CHAPITRE m
Formation de la moelle épinière et de r encéphale^ chez les mammifères. — Rapport de ces organes citez les^ oiseaux j les reptiles ^ les mammifères et r homme.
Je viens d'établir dans les deux chapitres précédens le mode de formation de la moelle épinière et de l'encéphale dans la classe des oiseaux et chez les reptiles ; j'en ai suivi ave<; soin tous les changemens , toutes les métamorphoses , toutes les varialions de forme et de position, que j'ai pu y remarquer ; ces faits , intéressans par eux - mêmes , le deviennent surtout par l'application que nous^ allons en faire au développement des mêmes parties chez les mammifères. Dans cette dernière classe , le système nerveux est porté au maximum de son développement; l'encéphale acquiert, chez les cétacés,. le phoque , les singes et l'homme , le plus haut degré de complication possible : il ne parvient à ses formes permanentes , qu'en traversant une multitude de formes primitives et transitoires , qui le rapprochent tour à tour de l'encéphale des poissons , de celui des reptiles et des oiseaux. Si l'embryon parcourt sans accident toutes ses évolutions , les traces de ces analogies s'effacent; mais si une maladie entrave sa marche , et si cette maladie porte son action sur la moelle épinière et l'encéphale . ces
EMBRYON DES MAMMIFÈr.ES. 83
organes s*arrêtent dans leurs métamorphoses ; des formes qui n'étaient que transitoires , deviennent permanentes, et l'embryon des mammifères se présente avec des caractères qui appartiennent aux poissons, aux reptiles ou aux oiseaux. J'ai déjà démontré ce résultat pour le système osseux , je vais le faire pour le système nerveux , guidé dans cette recherche par les mêmes principes généraux qui m'ont servi à établir les lois de l'ostéogénie.
On a déjà pu voir coiubien était erroné le principe d'embryogénie, d'après lequel on supposait que les animaux se forment du centre à la circonférence , principe érigé de nos jours en axiome physiologique : il serait difficile d'expliquer comment on avait interprété la nature en sens inverse , si on ne trouvait que les anatomistes ont porté leur attention sur des embryons déjà avancés dans les périodes de la vie utérine.
Comme je l'ai déjà démontré pour le système osseux et le système sanguin, dès l'année 1817 , le système nerveux se forme de la circonférence au centre , ^à'une manière directement opposée à celle qu'on avait imaginée. Les nerfs du tronc , les nerfs latéraux de la tête , puis les nerfs des sens , se développent avant la moelle épinière et l'encéphale. De ce principe général découlent la plupart des lois de la névrogénie.
Sur des embryons de cheval et de veau , de la fin de la deuxième semaine de la vie utérine, on ne trouve qu'un fluide très-clair , qu'une espèce de
84 ANÂTOMIE COMPAKÉE DU CERVEAU ,
gaz , dans le crâne membraneux et le canal pelliculeiix de la moelle épinière ; chez deux embryons humains, du quinzième jour de la conception, dont lesyeux étaient très-distincts, dont l'œsophage, le canal d'où doit naître le cœur, et la moelle épinière , formaient trois cordons qui supportaient la tête , je n'ai trouvé dans celle-ci qu'un fluide limpide , et rien dans la gouttière membraneuse de la moelle épinière. Sur un embryon de la troisième semaine , le fluide contenu dans le crâne était trèsdistinct , celui de la moelle épinière était moins abondant et moins épais. Chez deux embryons de cheval , de la même époque , le fluide cérébral était plus consistant , celui de la moelle épinière se concréta par l'action del'alcohol , sur les parties latérales de la membrane qui l'enveloppait.
Chez ces derniers , les côtes cartilagineuses , les nerfs latéraux du tronc étaient déjà formés ; les nerfs latéraux de la tête , le nerf optique surtout , étaient très-apparents en arrière du globe de l'œil.
Un fluide grisâtre constitue donc l'état primitif de la moelle épinière , ainsi que l'ont observé Wriberg, Haller, les frères Wentzel, Tiedemann et M. le professeur Geoffroy Saint-Hilaire. Ce fluide m'a paru se former d'abord dans le crâne , et ensuite dans le canal vertébral. Jusques là je n'avais observé aucune forme distincte , le fluide constituait une masse homogène , grise , transparente.
