DIAMETRE
XBANS VERS A L.
mètre.
0,00175 o,oo3oo 0,00425 0,00600 0,00800 0,01175 o,oi5oo 0,01900
Quoique la base de l'encéphale soit moins compliquée que la face supérieure , que nous venons d'examiner, elle présente néanmoins des transformations très-importantes chez les mammifères , soit à sa superficie, soit dans la profondeur des masses encéphaliques qui lui correspondent.
La moelle allongée est le point de convergence des quatre faisceaux qui composent la moelle épinière, et le centre de la divergence des faisceaux qui se rendent dans le cervelet et les hémisphères
l64 A.NATOMIE COMPARÉE DU CERVEAU ,
cérébraux : c'est sur elle que se forment les conjugaisons du cervelet , par l'intermède du corps ^ trapézoïde et de la protubérance annulaire.
Le centre médullaire qui la compose , est divisé en quatre faisceaux principaux : un antérieur, un postérieur, deux latéraux. Les deux premiers sont les pyramides antérieures et postérieures ; les deux' latéraux sont les olives et le corps restiforme : ces deux derniers reçoivent directement leurs fibres de la moelle épinière; les pyramides antérieures les reçoivent croisées. Ce croisement n'est pas distinct dans les premiers temps de la formation des embrvons ; il n'y a , entre les pyramides , que de petits faisceaux transverses, analogues à ceux qui réunissent les lames antérieures de la moelle épinière.
Mais , dès la sixième semaine de l'embryon du mouton, la septième ou la huitième du veau et du cheval , on distingue des faisceaux ascendans de la partie supérieure des cordons antérieurs de la moelle épinière. Ces faisceaux ont une direction oblique : ceux de droite se dirigent à gauche , ceux de gauche à droite; tous les faisceaux croisés ne remontent pas de la moelle épinière, quelquesuns descendent de la moelle allongée et croisent leur marche avec les ascendans. Chez l'embryon humain , on distingue l'entrecroisement de la septième à la huitième semaine , rarement plus tôt, «ouvent plus tard. Comme chez les animaux précédens , le croisement est formé par deux ordres de faisceaux; les uns descendent de la moelle allon-
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gée, les autres remontent de la moelle épinière; les faisceaux ascendans et descendans ne communiquent pas entre eux. Chez les embryons des singes , l'entrecroisement des pyramides se fait de la même manière (i).
L'apparition des olives est très-tardive chez les embryons : on les distingue à peine chez les car^ nassiers, les ruminans et les rongeurs y pendant tout le cours de la gestation , à cause de leur atrophie permanente dans ces familles. Chez l'embryon des singes , elles ne deviennent distinctes que vers le dernier tiers de la gestation; chez l'embryon humain , on les trouve enQpre aplaties les deuxième , troisième,quatrièmeetcinquièmemoisdela vie utérine. Au cinquième mois , elles commencent à proéminer ; au sixième , on trouve au centre une petite quantité de matière grise ; aux septième et huitième, cette matière devient plus abondante ; au neuvième, elles ont pris leurs proportions relatives. Cet agrandissement des olives coïncide avec le développement du corps ciliaire et des hémisphères du cervelet. Il coïncide aussi chez Thomme et les singes
(i) Le célèbre professeur Rolando n'admet pas l'entrecroisement des pyramides antérieures chez l'homnie adulte. Leur entrecroisement a été très-bien constaté parTiedemann chez l'embryon humain ; mais ce célèbre anatomiste n'a pas suivi le mécanisme de sa Ibrmation. Pour le voir comme je l'ai décrit, il faut avoir des embryons affectés d'hydropisie de la moelle épinière. Les faisceaux croisés sont, dans ce cas, superposés les uns sur les autres.
avec l'atrophie des tubercules quadrijumeaux. Après la naissance , les olives restent stationnaires jusqu a la fin de la première année; à cette époque elles augmentent de nouveau, et ce nouvel accroissement est en rapport avec la formation des faisceaux blanchâtres du quatrième ventricule. Les olives des singes restent dans l'état où on les observe chez l'embryon de l'homme à terme : les cordons du quatrième ventricule ne se développent pas dans toute cette famille.
