XXXVJ DISCOURS
le même ordre dans son développement régulier , et vous présentant dans son développement irrégulier les mêmes déformations.
Le présent ouvrage étant une continuelle application de ces lois expérimentales , tout le système nerveux se formant d'après ces mêmes principes , toutes les analogies primitives de ses élémens reconnaissant pour cause l'uniformité de leur développement, toutes leurs dissemblances secondaires s'établissant sur la même base , tous leurs rapports , enfin , découlant des mêmes principes et des mêmes lois , j^ai dû établir la généralité de ces lois et de ces principes^ afin de montrer, d'une part, que la formation de ce système est une conséquence de Punité de formation de tous les systèmes organiques^' et de l'autre, pour rattacher tous les faits nouveaux que contient cet ouvrage à tous ceux que j'ai déjà fait connaître sur l'organogénie.
De cette manière 5 le lecteur pourra me suivre dans le labyrinthe des faits où je vais le conduire ; il pourra saisir leur liaison et leur ensemble^ les embrasser
PRÉLIMirUIRE. ^ XXXvij
tous d'un même coup d'œil , ou descendre avec moi dans les détails de chacun d'eux ; il les verra s'éclairer les uns par les autres ; il jugera leur détermination et leurs rapports, et, si je me trompe, je lui aurai fourni d'avance les moyens de redresser mes jugemens, car les faits sont et restent toujours les mêmes.
Cela posé , descendons à ^explication du système nerveux.
Malpighi ayant dit que la moelle épi-= nière était la racine de tout l'animal^ cette opinion eut, sur le système nerveux, le même effet que celle d'Harvey sur le système sanguin , et que celles de Haller et d'Albinus sur le système osseux , dont ils faisaient partir le développement du corps central des vertèbres : on observait la nature en sens inverse^ il n'était guère possible d'éviter l'erreur en suivant cette direction. Un nouvel ordre de faits était donc nécessaire pour réintégrer la nature dans ses droits, et donner à la science une direction qui permit d'interpréter sa véritable marche. Ces faits sont les suivans :
%l DISCOURS
alors une longue gouttière , ouverte en arrière dans toute son étendue. Plus tard encore, vous verrez ces deux cordons s'engrener en arrière comme ils Font fait en avant ^ et vous verrez cette longue gouttière se convertir en un long canal occupant le centre de cet axe.
Or^ le mécanisme de la formation de ce canal est le même que celui de la formation de autres canaux de l'organisation. Il s'est formé comme le canal intestinal , comme le canal aortique, comme le canal de la trachée artère, comme tous les canaux osseux. C'est un véritable canal de conjugaison , résultant de la loi de ce nom et de la loi de symétrie.
Mais chez beaucoup d'animaux cet axe doit devenir solide. Quel sera le mécanisme de cette nouvelle transformation?
Suivez toujours la nature le scalpel à la main ; vous observerez des couches excentriques se former successivement dans Tintérieur de ce canal , et se déposer de dehors en dedans jusqu'à ce qu'enfin le canal soit entièrement oblitéré.
Passez dans le crâne, vous trouverez les
PRÉLIMINAIRE. Xlj
pédoncules cérébraux doubles et disjoints comme les cordons primitifs de la moelle épinière , vous les verrez se réunir en avant par une engrenure en tout semblable à celle de cette dernière partie. Nous observerons alors une large gouttière circonscrite par les parois de ces deux cordons.
Suivez le redressement de ces cordons, vous les verrez marcher de dehors en dedans, se porter à la rencontre l'un de l'autre 5 se réunir et se confondre , en donnant naissance aux parties diverses dont l'encéphale primitif se compose dans toutes les classes. Vous remarquerez premièrement le redressement de la partie des cordons des pédoncules qui correspondent aux tubercules quadrijumeaux ; ces cordons se réuniront sur la ligne médiane par une suture semblable à celle de la moelle épinière 5 et donneront naissance à deux vésicules ovalaires , Tune droite, l'autre gauche. Ces vésicules seront ovales dans toutes les classes 5 elles auront chez toutes la même forme , la même position et les mêmes rapports.
Vqus remarquerez en second lieu la
Xlij DISCOURS
marche excentrique des lames de la moellô allongée , vous les verrez se porter transversalement sur le plancher du quatrième ventricule 5 les lames, d'abord écartées, se rapprocheront l'une de l'autre, se toucheront y se confondront par une espèce de suture croisée , et vous aurez le cervelet primitif des mammifères, des oiseaux, des reptiles , et de certains poissons.
En troisième lieu , vous observerez les pédoncules se conjuguer entre eux par des commissures transverses 3 il y aura d'abord une demi - commissure de chaque côté : chacune d'elles marchera à la rencontre de sa congénère , en se dirigeant de dehors en dedans; par cette marche elle rencontrera celle du côté opposé, se joindra à elle , et formera de cette manière un faisceau unique, traversant d'un pédoncule à l'autre.
Vous remarquerez enfin le redressement des lames des hémisphères cérébraux et des lobules olfactifs^ quand ils existent , donnant primitivement naissance à des lobes arrondis, placés symétriquement les uns à côté des autres, et offrant dans toutes
PRÉUMINAIRE. xHij
les classes la même forme et la même disposition.
