‹ Anatomie comparée du cerveau (volume 2)Chapitre 17 sur 59 · II. M · texte numérisé non relu

II. M

indiquent des procédés si simplespour mettreà dé^ couvert cette disposition , qu'on est véritablement surpris devoircettevérité rejetée par HuberetHal- 1er 5 et par plusieurs anatomistes modernes. Parmi ces derniers , Soemmering, M. Cuvier, Frotscher, M. Gall, KeuJQfel, Rachetti et Rolando, ont rendu évidente la texture lamineuse de cet axe nerveux des vertèbres. Les jeunes animaux, ou même les fœtus, au terme de leur naissance , sont les plus convenables à cette recherche. On développe encordes fdDres en faisant macérer la moelle épinière. D'ailleurs, elles sont à nu dans les fœtus hydromiellis , chez lesquels cette partie a éprouvé une macération naturelle ; elles sont quelquefois évidentes sans aucune préparation au commencement des ramollissemens pathologiques qu'elle éprouve chez l'homme; enfin elles sont tout-à-fait à nu sur la surface extérieure de la moelle épinière de certains poissons osseux.

Quelle que soit la manière dont on les mette à découvert, on trouve la moelle épinière composée de trois ordres de fibres : les unes, parallèles ^ occupent principalement les côtés des sillons antérieurs et postérieurs ; M. Gail les a indiquées : les autres, plus latérales et plus profondes, sont légèrement obliques ; celles-ci se continuent en grande partie avec les nerfs spinaux, et se joignent à leurs faisceaux antérieurs et postérieurs ; elles sont plus nombreuses sur le cordon antérieur que sur le postérieur , et plus grosses sur le postérieur que

sur l'antérieur; jamais elles ne se rendent jusqu'à la substance grise. Une variété de cet ordre , plus superficielle que les précédentes , forme des arcs étendus des faisceaux d'insertion d'un nerf aux faisceaux du nerf voisin : ces arcs se regardent par leur face convexe comme les deux parties de cette figure ) ( , et rendent continue la chaîne d'insertion des filets antérieurs et postérieurs. Le troisième ordre de fibres est transverse , il occupe spécialement le fond des sillons antérieurs et postérieurs, et réunit en avant et en arrière les deux moitiés de la moelle épinière : on voit bien les fibres longitudinales sur le cheval, le bœuf, le mouton , le chevreau , le chien , le renard, le cochon , le sanglier, le raton, et les fibres transverses chez les reptiles , principalement chez les batraciens.

C'est ici le lieu de reproduire la question de la primogéifiture de l'encéphale ou de la moelle épinière. Quelques philosophes grecs , à la tête desquels se trouve Platon , imaginèrent que le cerveau provenait de la moelle épinière.' En combattant cette opinion , Aristote tomba dans une étrange erreur : il nia tout rapport physique entre ces deux parties. Cette question , délaissée par les anatomistes à la renaissance des lettres, fut reprise par Bartholin et par Malpighi : par Barthoiln, le premier des anatomistes qui ait avancé que la mocîîe épinière était la racine de l'encéphale; et par Malpighi, qui en fournit les

l64 MOELLE ÉPINIÉRE.

premières preuves en signalant l'apparition primitive de la moelle épinière dans la formation de l'axe cérébro-spinal du système nerveux. Néanmoins l'opinion contraire prévalut; on continua à dériver la moelle épinière du cerveau, et à la considérer comme la plus forte et la plus importante de ses productions.

L*anatomie avait placé la racine de l'axe nerveux des vertébrés dans la moelle épinière ; la physiologie la transporta dans l'encéphale par les raisons qui suivent: toute altération du cerveau suspend, modifie ou anéantit l'action de la moelle épinière; les altérations delà moelle épinière n'influencent au contraire en aucune manière les fonctions spéciales du cerveau ; donc , physiologiquement , l'action nerveuse se propage du cerveau à la moelle épinière ; celle-ci n'en paraît que le principal conducteur» La pathologie et l'anatomie pathologique vinrent confirmer les données de la physiologie : tout le monde crut, tout le monde adopta l'idée , que la moelle épinière dérivait anatomiquement du cerveau, comme elle semblait emprunter de lui son action.

Cette opinion était professée par toutes les écoles et par tous les anatomistes , lorsque MM. Gall et Spurzheim reproduisirent celle de Platon, de BarthoHn et de Malpighi. Partant du fait que la moelle épinière est développée chez les animaux en raison inverse du cerveau , il parut ridicule aux anatomistes allemands de dériver les

plus fortes moelles épinières des plus petits cerveaux 5 et de faire produire aux plus grands cerveaux les plus petites moelles épinières. Cette raison spécieuse ne souffre pas un examen approfondi : car qui ne voit qu'il est aussi difficile de faire produire les plus grands cerveaux par les plus petites moelles épinières, et les plus petits par les moelles épinières les plus développées? En raisonnant de cette manière, c'est renfermer le problème dans un cercle de propositions vicieuses; car depuis que j'ai démontré que certaines parties de l'encéphale sont rigoureusement développées en raison directe de la moelle épinière, on pourrait donc, et on devrait même, dans cette supposition , dériver l'axe nerveux du tronc , des parties qui lui correspondent dans l'encéphale pour le volume.