Les pyramides postérieures et le corps restiforme ne se distinguent sur les côtés de la moelle allongée que vers le tiers environ de la gestation des mammifères , époque à laquelle paraissent les premiers feuillets du cervelet; ces deux faisceaux se développent ensuite , notamment le corps restiforme, en raison directe de l'accroissement du cervelet , piincipalement du lobe médian de cet organe. A toutes les époques de la vie utérine des mammifères , de même qu'après la naissance , les faisceaux des pyramides postérieures et du corps restiforme se continuent en ligne directe avec la moelle épinière ; disposition d'autant plus remarquable , que je prouverai , dans un autre ouvrage, que les paralysies dépendantes d'une lésion du cervelet sont croisées , de même que celles provenant d'une semblable altération des hémisphères cérébraux.
Les faisceaux médullaires qui partent des pyramides antérieures et des olives , traVcrsent la moelle
allongée : les premiers situés en dedans , les seconds en dehors; ils vont rejoindre ceux qui descendent des tubercules quadrijumeaux et des couches optiques. Primitivement la moelle allongée se continue chez les embryons avec les cuisses des hémisphères ; leur continuité n'est point rompue par les fibres du corps trapézoïde et du pont, ce qui simplifie beaucoup sa structure.
A l'époque où les hémisphères du cervelet, le corps ciliaire et le gros faisceau blanchâtre qui se dirige vers les tubercules quadrijumeaux , prennent leur accroissement , toutes ces parties se conjuguent par des faisceaux de fibres qui viennent embrasser la moelle allongée et former autour d'elle un segment de cercle , désigné par le nom de protubérance annulaire. Ce segment est formé de deux parties distinctes : d'un arc inférieur , c'est le corps trapézoïde; d'un supérieur et plus inférieur, c'est le pont proprement dit ()).
Sur la fin du troisième mois de l'embryon humain . on aperçoit quelques fibres transversales sur les côtés externes de la moelle allongée; au quatrième mois , ces fibres se sont réunies sur la ligne médiane , en avant de l'origine de la sixième
(1) Les embryons des ruminans et des rongeurs sont plus convenables que celui de l'homme, pour suivre le développement du corps trapézoïde; celui de l'homme est au contraire le plus propre à l'étude de la formation de la protubérance annulaire.
paire de nerfs : cette première bande de fibres médullaires est le corps trapézoïde; Tiedemann n'en parle point. Au cinquième mois, apparaissent de nouvelles fibres transversales superposées sur les premières ; ce sont les fibres du pont : celles-ci augmentent beaucoup les sixième , septième , huitième et neuvième mois ; chez le mouton , le corps trapézoïde est distinct dès la fin du deuxième mois ( 1 ) ; chez le cochon , à la même époque ; chez le veau et le cheval , il n'est très-apparent qu'au commencement du quatrième mois ; les fibres du pont apparaissent ensuite; mais elles sont, chez ces derniers animaux, beaucoup plus faibles que chez l'homme et le singe ; en comparant le développement des deux parties, on trouve qu'elles se forment en raison inverse l'une de l'autre.
La convergence des fibres transversales qui viennent former le pont et le corps trapézoïde de Malacarne , de Treviranus, et de Rolando^ est très-apparente, chez le mouton , au deuxième mois (2) ; chez le cochon , au commencement du troisième (3) ; et chez l'embryon du didelphe manicou , à cette époque de formation (4). Chez ces animaux, on voit ces fibres se diriger de dehors en dedans, et se portant sur la ligne médiane , où elles forment un raphé
(2) Ibid.
(3) PI. ÎI,fig. 52, n°4.
(4) PI. II,ns Gi,n^4.
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très-distinct ( i ) ; cette formation est analogue à celle des commissures en général , du corps calleux et des fibres transversales de la voûte ; chez l'embryon humain , le corps trapézoïde est en rapport avec le développement du processus vermiculaire supérieur, et le pont avec les hémisphères du cervelet ; chez les embryons des mammifères , ces deux parties suivent la même progression.
