CHAPITRE II
Formation de la moelle épiniere et de l'encéphale^ chez r embryon des reptiles.
L'incubation de l'œuf chez les reptiles a peu exercé les anatomistes ; Spallanzani ne s'en est guères occupé que pour constater la première apparition et l'accroissement des diverses parties du système sanguin, et pour accommoder au système de la préexistence des germes, la génération des batraciens; Swammerdam, dont les observations sont si exactes , les a principalement dirigées sur les enveloppes de l'embryon , et sur la marche du développement de ce dernier. Hochstetter et Emmert ont beaucoup mieux précisé les différentes enveloppes de l'œuf du lézard , que ce dernier ne l'avait fait pour la grenouille; enfin M. Dutrochet a rendu évidente l'analogie entre les enveloppes des vivipares et des ovipares , et ses travaux sur l'œuf des reptiles portent spécialement sur cette importante détermination. Je ne sache pas qu'aucun anatomiste ait encore dirige ses recherches sur le développement de l'encéphale et de la moelle épiniere du têtard; et ici encore, comme dans la formation du poulet, nous somntes obligé de recourir à nos propres observations.
Mais si nous avons eu de si grandes difficultés
à vaincre pour suivre la formation successive de l'encéphale et de la moelle épinière du poulet, elles sont augmentées ici par la petitesse de l'œuf et de l'embryon , sur lesquels doivent se faire les expériences, et surtout par la coloration du fluide qui tient la place du cerveau et de la moelle épinière du têtard.
Dans les premiers jours de l'incubation du poulet, nous avons vu que la fluidité du cerveau et de la moelle épinière était un grand obstacle à l'observation; mais ce fluide étant d'unblancmat, et cette couleur tranchant sur le fond grisâtre des autres parties constitutives de l'embryon, il nous a été possible de distinguer à l'œil nu et au microscope l'apparition et l'accroissement des vésicules composant le cerveau , ainsi que la marche des cordons de la moelle épinière. Sur le têtard, cette distinction devient presque impossible ; le fluidecontenu dans l'intérieur de la moelle épinière et dans le crâne, est d'un gris brum, et, soit à l'œil nu, soit au microscope, on ne peut voir d'une manière évidente l'apparition des premiers rudimens de la moelle épinière et du cerveau : tout semble se confondre dans le fond brun que présentent les différentes parties du têtard.
Afin de rendre l'observation un peu moins difficile, j'ai plongé des embryons très-jeunes dans •l'alcohol ; et , comme à la suite de cette préparation , le fluide cérébral prend une certaine consistance , et contracte une couleur gris blanc , qui
permet de le distinguer des parties environnantes , je vais faire connaître les faits qu'il m'a été possible de reconnaître.
Sur des œufs de grenouille et de crapaud , je n'ai pas distingué de trace d'embryon , jusqu'au cinquième , et quelquefois jusqu'au sixième jour après la ponte ; mais le plus souvent au sixième jour , et constamment au septième , on voit le petit têtard logé à la superficie dans la matière gluante , d'un jaune clairet transparent, qui occupe la partie médiane de l'œuf. Les premiers embryons que j'ai aperçus , n'avaient pas une forme régulière bien arrêtée; leur queue était ployée vers le côté correspondant à l'abdomen, les yeux se faisaient remarquer par deux points noirs situés sur les côtés de la tête ; leur longueur était de quatre ou cinq millim. Ayant ouvert le crâne et le canal vertébral membraneux de ces têtards , j'ai trouvé dans leur intérieur une matière grise blanchâtre , n'ayant dans le crâne aucune forme bien arrêtée, et plissée en deux feuillets non continus le long du canal de la moelle épinière , mais surtout vers le milieu de la région dorsale, où leur épaisseur était plus forte. Sur des embryons des huitième et neuvième jours ^ dégagés de leur matière glaireuse, et nageant dans le vase où je les observais , je vis distinctement une grande vésicule double , située à la partie médiane du crâne, et j'appris, parla suitede mes recherches, qu'elle correspondait aux tubercules quadîijumeaux, J'avais noté que ces «?mbryons avaient l'œil
très-bien conformé et volumineux , proportionnellement aux autres parties de la tête. Après avoir ouvert le crâne , je pus reconnaître une autre vésicule antérieure, qui me parut adossée en arrière , à la précédente , et que je crus devoir regarder comme la vésicule des lobes cérébraux.
