerf lui correspond , comme cela a lieu chez le lion ; plus elle est étroite (3) , plus le nerf est rejeté sur le côté ; c'est le cas de la marte (4) et du raton (5). Une disposition semblable se remarque chez les singes : chez le drill (6) , la base de la pyramide étant élargie, le nerf en occupe la partie médiane (7). Chez le mandrill (8) , la pyramide étant plus étroite à son entrée dans le pont, les faisceaux externes du nerf sont déjetés sur les côtés (9). Le kanguroogéant fait exception à cette règle; car le nerf s'implante dans le sillon ( 1 o) qui sépare le trapèze de la pyramide, quoique cette dernière soit très-large ( 1 1 ). Le pécari est , au contraire , dans le même cas que
(1) PI. XIV, fig. 266, n°6.
(2) Pl. XIV, fig. 266, A.
(3) Pl. XV, fig. 290, A.
(4) Ibidem.
(5) Pl. VIII , fig. 200.
(6) Pl. VIII, fig. 197, B.
(7) Pl. VIII, fig. 197, n- 6.
(8) Pl. VIII, fig. 194, B.
(9) Pl. VIII, fig. i94, n« 6.
(10) Pl. XVI , fig. 299, ir 6.
(n)Pl. XVI, fig. 299, a- 11.
la marte et le raton : les pyramides sont étroites ( 1 ) ; le nerf a quitté la pyramide , il s'est porté entièrement sur son côté externe dans le sillon précédemment indiqué (2). Chez le dauphin , la sixième paire de nerfs (3) est restée à la place qu'elle occupe en arrière du pont chez l'homme , la plupart des singes et le phoque ; mais comme la base de la pyramide (4) est séparée du pont (5) par un enfoncement quadrilatère qui correspond au trapèze (6) , le nerf et la pyramide ont perdu leurs rapports ordinaires (7) . C'est une disposition que je n'ai observée que chez les cétacés. Chez l'ours brun , la sixième paire (8) est plutôt en rapport avec le trapèze (9) qu'avec la pyramide (10). L'insertion a immédiatement lieu sur le trapèze 5 chez
le bouc de la Haute-Egypte ( 1 1 ) : chez les ruminans et les rongeurs , j'ai toujours vu ce nerf s'implanter dans le sillon déjà indiqué , ainsi qu'on le
(1) Pl. XVI, fig. 3oo, n° 11.
(2) Pl. XVI, fig. 3oo, n° 6, T.
(3) Pl. XII, fig. 234, n"6
(4) Pl. XII, fig. 234, A.
(5) Pl. XII, fig. 254, P.
(6) Pl. XII, fig. 234, T.
(7) Pl. XII, fig. 254, n°6, A.
(8) Pl. XI, fig. 23 1, n°6.
(9) P* XI, fig. 23!, T.
(10) PL XI, fig. a3i , A.
(n) PL XIV, fig. 262, n" G , T
remarque chez le cheval (i) , le lama (2) , le chameau (3) , le castor (4) , le hérisson et le porcépic (5). J'ai insisté sur ces variations pour prouver que les nerfs ne s'insèrent pas constamment sur la même partie. Treviranus a fait la même remarque : or , ces faits inconciliables dans l'hypothèse reçue sur l'origine des nerfs, concordent parfaitement avec le principe de leur insertion sur la masse cérébro-spinale du système nerveux.
Lorsque la sixième paire dépasse l'insertion de la pyramide ou du trapèze de la moelle allongée , les faisceaux se dirigent vers le cordon antérieur du haut de la moelle épinière , de la manière que je l'ai fait représenter chez le chevreau (6) ; chez l'embryon humain du cinquième au sixième mois, j'ai remarqué que l'un des faisceaux antérieurs de la moelle épinière se portait sur le nerf en même temps que le nerf marchait à sa rencontre.
Chez tous les oiseaux , la sixième paire correspond , dans son insertion , au même point que chez l'homme et les singes , ainsi qu'on peut le voir chez l'autruche (7) , la bondrée (8) , la cigo-
(1) Pl. XV, fig. 275, n» G, T.
(2) Pl. XVI, fig. 290, n°G, T.
(3) Pl. XIII, fig. 249, 11° 6, T.
