‹ Anatomie comparée du système nerveux considéré dans ses rapports avec l'intelligenceChapitre 12 sur 144 · Ç Î. DESCRIPTION DU SYSTÈME NERVEUX CHEZ LES ANIMAUX ARTICULÉS · texte numérisé non relu

Ç Î. DESCRIPTION DU SYSTÈME NERVEUX CHEZ LES ANIMAUX ARTICULÉS

1° Enthelminthes. Les enthelminthes ont-ils tous un système nerveux ? On le dit, mais je ne regarde pas ce fait comme bien démontré. Bojanus (1) aurait vu chez la douve du foie, M. Jules Cloquet (2) dans l’ascaride lombricoïde, et Otto dans le strongle géant.Cuvier reste dans le doute; Laennec (3), Lamarck, M. Serres admettent son existence chez les animaux dont il s’agit; Rudolphi (4), au contraire, la nie formellement. M. Jules Cloquet, qui, le premier, en a donné une description détaillée, s'exprime ainsi : « J'ai examiné le cordon dorsal et le cordon abdominal de l’ascaride lombricoïde sur plus de deux cents individus : Vus sous le microscope, ces Cordons ne présentent pas une structure fibreuse, mais semblent formés par un tissu granulé très fin, comme médullaire, qui offre quelque analogie avec celui des cordons latéraux.La disposition des cordons dorsal et abdominal, les renflemens successifs qu'ils éprouvent, les filamens déliés qu'ils donnent de part et d’autre , leur réunion autour de la bouche, leur‘couleur constamment blanche et leur texture intime peuvent les faire considérer comme des nérfs:munis de renflemens et de ganglions. » Malgré l'autorité de M. J. Cloquet, je n’adméts pas que les cordons supérieur et inférieur de l’ascaride lombricoïde soient des Cordons nerveux. « Vus sous le microscope, ils ne pré-

(zx; Isis, 18ar.t, L p. 168.

(2) nat, des vers intestinaux, Paris, 1824, in-4

(3) Düct. des sc. méd. ste Il, P. 342.

(4) 7, pour l’anat. dés vers intestinaux, les travaux de Bojanus, Bremser Rudolphi, Westrumb, Home, Delle-Chiaje, Morren, etc,

sentent pas une structure fibreuse, mais semblent formés par un tissu granulé très fin, qui offre quelque analogie avec celui des cordons latéraux. » À de semblables caractères on ne saurait reconnaître des nerfs, et la comparaison faite par M. Jules Cloquetqui leur trouve de l’analogie avec les cordons latéraux, cordons bien évidemment vasculaires, explique suffisamment la nature des premiers. J'ajoute qu'ayant examiné au microscope les lignes: qui parcourent le côté dorsal et le côté ventral de l’ascaride Jombricoïde du cheval, je me suis assuré qu'elles ne présentent aucunement l’aspect d’un nerf, et je n’y ai reconnu aucun ganglion ; cependant j'avais. pris toutes les précautions possibles pour bien voir ces lignes et en apprécier la structure. Je suis très porté à croire que M. Jules Cloquet s’est trompé, et cela avec d’autant plus de raison que l’ascaride lombricoïde serait le seul animal, parmi les invertébrés, qui aurait une chaîne ganglionaire à; son côté dorsal. Chez Les invertébrés, tous les anatomistes en conviennent, il n'y à que le ganglion céphalique qui se trouve au-dessus de l’œsophage ; le reste du système nerveux est audessous du tube digestif.

J'ai parlé de deux cordons latéraux qui se rencontrent sur les côtés de l’ascaride lombricoïde; on convient généralement que ces cordons sont de nature vasculaire, et après l’inspection attentive que j'en ai faite, je partage cette. opinion. M. Serres est.d’un avis opposé , il ne met pas en doute que ces cordons ne soient des nerfs, et comme ces prétendus nerfs sont désunis dans toute la longueur de l'animal, car ils sont tout-à-fait sur les côtés, l’un à droite et l’autre à gauche, M. Serresreconnaît dans cette disposition, la preuve que l’ascaride lombricoïde conserve, pendant toute son existence, l'état primitif et embryonnaire des larves des insectes (1). L'avis de

(x) Serres, Anat, comp. du cerveau, t. 2, p. 17.

M. Serres n'étant pas conforme à l'observation, ne doit pas nous arrêter ; il.est, on le voit clairement, le résultat d’une idée précorçue.