Mais mes observations ne m'ont offert des résultats positifs etconstans, que sur les têtards observés entre le douzième et le quinzième jour, et c'est à cette dernière époque que nous allons commencer nos observations relatives à la moelle épinière et au cerveau. Avant d'entrer en matière, je dois faire remarquer que vers le cinquième et le sixième jour , les embryons de têtard se mouvaient avec assez de rapidité dans l'eau de Famnios qui les environnait : rapportant le principe des mouvemens à la moelle épinière et au cerveau , il me parut assez singulier de trouver ces derniers organes si imparfaitement développés , pour présider à des mouvemens si variés et si précis ; dès le dixième jour les , têtards , dégagés de leurs œufs , exécutaient dans l'eau des évolutions si nombreuses, que je fus curieux de constater l'état des nerfs qui naissaient de la moelle épinière , et qui se rendaient aux différentes parties du corps. Je dois à cette circonstance la découverte d'un ordre de faits très-importans.
En effet, tandis que la matière liquide, composant la moelle épinière et le cerveau, était si imparfaitement élaborée , tandis qu'avicune forme ne pa-
raissait encore bien arrêtée, je rencontrai des nerfs tout formés , je leur distinguai de petits renflemens ganglionnaires , avant leur rentrée dans le canal vertébral ; quelle que soit la petitesse de ces nerfs et le peu de grosseur de ces ganglions, on peut les mettre à découvert dans toute la largeur du corps. Je me borne à faire remarquer, pour le moment , que des nerfs bien conformés et des ganglions assez distincts existent chez les jeunes têtards , avant que la moelle épinière et le cerveau ayent acquis leurs développemens respectifs. Je craindrais de m écarter un peu trop de la question , si je m'arrêtais plus long-temps à décrire ce qui concerne les nerfs ; je me hâte de revenir à la moelle épinière et au cerveau.
Sur des têtards observés au douzième jour après la naissance, la longueur totale de la moelle épinière et de l'encéphale était de quinze millini. ; la partie contenue dans le crâne était de deux millim. ; la largeur de la moelle épinière était , dans sa partie moyenne, d'un tiers de millim. ; elle n'offrait aucune trace de renflement (i). Son volume était un peu plus fort dans la moitié de sa partie supérieure; elle allait ensuite en diminuant graduellement jusqu'à l'extrémité de la queue , où elle se fixait. A droite et à gauche de la moelle épinière, et dans toute sa longueur, depuis la partie cepvicale jusqu'à l'extrémité caudale, on remar-
(1) PI. I, fig. f), n" 2, 5 et 4-
quait les nerfs très-bien conformés , ayant une direction très-oblique de haut en bas et d avant en arrière. Parvenu dans les intervalles des masses apophysaires , cartilagineuses des vertèbres , ces nerfs pénétraient dans un ganglion grisâtre entouré, comme la moelle épinière et le cerveau , d'une membrane vasculaire noirâtre; ces ganglions avaient un quart de millim. , dans leur plus grand diamètre ; leur couleur était un peu plus blanche que la moelle épinière elle-même , ce qui les rendait très-apparens, environnés , comme ils le sont , d'un réseau membraneux , noirâtre ; leur volume était le même dans toute l'étendue delà partie moyenne de la moelle épinière ; ils allaient ensuite en diminuant, à naesure qu'ils se rapprochaient de l'extrémité caudale, où ils étaient encore très-distincts. La moelle épinière était ouverte dans sa partie moyenne ( i ) ; on distinguait au milieu un raphé très-apparent ; en exerçant une traction en sens inverse, on séparait sans efforts un cordon de son congénère ; en examinant ensuite la partie par laquelle ils étaient contigus, on distinguait au microscope de très-petites dentelures ; la moelle épinière ainsi plissée formait une gouttière sans canal encore distinct (2). On ne remarquait aucune différence entre la subslance qui le composait ; toute sa masse homogène était d'un gris blanc , et
(1) PI. I,fig. 9, n»5et 4.
(2) PI. I, fijç. r>, n* 1 . 3. 5 et 4.
rendue demi solide par l'action de lalcohol , où les têtards étaient restés pendant environ deux mois.