(4) Pl. XIV, fig. 258, n" 6, T.
(5) Pl. XIII, fig. 25i , u°G, T.
(G) Pl. XIII, fig. 243, n" G.
(7) Pl. IV, fig. 98, n" 4.
(8) Pl. IV, fig. 88, n" 14.
gne (1), l'hirondelle (2) , le roitelet (3) et le casoard (4) ; elle s'insère vers la même place chez la grenouille (5), la vipère hajé (6), le caméléon (7), le crocodyle (8) et la tortue franche (9). Chez un grand nombre de poissons , elle abandonne les "ordons pyramidaux , de même que chez certains ynammifères , elle se porte vers les cordons des olives , comme je l'ai montré chez les poissons osseux ( 1 o) et cartilagineux (11). Ainsi, je le répète, l'insertion d'un même nerf ne se fait pas rigoureusement sur la même partie, dans toutes les classes, ni dans les familles de la même classe.
La quatrième paire est néanmoins, comme la troisième , invariable dans son insertion ; elle s'implante constamment sur la lame blanchâtre qui forme la valvule de Vieussens , en arrière des tubercules quadrijumeaux (12) , chez les mammifères , et des lobes optiques, chez les oiseaux (i5) ,
(1) Pl. IV, fig. io3, n° 4.
(2) Pl. IV, fig. 92 , n° 2.
(3) Pl. IV,fig. 94, n° 10.
(4) Pl. III, fig. 79*
(5) PI. V, 15g. i3i, n° 17.
(6) Pl. V,flg. .27, n°4.
(7) Pl. V, fig. 112, n° 8.
(8) Pl. V, fig. 117, n°9.
(9) PL V, fig. 122, n* f>.
(10) Pl. VII, fig. 164, n°5.
(11) Pl. VI, fig. 148, n" 16.
(12) Pl. XIII, fig. a45, n» 4.
(13) Pl. III, fig 78, n'6.
es reptiles (i) et les poissons (2). Cette insertion devient pour la détermination des diverses parties de l'encéphale un caractère très-important : pour peu qu'on y réfléchisse , on verra , en effet , qu'on ne peut faire naître cette paire de nerfs de la partie postérieure des tubercules quadrijumeaux, chez les mammifères , des couches optiques chez les oiseaux , et de la partie postérieure des hémisphères cérébraux des poissons , ainsi qu'il faudrait le déduire des déterminations reproduites par le célèbre Treviranus.
Chez les carnassiers, j'ai souvent rencontré un faisceau descendant des tubercules quadrijumeaux postérieurs , et se portant vers la quatrième paire ; je l'ai pareillement observé chez le marsouin. Je ne l'ai jamais aperçu ni chez les ruminans , ni chez les rongeurs.
Si les nerfs ne prennent pas leur origine dans la masse encéphalique pour se rendre aux organes ; si au contraire , ainsi que je l'ai vu , ils se portent des organes vers les points de l'encéphale , où ils s'implantent, il devient important de déterminer l'époque où se fait cette insertion , et où s'établit cette communication du système nerveux central avec le système nerveux excentrique. Voici les recherches que j'ai faites sur ce sujet tout-à-fait nouveau.
(1) Pl. V, fig. ,16, n" 5.
(2) PI. VI, fig. 139, n* 2 et 6.
.Chez le têtard des batraciens (la grenouille et les crapauds ) , l'œil est formé et distinct dès les quatrième, cinquième et sixième jours, après la ponte de l'œuf; on trouve le nerf optique ; mais il ne paraît pas dans le crâne membraneux du jeune batracien ; ce n'est que vers les septième et huitième jours qu'on le rencontre , et vers le neuvième et le dixième , qu'on le voit pour la première fois s'implanter à la base de la vésicule qui doit former les lobes optiques : les nerfs de la troisième et de la quatrième paire sont implantés au neuvième jour; celui de la sixième l'est quelquefois au huitième.