En avant du pont , les faisceaux des pyramides antérieures et des olives se confondent avec les rayons médullaires provenant des tubercules quadrijumeaux, de la couche optique, du corps strié, et du centre médullaire , situé au-dessus des éminences blanchâtres ; cette direction des fibres médullaires est un point anatomique des plus importans ; Ih manière dont s'opère leur conjugaison dans la profondeur des hémisphères est des plus compliquées ; on l'a beaucoup simplifiée en disant que les pyramides et les olives s'épanouissent dans les couches optiques , les corps striés et les hémisphères. Je puis affirmer que cela ne se passe pas ainsi, ou du moins que je n'ai pas trouvé cette marche chez les embryons de l'homme , des singes , des carnassiers , des ruminans et des rongeurs , que j'ai examinés avec le plus grand soin : j'ai vu, au contraire , les centres médullaires des diverses parties des hémisphères se former isolément , puis se mettre en rapport avec les centre^
(1) PI. II,fig. 5a, n» 5.
voisins , par des faisceaux divergeas , récurrens , ascendans ou descendans , selon la position de ces centres, et selon leur mode de conjugaison (1).
Les pyramides antérieures reçoivent de s faisceaux récurrens du centre fibreux des éminences mamillaires , de la base de la partie antérieure des corps striés ; primitivement elles sont séparées et sans communication avec ces parties.
Les olives reçoivent des faisceaux du centre médullaire des tubercules quadrijumeaux et de la partîe postérieure des couches optiques ; ces centres sont plus tôt formés que ceux des pyramides ; les faisceaux de ceux-ci, qui sillonnent la partie antérieure et supérieure du corps strié, ne sont même pas apparens à la naissance de la plupart des mammifères ; ils ne deviennent véritablement striés que plus tard , et à des époques différentes , selon les familles. Les centres médullaires se forment donc isolément, et se niettent ensuite en relation les uns avec les autres. Il est inutile de faire remarquer toute l'importance que présente pour la physiologie du cerveau ce mode de formation des plexus médullaires des hémisphères , et la direction diverse de leurs faisceaux pour se mettre en relation les uns avec les autres. On pourra peut-être , de l'apparition plus ou moins tardive de ces centres de matière blanche , tirer
(1) Je n'essayerai pas d'en donner une idée par une description verbale; rien ne peut suppléer aux dessins, indispensables pour suivre ces diverses conjugaisons.
EMBRYON DES MAMMIFERES. I7I
quelques inductions sur leurs fonctions : je puis annoncer dès ce moment , que la diversité des paralysies , la variété des symptômes qui les accompagnent , les lésions plus ou moms grandes de Taptitude aux sensations , aux volitions ; les nuances variées de l'altération de la voix, dans les maladies organiques de l'encéphale, dépendent du siège différent des altérations morbides sur ces plexus et sur leurs rayonnemens.
En se dégageant de dessous le pont, les pédoncules cérébraux , composés de faisceaux très-apparens , divergent et s'écartent l'un de l'autre; cet écartement détermine la formation d'un sillon interposé entre eux. Primitivement, ils sont séparés l'un de l'autre, comme les lames de la moelle épinière ; l'enfoncement qui les sépare est l'analogue du sillon antérieur de cette dernière : des faisceaux transverses les réunissent comme dans celle-ci. Ladivergence des pédoncules est plus ou moins grande, selon les embryons qu'on examine , et aussi selon l'âge auquel on les observe; cette divergence les écarte nécessairement l'un de l'autre, et détermine des effets consécutifs, dont le plus remarquable est la formation des éminences blanchâtres , désignées chez l'homme par le nom d'éminences mamillaires.