La forme du ganglion céphalique, tel qu'il a été décrit par les autéurs qui en ont admis l’existence, varie un peu suivant les espèces d’enthelminthes ; celle des cordons ganglionaires varie aussi, mais dans des limites assez étroites et qui ne sont nullement comparables à ce qui à lieu, sous ce rapport, chez les mollusques. Une disposition anatomique se montrerait ici, pour se répéter avec plus ou moins de fidélité chez tous les articulés, c’est l’existence d’un appareil nerveux complet pour chacun des anneaux de l’animal, c'est-à-dire un ganglion et des nerfs qui vont à toutes les parties occupant l'anneau.

2 Annelides. J'ai soigneusement étudié le système nerveux du lombric de terre êt de la sangsue, j'en parlerai avec détail et j'ajouterai sur ce point quelques faits nouveaux à ceux qui sont déjà connus. J’ai attaché une grande importance à les bien constater, parce que j'y ai trouvé, à l’état rudimentaire , des faits anatomiques qui se reproduisent nonseulement chez les autres articulés, mais aussi chez les vertébrés les plus parfaits. |

Lombrice de terre (1). Au-dessus de l’œsophage , tout près de la ventouse orale, se trouve de chaque côté un petit ganglion mamillaire ; une commissure réunit ces deux ganglions qui communiquent avec la moelle ventrale par deux cordons constituant l'anneau œsophagien. Du point de réunion du cordon de l’anneau avec le ganglion céphalique, naissent deux nerfs qui se portent en dedans, vers la ventouse orale. Je n'ai pas vu d'autre nerf partant de ce ganglion. L'anneau n’est pas formé par un double cordon comme chez les mollusques , mais par.un cordon unique ; il offre en outre

(1) F. pl. 1"° le’système nerveux du lombric de terre, un peu grossi.

cette autre différence, qu’il fournit plusieurs nerfs destinés aussi , autant que j'ai pu m’ en assurer ; à la ventouse orale. Au-dessous de l’œsophage ces deux cordons se réunissent, et de leur adossement résulte la moelle ou chaîne ganglionaire qui règne dans toute la longueur du côté ventral du lômbric. Cette moelle présente, à la première vue, un aspect noueux qui lui donne une grande ressemblance avec la moelle rachidienne de l’anguille; mais cet aspect noueux est le résultat de la rétraction du névrilème, et il disparaît en grande partie par l'allongement de la moelle. Une ligne médiane sépare la moelle en deux parties et sur les côtés naissent les nerfs qui se portent à droite et à gauche de l'animal. Ces nerfs, qui sont toujours disposés par paires, sont alternativement doubles et simples. À l’endroit où naît la double paire de nerfs, la moelle éprouve un léger renflement ; dans les espaces intermédiaires, c’est-à-dire là où naît seulement un nerfide chaque côté, on n ‘observe aucun renflement. Le volume de la moelle ne varie pas sensiblement de la ventouse orale à la ventouse anale , il est par conséquent le même d’un bout du corps à l'autre. Un gänglion, situé près de l'anus , termine la moelle.en arrière. (1) hd Sangsue (2). Le ganglion céphalique de la sangsue

(x) M. Carus, dans son Traité élémentaire d'Anat, comp. Paris, 1835 (. pl. v, fig. 15) donne la description du système nerveux du lombrie de terre; on n’y voit pas lesganglion céphalique, ni les. doubles racines des nerfs spiraux. La figure que je publie sur le même sujet montre toutes ces parties ‘grossies à l’aide du microscope, parce qu’on ne les aperçoit pas bien sans recourir à cet instrument, M. H. Rathke (de Boprro et Nereide ; comm. anatomico-physiologicæ duæ, Rigæ et Dorpati, 1837, in-#), a donné la figure du système nerveux de Ja Néréide pub. Il y a beaucoup d’analogie entre cette figure et celle que j'ai fait exécuter pour le ver de terre. La moelle est formée de renflemens successifs, de chacun desquels il sort, à droite et à gauche, trois racines nerveuses.