Chez l'embryon des oiseaux , l'œil est très-bien formé dès les deuxième et troisième jours de l'incubation; au fond du globe de l'œil se trouve le nerf optique, d'un volume proportionnel à celui de l'organe de la vision; si à cette époque on coagule par l'alcohol le liquide et les pellicules membraneuses, qui constituent les vésicules de l'encéphale , on n'y trouve aucun vestige du nerf optique; je n'ai aperçu ce nerf à la base du lobe optique que du quatrième au cinquième jour chez le poulet , le pigeon et le faisan argenté ; aux cinquième et sixième, chez l'oie, le canard domestique , le canard musqué et le dindon : la troisième paire se rencontre quelquefois plus tôt , quelquefois plus tard que le nerf oplique ; la quatrième paire est toujours plus tardive , je ne l'ai rencontrée qu'au sixième jour, chez le poulet, et aux sc[)lièine et
huitième , chez le canard et l'oie. J'ai fait la môme observation pour la sixième.
Chez des embryons de la fin de la deuxième semaine , de l'homme, du cheval , du mouton et du veau , j'ai aperçu le globe de l'œil formé par un point noir; à la fin du premier mois , il était bien constitué , le nerf optique était au fond , il ne pénétrait pas dans le crâne. Sur cinq embryons de Get âge , et sur quelques autres du milieu du deuxième mois , j'ai trouvé le nerf optique composé de filamens adossés les uns aux autres , comme dans les nerfs qui se distribuent aux muscles; j'ai compté huit, neuf, onze de ces filamens, chez l'homme, le cheval, le veau et le mouton; j'en ai isolé cinq et six chez des embryons de cochon d'inde et de lapin ; je n'ai réussi dans cette préparation que chez des sujets qui avaient séjourné un temps plus ou moins long dans l'alcohol.
Sur la fin du deuxième mois, le nerf optique pénètre dans le crâne ; il s'insère d'abord par les racines qui s'implantent sur les tubercules quadrijumeaux, qui sont alors jumeaux de même que dans les classes inférieures. Vers le troisième et le quatrième mois , les faisceaux , qui des couches optiques et de la place que doivent occuper les corps géniculés , viennent rejoindre le nerf, commencent à se mettre en relation avec lui; au sixième mois de l'homme, du veau et du cheval, le faisceau géniculé est très-fort ; les corps géniculés
paraissent eux-mêmes à cette époque : c'est en suivant avec la plus grande attention la marche du nerf optique du fond de l'orbite dans le crâne et vers la base de l'encéphale, que j'ai vu ses fibres internes s'entrecroiser distinctement.
Gomment accorder ces faits avec l'origine prétendue des nerfs de l'encéphale ? Pourquoi les racines ne partent-elles pas de l'encéphale , ne vontelles pas constituer le tronc? Pourquoi le nerf est-il d'abord formé au globe de l'œil sans aucune communication avec le cerveau ? On peut , je pense, répondre maintenant à ces diverses questions , et les résoudre par la loi fondamentale de la névrotomie , d'après laquelle les nerfs se rendent des organes à la moelle épinière et à l'encéphale.
De cette loi dérivent les conséquences suivantes.
Si un animal vient au monde sans yeux , il n'aura point de nerf optique ;vce nerf devra manquer aussi à la base de l'encéphale. C'est en effet ce que j'ai vu sur des embryons de lapin et de chat.
Les monstres qui n'ont qu'un seul œil , ou deux yeux confondus en un seul , comme l'a constaté M. le professeur Geoffroy-Saint-Hilairè , ne doivent avoir, et n'ont en effet qu'un seul nerf optique, qui, dans ce cas, est beaucoup plus volumineux que dans l'état normal.
Si l'encéphale ne s'est point formé à cause de l'absence ou de la trop grande atrophie de l'ar-
I tère carotide interne, le nerf optique n'en existera pas moins dans le crâne, puisque sa formation est
| indépendante du cerveau ( 1 ) : la science est riche
| de faits de ce genre, restés sans explication jusqu'à ce jour; il en sera de même, si à l'époque où l'encéphale était liquide, une rupture de la duremère , un écartement sur la ligne médiane donne
I issue au fluide cérébral : cet accident n'entraîne pas avec lui la perte du nerf optique : si les yeux existent dans ces cas , vous trouvez toujours le nerf de la vision. Ouvrez les livres qui traitent des monstruosités, vous y trouverez des cas semblables en abondance ; celui décrit dans ces derniers temps par l'illustre auteur de la Philosophie anatomique, est un des mieux constatés , et des plus curieux sous ce rapport.