Je dois néanmoins faire remarquer que , sur des têtards du même âge, ouverts sans avoir été soumis à l'action de lalcohol , j'ai aperçu , dans l'intérieur de la gouttière que forme la moelle épinière, une substance plus brune et plus liquide que les parties latérales des cordons; elle était également répandue dans toute sa longueur ; c'était en quelque sorte un enduit étendu dans toute la partie interne de la moelle épinière.
Parvenue au haut de la région cervicale, la moelle épinière devenait plus large ( i ) , ses cordons paraissaient plus écartés, le calamus scrlptorius n'était pas encore formé , la partie postérieure des cordons médullaires n'était pas encore réunie; au devant de la moelle épinière , et sur la partie contenue dans l'intérieur du crâne , on distinguait deux bulbes , dont les parois, affaissées par leur séjour dans l'alcohol , formaient deux feuillets latéraux , un de chaque côté (2) ; le feuillet postérieur était aussi grand que l'antérieur , il avait d'avant en arrière un millim. , et transversalement, un demi miilim, environ (3) ; dans son intérieur , on ne distinguait encore aucun renflement sensible , mais il conte-
(1) Pi. I,fig. 9, n" 4 et 5.
(2) PI. ï, f.g. c),n"7.
(5) PI. I,f.g. 9, n"8.
6o ANATOMIE COMPARÉE DU CERVEAU,
nait une certaine quantité d'une matière plus brune que sa partie externe , et qui semblait en tapisser l'intérieur.
Le feuillet antérieur avait les mêmes dimensions que le postérieur ( i ) ; seulement il devenait plus étroit en avant ; comme le précédent , il était plissé latéralement, de manière à se diriger vers celui du côté opposé; mais il était, de plus, contourné sur lui-même à son extrémité antérieure ; son intérieur ne présentait aucune apparence de renflement. Comme cet état de l'encéphale est le plus simple dans lequel nous puissions considérer cet organe chez les reptiles , nous devons chercher à déterminer quelles sont les parties ou les élémens qui apparaissent ainsi les premiers : cette vésicule et ce feuillet postérieur (2) , étant la première partie qui se présente en suivant l'entrée des cordons médullaires dans le crâne , on serait porté à croire que ce sont les rudimens du cervelet; rien ne prouve dans l'encéphale que nous examinons , que cela ne soit pas. Mais si nous portons notre attention sur ce que nos recherches nous ont appris sur la formation de l'encéphale des oiseaux , no^s devons nous rappeler que nous avons vu les tubercules quadrijumeaux apparaître au haut de la moelle épinière , long -temps avant que les lamelles cérébelleuses ne devinssent sensi-
(1) PI. I,fig. 9,n"7.
(3) Ibld.
EMBRYON DES REPTILES. 6l
bles (i). Or, si la formation de l'encéphale chez les batraciens suit une marche analogue à celle que nous avons observée chez les oiseaux , elle doit être l'analogue de la vésicule des tubercules quadrijumeaux; l'examen ?le la préparation de l'embryon du poulet, plongé dansTalcohol à la quarantième heure de l'incubation (2) , donne des feuillets analogues à ceux du tétai'd du douzième et du quinzième jour ; le feuillet appartenant à ces tubercules, est adossé, comme chez les têtards, à celui qui doit former les lobes antérieurs; ajoutons encore que les yeux sont très-développés chez le têtard , à cet âge; et quoique le nerf optique soit d'une ténuité extrême , néanmoins , en examinant avec soin la base du cerveau, on peut le suivre de l'œil sur cette vésicule , et de cette vésicule dans l'œil ; circonstancequiprouvedirectement, en quelque sorte, à elle seule, que ce sont ces tubercules quadrijumeaux, qui commencent ainsi la formation de l'encéphale chez les batraciens , et en général chez les reptiles comme chez les oiseaux.
La détermination des tubercules quadrijumeaux étant faite , il devient facile de reconnaître , dans la vésicule ou le feuillet qui lui sont antérieurs , la première apparition des lobes cérébraux.
Nous devons faire remarquer ici que les lobes sont adossés , à cet âge, contre les tubercules qua-
(1) Pî. I, fig. 2, 3 et 4.