Derrière la jonction du nerf optique , on trouve , chez les embryons, un disque de matière grise, semblable à la commissure molle des couches optiques : cette matière devient apparente au
l'J2 ANATOMIE COMPARÉE DU CERVEAU,
deuxième mois du mouton, au commencement du troisième du cheval et du veau , et à la même époque chez l'embryon humain. Avant l'arrivée des nerfs optiques , et pendant la séparation antérieure des pédoncules , on remarque en cet endroit un petit tubercule gris , qui plus tard se confond en se réunissant à celui du côté opposé en une masse homogène, sans raphé apparent : c'est une véritable conjugaison des pédoncules. Chez les embryons des singes, chez ceux des carnassiers , et chez quelques ruminans, un sillon médian trèsfoible vient diviser cette masse en deux parties; la présence de ce sillon opère sur elle un effet analogue à celui delà formation du sillon sur les tubercules quadrijumeaux : il paroît formé sur le plateau des éminences par l'écartement des pédoncules en avant. Chez l'embryon humain , le sillon se développe vers le sixième mois ; alors la masse grisâtre se bombe extérieurement en arrière , et se déprime dans son milieu. Au septième mois, le sillon se prononce fortement; une pellicule blanchâtre paroît surleur superficie; aux huitième et neuvième mois , ils deviennent sphériques , et sont tellement isolés l'un de l'autre qu'on douterait de leur réunion primitive , si , comme l'ont fait Haller , les frères Wentzell et Tiedemann , on n'en avait suivi toutes les transformations. La formation tardive des éminences mamillaires coïncide avec le développement tardif des corps olivaires ; il y a néanmoins une disposition inverse dans l'apparition des deux substances qui
les composent : dans les olives , la matière blanche précède la formation de la matière grise qui est dans son centre ; dans les éminences , la lame médullaire, qui leur forme une espèce d'écorce, paraît longtemps après la matière grise. Chez un embryon humain hydrocéphale du sixième mois , les éminences étaient formées comme au huitième ; chez un embryon hydrocéphale de chien, elles étaient isolées , arrondies , comme on les trouve chez l'embryon humain du septième mois. L'écartement des pédoncules par le liquide avait-il favorisé leur développement ?
Le développement des hémisphères du cerveau est, conune celui du cervelet, sous l'influence du système artériel . Avant la formation des artères cérébrales, les hémisphères n'existent pas ; ils apparaissent immédiatement après elles. Primitivement, les carotides interne et externe se développent en même temps, mais à des degrés difFérens : la carotide interne est la plus faible des deux ; son tronc se consume presque en entier dans l'organe de la vision , toujours si précoce dans tous les embryons : je l'ai aperçue dans la deuxième semaine de l'embryon humain et des embryons du cheval , du veau, du mou ton et du cochon ; elle se recourbe ensuite pour aller former les hémisphères. D'abord très-faible , son ca-. libre prend successivement de l'accroissement. Les artères se forment d'avant en arrière ; ce qui explique le développement des lobes cérébraux en ce sens. Les artères des corps striés ne deviennent distinctes
que vers le milieu du troisième mois de l'embryon du veau , du cheval , et sur la fin du deuxième mois de ceux du cochon et du mouton ; elles ne sont bien formées que sur la fin du troisième mois de l'embryon humain. Une fois développées , elles prennent un accroissement rapide et pénètrent dans la vaste cavité des hémisphères , où elles s'anastomosent avec celles du plexus choroïde qui pénètrent en arrière. A la même époque se développe chez les embryons l'artère du corps calleux ; comme ce corps , elle se forme d'avant en arrière , et se trouve d'abord située à la partie interne des hémisphères dont elle suit l'accroissement : ainsi , les hémisphères sont de toutes parts enveloppés par le système artériel , en dehors par les artères hémisphériques , les cérébrales antérieures , postérieures et calleuses ; par les striées et les choroïdiennes , en dedans.
En se développant , les hémisphères se portent d'abord d'avant en arrière, chez les jeunes embryons du veau , du cheval , du mouton , du cochon et du lapin. De même que chez l'homme , ils recouvrent les corps striés, puis la couche optique, puis les tubercules quadrijumeaux , puis enfin ils s'avancent plus ou moins loin sur la face supérieure du cervelet, qu'ils cachent en totalité ou en partie, selon l'animal dont on observe la face
périeure de l'encéphale.
A la base, on voit se manifester en premier lieu la scissure de Sylvius , dans laquelle le nerf olfactif
vient s'implanter par des faisceaux aussi développés chez les singes et l'homme , que chez les ruminans et les rongeurs adultes ; l'espace qu'elles circonscrivent , et que j'ai nommé champ olfactif, est très-grand chez les embryons de singe ; chez celui de l'homme , il est très-large au commencement du troisième mois et jusqu'au milieu du quatrième ; il diminue ensuite progressivement jusqu'au neuvième , époque à laquelle il offre à peu près les mêmes aimensions que chez l'adulte. On voit donc que sous ce rapport encore , l'embryon humain et celui du singe nous offrent dans leurs différons âges les formes transitoires de l'encéphale des mammifères inférieurs.
