‹ Anatomie comparée du cerveauChapitre 5 sur 63 · PRÉLIMINAIRE. XV · texte numérisé non relu

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mœurs 5 et jusqu'à leur sexe , si je ne me trompe.

L'esprit humain , lassé de Perreur^ se repose enfin du mouvement rapide qui l'avait si longtemps entraîné vers elle. Il fuit dans les sciences les hypothèses ingénieuses , qui presque toujours ne sont fondées que sur de fausses applications. Il veut remonter des faits aux principes, et éprouver les principes par les faits.

Appliquée à la zoogénie , cette méthode a déjà remplacé la gigantesque idée de la préexistence des germes , par Fidée plus simple, mais non moins majestueuse, de leur formation successive. On s'occupe à rassembler les faits , à suivre la marche de la nature , à épier ses mouvemens secrets , et de là naîtra sans doute une théorie plus lumineuse de la formation des êtres organiséSjdes lois générales qui les régissent , et des rapports naturels qu'ils ont entre eux.

Les embryons ne sont donc pas , ainsi qu'on l'avait imaginé , la miniature des animaux adultes. Avant d'arrêter leurs formes permanentes , leurs organes traversent une multitude de formes fugitives , et de

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plus en plus simples, à mesure qu'on se rapproche davantage de leur point de départ. Ce que ces formes embryonaires ont de très-remarquable dans les classes supérieures , c'est qu'elles répètent souvent les formes permanentes des classes inférieures. Les classes inférieures sont expliquées de cette manière par Tembryogénie des classes supérieures , et les embryons des classes supérieures répètent successivement les formes permanentes des classes inférieures. Si cette proposition est vraie pour l'encéphale^ on voit de suite quels seront les termes de nos rapports. Nous mettrons en parallèle les formes permanentes des classes inférieures avec les formes primitives des embryons. Nous arrêterons les organes au point oii ils se ressemblent et se correspondent ; nous les suivrons ensuite dans leurs diverses métamorphoses pour saisir les causes de leur complication et pour donner l'explication de leurs différences.

Intéressante par la nouveauté et la variété de ses résultats ^ l'étude de l'organogénie me paraît réclamer impérieusement toute ^attention des zootomistes. Livré

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depuis douze années à ce genre de recherches , je vais présenter, dans ce Discours Préliminaire , l'ensemble des principaux faits auxquels je suis arrivé. Je montrerai comment se développent les principaux systèmes organiques; je ferai voir les rapports généraux de formation qui les lient les uns aux autres. Après avoir jeté un coup-d^œil rapide sur les lois générales de l'organisation , j'en ferai l'application au système nerveux , objet spécial de cet ouvrage ; je montrerai que le développement de cet important système est soumis aux mêmes principes 5 découle des mêmes lois que les autres systèmes de l'organisation ; je ferai voir enfin que les formes transitoires de l'encéphale des embryons , et les formes permanentes de cet organe chez les animaux vertébrés , sont la répétition les unes des autres ; qu'elles déri vent des mêmes causes et qu'elles son*t rigoureusement soumises aux mêmes rapports.

Mais avant d'esquisser ce tableau , j'e'prouve le besoin de remettre sous les yeux du lecteur les principes philosophiques qui m'ont dirigé , et les applications priais b

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cipales qui en ont été faites dans les sciences anatomiques..

Suivez l'esprit humain et la nature dans l'ordre physique et moral : partout vous verrez l'homme qui divise dans sa pensée ^ et la nature qui réunit dans son action. Plus les sciences se perfectionnent, plus elles se concentrent ^ plus elles se rapprochent de la nature.

Les hommes de génie qui , dit-on, devinent la nature^ ne font que lui surprendre ses secrets. Ils se distinguent des observateurs ordinaires par le talent de saisir les principes généraux , et par le talent plus singulier encore, d'enchaîner les idées entre elles par la force des analogies.