Cet état était à peu près le même dans le courant de la quatrième semaine ; mais chez des em-
EMBRYON D£S MAMMIFERES. ' <>^
bryons de la cinquième, époque à laquelle apparaissent les premiers points osseux, les contours primitifs de lencéphale et de la moelle épinière prennent des formes circonscrites par l'action de l'alcohol concentré.
Dans un embryon de veau de cet âge , dont les yeux étaient très-saillants , non recouverts par les paupières, et dont les membres commençaient à poindre sur les parties latérales du tronc , je rencontrai deux lames minces dans l'intérieur du canal vertébral; lames adossées aux parois de la membrane demi-cartilagineuse qui formait ce canal. Ces lames étaient séparées en avant et eu arrière, elles n'avaient entre elles aucune communication. Chez un œuf humain du commencement du deuxième mois de la conception, je trouvai l'embryon au centre, suspendu au cordon ombilical , dans l'intérieur duquel je rencontrai la vésicule ombilicale. Dégagé de ses enveloppes , j'aperçus troi^ vésicules à la tête , une antérieure ( i ) , une moyenne (2) , une postérieure (5) ; la moelle épinière était représentée par un cordon blanchâtre qui s'étendait jusqu'au bout du prolongement caudal de l'embryon ( /) ) ; placé sous une vive lumière , et à l'aide d'une forte loupe , ce cordon me parut double, comme je l'avais re-
(1) PI. I,fig. 23,11" 8.
(2} PI. I, fig. 25, n° 7.
(5) PI. ï, fig. 25, n" 6.
(4) PI. I, fig. 25, n" I, 5 et 5.
marqué chez le poulet de la vingtième à la Irentièïîie heure de sa formation (i). Les vésicules cérébrales me parurent au contraire simples ; elles lié présentaient sur la ligne médiane aucune trace de division; ce qui était facile à constater, car, en prenant l'embryon dans la main et pressant légèrement le crâne membraneux , on faisait bomber les vésicules par la compression du liquide qu'elles contenaient. Cet état était analogue à celui du poulet, du dindon et du canar^, vers le troisième jour de leur développement (2). A cette époque les premiers linéamens du système nerveux se composaient de deux cordons de la moelle épinière (5) , et de trois vésicules cérébrales ; la postérieure cor^ respondait au haut de la moelle allongée (4) , la moyenne aux tubercules quadrijumeaux (5), et l'antérieure , la plus petite des trois , aux lobes cérébraux (6). Je donne ces déterminations avec assurance, parce qu'elles sont les mêmes que celles que nous avons suivies avec tant d'exactitude dans la formation du poulet du troisième jour de l'incubation , et que d'ailleurs nous les verrons se justifier plus tard sur des embryons plus âgés.
Sur plusieurs embryons de cet âge , qui avaient
(1) Fi. I,fi-. i;fjg. 2,ii-2et5.
(2) PI. I,%. 3,11" 7, 8 et 9.
(3) PI. I, fig. 23, 11" 1 , 2, 5 et 5.
(4) PI. I, fig-. 20, n°G.
(5) PI. I, fig. 20, n" 7.
(6) PI. I, fig. 03,0" 8.
séjourné dans Falcohol , les lames qui formaient la moelle épinière et l'encéphale , étaient très-minces ; on les voyait adossées en avant tout le long de la colonne vertébrale jusqu'au coccyx (i). Au crâne elles formaient trois contours dont l'étendue correspondait au volume des vésicules, un postérieur (a), un moyen (3), un antérieur (4). Au crâne , l'adossement antérieur des deux lames était beaucoup plus faible que le long de la moelle épinière. En arrière les lames étaient écartées l'une de l'autre , un peu recourbées de manière à former du haut en bas de la moelle épinière , une longue gouttière (5) , plus large dans la partie du crâna , et séparées par des espèces de collets qui correspondaient aux contours (6) . Le diamètre de la moelle épinière était uniforme, il n'offrait encore aucune apparence des renflemens. Les nerfs dorsaux étaient bien formés ; ils ne différaient en rien , quant à leur texture , de l'état qu'ils présentent à un âge plus avancé.
Chez un embryon de lapin, du huitième jour de conception , dont la longueur dans sa partie recourbée était de trois millim. , la moelle épinière et le cerveau avaient la même apparence et la même
(i) PI. I, fig. 26, n'» 1, 2, 3 et 4.