Derrière la scissure de Sylvius, on voit se développer, chez les embryons du cheval , du veau, du mouton, du cochon, du didelphe manicou [didelplds virginiana), du cochon d'inde et du lapin, un lobe arrondi , continu , par sa partie antérieure , avec les racines du nerf olfactif et le champ de même nom : c'est le lobe de l'hypocampe , dont la saillie va en diminuant chez ces animaux, à mesure qu'on se rapproche du terme de leur naissance.
Après que le lobe de l'hypocampe est développé, on voit apparaître sur son côté externe un autre lobe, qui, d'abord très-faible, augmente ensuite progressivement, en raison directe de l'atrophie qu'éprouve celui de l'hypocampe. Je nomme ce second lobe , lobe sphénoïdal , à cause de ses rapports avec la fosse sphénoïdale de la base du crâne.
L'accroissement de ce lobe coïncide avec le développement du corps calleux ; tandis que le développement du lobe de l'hypocampe est en rapport avec la formation et l'accroissement de la voûte à trois piliers.
Chez les embryons de l'homme et des singes , cet antagonisme entre le lobe sphénoïdal et celui de l'hypocampe est beaucoup plus marqué que chez tous les autres mammifères. En premier lieu , le lobe de l'hypocampe est le seul qui soit apparent en arrière de la scissure de Sylvius ; il proémine sur la base de Fencéphale jusqu'à la moitié de la gestation des quadrumanes et de l'homme. Le lobe sphénoïdal , situé à son côté externe , de même que chez les autres mammifères, devient alors apparent ; son développement , suspendu , en quelque sorte, pendant l'accroissement du lobe de l'hypocampe, est très-rapide dans la dernière moitié de la formation de l'embryon ; sa saillie égale celle du lobe de l'hypocampe ; puis il le déborde et le couvre. En même temps que le lobe de l'hypocampe est débordé en bas par le lobe sphénoïdal , il l'est de même en avant. Ces lobes sont primitivement sur la même ligne ; mais dans le dernier tiers de la vie utérine, le lobe sphénoïdal se porte en avant et laisse beaucoup eii arrière le lobe de l'hypocampe : l'effet de ce mouvement est de rendre très-profonde, chez les quadrumanes et l'homme , la partie externe de la scissure de Sylvius. Avec le développement du lobe sphénoïdal et l'atrophie du lobe
de l'hypocampe , on voit coïncider chez ces embryons la manifestation du lobe postérieur en arrière. Wriberg , les frères Wentzell et Tiedemann , ne disent rien de ce mode de développement chez l'embryon humain. Il est d'autant plus curieux à suivre , chez les embryons de l'homme et des quadrumanes , que nous verrons qu'il donne l'explication de la différence que présente cette partie de l'encéphale de l'homme et des singes , comparée à celle des autres mammifères.
Les anatomistes célèbres que je viens de citer, laissent également dans la plus profonde obscurité la question de la formation des circonvolutions des hémisphères. L'analogie de la formation des autres parties des masses centrales du système nerveux a contribué à la faire méconnaître : on pouvait croire en effet , de même que pour la moelle épinière et les tubercules quadrijumeaux, quel'épaississement des hémisphères aurait lieu par la déposition successive des couches intérieures , mode de formation qui se remarque jusqu'à un certain degré dans les hémisphères cérébraux des oiseaux; le développement considérable du réseau vasculaire interne des hémisphères augmentait encore les preuves analogiques qu'on en pouvait déduire. Mais ,• en suivant cette opinion, on a laissé dans la plus grande incertitude le mode de formation des circonvolutions cérébrales. Wriberg , les frères Wentzell et Tiedemann , n'ont considéré que la manifestation extérieure des circonvolutions des hémi-
Sphères; ils les ont vues se montrer très-tard chez l'embryon humain, parce qu'en effet leur saillie extérieure ne devient apparente que longtemps après leur développement intérieur. Les deux premiers anatomistes, suivant, sans principes généraux, le développement de l'encéphale du foetus humain , ont méconnu la formation intérieure des hémisphères , d'où dépend celle de leurs circonvolutions. J'avais entrevu cette lacune dans le travail des frères Wentzell : j'ai été surpris de la trouver dans la première partie de l'ouvrage de Tiedemann (1) , dans laquelle il a laissé si loin de lui tous ses prédécesseurs. Je me suis si souvent rencontré dans l'encéphalogénésie de l'homme avec ce célèbre professeur, j'ai eu si fréquemment l'occasion d'apprécier l'exactitude de ses observations , que je ne puis m 'empêcher d'exprimer le regret qu'il n'ait pas abordé la plus difficile et peut-être la plus importante des questions de l'encéphalotomie de l'homme et des mammifères.