Je fus conduit par ces difficultés à ramener la question à son véritable point : considérée en effet dans tous ses rapports , c'est un problème d*organogénie, comme l'avait entrevu notre illustre prédécesseur Malpighi. Il ne s'agit dès-lors que de déterminer par l'observation l'ordre de successiondans les développemens de l'axe cérébro-spinal. Quelle est la partie qui précède l'autre dans sa formation? est-ce l'encéphale, est-ce la moelle épinière?

Or, les faits fournis par l'embryogénie prouvent que dans sa formation la moelle épinière précède l'encéphale : sur les jeunes embryons

l66 MOELLE ÉPINIÈRE.

des oiseaux (i) , des reptiles (2), des mammifères (5) et de l'homme (4) , les cordons qui circonscrivent la moelle épinière apparaissent avant ceux du cerveau. Celui-ci est encore à l'état de fluide, et vésiculeux, chez les oiseaux (5), les repies (6)^ les mammifères (7) et l'homme (8) , lorsque les formes de la moelle épinière (9) sont déjà arrêtées (10); les pyramides (11), les olives (12}, le corps restiforme ne deviennent distincts que long-temps après la moelle épinière. Enfin, chez l'homme (i5), les mammifères (14)5 l^s reptitiîes (i5) et les oiseaux (16), le cervelet n'apparaît que long-temps après que les évolutions de la moelle épinière sont terminées ; ce qui établit , se^

(i)Pl. I,%. .2,n<^3et4.

{2)P1. I.fig. 9, n°5et4. /

(5) PI. I, ûg. 20, n'^ 1 et 2. /

(4) PLI, fiç. 26, n°2, 3et4. /

(5) PL I,fig. 5, n^e et 8.

(6) PL I,f}g-. i5,n°6et7. (

(7) PLI,f]g. 2i,n°6,7et8.

(8) PLI, fig. 24, n°3, 4et 5.

(9) PL I, fig. 5, 11» 2 et 3.

(10) PL I, fig. i5 , n" 2, 3 et 4.

(11) PL II, fig. 6i,n»3.

(12) PL II,fig. 67, n°2.

(i5) PL I,lig. 25,n°6.

(i4j PLI,fig. 28,n°4.

(i5) PL I, fig. 12, n" 2.

(16) PL I, fig. 5, n" 5.

MOELLE ÉPîr\lÈHE. 1 67

Ion nous , que la aïoelie épinière précède l'encéphale dans sa formation.

Ce développement précoce est en harmonie avec toute l'orçanogénie ; ainsi Taorle précède le cœur dans sa formation. La transformation cartilagineuse du rachis commence d'abord dans les vertèbres dorsales , puis dans les cervicales, et ne s'opère que long-temps après dans la région de la base du crâne. Il en est de même des points osseux primitifs; les vertèbres dorsales s'ossifient long- temps avant les os du crâne. Tous ces effets ont leur cause dans le système sanguin : les artères intercostales centrales sont les premières formées ; ce n'est que plusieurs jours après elles qu'on aperçoit les artères carotides , et plus tard encore les artères destinées au cervelet. L'ordre de succession des organes suit donc rigoureusement l'ordre de développement du système sanguin.

L'anatomie transcendante est une science toute nouvelle : l'angiogénie, qui en constitue la base, n'a pas encore été étudiée; la formation du cœur a seule jusqu'à ce jour fixé l'attention des zootomistes. On me permettra donc de présenter un aperçu rapide de la formation des artères spinales, qui se lient immédiatement au point que nous traitons en ce moment.

On donne, dans les livres d'anatomie, une idée si fixe sur l'origine des artères spinales , que pendant long-temps je ne songeai guère à mettre en doute ce point de leur départ primitif; un fait

l68 MOELLE ÉPINIÈRE.

cependant vint m éclairer à ce sujet. J'avais injecté un foetus acéphale borné par la partie supérieure à la septième vertèbre cervicale ; en examinant la moelle épinière , j'aperçus l'artère spinale antérieure et la postérieure sur les régions dorsales et lombaires de cet organe qui étaient formées. D'où provenaient ces artères? Je ne pouvais ici les faire naître des vertébrales, puisque celles-ci n'existaient pas ; ni des cérébelleuses , puisqu'il n'y avait ni vestige de la tète, ni aucune trace qui indiquât que le cervelet et ses artères eussent existé. Je fus donc réduit à faire former les artères spinales par les branches des intercostales qui pénètrent dans les trous de conjugaison , et avec lesquelles on dit ordinairement que les spinales communiquent.