C'est véritablement l'art de penser en grand qui les caractérise ; c'est ce coup-d'œil observateur qui découvre à tout moment , dans les objets , des propriétés , des analogies, des différences inaperçues: c'est par le talent remarquable5non de raisonner avec plus de méthode , mais de trouver les principes mêmes sur lesquels on raisonne ; non de compasser des idées , mais d'en créer

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de nouvelles et de les agrandir sans cesse par une réflexion féconde.

Ce brillant caractère nous frappe dans les écrits des hommes qui , comme Descartes, Bacon , Galilée , Newton ^ Huiler , Buffon , Lavoisier , etc. ,* ont changé la face des sciences , n'ont pensé d'après personne , et ont fait penser diaprés eux le genre humain ; on sent dans leurs écrits l'ascendant d'un esprit supérieur qui domine le sujet qu'il traite; qui vous place d'abord sur une région élevée d'oii vous contemplez ces vérités premières auxquelles sont attachées j comme des rameaux à leur tige , mille vérités particulières.

Aussitôt toutes nos observations s'éclairent mutuellement , toutes nos idées se rassemblent en un faisceau de lumière y il se forme de toutes nos expériences un seul et unique fait , et de toutes nos vérités une seule et grande vérité , qui devient comme le fil de tous les labyrinthes.

Nous le voyons , c'est un petit nombre de principes généraux et féconds , qui , dans les sciences physiques, semblent nous avoir donné la clef de l'univers , et qui, par une

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méditation , M. le professeur Geoffroy- Saint-Hilaire proclame Vunité de composi^ iion organique , et le vaste tableau du règne animal se déroule successivement devant lui.

Des résultats plus surprenans encore sont le fruit de la loi d'harmonie des par-' ties. La terre renferme dans son sein , les restes d'un monde primitif, submergé par le déluge. A la voix de M. Cuvier , tous ces ossemens épars se rassemblent, tous ces fragmens mutilés se réunissent, et nous voyons une science nouvelle, et nous voyons un monde nouveau , sortir, pour ainsi dire , des entrailles de la terre!

Emule de ces zootomistes illustres, j'ai essayé de marcher sur leurs traces , en généralisant les faits d'organogénie que j'avais observés, et en les enchaînant les uns aux autres par leurs rapports les plus généraux; je vais exposer ces rapports et les lois que j'en ai déduites.

En suivant la marche de l'esprit humain dans les sciences, on trouve qu'il s'est presque toujours imposé lui-même les bar-

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rières qu'il n'a pu surmonter. Le dësii bien naturel sans doute, de tout connaître , nous porte à devancer les faits, à mettre nos suppositions à la place de ce qui est, et de partir ensuite de ces suppositions comme si elles étaient démontrées.

Harvey porte, dans la zoogénie, cet esprit investigateur qui lui dévoila le mécanisme admirable de la circulation. Il observe les premiers rudimens du cœur du poulet ; il imagine aussitôt que ce point qu'il voit palpiter est la racine de tout l'être; il croit lui voir projeter ses rameaux dans tous les organes, et il annonce que l'animal se forme du centre à la circonférence.

Malpighi , qui paya de sa vie les recherches microscopiques qui l'ont immortalisé, s'élève dans la formation de l'embryon un peu plus haut qu'Harvey ; il observe une fibrille qui devance la formation du cœur. Cette fibrille centrale , qu'il nomme c/uille^ lui paraît être la moelle épinière , qu'il regarde comme l'origine de toutes les parties , selon lui , toutes nerveuses. Boerhaave grand admirateur deMalpighi, prête à cette idée le prestige de son nom et le charme

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de son style ; et peu après les Haller, les Albinus ; ses plus illustres disciples^ font admettre comme loi générale le développement central des animaux.

Chose étrange! On avait interprété la nature en sens inverse! On lui avait supposé une marclie directement opposée à celle qu'elle suit, doit-on s'étonner ensuite si ses lois ont été méconnues; si, rebutés de leurs efforts infructueux , les zootomistes ont désespéré de les découvrir !