Retournez la proposition , et cherchez ce qui devra arriver si un monstre présente des tubercules quadrijumeàux doubles , ou deux paires de lobes optiques. D'après l'hypothèse de Yorigine, il devrait y avoir chez ces êtres , quatre nerfs optiques; mais comme ordinairement chez les mons-
(i) Dans les cas de ce genre que j'ai observés, tantôt la carotide interne était atrophiée après avoir produit l'artère ophthalmique; d'autres fois cette atrophie portait sur le tronc primitif; alors l'artère ophthalmique était la continuation de la carotide interne, comme cela a lieu dans l'état primitif des embryons.
55o ANATOMIE COMPAREE du cerveau,
très qui offrent une seule tête surmontant deus cols adossés , il n'y a que deux yeux , il n'y a aussi que deux nerfs optiques. C'est la disposition que j'ai rencontrée chez les monstres que j'ai nommés mono cép haies octo-pedes.
Appliquons maintenant cette loi à l'organisation régulière de certains animaux. Supposez que chez eux le globe de l'œil vienne à manquer , qui ne voit de suite qu'ils tomberont dans les conditions des monstres privés des deux yeux , qu'ils seront conséqùemment sans nerfs optiques?
C'est le cas de la taupe ; chez elle , on ne trouve à la base de l'encéphale ( 1 ) nul vestige de nerf opti que (a) ; on ne trouve également nul vestige du globe de l'œil des autres mammifères. Le point noirâtre qui correspond à cet organe, se rapproche plus de l'œil des crustacés et des insectes que de celui des mammifères.
C'est le.cas du rat-taupe du Cap; je n'ai trouvé chez cet animal aucune trace de nerf optique à la base du cerveau , pas même les deux filamens blanchâtres que l'on rencontre chez la taupe , et que Carus et Treviranus regardent comme le nerf optique rudimentaire. Néanmoins l'organe qui remplace l'œil , est plus développé chez le rat que chez la taupe.
(1) Pl. XIV, fig. 260, n° 0, E.
(2) Pl. XIV, "fig. 260, n° 6, E.
NERFS DÊ lA VISION. 55 1
C'est encore le cas de la chrysochlore du Gap. Point d'œiï , point de nerf optique; la base de l'encéphale est nue au point où devraient se trouver i ces nerfs. J'ai en vain cherché les filamens que ! l'on rencontre sur quelques taupes.
La musaraigne musette est dans le même cas i que la taupe et les animaux précédens ; elle est entièrement privée de nerfs optiques.
Le zocor (mus aspalax) , le lemmin de la baie d'IIudson , l'echimis roux , le rat taupe des i dunes offrent sans doute une organisation semblable à celle des animaux précédens ; mais n'ayant pu me les procurer , je déduis cette analogie de i leurs habitudes et de la similitude de leur œil signalée par les zoologistes.
Le protée (proteus anguinus), parmi les reptiles, i offre une disposition analogue; je pense que les i syrènes sont dans le même cas ; la cécilie visqueuse d'Amérique rentre aussi dans cette commune organisation.
Ces faits méritent sans doute l'attention des zootomistes ; mais ce qui ne doit guère moins ini téresser le physiologiste , c'est que chez la taupe ( 1 ) , I la musaraigne musette, la chrysochlore du Cap et le rat-taupe du Cap , les tubercules quadrijumeaux sont si développés, qu'ils sembleraient même n'avoir i rien perdu de leur volume. A quoi servenfees corps chez ce3 animaux , puisqu'ils sont devenus inutiles
0) PL XV, %. 370, n° a.
:>;)2 ANATOMIE COMl'AHEË DU CERVEAU,
à la vision? Les tubercules quadri jumeaux antérieurs ne sont donc pas le point d'origine des nerfs optiques , puisque ces nerfs manquent chez des animaux où ces tubercules sont très-bien développés. Les nerfs se rendent donc à l'encéphale , et n'en proviennent pas , ainsi qu'on l'a cru jusqu'à ce jour.