(2) PI. I, fig. 2, n°6, 7 et 8.
drijumcaux ( lobes optiques ) ; circonstance que nous avons également observée dans la formation de l'encéphale du poulet. Nous aurons occasion de rappeler ce fait, en suivant la formation du têtard.
Sur des têtards observés aux quatorzième et quinzièfhe jours après la naissance , on aperçoit distinctement un troisième bulbe, qui vient s'interposer entre celui qui appartient aux lobes, et celui des tubercules quadri jumeaux ; au quinzième jour , surtout , si on ouvre le crâne du têtard ayant séjourné dans l'alcohol , on aperçoit le feuillet roulé, qui correspond aux tubercules quadrijumeaux d'abord ( i ) ; ensuite on distingue un feuillet moins grand et plus interne , qui est celui qui correspond à ce nouveau bulbe qui vient de se montrer (2). Enfin on rencontre ensuite en avant le feuillet des lobes cérébraux (3) ayant peu augmenté , ainsi que celui des tubercules quadrijumeaux : la moelle épinière est un peu augmentée , mais également ; on ne distingue encore aucune trace des renflemens supérieur ni inférieur (4).
Les nerfs qui se rendent à la moelle épinière sont très - prononcés ; les ganglions inter-vertébraux , plus distincts que dans le précédent , offrent ceci de particulier , qu'ils sont plus gros à
(1) PI. I,fig. io,n°4.
(2) PI. I, fig. 10 , n" 5.
(3) PI. I, fig. 10, n°6.
(4) PI. K ffcg. 10, ir 1, 2 et 3.
la région cervicale , qui doit correspondre au membre antérieur, plus petits ensuite, et qu'ils se renflent de nouveau , vis-à-vis la partie qui doit correspondre au membre postérieur ; leur grosseur diminue ensuite insensiblement jusqu'à l'extrémité de la queue.
11 est à remarquer encore, que la moelle épinière n'offre de trace distincte de renflement, ni en haut ni en bas ; sa largeur médiane est de deux tiers de millim. ; celle des ganglions est d'un millim. dans les points correspondant aux membres , et d'un tiers de millim. dans les autres parties. Les tubercules quadri jumeaux ont un millim. d'avant en arrière , les couches optiques ont un millim. dans la même direction , les lobes cérébraux ont un millim. et un sixième de millim. Quelques réflexions doivent suivre la dissection de ces nouveaux têtards ; nous demanderons d'abord à quelle partie de Fencéphale correspond le bulbe qui vient se placer entre les lobes et les tubercules quadrijumeaux (i) ; si la détermination que nous avons donnée précédemment , relativement aux tubercules quadrijumeaux et aux lobes , est exacte, nous pourrons , ce me semble , résoudre cette question ; car entre les tubercules et les lobes se trouve ordinairement le renflement correspondant à la couche optique ; or ce nouveau bulbe occupe cette place , toui: porte à croire que c'est
(i)PI. I, fig. 10, n" 5.
cette couche elle-même. Mais [une objection se présente dans cette supposition : pourquoi cette couche n'existe-t-elle pas dans les têtards observés aux dixième et quinzième jours? Je pencherais à croire qu'elles étaient cachées par les lobes dont elles se sent dégagées, comme nous avons vu que cela était arrivé chez le poulet.
Nous avons ensuite porté notre attention sur les ganglions inter-vertébraux , dont le changement de grosseur est très-remarquable; car observons que les ganglions correspondant au renflement supérieur acquièrent plus de grosseur avant que le renflement ne se dilate lui-même; la même remarque est applicable au renflement inférieur : déjà cette augmentation de volume me parut sensible aux treizième et quatorzième jours ; et au quinzième, où je l'ai représentée, elle était très-apparente. Avec ce changement coincïde nne augmentation très-sensib e des extrémités antérieures et postérieures ; il suit de là que chez le têtard l'augmentation de volume des ganglions intervertêbfaux , précède celle des renflemens de la moelle épinière.