Si par la pensée nous arrêtons dans cet état primitif l'encéphale de toutes les classes, nous le trouverons formé des mêmes élémens ; cet organe sera la répétition de luimême , dans quelque espèce , dans quelque genre , dans quelque famille que l'on le considère. Nous trouverons constamment l'axe cérébro-spinal formé dans toutes les classes par les quatre élémens fondamentaux qui suivent. La moelle épinière , deux bulbes arrondis qui correspondent aux tubercules quadrijumeaux 5 deux bulbes en avant d'eux 5 qui sont les premiers rudimens des hémisphères cérébraux ^ et deux lames transversales en arrière, qui sont les premiers vestiges du cervelet. Si une cause quelconque arrête dans son développement une ou plusieurs parties^ l'encéphale d'une ctasse pourra venir au monde avec les formes de la classe qui lui est inférieure. Un reptile pourra naître avec le cerveau du poisson j un oiseau avec le cerveau d'un reptile; un mammifère avec les formes encéphaliques dévolues aux reptiles ou aux
Xliv DISCOURS
oiseaux. Les monstres justifient tous les jours cette dernière assertion.
Le système nerveux se développe donc de la circonférence au centre ; de ce principe découle la solution de la grande question qui occupe les esprits , sur la prééminence des deux substances qui composent le système ùerveux.
Chacun sait que le système nerveux est formé de matière grise et de matière blanche. Personne n'ignore que les faisceaux de la manière blanche rayonnent en divers sens au travers des couches plus ou moins épaisses de la matière grise.
Les physiologistes et les médecins ont tiré de celte structure un grand parti pour leurs explications.
Depuis Platon , les philosophes et les physiologistes , qui ont écrit avec quelque supériorité sur les fonctions du système nerveux 5 ont tous considéré ce système comme les organes par l'intermède duquel s'exécutent les sensations et les volitions de l^âme.
Depuis Pylhagore ; surtout 5 on s'est beaucoup occupé de rechercher quel milieu
PRÉLIMINAIRE. xlv
singulier unissait l'àme et le corps. Après avoira baudonnéles idées dufeu, qu'Hippocrale , Dwogène-Laerce et Lucrèee avaient imaginées , après avoir rejeté les harmonies d'Aristoxène et de Lactance , et délaissé y malgré leur admirable obscurité , les entéléchies d'Aristote , l'esprit humain conçut enfin l'idée des esprits animaux.
Cette funeste invention exerça sur la physiologie et la pathologie la même influence que l'hypothèse du développement central des animaux , sur l'anatomie transcendante ; elle enraya pendant des siècles la marche de ces sciences , et frappa même de stérilité les brillantes découvertes que les efforts du génie dérobaient de loin en loin à la nature. Je ne suivrai pas les physiologistes dans tous les sentiers oii les a égarés cette erreur 5 je ne considérerai cette hypothèse fameuse , que dans ses rapports immédiats avec l'anatomie du système nerveux, et les fonctions récemment attribuées à la matière grise.
Qu'était-ce que les esprits animaux?
Une abstraction placée entre l'âme et le système nerveux pour expliquer leur har-
xlviij niscouKs
système nerveux. En retranchant les esprits animaux du système des anciens anatomistes , on voit que dans leurs idées , la matière grise sert de racine à la matière blanche , et que ces deux substances se trouvent dans un rapport proportionnel.
C'est ce fait important , quoiqu'il ne soit pas général , que les anatomistes allemands expriment , en disant que la matière grise est la matrice 3 ou l'organe de nutrition de la matière blanche 5 hypothèse plus séduisante peut-être, mais non moins erronée que celle des esprits animaux.
Personne ne doutait ^ il y a un demisiècle, de l'existence de ces esprits; personne n^y croit plus de nos jours ; il serait donc inutile de nous attacher à réfuter cette hypothèse. Il n'en est pas de même de celle de MM. Gall et Spurzheim : elle est tellement enlacée dans les faits , qu'elle fait presque corps avec eux; et on ne peut prévoir oii elle nous aurait déjà conduit, si, par son mémorable rapport à l'Académie des Sciences,, M. Cuvier n'en avait paralysé les effets.
Dans cette hypothèse, la matière grise du système nerveux doit nécessairement
PRÉUMLNAIRK. xlix
précéder la matière blanche , soit pour lui servir de matrice , soit pour lui servir de matière de nutrition ; réduite à ses termes les plus simples , toute la question consiste donc à savoir quelle est , de ces deux matières, celle qui se forme la première. Ainsi énoncé , le problème devient tout anatomique.
Nous ferons remarquer à cette occasion que, de même que l'hypothèse de Willis ^ celle de Gall est fondée sur le développement central du système nerveux. Elle suppose que la moelle épinière et l'encéphale se forment du centre à la circonférence. Or la matière grise occupant le centre de Taxe cérébro-spinal, elle est censée préexister à la matière blanche, qui en occupe la périphérie; aux nerfs, qui s'y implantent; aux ganglions intervertébraux , qui sont plus excentriques encore ; enfin, aux radiations nerveuses , qui de ces ganglions rayonnent dans toutes les parties de l'animal. Cette opinion est donc conséquente aux idées qu'on avait imaginées sur le développement de ce système.
Mais si sa formation est excentrique, et I. d
1 DISCOURS
si, dans leur apparition, toutes ces parties suivent un ordre inverse, si les nerfs se forment d'abord dans les organes ; si plus tard les ganglions intervertébraux se développent avant l'existence de la moelle épinière , si cet axe lui-même se développe de la circonférence au centre, on voit que cette hypothèse est entièrement opposée aux faits.
On voit que les ganglions intervertébraux ne sont point la matrice des nerfs qui en rayonnent en dehors , puisque ces nerfs existent avant eux.
On voit que la moelle épinière n'est point et ne saurait être la matrice des cordons qui vont s'y implanter, puisque ces cordons sont primitivement sans communication avec elle , et que souvent même ils existent sans elle.
On voit^ enfin ^ que la matière grise de cet axe spinal ne saurait être l'organe de nutrition de la matière blanche, puisque la matière blanche se forme constamment la première ; puisque chez certains animaux , comme dans le genre astérie , le système nerveux est exclusivement formé par