(2) PI. I, fig. 26, n''6.
(3) PI. ,1, fig. 36, n" 7.
(4) PI. I,fig. 26, 11-8.
(5) PI. I,fig. 26, ir 4, 3, 2 et 1.
(6) PI. I, fig. 26, n"8, 7 et 6.
fluidité. Trois vésicules formaient la tête et correspondaient aux mêmes parties. Quatre de ces embryons ouverts , après avoir séjourné plusieurs mois dans l'alcohol, me présentèrent les deux lames de la moelle épinière , écartées en arrière , adossées en avant sur la ligne médiane ; une traction légère les séparait , et le microscope ou une loupe trèsforte faisait apercevoir des dentelures sur toute la ligne de réunion.
Cet effet était plus apparent encore sur un embryon de cheval de la fin du premier mois ; les lames de la moelle épinière étaient plus épaisses et non réunies en arrière ( i ) , non réunies aussi en avant ; on voyait seulement sur leurs parties antérieures des filamens qui se portaient d'une lame à l'autre : en laissant flotter l'embryon dans l'eau , et agitant légèrement le liquide , ces lames se séparèrent dans la moitié de l'étendue de la moelle épinière ; celle-ci n'était renflée sur aucun de ses points [sè). Dans le crâne, les lames étaient moins épaisses que dans le canal vertébral , elles formaient autant de contours qu'il y avait de vésicules (5) ; elles n'étaient qu'adossées antérieurement , de telle sorte qu'il existait au milieu un raphé très-sensible (4) ; je suivh avec soin les nerfs dorsaux le
(i) PI I, fig. 20, n° 1 et 2.
(2) PI. I, fig. 20, n*^ 2 et 1.
(3) PI. I, fig. 20, a'» 2, 5 et 4,
(4) PI. I, fig. 20, n"5.
long des côtes cartilagineuses ; aucun d eux ne se rendait jusqu'aux cordons de la moelle épinière; aucun nerf ne se rendait à la base des cordons contenus dans le crâne ; le nerf optique n'y pénétrait pas encore , quoiqu'il fût très-visible au fond du globe de l'œil.
J'ai observé le double développement de la moelle épinière et de l'encéphale chez des embryons de chien , de loup , de cochon ; mais il est surtout apparent chez les embryons monstrueux. Sur deux embryons humains qui pouvaient correspondre au quatrième mois , les doubles cordons , très-forts , séparés l'un de l'autre, étaient roulés sur eux-mêmes en avant et en arrière ; la dure-mère s'était reployée dans l'intervalle qui les séparait, et la faux dans le crâne , se portait Jusqu'à la partie supérieure du sphénoïde.
Après la cinquiènie semaine , les vésicules cérébrales acquièrent beaucoup d'étendue ; de simples qu'elles étaient, elles deviennent doubles. Sur un embryon humain de la sixième semaine, j'en ai remarqué deux en arrière ( i ) , deux au milieu (2), et deux en avant (5) ; les moyennes correspondant aux tubercules quadrijumeaux étaient les plus considérables; les antérieures, qui doivent prendre un si grand accroissement , étaient beaucoup plus petites qu'elles. Je n'aperçus aucune trace
(i) PI. I,fig. 24,n"5.
(2) PI. I,fig. 24,n"4.
(5) PI. I,fig. 24, n-» 5.
r)0 A't^ATOMlE COMPARÉE DU CERVEAU.
de cervelet. Sur un embryon de mouton de la cinquième semaine , il y avait aussi trois rangs de vésicules doublées (i). Les postérieures étaient peu prononcées (2) ; elles correspondaient à la moelle allongée; celles des tubercules quadrijumeaux étaient très-allongées (5) .Les antérieures n'offraient pas la disproportion (4) qu'on leur remarque chez fes embryons des singes et ceux de l'homme. Sur un embryon de veau de la même époque de formation , les vésicules postérieures étaient si fortes , que je les pris pour les premiers rudimens du cervelet (5). Elles rappellent en effet la composition de cet organe chez les chéloniens ; j'aurais adopté cette détermination, si plus tard je n'avais rencontré , comme chez l'embryon humain et celui des singes , les premières lames de cet organe se dégager entre ces vésicules et celles qui correspondent aux tubercules quadrijumeaux (6).