(2) Voy. pl. x, fig. are.

ressemble à celui du lombric terrestre , il se continue également en deux cordons , l’un à droite et l’autre à gauche, pour se réunir sous l’œsophage et former le commencement de la moelle. Cette moelle a des ganglions très distincts’, bien visibles à l’œil nu et fournissant chacun deux paires de nerfs. Entre les ganglions, on ne trouve aucune racine nerveuse. Ainsi, deux différences bien tranchées existént entre le lombric de terre et la sangsue : dans le lombric, des ganglions peu distincts et des paires de nerfs quialternentdoubles et simples ; dans la sangsue, des ganglions véritables et pas de nerfs intermédiaires. Une ligne médiane règne tout le long de la moelle, qu’elle partage en deux cordons complètement séparables l’un de l’autre dans tout l’espace compris entre les ganglions ; mais, sur ces ganglions, interception complète de la séparation, et même de la ligne médiane (1). Un ganglion anal termine la moelle ; il est très rapproché des deux avanitderniers et fournit des nerfs qui s’étalent en manière de patte d’oie.

La double paire de nerfs qui naît de chaque ganglion est l'une au-devant de l'autre dans la sangsuëé comme dans le ont. et non pas l’une au-dessus de l’autre comme cela a lieu pour les racines des nerfs spinaux, chez les vertébrés:

“La substance de ces nerfs et de ces ganglions est blanche et opaque, tandis que nous l'avons vue transparente surtout dans les nerfs, ou différemment colorée chez les mollusques.

(1) M. Moquin-Tandon, dans sa belle Monographie des lirudinées (in-4°, Montpellier, 1827 ), a omis de dire.que la moelle de la sangsue se compose d’un double cordon nerveux , et M. Joseph Swan qui a publié la figure du Système nerveux du même Annelide, n’a pas même indiqué la trace de la séparation qui existé entre ces cordons. V. l'ouvrage de ce savant anatomiste , intitulé : Austrations of the comparative anatomy of the nervous systeme Lond. 1835.4än-40. L'auteur a été plus exact dans la représentation du Système nerveux de la scolopendre et du homard.

Fr.

3° Crustacés. On trouve chez les crustacés une assez grande variété dans la disposition du système nerveux : il en est qui ont des ganglions isolés très analogues à ceux des gastéropodes ; d’autres qui ont une.double chaîne ganglionaire ; d’autres enfin où les ganglions , placés successivement les uns après les autres, rappellent les ganglions de la sangsue et s'élèvent même jusqu’à ceux des insectes. MM. Audouin et Milne Edwards ont parfaitement décrit ces dispositions, etils ont fait connaître les transitions successives qu'éprouve la matière nerveuse pour passer de la forme de ganglions isolés à la double chaîne ganglionaire. Je ne puis mieux faire que de rapporter ici un extrait du travail fait en commun par ces deux naturalistes, sur le système nerveux des crustacés. (1)

& Le système nerveux des crustacés se présente sous deux aspects très différens ; tantôt, comme cela à lieu dans ie talitre (2), cet appareil est formé par un grand nombre de renflemens nerveux, semblables entre eux, disposés par paires et réunis par des cordons de communication, de manière à former deux cordons ou chaînes ganglionaires, distantes l’une de l’autre etoccupant toute la longueur de l'animal. Tan- Lôt, au contraire, il se compose uniquement de deux ganglions ou renflemens noueux, dissemblables par leur forme, leur volume et leur disposition , mais toujours simples et en paires et situés l’un à la tête et l’autre au thorax, C’est ce que Von rencontre dans le maïa.

« Ces deux modes d'organisation semblent essentiellenient différens : cependant ils sont analogues, et pour s’en convaincre il suffit de suivre la disposition du système nerveux

(x) Recherches anat. sur le système nerveux des crustacés, Ann. des sc. natjann, 1828, t. XIV, P. 77«

(2) 7. la pl. 1" où se trouvent reproduites les figures publiées. par MM. Audouin et Milne Edwards, du système nerveux du talitre et du maïa.

d’autres crustacés. En effet, le talitre a deux chaînes ganglionaires. Dans le phyllosome , ces deux moitiés latérales tendent à se réunir sur la ligne médiané à l'extrémité antérieure du corps; elles sont distantes du thorax et s’accolent de nouveau dans l'abdomen. Dans le cimothoé les deux noyaux médullaires et les segmens du corps sont confondus sur la ligne médiane en une seule masse ganglionaire ; mais les deux cordons nerveux qui lient ces ganglions entre eux restent encore parfaitement distincts.-be homard nous montre un nouveau degré de cette espèce de centralisation du système nerveux, car non-seulement les ganglions sont devenus impairs par l'union des deux noyaux latéraux, mais les cordons inter-ganglionaires eux-mêmes présentent dans l’abdomen une disposition semblable et ne constituent plus qu'un seul tronc placé sur la ligne médiane. Enfin dans le palémon cette réunion des deux moitiés latérales du système nerveux est portée à un‘plus,haut degré encore, parce que les ganglions ne présentent plus de traces de division sur la ligne médiane et que les cordons de communication ne sqnt restés distincts que dans les points où des obstacles mécaniques se sont opposés à leur réunion, c’est-à-dire là où lœsophage passe.entre eux, et vers le milieu du thorax, là où l’artère sternale les sépare , en allant gagner la face inférieure du corps.