Quoi qu'il en soit, voici à ce sujet l'exposition succincte de mes recherches. Jusqu'au milieu delà formation des embryons de l'homme , des singes , du veau , du cheval , du lion , du loup , du mouton et du cochon, la surface extérieure de l'encéphale est lisse ; on n'y voit que les scissures qui correspondent à la scissure de Sylvius et au contour
(1) Ce que je dis du èélèbre Tiedemann , doil toujours être appliqué à la première partie de son ouvrage.
postérieur des lobes de la base du cerveau. Je fus d'autant plus frappé de cette disposition , qu'en ouvrant l'intérieur des hémisphères, j'aperçus les circonvolutions, très-bien formées en dedans, sur des embryons du commencement du troisième mois de l'homme, du cheval, du veau; sur la fin du deuxième mois , du cochon et du mouton; je reconnus en même temps qu'il existait , entre ces circonvolutions intérieures et la partie interne de la lame externe des hémisphères, un intervalle d'autant plus étendu que j'observais des embryons plus jeunes. En cherchant quelle pouvait être la cause de ces circonvolutions précoces, je m'aperçus qu'il se détachait, des parties latérales des pédoncules cérébraux qui correspondaient aux couches optiques et aux corps striés, des feuillets hémisphériques internes ; ces feuillets étaient plissés dans toute leur étendue , surtout à leur bord libre, qui était flottant dans la cavité des hémisphères ; je comptai cinq feuillets chez l'embryon humain , trois chez les embryons des carnassiers et des rurainans , et deux chez ceux des rongeurs ; ces feuillets étaient plies sur eux-mêmes et ondulés à leur superficie , notamment à Ijeur partie antérieure et postérieure , et à leur partie interne ; ces lames internes étaient enveloppées par le feuillet hémisphérique extérieur, qui, n'étant pas appliqué encore sur les feuillets internes , ne partageait pas leurs ondulations ; cette circonstance expliquait ainsi l'absence extérieure des circonvolutions.
la*
1 8o ANATOMIE COMPARÉE DU CERVEAU ,
En étudiant avec soin cette disposition nouvelle , je rencontrai les branches des artères striées et choroïdiennes serpentant lelong de ces lames hémisphériques ; plus tard, je rencontrai ces lames réunies par leur base, formant un grand faisceau unique, dans les interstices duquel je rencontrai toujours les principaux troncs artériels. Cet effet coïncidait avec l'accroissement des couches optiques et du corps strié. En même temps que les lames s'étaient réunies par leur base , et avaient formé par cette jonction le plateau médullaire, connu sous le nom de demi -centre ovale des hémisphères, je les trouvai beaucoup plus développées en hauteur ; l'intervalle qui les séparait de la lame externe avait disparu ; les ondulations intérieures s'étaient appliquées contre la paroi interne de la lame extérieure ; les saillies des circonvolutions intérieures avaient produit un enfoncement sur la partie interne de la lame externe; à cet enfoncement intérieur correspondait une élévation extérieure sur la superficie de l'hémisphère. La lame externe s'était enfoncée, en outre, dans les anfractuosités qui séparaient les ondulations des lames hémisphériques internes ; ces enfoncemens avaient déterminé des proéminences , des bosselures , en dedans de la lame interne ; à l'extérieur de ces bosselures correspondaient des enfoncemens, qui dessinaient, à la superficie des hémisphères , les ondulations qu'on remarquait sur les lames internes. Plus les ondulations intérieures étaient prononcées, plus les
EMBRYON DES MAMMIFÈRES. l8l
circonvolutions extérieures étaient marquées , plus leurs anfractuosités étaient profondes.