Ce changement de forme des vésicules cérébrales , la plus remarquable des transformations qu'elles éprouvent à cette époque, provient de l'étendvie que prennent les lames cérébrales ; après s'être relevées latéralement , elles convergent l'une vers l'autre sur îa ligne médiane, où elles seren-
(i) PI. I, fig. 19, M" 5, 4 et 5.
(2) PI. I, fig. 19, n"5.
(3) PI. I, fig. i9,n°4-
(4) î*l- I> fig- »95 n" 5-
(5) PI. I, fig. 27, n" 5.
((5) PI. 1, fig. 27, 0-4.
contrent , et où leur point de jonction forme le raphé qui divise les vésicules. Ces vésicules sont remplies d'un fluide grisâtre, légèrement rouge dans la partie adossée à l'intérieur des lames. Ce mécanisme est facile à distinguer chez les embryons de veau , de cochon et de cheval , que l'on a soumis pendant quelque temps à l'action du deutochlorure de mercure.
On voit que ce double développement primitif du système nerveux central correspond au double développement du rachis et du crân^ , dan^ leurs états cartilagineux -et osseux ; c'est en vertu de la même loi que ces trois systèmes se forment. Les lames de la moelle épinière et de l'encéphale se sont réunies en avant , comme les lames cartilagineuses , et plus tard les noyaux osseux qui composent les corps vertébraux et les os de la base du crâne , qui sur leur partie médiane correspondent au noyau central des vertèbres.
Si ce principe de formation , qui sert de base à la loi de symétrie , est exact , on entrevoit de suite que le canal de la moelle épinière sera formé par la jonction postérieure de ses lames , de même que le canal vertébral est formé en arrière par les masses transversales des vertèbres ; c'est un résultat du second principe général du développement des embryons, ou de la loi de conjugaison, qui préside à la formation des canaux , des ouvertures et des cavités dont sont creusés les divers organes.
En efT'^t , aussitôt que l'engrcnure antérieure
de la moelle épinière est formée , les bords des lames s'élèvent ( i ) , forment les parois de la gouttière qu'on observe dans son étendue (2) ; plus tard elles se dirigent Tune vers l'autre; elles se rencontrent et se confondent par des dentelures , qu'on pourrait comparer à celles qui joignent certains os les uns aux autres : de même que les vésicules cérébrales se doublent par un mécanisme semblable (3) 5 elles s'adosseraient et se confondraient toutes les unes dans les autres , de manière à ne former qu'une vaste cavité , si la dure-mère ne venait s'interposer entre les vésicules antérieures.
Ce mode de formation devient apparent pendant le cours des deuxième et troisième mois de la vie utérine , chez le veau , l'âne , le cheval , un peu plus tôt chez le cochon , chez le mouton, chez le singe ouistiti , et chez l'embryon himiain.
Chez tous ces embryons , au deuxième mois , la partie postérieure de la moelle épinière était ouverte dans la partie supérieure , comme elle reste chez les crapauds et les grenouilles ; dans sa partie moyenne et inférieure , les lames étaient réunies; cette réunion s'opérait à l'aide de petits faisceaux transversaux, qui , d'une lame, se portaient sur l'au- Irc; ces faisceaux étaient de véritables commissures; dans la partie réunie, il existait un canal, qui .
(1) PI. I, fig. u6, n"5 el/j.
(2) Pî. I , fig. ?.o , n" 1 et 2.
(5) PI. I, lig. 19 c 11"^ et 5.
EMBntON DES MAMMIFERES. 9^
comme la moelle cpinière , se terminait par mie pointe mousse , à l'extrémité du coccyx , ainsi qu'on le remarque à tous les âges dans la classe des oiseaux. Ces dentelures sont surtout visibles chez le veau et le cheval.
Sur deux embryons humains , de la septième semaine , qui avaient séjourné quelque temps dans le deuto-chlorure de mercure , la moelle épinière et l'encéphale formaient un arc à diverses courbures , qui suivaient les inflexions du tronc ( i ) et de la tète de l'embryon (2) : la moelle épinière se terminait par une pointe mousse (5) à l'extrémité du coccyx, comme l'ont observé les frères Wentzell etTiedemann ; le prolongement caudal était encore trèsapparent : ce que .je trouve aussi sur de très-jeunes embryons de chauves - souris sans queue. La largeur de la moelle épinière était d'un millim. sur un de ces embryons , et d'un millim. un tiers sur l'autre (4) ; les renflemens n'existaient pas , quoiqu'on aperçût déjà les membres sous la forme de mamelons ; les lames postérieures de la moelle épinière étaient réunies depuis le commencement de la région dorsale jusqu'au coccyx ; le canal épinien était très-distinct en bas , et ouvert encore en haut ; en injectant du mercure et en insufflant de l'air, il se
(1) PI. II, fig. 65, n° 1, 2 et 5.