Le corps qui remplace l'œil chez ces derniers animaux , est privé des muscles qui , chez les autres , impriment le mouvement au globe de l'œil. J'ai disséqué cette partie chez la taupe ; je l'ai examinée au microscope sans pouvoir les distinguer. Que résulte-t-il de ce fait? je n'ai presque pas besoin de le dire ; on entrevoit de suite que les nerfs oculaires devront manquer aussi. C'est en effet ce qui existe ; on ne trouve chez la taupe ni la troisième paire (1 1 , ni la quatrième (a) , ni la sixième (3). Quoique l'œil du rat-taupe du Cap soit plus parfait que celui de la taupe , il est aussi privé de muscles ; à la base de l'encéphale, on ne rencontre ni la troisième , ni la quatrième , ni la sixième paire de nerfs ; il en est de même chez la chrysochlore du Cap, chez la musaraigne musette, chez le protée , chez la cécilie. Cependant les parties de l'encéphale où ces nerfs se rendent, n'ont éprouvé aucune altération , n'ont subi aucun
(i) Pl. XIV, % 260, n« j.
(a) Ibid.
(3) Uid.
changement, preuve évidente, seion nous , que les nerfs vont s'implanter sur ces parties chez les autres vertébrés , et qu'ils n'en émanent point $ selon l'opinion commune.
Mais le corps qui remplace l'œil chez ces animaux, reçoit-il un nerf particulier? S'il en reçoit un de l'encéphale , et s'il n'a aucun rapport avec les tubercules quadrijumeaux , "où se rend -il? Telle est la question que nous examinerons dans le chapitre suivant , où nous développerons les dernières idées que nous venons d'énoncer dans celui-ci.
Si ces faits sont exacts , il est à peine nécessaire d'en déduire les conséquences qu'ils présentent relativement à l'origine des nerfs: J'ai souvent prouvé , dans le cours de cet ouvrage , que les nerfs se rendent des parties auxquelles ils se distribuent, aux masses centrales des systèmes nerveux ; montrons maintenant qu'ils n'émanent point de ces masses , qu'ils n'y puisent pas leurs racines , ainsi que l'ont dit tous les anatomistes , depuis Vesalc jusqu'à MM. Gall et Spurzheim.
Supposons , en effet , que le nerf optique puise ses racines dans la couche optique et dans les tubercules quadrijumeaux des mammifères , supposons qu'il émane des lobes optiques des reptiles et des oiseaux ; que ces parties soient cause , comme on l'a dit , de la formation de ce nerf: une conséquence nécessaire , c'est que l'effet doit suivre la cause , ou disparaître avec elle. Avec l'ab- I. 23
554 ANA1UAHK tOJll'AKÉE DU CERVEAU ,
sence du nerf optique , nous devons renconlrer chez ces animaux l'absence delà couche optique et des tubercules quadrijumeaux. L'absence de l'une de ces parties doit suivre l'autre dans cette hypothèse. Que disent les faits? Ils apprennent que chez tous les mammifères privés des nerfs optiques , la couche du même nom et les tubercules quadrijumeaux sont restés à leur place; que leur forme, leur volume , leurs rapports , n'ont éprouvé aucun changement , même aucune diminution sensible. Ils apprennent que chez les reptiles dépourvus du nerf ordinaire de la vision , les lobes optiques n'ont subi aucun changement, aucune variation; ils apprennent , par conséquent , que les nerfs optiques n'émanent ni de la couche du même nom, ni des tubercules quadrijumeaux, ni des lobes optiques ; ils apprennent que ce nerf n'a point ses racines dans ces parties , mais bien dans l'organe auquel il se distribue; ils apprennent, enfin, qu'il se rend à l'encéphale , et qu'il n'en provient point.
Appliquez ce raisonnement au. nerf de la troisième paire , à celui de la quatrième , à celui de la sixième : voyez si chez ces animaux , les pédoncules cérébraux ont éprouvé quelque variation que nous puissions rapporter à l'absence du nerf moteur commun des yeux; voyez si les pyramides antérieures , si la valvule de Vieussens , manquent avec les nerfs qui sont censés y puiser leurs racines.