Aux seizième, dix-septième et dix-huitième jours des changemens remarquables surviennent dans le système nerveux du têtard ; les lames composant la moelle épinière se sont réunies dans leur tiers inférieur , de manière à former un canal dans toute cette étendue (i). Le tiers supérieur de la
(i) PI. I, ù^. i5, n" 1 , 2 et 3.,
moelle épinière étant encore ouvert ( i ) , forme une véritable gouttière, qui s'étend, en s'élargissant de plus en plus , jusqu'à la partie postérieure des tubercules quadri jumeaux ( 2 ) ; la largeur de la moelle épinière, dans sa partie supérieure, était d'un millim. (3) ; la partie moyenne , d'un demimillim. ; le renflement inférieur , qui seul était distinct, avait deux tiers de millim. de large (4); les ganglions inter- vertébraux avaient un peu augmenté de volume, ceux surtout qui correspondaient au renflement inférieur.
L'encéphale a été le siège de plusieurs changemens notables; le calamus scrlptorius n'est pas formé ; les lames supérieures de la moelle épinière n'étaient pas réunies ; les tubercules quadrijumeaux ont pris de l'accroissement dans leur direction transversale; ils offrent à cette époque un sillon transversal dans leur partie moyenne , qui les divise en deux paires de tubercules ; de telle manière qu'à cette époque il y a véritablement quatre tubercules quadrijumeaux, au lieu de deux, qui existent avant et après cette époque (5). Ce mode de formation est analogue à celui que nous avons observé sur l'encéphale du poulet , entre le hui-
(i) PI. I, fig. i5, n'^4et5.
(2) PI. I,fîg. i5, n"5.
(3) PI. ï, fig, i5,n'>4-
(4) PI. I, fig. i5, n"3.
(5) PI. I, fig. i5, n"5.
tième et le neuvième jour de rincubation (i) ; la grandeur des tubercules quadrijunieaux est encore d'un millim. d'avant en arrière.
Les couches optiques sont plus prononcées , elles ont un demi-millim. d'avant en arrière (2) ; leur séparation sur la ligne médiane a lieu par un sillon prononcé ; elles semblent se continuer par leurs parties antérieures avec les lobes ; ceux-ci , mieux dessinés que sur le têtard précédent , ont d'avant en arrière un millim. et demi ; ils se touchent par leur partie interne sans se confondre (5) ; leur intérieur contient une matière pulpeuse d'un gris verdâtre , sans aucun renflement distinct.
Le système nerveux du têtard observé au vingtième jour, offre des formes 'mieux arrêtées; la moelle épinière n'est pas fermée dans le haut , il n'y a encore à découvert que la gouttière qui fait suite au quatrième ventricule (4) ; sa largeur audessous de sa réunion , et dans la partie qui correspond au renflement supérieur, est d'un millim. de large; au-dessous est un rétrécissement où elle n a qu'im demi-millim. ; plus inférieurement se trouve le renflement inférieur, d'un millim. de volume, comme lesupérieur : au-dessous de ce renflement , la portion caudale de la moelle épinière se rétrécit insensiblement jusqu'à sa terminaison.
(1) PI. I^fig. 6, n"7.
(a) PI. I,fîg. i5, n°6. '
(5) PI. I,fig. 15,11" 7.
(4) PI. I,fig. i5, n"4-
Les ganglions inter- vertébraux sont plus gros vis-à-vis des renflemens, que dans toute autre partie de la moelle épinière ; les tubercules quadrijumeaux sont encore les premières parties que Ton rencontre au haut de la moelle épinière ; ils sont formés par un bulbe unique de chaque côté ; le sillon transversal, que nous avons signalé les jours précédens , ayant totalement disparu , ils sont sim plement adossés l'un à l'autre sur la ligne médiane ( 1 ) ; leur étendue d'arrière en avant est d'un millim. un quart. Dans leur intérieur, on rencontre , immédiatement à leur entrée , un très-petit tubercule d'un gris bleuâtre ; du reste , on n'y distingue aucun faisceau de communication , que l'on puisse considérer comme la commissure.
Les couches optiques ont pris de l'accroissement ; elles ont deux tiers de millim. d'avant en arrière (2) ; elles sont encore séparées par un sillon sur la ligne médiane ; en avant de ce sillon , il existe un petit faisceau grisâtre qui les réunit sur ce point , et établit entre elles et les lobes antérieurs une ligne de démarcation.' Ces lobes , un peu mieux formés , ont d'avant eh arrière un millim. et demi de longueur ; ils sont creux dans leur intérieur , et on distingue sur le côté un renflement très-léger , que l'on peut considérer comme
(1) Pl.I,fig. 11,0" 5.