Toute la zoogénie repose en effet sur la loi fondamentale du développement excentrique des animaux.

Toutes les lois de formation des organes dérivent de cette loi primitive.

Considérez le développement des membranes qui précèdent l'apparition du germe, vous les verrez toutes se former de la circonférence au centre.

Considérez tous les grands appareils organiques, vous leur verrez suivre constamment la même direction.

De cette marche excentrique, découlent les lois de Torganisation ; tout organe sera primitivement double ; ses parties, d'abord

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isolées, marcheront à la rencontre l'une de l'autre, et se réuniront sur le centre de l'animal , pour former ces organes que Ton a nommés impairs ou uniques , parce qu'on les considérait tout formés.

Tous les organes uniques et symétriques seront sur la ligne médiane , plus ils seront rapprochés du centre de l'animal, plus les traces de leur formation seront effacées ; plus ils s'en éloigneront , plus nous leur trouverons les indices de leur formation primitive.

J'ai appelé loi de symétrie ^ le principe du double développement des organes.

J'ai nommé loi de conjugaison , le principe de leur réunion. De ces deux lois dérive toute la morphologie des organes. Je vais en faire l'application aux principaux systèmes organiques , en commençant par le système csseux.

Quand on considère la surface des os dans la grande série des animaux vertébrés, on la trouve hérissée d'éminences, creusée de gouttières , de trous ou de cavités^ qui tantôt ne font qu'effleurer leur superficie ,

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d'autres fois les perforent départ en part, et souvent les traversent dans leur profondeur j en forme d'aqueducs ou de canaux ciselés en quelque sorte dans leur propre substance.

Comment se forment ces diverses parties? Comment se développent ces cavités 5 ces trous et ces canaux? Tel est le but que je me suis proposé d'atteindre dans les lois de l'ostéogénie.

Le premier pbénomène qui frappe le physiologiste assistant à la formation du système osseux ^ est la marche excentrique de l'ossification de toutes ses pièces.

Dans le tronc 5 ce sont les côtes qui se forment les premières 5 puis viennent les masses latérales des vertèbres , et en troisième lieu, leur corps.

Dans le bassin ., le développement osseux commence par l'ilionj puis vient l'ischion , et enfin le pubis.

Dans le crâne , dont l'ossification est si compliquée , la marche de l'ossification procède invariablement de la même manière. Cesont les parties excentriques qui les premières se forment^ puis Tossifica-

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lion marche de la circonterence au centre sur toutes les pièces qui le composent.

Ainsi , Tapopliyse zygomatique du temporal est la première ossifiée , puis viennent les os de l'oreille moyenne, puis enfin le rocher. Sur le sphénoïde , on voit d'abord les grandes et les petites ailes forinées, et en dernier lieu^ le corps; sur l'ethmoide , les masses latérales paraissent long - temps avant la lame centrale. Les maxillaires supérieurs et inférieurs suivent constamment la même marche.

De cette marche excentrique de l'ossification dérive nécessairement le double développement de toutes les pièces uniques du squelette qui occupent le centre.

Ainsi 5 il y a deux demi-rachis osseux, un droit 5 l'autre gauche. Il y a primitivement deux sacrum. Le corps du basilaire , du sphénoïde^ la lame éthmoidale , le vomer , sont nécessairement formés par la réunion de deux pièces primitives. L'os hyoïde , la mâchoire inférieure , le sternum , qui , le plus souvent, sont des pièces uniques, sont doubles;, sans aucune exception , chez les embryons de tous les vertébrés.

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L'ensemble de tous ces faits compose la loi de symétrie, appliquée au système osseux.