(2) PI. Il, fig. 65, n''4et 5.
(3) PI. II , fig. 65, n" 1.
(4) PI. II, fig. 25, n" I et 2.
dilatait : le poids du mercure fit disjoindre les bords postérieurs des lames ; le canal s'ouvrit dans sa largeur; nous distinguâmes les dentelures sur les côtés, et sur la ligne médiane le raphé de réunion.
Les vésicules cérébrales étaient au nombi^ de quatre, au lieu de trois que nous avions remarquées chez les embryons précédens ; il y en avait une au haut de la moelle épinière peu saillante (i) ; elle correspondait à la moelle alongée; une seconde , peu bombée , était au-dessus ; c'est, je pense , la vésicule propre au cervelet (2) ; elle se dégageait de dessous la troisième vésicule, qui la précédait et qui était la plus volumineuse de toutes. Cette dernière correspond aux tubercules quadri jumeaux (5) ; la quatrième , antérieure, est toujours celle des lobes cérébraux (4) ; chacune de ces vésicules était double (5) , le sillon des deux vésicides antérieures ( 6 ) était plus prononcé que celui des postérieures. Celle des tubercules quadrijumeaux était la plus avancée de toutes ; elle formait le bulbe de terminaison de la moelle épinière (7) ; les lames qui la formaient n'étaient pas seulement adossées , elles étaient engre-
(1) PI. II, fig. 63,n°5.
(2) PL II,fig. 63,n°6.
(3) PI. II,f]g. 63, n°4.
(4) PI. Il, fig. 63no 5.
(5) PI. II,fjg. 63, n°3 et 6.
(6) PL II,fig. 63,0-4 015.
(7) PL II,fig. 63,n»4.
EMBRYON DES MAMMIFÈRES. qS
nées Tune dans l'autre , de manière que leur intérieur formait une vaste cavité remplie par un liquide rougeâtre et gris, comme celui renfermé dans les autres , ainsi que l'ont observé Wriberg , les frères Wentzell , Carus et Tiedemann.
Sur un lapin du douzième j our , la moelle épinière était légèrement renflée aux points qui correspondent aux membres (i) ; elle était encore ouverte en haut, les lames n'étaient pas réunies (2), la vésicule des lobes était très - allongée (3) , concave en dessous , convexe en haut ; elle se terminait en pointe en avant. La vésicule des tubercules quadrijumeaux était très-étendue (4) ; vue de côté, elle semblait superposée sur une autre vésicule (5) , qui était celle qui appartient au cervelet , et qu'on ne distingue bien qu'en considérant l'encéphale sur sa face latérale. Chez plusieurs embryons de didelphes, cette vésicule du cervelet paraît plus dégagée en arrière (6) , parce que les tubercules quadri jumeaux sont plus dèjetés en avant (7), etleslobessemblentau contraire rentrer en arrière sous la partie antérieure de ces tubercules (8) ; ils forment en bas une saillie
(1) PI. II,fig. 60, n° 2 et 5.
(a) PI. II,f]g. 60, n°6.
(3) PL Iï,%. 60, n° 5.
(4) PI. II,fîg, 6o,n°7.
(5) PI. II,fig. 60,11" 4.
(6) PI. I,fig. 2i,n°5.
(7) PL I,fig.2i,no8.