Ce fut alors , et alors seulement , que se présentèrent à mon esprit les objections qui se déduisent contre cette hypothèse de la formation môme de l'axe cérébro-spinal du système nerveux. En effet, personne ne croit plus maintenant que la moelle épinière soit une production de l'encéphale, et cependant personne ne doute encore que les artères spinales ne proviennent des artères encéphaliques. On fait provenir l'encéphale de la moelle épinière , et les artères de la moelle épinière de celles de l'encéphale. Cette contradiction est choquante ; elle est cependant le résultat inévitable de l'étude isolée des différens systèmes organiques tels que les ont présentés

MOELLE ÉPIMÈUE. 1 69

notre illustre Bichat, et ses successeurs, qui l'ont si peu compris. Pour rétablir l'harmonie dans les diverses parties de la science, il est plus nécessaire que jamais de faire marcher de front l'étude des systèmes fondamentaux de l'organisation. C'est ce que je me suis efforcé de faire dans cet ouvrage.

Si la moelle épinière ne naît pas de l'encéphale, les artères spinales ne proviennent donc pas des artères encéphaliques? D'où proviennent -elles? Des intercostales. Comment se forment - elles ? C'est ce que nous allons dire.

Avant d'en développer le mécanisme , je vais rappeler la formation de l'artère basilaire , dont la disposition est connue de tous les anatomistes. Cette artère occupe le sillon médian de la protubérance annidaire, comme la spinale antérieure occupe le sillon antérieur de la moelle épinière. Or la basilaire résulte de la jonction sur la ligne médiane des deux artères vertébrales ; cette jonclion se fait tantôt plus haut, tantôt plus bas; quelquefois les deux artères, après s'être réunies, se séparent de nouveau , et se réunissent une seconde fois en avant du pont de varole : il existe alors un anneau artériel correspondant à la partie moyenne de la protubérance. D'autres fois, enfin, elles ne se réunissent pas du tout, comme je l'ai observé chez des anencéphales.

Cela posé , passons à i'artère spinale antérieure. Qu'est-ce que cette artère ? c'est la basilaire étendue tout le long de la parlic antérieure de la moelle

i-o MOELLE i:pimèi;e.

épinière ; elle en diffère seulement par son long trajet : le mécanisme de sa formation est du reste le même que celvii de l'artère centrale de la protubérance annulaire. Chaque artère spinale, après avoir fourni deux branches , dont Tune se distribue aux muscles, et l'autre à la vertèbre, en produit une troisième, qui est la continuation du tronc ; celle-ci, après avoir traversé la dure-mère, se dirige obliquement en haut jusqu'au milieu de la moelle épinière ; là , de même que l'artère vertébrale , elle rencontre la branche qui vient du côté opposé. Ces deux branches se confondent , et n'en forment plus qu'une , qui prend la direction verticale que l'on connaît à l'artère spinale antérieure. La même chose se passe à chaque vertèbre , à chaque artère spinale , d'où résulte la ^succession non interrompue de cette artère sur toute la partie antérieure de la moelle épinière ( i ). Chaque artère inter-vertébrale se comporte donc comme les artères vertébrales, ou plutôt ces dernières se comportent, sous ce rapport , comme les branches des intercostales , avec cette seule différence , qu'indépendamment de l'artère basi-

(î) Quelquefois l'arlère calleuse est unique et centrale: alors le mécanisme de sa formation est analogue à celui de la basilairc et de l'artère spinale antérieure. Le plus ordinairement elle est double comme les spinales postérieures. L'artère sacrée moyenne résulte quelquefois aussi de la réunion de deux branches.

MOELLE EPIMKUE. Vjl

laire , elles produisent de plus les deux branches d*où l'on fait naître ordinairement la spinale antérieure. Le mécanisme de la formation de cette dernière artère est donc le n^ême que celui de la basiîaire. Comme celle-ci, la spinale antérieure est quelquefois double sur quelque partie de son trajet; il en résulte alors des anneaux artériels analogues à celui qui s'observe sur le centre de la protubérance.