(2) PI. I, fig. 11, n" 4.
i'analogue du corps strié (i). Lorsque Ton a ainsi ouvert toutes les cavités , et qu'on a déjeté sur les côtés les lames qui les recouvraient , on aperçoit un raphé sur la ligne médiane , qui n'est interrompu que par la petite commissure qui se trouve au-devant des couches optiques : il résulte de là que sans cette commissure on pourrait séparer exactement tout l'encéphale sur la ligne médiane.
Nous devons remarquer ici que par l'accroissement qu'ont pris les couches optiques, les lobes se trouvent très-écartés des tubercules quadrijumeaux ; il résulte de là que les couches optiq^ies sont tout-à-faità nu, sur la face supérieure de l'encéphale •, cette circonstance pourrait les faire méconnaître, si déjà nous n'avions vu dans l'incubation du poulet un rapport entièrement analogue ; il suit encore de là qu'à cette époque , le cerveau est formé par six mamelons , deux en arrière pour les tubercules quadrijumeaux , deux au milieu pour les couches optiques , et deux en avant pour les lobes cérébraux. Du vingtième au vingt-cinquième Jour , toutes les parties que nous ayons déjàénumérées, prennent de l'accroissement; mais ce que l'encéphale offre de plus remarquable à cette époque , est l'apparition de deux petites lames aplaties, en arrière des tubercules quadri-
(i) PI. I,fig. 11, n" 5.
jumeaux (lobes optiques); ces deux lames sont les premiers rudimens du cervelet ; il y en a une de chaque côté , et leur réunion sur la ligne médiane n'est pas encore opérée (i). Leur direction est transversale; en insufflant le quatrième ventricule , on les dé jette à droite et à gauche; au microscope , on aperçoit de petites dentelures vers leur extrémité interne.
La moelle épinière est encore très-allongée à cette époque ; elle se prolonge beaucoup au-dessous du renflement inférieur , et diminue insensiblement jusqu à l'extrémité de la queue : le renflement inférieur a un millim. de large ; au-dessous est un étranglement où elle n'a que deux tiers de millim. , et dans la partie qui correspond au membre supérieur , elle a trois quarts de millim. Les lames du cervelet peuvent avoir d'avant en arrière un cinquième de millim. , sur un demi -millim. dans la direction transversale (2). Les tubercules quadri jumeaux ont d'avant en arrière un millim. un tiers (5) ; les couches optiques, trois quarts de millim. (4) , et les lobes cérébraux, un millim. trois quarts de millim. (5)
Arrêtons-nous un instant sur l'état de l'encéphale, à cet âge du têtard. Nous venons de voir
(1) Pi. I, fig. 12, n" 2.
(2) Ibid.
(3) PI. I, fig. 12, n^'S.
(4) PI. I, fig. i2,n«4.
apparaître les premières lames qui doivent for mer le cervelet ; avant leur manifestation , nous aurions pu croire que les bulbes , que nous rencontrions immédiatement au-dessus de la moelle allongée , étaient le cervelet , et non les tubercules quadrijumeaux , comme nous l'avons avancé ; cette méprise eût été d'autant plus facile , que les couches optiques n'étant pas recouvertes par la partie postérieure des lobes , on aurait pu penser qu'elles correspondaient aux tubercules quadrijumeaux (lobes optiques). L'apparition du cervelet me semble ne laisser aucun doute sur les déterminations que nous avons cherché à établir : une circonstance que nous devons remarquer , c'est quie la moelle épinière est encore très -étendue audessous du renflement inférieur ; elle se continue jusqu'à l'extrémité caudale du têtard. Les ganglions vertébraux sont prononcés , et très-visibles surtout au microscope.
Du vingt -cinquième aux trentième et trentecinquième jour, des changemens très-importans se manifestent encore : d'abord la moelle épinière , qui jusque-là se prolongeait jusqu'au bout de la queue du têtard , disparaît presque brusquement ( 1 ) au-dessous du renflement inférieur : le canal coccigien , dans lequel elle était logée, est vide : ce fait est l'un des plus remarquables que nous aient encore présentés les différentes parties du
(i) PI. II, fig. 42, n"i.
système nerveux du têtard. La moelle épiuière semble se contracter et rentrer dans l'intérieur du canal vertébral ; son bulbe inférieur ( i ) est d'un millim. un quart ; le supérieur {2) d'un millim, , et la partie qui les sépare , de deux tiers de millim. (5). L'encéphale prend en même temps un accroissement proportionnel ; le calamus scriptorius est très -ouvert , et descend encore trèsbas (4).