La formation des cavités articulaires , celle des trous , celle des canaux osseux, sont le résultat de la loi de conjugaison^ ou de l'engrenure des pièces primitives dont les os sont coipposés. Considérez toutes les cavités articulaires , depuis la cavité cotyloide , les cavités gléuoïdales , qui sont si profondes^ jusqu'à la cavité de Patlas qui reçoit l'odontoide et qui effleure à peine le corps de la vertèbre, jusqu'à la cavité de l'enclume qui est plus superficielle encore y partout ^ sans exception , vous verrez deux pièces se réunir et s'engrener pour concourir à leur formation.

Que sont les trous? des cavités perforées. Les pièces élémentaires, en se réunissant, laissent entr'elles un vide que traversent des artères , des veines ou des nerfs. Ce mécanisme est connu depuis long-temps pour les trous de conjugaison de la colonne vertébrale, il ne s'agissait que de le généraliser , de montrer que tous les trous du sacrum et du bassin , que tous les trous de la

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base du crâne , que toutes les ouvertures des cavités orbitaires , des os maxillaires et du rocher, sont formées, comme celles de la colonne vertébrale , par la juxta-position de deux pièces. Ce principe ne trouve aucune exception chez les animaux vertébrés*

Que sont les canaux ou les aqueducs qui sillonnent la profondeur de certains os? des trous prolongés pour protéger les parlies qu ils enveloppent. Leur formation dérive de la même loi ; le mécanisme de leur développement est le même que celui des trous. Depuis le canal carotidien , depuis les canaux palatins et ptérigoidiens , jusqu-'au canal sous-orbitaire , jusqu'au canal dentaire inférieur , ce principe trouve une application rigoureuse et constante.

Les aqueducs du rocher , les canaux demi-circulaires% dont la structure est si complexe , dont la situation est si profonde, dont la marche est si compliquée , ne sont, comme le canal carotidien , que des canaux de conjugaison.

Les faits nombreux qui établissent la généralité de ces lois^ ont été soumis au

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pliage , et des organes génitaux-urinaires. La formation du système musculaire dérive toute entière de l'application de ces lois expérimentales. .

Ainsi , à la tête , les muscles temporaux, les masséters, les ptérygoïdiens , sont les premiers apparens ; puis viennent les orbiculaires des paupières, les zygomatiques, les buccinateurs ; puis les canins , et les muscles du nez.

Ainsi, à la poitrine , viennent d'abord les muscles intercostaux; ensuite les muscles des gouttières vertébrales , et les muscles du sternum.

Ainsi , à l'abdomen, on trouve^ en premier lieu^ les obliques sur les côtés; et en dernier lieu , les droits abdominaux , et ks pyramidaux, qui occupent la ligne médiane.

L^abdomen présente , chez les jeunes embryons , une vaste ouverture ; les intestins sont hors de sa cavité ; à mesure que les muscles se portent de la circonférence vers le centre , ils encaissent ces organes ; l'hiatus de la ligne blanche diminue progressivement ; enfin , à la naissance , il ne

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reste plus que l'ouverture de l'ombilic , ouverture formée , comme on le voit ^ de la même manière que celle du système osseux.

Tous les muscles orbiculaires sont des muscles de conjugaison ; tous sont primitivement doubles^ depuis l'orbiculaire des lèvres jusqu'aux sphincters du rectum.

Le diaphragme est un muscle double 3 chez les embryons , il se forme de la circonférence au centre ; en se réunissant , ses deux parties forment d'abord le trou de conjugaison que traverse la veine cave inférieure, et ensuite les ouvertures qui donnent passage à l'aorte et à l'œsophage j ouvertures que tous les anatomistes savent être formées par le double croisement de ses piliers postérieurs.

En procédant ainsi des muscles les plus simples aux plus composés , nous arrivons à la formation du cœur ^ qui est au système musculaire ce que le crâne est au système osseux j ce que l'encéphale est au système nerveux , et qui n'a , guère moins que le crâne et l'encéphale exercé la sagacité des anatomistes.

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