Si, ni les pédoncules cérébraux, ni les pyramides antérieures , ni la lame médullaire de Viens-
sens et de Reil, n'ont éprouvé aucune variation par l'absence de ces nerfs , peut-on se refuser à leur appliquer la même conclusion qu'aux couches optiques , aux tubercules quadrijumeaux et aux lobes optiques? peut-on rejeter la loi générale qui en découle, que les nerfs n'émanent pas de l'encéphale, mais qu'ils se mettent en communication avec lui? Les faits que je vais reproduire dans le chapitre suivant, ajouteront une nouvelle force à cette importante vérité.
TABLEAU COMPARATIF Des Dimensions des Nerfs de la Vision, chez les Mammifères*
Homme.
NOMS DES ANIMAUX
melre.
o,oo5oo
NERF
OPTIQUE
mètre.
Patas (Simia rubra). .....
Magot (S. sytuanus)
Macaque (.5. cynoceplialus) . . . .
Maimon ( S. nemeslrina ) . . . .
Rhésus (S. rhésus, G. S. H.). . .
Papion (S. sphynx). ......
Mandrill (S. maimon). .....
Drill (S. leucophea, Fr. C.) . . .
Sajou ( S. apella)
Maki ( Lemur macaco). • . . . .
Rhinolophe uni-fer ( Rhinotoplius uniliastatus , G. S. H.) ....
Vespertilion (Vespcrtilio murinus) Hérisson {Erinaceus européens.) Musaraigne commune ( Sorcx ara-
neus)
Taupe ( Talpa curopœa )
Chrysochlore du Cap
Ours brun ( Vrsus arctos ). . . .
Oursnoir d'Amérique (U. americ.)
Raton ( U. lotor)
Rlaireau ( U. mêles) ,
Coati brun (Viverra narica). .
Coati roux ( V. nasua ). . . .
Fouine [Mustcla foïna). . . .
Loutre ( M. luira )
Chien ( Canis famitiaris )
Loup, jeune (C. lupus)
Renard ( C. vulpes )
Hyène rayée ( C. hyœna ) . . . .
Mangouste du Cap {Flverra caf.).
Lion (Felis leo)
Tigre royal ( F. tigris) ,
Jaguar ( F. onça ) . •
Panthère ( F. pardus )
Couguar ( F. discolor)
Lynx [F. lynx)
Phoque commun (Plwca vitulina)
oo4oo o,oo4oo o,oo3oo o,oo475 o,oo435
o,ooi5o
o,oo335 o,oo45o o,ooi5o o,oo535 0,00 i5o o,oo3oo 0,00200 0,00167 0,00200 o,ooi5o 0,00200
o,oo525
o,oo4/
o,oo47
o,oo45o
o,oo4oo
o,oos5o
o,oo5oo
NERF
de la 3e PAIRE.
melre.
mètre.
NERF
de la
4e paihe.
melre.
o,oo3oo o,oo3oo 0,00775 0,00167 o,ooi33
o,ooo5o o,ooo5o o,ooo5o
0,00200 0,00200 o,oot33 0,00175 0,00100 o,ooi35 o,ooi5o 0,00100 0,00100 o,ooi5o 0,00075
o,ooa5o 0,00200
NERF
de la 6« PAIKB.
mètre.
0,00067 o,ooo55
o,ooo33
0,00100 o,ooo5o 0,00100 0,00100 o,ooo53 o,ooi5o ,j
0,00067 o,ooo5o
o,ooo5o o,ooo53 o,ooo5o o.ocioo 0,00100 0,00067 0,00075 o,ooo55 0,00067 o,oo425
mètre.
o,ooi33
o,ooo5o
o,ooo33 0,00100 o,ooi33 0,00075 0,00075
0,00075 0,00 i5o o,ooifio o,ooi5o o,ooi5o
o,ooia5 o,ooi5S
Suite du Tableau comparatif des Dimensions des Nerfs de la Vision, chez les Mammifères.
NOMS DES ANIMAUX
NERF
OPTIQUE
NERF
de lu 3e PAIHK.
NERF
de la 4e PAIRE.
NERF
Ai- la 6' PAIBE.
Kanguroo géant (Macr. maj., G. C.) Phascolome(P/icwco/omyi,G. S. H.) Castor ( Castor fiber )....-..
Zemni (M. typlilus)
Rat-Taupe du Gap (M. Capensis.)