On voit, d'après cela, que les circonvolutions extérieures sont le résultat de l'application de la lame externe des hémisphères sur les lames ondulées de leur intérieur. On voit encore que les ondulations des lames internes ne deviennent sensibles sur l'externe que lorsqu'elles ont acquis assez de développement pour aller s'appliquer contre la paroi interne de la lame extérieure , en la soulevant en quelque sorte dans les parties saillantes des circonvolutions. On voit de même que les anfractuosités extérieures sont produites par l'enfoncement de la lame externe dans les intervalles qui séparent les ondulations des lames hémisphériques intérieures. La lame externe des hémisphères est donc étrangère aux circonvolutions ; elle n'y coopère , pour ainsi dire , que d'une manière mécanique, par sa juste position sur les lames ondulées de l'intérieur des hémisphères.
Cela explique pourquoi les circonvolutions extérieures, qui sont si précoces chez les embryons , ne deviennent sensibles sur la lame externe que lorsque la couche optique et les corps striés qui servent de racine aux lames intérieures ondulées , ont pris un grand développement. Cela explique aussi comment les circonvolutions sont proportionnées, en général , chez les mammifères , au volume des corps striés et de la couche optique ; comment, chez les oiseaux et les reptiles, avec l'atrophie de
1 Sa JLNATOMIE COMPARÉE DU CERVEAU ,
ces éminences coïncide la disparition des circonvolutions , la lame externe des hémisphères restant toujours la même. Enfin , ce mécanisme de leur formation explique la disposition générale des circonvolutions. En effet , les feuillets hémisphériques internes sont étendus d'avant en arrière et ondulés dans ce sens; la disposition générale des circonvolutions est aussi d'avant en arrière.
C'est en suivant avec détail la marche de C€s lames internes , que je découvris la formation du corps calleux; car , de même que les feuillets de la moelle épinière , de même que ceux qui concourent à la formation des tubercules quadrijumeaux , ces feuillets intérieurs des hémisphères convergent les uns vers les autres ; de leurs parois internes partent des faisceaux transverses, qui, se dirigeant horizontalement d'un hémisphère vers l'autre, se rencontrent sur la ligne médiane , et se conjuguent, comme je l'ai exposé précédemment , en passant au-dessus de la voûte [en arrière et en avant. A mesure que les feuillets augmentent d'épaisseur, leurs lames transverses accroissent ; le corps calleux se développe aussi dans la même proportion. Delà, le triple rapport observé entre les couches optiques , les corps striés , le volume du demi-centre ovale des hémisphères et la force du corps calleux ; ces trois parties sont nécessairement développées en raison directe les unes des autres. Ces effets s'opèrent sous l'influence des artères striées et choroïdiennes ; les artères
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hémisphériques extérieures n*y coopèrent que lorsque les lames intérieures des hémisphères se sont appliquées contre la paroi interne de la lame externe de ces parties ; alors elles concourent puissamment à la formation complète de ces masses principales de Tencéphale chez les mammifères et l'homme (i).
Telles sont les principales transformations qui se remarquent dans les lobes cérébraux des embryons des mammifères pendant le cours de la vie utérine; en les indiquant , j'ai cherché à en découvrir la cause; j'ai montré leurs rapports principaux avec le développement des autres parties de l'encéphale ; j'ai fait voir qu'ils étaient soumis aux mêmes principes de formation , et que , comme la moelle épinière, le cervelet et les tubercules quadrijumeaux , ils étaient sous l'influence immédiate du système artériel. J'ai négligé de parler de l'origine du nerf que l'on rencontre à la base de l'encéphale; cette question devant être considérée sous un point de vue tout nouveau , j'en ai remis l'examen à l'article où nous traiterons de ces organes.
■ (i) Ce développement de l'intérieur des hémisphères est très-compliqué ; j'ai cherché à le rendre le plus clair possible, quoique j*aie éprouvé combien cette explication était difficile à saisir, sans voir les figures qui indiquent la marche des feuillets intérieurs et les changemens qui s'opèrent dans les circonvolutions ; je n'ai eu en vue que d'indiquer les priû^ cipes de formation de ces diverses parties.