Les lames du cervelet , qui ont apparu vers le vingt-cinquième jour, sont resté séparées le vingtsixième et le vingt -septième; le vingt - huitième , elles chevauchaient Tune sur l'autre de manière a se soutenir réciproquement ; le trentième , la réunion était opérée sur la ligne médiane , le cervelet était un organe unique ; à cet âge , il avait d'avant en arrière un quart de millim. (5).
Les tubercules quadri jumeaux, les couches optiques et les lobes ont pris de l'accroissement et conservé les mêmes formes et les mêmes rapports : les tubercules avaient un millim. im tiers d*avant en arrière (6) ; les couches optiques étaient d'un millim. et un tiers de long (7) ; les lobes avaient dans le
(1) PI. II, fig. 42, n° 2.
(2) PI. II,fig.*42, n'S
(3) Ibid.
(4)P1. II,fig. 42,no4.
(5) PI. II, fig. 42, n" 4 bis et 5,
(6) PI. II, fig. 42, n'6.
(7) PI. II, fig. 42,11" 7.
"jQ. ANATOMIE COMPAREE DU CERVEAL' ,
même sens deux miliim. et demi : on apercevait dans leur intérieur un petit renflement que nous considérons comme l'analogue du corps strié , et qui , après l'action de l'alcohol sur le cerveau , avait un quart de milIim. (i). On voit, d'après cela, que toutes les parties qui doivent composer le cerveau de la grenouille , sont formées aux trentième et quarantième jour de la naisssance : à partir de cette époque , ces mêmes parties ne font que prendre de Faccroissement. Nous allons donner quelques détails sur ces changemens de proportion.
Au quarantième jour , le renflement supérieur de la moelle épinière est encore d'un miliim. de large (2) ; l'inférieur est d'un miliim. un quart (5) ; dans le rétrécissement qui les sépare, la moelle épinière a deux tiers de miliim. Le cervelet n'a qu'un tiers de miliim. d'avant en arrière ; la lame qui le constitue est très-mince. Les tubercules quadrijumeaux ont un miliim. et demi dans le cens longitudinal ; leur intérieur offre le bulbe léger dont nous avons déjà parlé. La couche optique a d'avant en arrière un miliim. et vm sixième de miliim. Les lobes cérébraux, un peu plus larges en arrière que les jours précédens , ont deux miliim. trois quarts de long. Au cinqflantième jour , le cervelet a acquis un demi-milîim. , et son feuillet
(1) PI. II, fig. 42, n^S.
(2) PL II,fig.44,n°4.
(3) PI.n,%. 44,n''3.
offre une petite pointe dans la partie moyenne (i). Les tubercules quadri jumeaux , un peu plus développés , ont un millim. d'avant en arrière (2). Les couches optiques semblent avoir écarté en arrière les ttibercules quadri j umeaux ; leur longueur est un peu accrue dans ce sens ; elles ont un millim. un quart de long (5). Les lobes ont déjà trois millim. (4)
Lés deuxième et troisième mois , quelques chan*gemens surviennent encore dans ces proportions ; je les ai consignés dans le tableau destiné à cet effet, et j'ai cru inutile de les rapporter ici, afin d'éviter des détails minutieux.
La base de l'encéphale du têtard éprouve peu de changemens, à cause de la position permanente des lobes optiques sur la face supérieure de cet organe. On y rencontre , aux diverses époques de sa formation jusqu'à sa métamorphose complète : A. Deux bulbes en avant, qui sont les petits renflemens des nerfs olfalctifs (5). B. Deux lobes roulés sur eux-mêmes, très-longs en comparaison de leur largeur , et qui correspondent à la face îtlféHeure des lobes cérébraux (6). C. En arrière de la face inférieure de ces lobes est un i^nfle-
(1) PLII,fig. 45,n°4.
(2) PI. II,fig. 43, n°5.
(5) PI. II, fig. 43, n»6.
(4) PL II,fig. 43,n''7.
(5) PL II,f,g. 44, n" 8.