Marmotte {M. alpinus)
Porc-épic (Hystrix cristata). . . .
Ecureuil (Sciurus vulgaris). . . .
Agouti ( Cavia acuti) .'
Tatou (Dasypus scxcincttis ). . . .
Pécari ( Sus lajassu )
Daman ( Hyrax capensis )
Cheval (Equus caballus )
Ane ( E. asinus )
Zèbre ( E. zébra )
Chameau à une bosse (Camelus elro-
medarius )
Lama ( C. llacma)
Cerf (Cervuselaphus) .
Chevreuil ( C. capreolus )
Bouc commun ( Capra lùrcus ) . .
Bouc de la Haute-Egypte
Taureau ( Bos taurus )
Dauphin ( Delphinus dclphis ) . . .
Marsouin (D. phocœna)
metre.
o,oo35o o,ooi5o o,ooi5o
o,oo5oo o,oo525
0,00600 o,oo5oo o,oo4oo 000, oo4 o,oo5oo o,ooGoo 0,00700 o,oo4oo o,oo4oo
mètre, 0,00200 0,00125
o,ooï5o
o,oo3oô o,oo3oo
o,oo325 o,oo3oo 0,00275
o,oo325 0,00275 o,ooi5o o,ooi5o
mètre.
o,ooo5o o,ooo5o 0,00075
o,ooo5o o,ooo5o 0,00067 o,ooo33 o,ooo5o o,ooo5o 0,00075 o,ooi33 0,00100
o,ooi5o
mètre.
OjOoico 0,00075 o,ooo5o 0,00075 0,00075
o,ooo33
o,ooi33 o,ooi5o
o,oo3oo
0,00175 o,ooi5o
o,ooi33
TABLEAU COMPARATIF
Des Dimensions des Nerfs de la Vision, chez les Oiseaux.
NOMS DES ANIMAUX
Aigle royal (F. chrysaâtos)
Pygargue (F. ossifragus)
Bondrée (F. apivorus)
Buse (F. buteo)
Boitelet (Motacilla regutus). . . .
Hirondelle (Hirundo urbica). . . .
Alouette (Alauda arvensis)
Moineau (Fringilta domestica). . .
Pinçon (F. cœlebs)
Linotte (F. linaria)
Serin (F. canaria)
Chardonneret (F. carduelis). . . .
Verdier (Loxia clitoris). .......
Pie (C. pica). .
Perroquet amazône
Perroquet d'Afrique
Dindon (Mclcagris gallopavo), . . .
Poule (Phasianus gallus)
Faisan argenté ( P. nycthemerus. )
Faisan doré {1J*. piclus)
Pigeon (Columba palumbus). , . .
Perdrix (Tctrao cincreus)
Autruche de l'ancien continent
(Slruthio eameltts)
Casoar (S. casuurius)
Cigogne blanche (Ardea ciconia). .
Cigogne noire [A. nigra)
Fou de bassan(Pclecanus bassanus).
Oie (Anas anser)
liernache cravant (A. bcrnicla) . .
Canard musqué (A. ntoschata) . . .
Canard ordinaire [A. boschas). . .
NERF
OPTIQUE
NERF
de la
3«PAiaB.
melrc.
o,oo3oo
o,oo25o 0,00075 0,00133 o,ooi33 0,001 33 0,00100 o,ooi33 0,00133 0,00 i5o 0,0017s o,ooi5o
o 00167 0,00 t33 o,ooi5o o,ooi5o
o,oo5oo o,oo5oo
o,oo4ao
mètre.
o,ooo5o o,ooo5o o,ooo5o o,ooo5o 0,00067 0,00100 0,00075 0,00100 0,00067 0,00100 0,00100 0,00067 0,00067
0,00175 0,00175 o,ooi33 o,ooi33 o,ooo53 0,00100 0,00 33
NERF
de la 4ePAIHB.
mètre.
o,ooo5o o,ooo5o o,ooo5o o,ooo5o o,ooo5o 0.000-5 o,ooo5o 0,00075 o,ooo5o 0,00067 o;ooo5o o,ooo5o o,ooo5o
o,ooo5o o,ooo53 o,ooo5o o,ooo5o 0,0007^ 0,00075 0,00067 o,oooSo 0,00075