Puisque les artères spinales ont une existence distincte indépendante de celle des artères encéphaliques, onconçoit donc maintenant comment la moelle épinièrepeut se former indépendammentdu cerveau ; et pour expliquer les cas nombreux , que possède la science , de fœtus anencéphales pourvus néanmoins de moelle épinière , il ne sera plus nécessaire de recourir «i des suppositions de toute nature, à des maladies dont l'étiologic est plus obscure encore que celle du fait pour lequel on y a recours. Toute vertèbre renferme en ellemême les artères qui produisent le segment nerveux qu'elle doit revêtir. Que le fœtus soit réduit à un tronçon de quelques vertèbres seulement , ce tronçon renfermera dans son centre la portion de moelle épinière qui lui correspond. Qu'il soit borné à la portion lombaire du rachis , comme j'en ai vu un exemple , la moelle rachidienne sera néanmoins complètement formée. Qu'il n'ait que la portion thorachique , ainsi que j'en ai disséqué deux exemples, dont l'un est au cabinet d'anatomie

172 MOELLE ÉriMÈKE

(lu Muséum d'histoire iialurelle ^et toute la région lombaire et dorsale de la moelle épinière sera aussi bien constituée que si tout ce fœtus s'était régulièrement développé.

Je n'expose que des faits ou des corrélations d'existences organiques , et nous voyons à chaque instant que ces faits expliquent le développement régulier et irrégulier des êtres. C'est là, si je ne m'abuse, le cachet des théoxnes expérimentales.

MOELLE EPINIERE.

TABLEAU COMPARATIF

Des Dimensions de la moelle épinière chez les Mammifères (i).

Homme.

MESURES

de la

NOMS DES animai; X.

MESURES

de la

Patas [Simia rubra)

Magot [S. sylvanus)

Macaque (5". c^'iioceplialas)

Maimon [S. nemestrina)

Rhésus {^. rhésus)

Papion {S. sphynx)

Mandrill {S. maimon). ......

Drill {S. leucophea. Fr. C. J

Sajou {S. apclla)

Maki [Lemar macaco)

Rhinolophe uni-ier [Rhinolophus uni-

haUatas. G. S. H.)

"Vespertilion murin ( VespertUio vue-

rimis).

Hérisson [Erinaceus europœas). . .

'ï-àwçe [Talpa europœa)

OuTshvwi'i [Ur sus arctos)

Ours noir d'x\mérique [U . americanus)

Raton (L'. lotor.)

Blaireau ( [7. mêles)

Qo^ii hvnn [Viverra narica)

Coati roux {^V. îiasua). ......

Fouine [M uste/a foina)

Loutre [M. lutra)

Chien [Canis famlllarls)

Loup, jeune (C lupus)

Renard {C. Fu/pes)

mètre.

o,oo55o 0,00800

0,00400 o,oo35o 0,01700 o,oi5oo 0,00800 0,00800 0,00800 o,oio5o 0,00700 0,00750

(1) La mesure a été prise au niveau du segment correspondant, entre la première et la deuxième vertèbre cervicale.

MOELLE EPIJNIKRE.

Suite du Tableau comparatif des Dime7isions de la moelle épinière chez les Mammifères.

MESURES

NOMS DES ANIMIUX.

delà

MOELLE EPINIERE.

mètre.

o^oi5oo O;,oo65o

Mangouste du Cap [Viverra cafra). ,

Lion (Felis leo)

Tigre (F. tigris)

o^oidoo

Jaguar (F. onça.)

o„oi4oo

Panthère (F. pardas). . ,

o,oi5oo

Couguar (F. discolor)

Lynx (F. lynx)

Phoque commun [Plwca vitulina). . .

Kanguroo géant ( Macropus major.

Phiiscolome {Phascolomjs. G. S. H.)

Castor (Castor fiber.)

Lerot {Mus nitela)

o,oo525

Zemni (M, iypiilus)

Marmotte (M. alpinus.)

O:,oo45o

Ecureuil [Sciurus vulgaris). .....

OjOo5oo

Agouti (Cavia acuti)

0 oomo

Tatou enconhert { Dasj pus sexcinctus.)

Pécari (Sus tajassu)

0 ni()5o

Daman (^Hjrax capensis)

o^oo55o

Cheval {Equus cabalius)

knt {E. asinus)

o^o»5oo

Zèbre (F. zébra)

Dromadaire [Carnelus dromedarius). .

Lama [C. Uacmo)

C^YÎ {Cervus etaphus) :

Chevreuil [C. capreolus)

o,oi5oo

Bouc de la Haute-Egypte

Taureau (^Bos tauras)

Mouton ordinaire

Dauphin [Delphinus delpliis)

Marsouin (Z). phocœna)

OjOoSoo

MOI-LLE EPIx^*IKI\E. i;

TABLEAU COMPARATIF

î)e$ Dimensions de la moelle épinière chez les Oiseaux.

MESURES

NOMS DES ANIMAUX

de la MOELLE ÉPINIÈRE.

Vautour fauve ( Vultas falvus ). . .

Aigle royal [Falco ch?ysaetos ). . . .

Pygargue (JP. Ossifragus )

Faucon (F. comma?iis)

o^ooSoo

Bondrée ( F. apivorus ) .

Busard [F. œraginosus )

o,oo55o

Buse commune [F. buteo )

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