(8) PI. !,•%. 21,11-7
que jen'ai pas observée chezles autres embryons ( 1 ) . J'invite les analomistes qui voudront suivre ce développement , à se procurer des embryons de cheval et de veau , entre la sixième et la septième semaine de la vie utérine; ils le verront avec beaucoup plus de facilité que chez l'homme, et sui^tout que chez le lapin ^ où il faut recourir au microscope. La moelle épinière est, à cette époque, d'un volume énorme, comparativement à la petitesse du cerveau; en effet , le canal épinien est très-large , les tubercules quadrijumeaux sont considérables; il y a un rapport direct entre le développement de ceux-ci et celui de la moelle épinière. Ces rapports existent aussi chez l'embryon humain , chez celui du singe maimon et du ouistiti; mais il est beaucoup moins proBioncé. Je remarque, à cette occasion, que le volume de la moelle épinière est en rapport avec le volume considérable des artères intervertébrales; eelles-ci ont un calibre égal aux artères de la tête , qui, plus tard , prennent un si grand accroissement. Sur plusieurs embryons de ces âges , que je suis parvenu à injecter avec le mercure, il est curieux de comparer le calibre des artères qui se distribuent aux tubercules quadrijumeaux , avec celui des artères qui se rendent aux lobes antérieurs : le volume des premières est presqxie le double de celui des secondes ; les artères des tubercules quadrijumeaux sont développées dans la même raison que celles de
(i)Pl. I,fig. 21, n-^.
îa moelle épinière : chez les embryons plus jeunes , le système artériel est également très -important à constater: j'ai observé que la réunion antérieure et postérieure des lames qui composent la moelle épinière , est précédée par une membrane vasculaire , qui de droite passe à gauche, et vice versa; de manière que c'est sur le réseau artériel , et sans doute par son intermédiaire , que la réunion s'opère , et que le canal épinien se développe. C'est aussi par le même mécanisme que j'ai vu s'effectuer la réunion des tubercules quadrijumeaux.
Il résulte de ces faits , que c'est par une véritable conjugaison des lames postérieures de la moelle épinière , que le canal épinien et le ventricule qui existe alors dans les tubercules quadrijumeaux, sont formés; on peut regarder comme analogues aux commissures des grands ventricules , les faisceaux transverses qui d'une lame se portent à l'autre. Chez les embryons normaux^ l'espace est si court entre les deux lames , que ces faisceaux peuvent paraître superflus ; mais chez les embryons monstrueux, que je désigne sous le nom de hyper-spinaux y et que l'on connaît sous celui d'Ajdroracliis , les lames postérieures sont très-écartées ; sur le liquide qui remplit le canal épinien , ou voit flotter, de distance en distance, les faisceaux transverses qui nous occupent , et qui sont alors semblables à ceux qui réunissent et qui servent de commissure aux tubercules quadrijumeaux des oiseaux adultes. Entre ces faisceaux , on distingue
les capillaires , qui leur sont adossés , et qui les
accompagnent.
En suivant avec soin les artères sur la moelle épinière , je cherchai à m'assurer si les nerfs y existaient aussi: c'est en vain que je les avais cherchés sur des embryons de la quatrième et de la cinquième semaine ; je ne les y avais vus ni à l'œil nu ni à l'aide de la loupe ou du microscope ; sur des embryons de veau et de cheval de la sixième semaine, j'aperçus cinq ou six nerfs dorsaux qui venaient s'implanter, par leurs deux ordres de branches, sur les parties latérales de la partie correspondante de la moelle épinière; je trouvai aussi quelques nerfs lombaires , mais je ne pus rencontrer les nerfs cervicaux, quoique je les suivisse des parties latérales du col jusqu'aux espaces intervertébraux, où je rencontrai le petit ganglion qu'ils forment. J'ai fait la même observation chez l'embryon humain , entre la sixième et la septième semaine : quelques nerfs dorsaux étaient implantés seulement sur la partie moyenne de la moelle épinière ; il n'y en avait pas encore dans la région cervicale ; le nerf optique , celui de la troisième et de la cinquième paire, étaient également absens de la base des vésicules dont se compose à cette époque l'encéphale. Il est inutile de nous appesantir sur l'importance de ces faits relativement à la névrogénie ; mais il est trèsnécessaire d'insister sur leur généralité. Chez tous les embryons sans exception, plus tôt ou plus tard ^ selon la classe , la famille ou l'espèce à laquelle ils
appartiennent, les nerfs sont formés avant de se mettre en commmiication avec l'encéphale et la moelle épinière. Chez les larves des insectes , les branches latérales précèdent dans leur formation les ganglions centraux, ce qui prouve que , de même que les systèmes cartilagineux et osseux , le système nerveux se développe de la circonférence au centre , en sens inverse du mode de formation que les hypothèses avaient fait admettre.
Si on a suivi avec attention les détails que nous avons présentés dans les deux chapitres précédens , on a dû remarquer que les renflemens de la moelle épinière coïncident avec l'apparition et l'accroissement des membres sur les parties latérales du tronc ; on a dû voir la métamorphose remarquable qui s'opère dans la queue du têtard , lorsque la moelle épinière, prolongée d'abord jusqu'à la terminaison du coccyx , s'élève tout à coup dans le canal vertébral ; il semble , d'après cette transformation, que les reptiles n'acquièrent leurs membres qu'aux dépens de leur longue queue : nous avons particulièrement insisté sur la formation tardive du cervelet , mise en opposition avec le développement précoce des tubercules quadri jumeaux , parce que ce résultat était , j'ose le dire , inattendu dans l'état présent de nos connaissances. En constatant chez les mammifères ces diverses métamorphoses , nous ferons remarquer qu'elles deviennent l'état permanent de certains embryons monstrueux.
Jusqu'au deuxième mois de l'embryon du veau
lOO ANATOMIE COMPAREE DV CERVEAU,
et du cheval . vers le milieu du second mois de celui du cochon et du mouton , les membres n'ont pas encore paru sur les parties latérales du tronc; la moelle épinîère est d'un calibre uniforme dans ses diverses régions ; pendant le troisième mois , et un peu plus tôt chez le mouton et le cochon , les membres paraissent, et acquièrent , ainsi que dans les deux mois suivans , un développement assez rapide; en même temps, et toujours dans un rapport direct, les renflemens supérieurs et postérieurs de la moelle épinière paraissent et accroissent dans la même proportion ; en même temps aussi le petit bulbe de terminaison remonte le long du canal coccygien et sacré, l'étendue de la queue de lembryon diminue, et cette diminution est proportionnée, chez les diverses espèces, au degré d'ascension de la moelle épinière dans le canal vertébral. Je compare à ce sujet plusieurs embryons de chauve-souris sans queue : les plus jeunes ont un prolongement caudal assez long , la moelle épinière descend jusqu'à la terminaison du coccyx , comme chez les oiseaux , avec cette différence qu'elle n'y est pas fixée comme chez ceux-ci ; chez les em.bryons des deux tiers de la gestation, la queue est diminuée de m.oitié, la moelle épinière s'arrête au niveau du milieu du canal sacré ; chez les embryons à terme , elle se termine vis-à-vis du corps de la troisième vertèbre lombaire ^ et la queue a totalement disparu. J'ai injecté au mercure ces embryons ; je dirai plus bas avec quelle disposition du système arté-
riel coïncide cette ascension de la moelle épinière dans son canal , et cette disparition de la queue des premiers embryons ; métamorphose analogue, par ses effets et sa cause, à celle qu'éprouve le tétard des batraciens.
L'embryon humain éprouve dans sa marche un semblable rapport. Au commencement du deuxième mois , on n'aperçoit ni les membres , ni les renflemens de la moelle épinière ; dans le cours du troisième mois , les membres paraissent, et avec eux les renflemens ; ils ont à cette époque deux millim. de diamètre; le supérieur est un peu moins volumineux que l'inférieur ; pendant les quatrième, cinquième, septième, huitième et neuvième mois, les membres se développent d'une manière qui n'est pas toujours proportionnelle d'un mois à l'autre ; les dimensions des renflemens sont toujours en rapport avec celui des extrémités auxquelles ils correspondent ; ce rapport se conserve après la naissance; les renflemens, comme les membres, augmentent jusqu'à l'âge de trente ans ; ils diminuent ensuite dans la vieillesse, et leur atrophie accompagne constamment celle qu'éprouvent les extrémités supérieures et inférieures (i). Wriberg, les frères Wentzell , ont indiqué en partie ce rapport chez l'embryon humain ; Tiedemann vient de le
(i) Voyez à ce sujet le tableau cks dimensions de la moelle épinière, depuis le deuxième mois de la vie ulériiie jusqu'à la centième année»
suivre avec une exactitude qui ne laisse rien à dé* sircr , quant aux dimensions de la moelle épinière que cet anatomiste a considérée trop isolément.
TABLEAU COMPARATIF
Des dimensions de la Moelle épinière dans les différens âges de CHomme et de l'Embryon humain»
BENFI.EMINX