« Mais ce genre de centralisation n’est pas le seul qui s’observe dans les crustacés. En même temps que les parties latérales du système nerveux se rapprochent de la ligne médiane, des modifications analogues se font remarquer suivant la longueur de lanimal. D’abord les nœuds ganglionaires sont également espacés comme dansle talitre. Dans le cimothoé les cordons inter-ganglionaires de l'abdomen se raccourcissent et les ganglions se rapprochent les uns des autres.Dans le pa- Jémon, c’est au thorax que cette concentration se fait remar-

quer; les trois dernières paires de ganglions s’agglomèrent entre elles ; il en est de même des deux premières, et les cordons qui unissent lattroisième à ces deux masses médullaires sont assez courts. Dans le langouste un degré encore plus grand de centralisation , car tous les ganglions thoraciques sont, pour ainsi dire, soudés bout à bout , il n’y a qu'une masse nerveuse allongée, percée d’un trou pour le passage de l'artère sternale ; mais dans cette masse on distingue encore les noyaux médullaires qui concourent à la former.

« Dans le carcin (Cuvier), les noyaux nerveux se groupent autour d’un seul point. Dans le maïa, la concentration des noyaux nerveux est encore portée plussk loin , ils sont réunis en une seule masse solide. » |

Après cette description générale du système nerveux des crustacés, je vais entrer dans quelques détails sur ce qui concerne l’écrevisse et le homard.

Le ganglion céphalique de l’écrevisse à une forme quadrilatère , il est surmonté de deux tubercules mamelonnés semblables à ceux que l’on trouve sur les ganglions thoraciques et abdominaux du même animal. J'aurais voulu le mesurer pour en connaître le volume et le comparer au volume des nerfs qui en partent, mais sa surface est trop inégale et son épaisseur trop variable pour qu’il soit possible d’en avoir les dimensions avec exactitude, Il fournit des nerfssaux organes de la vue, du toucher, de l’ouïe et de l’odorat ; il communique avec la chaîne ganglionaire par un anneau très largement ouvert, au centre duquel passe l’œsophage. La chaîne ganglionaire n’est autre chose que là continuation des deux cordons de l’anneau,réunis à la région thoracique par cinq ganglions et à la région abdominale par six. Dans l'intervalle de ces ganglions, les colonnes nerveuses sont séparées naturellement ou très facilement séparables; elles s’aecolent l’une à

l’autre, mais ne se confondent pas : c’est le contraire dans les ganglions , la séparation ne peut s’y opérer sans déchirure.

Les ganglions thoraciques sont plus considérables que les ganglions abdominaux ; ils sont aussi plus rapprochés les uns des autres que ces derniers ; ils correspondent en procédant d'avant en arrière, le premier ganglion aux pinces, les quaire autres aux quatre paires de pattes. Un canal osseux les protège comme chez les vertébrés , le canal spinal protège la moelle du même nom. Dans l'abdomen ou queue del’écrevisse, se rencontrent, à des distances régulières, six ganglions égaux entre eux pour le volume; le dernier ganglion seul fait exception ; il est très rapproché de celui qui le précède et très volumineux. Chacun des ganglions de l'abdomen répond à l’un des segmens dont se compose cette partie.

Les nerfs fournis par la chaîne ganglionaire sont deux paires pour chaque ganglion et une paire pour chaque espace inter-ganglionaire. Ces trois paires de nerfs, destinées à chacune des sections du corps, naissent sur un même plan, comme celles du lombric de terre. C’est un fait à noter, que des nerfs sortent de la chaîne ganglionaire dans les intervalles des ganglions : on sait que Gall s’est efforcé de prouver que la substance blanche naît toujours de la substance grise , et que les nerfs ont toujours pour point d’origine un ganglion. Le tiers des nerfs du ver de terre et de l’écrevisse ferait-il exception à cette règle ? La réponse à cette question se trouvera dans l’article suivant, quand je parlerai de la structure microscopique de la chaîne ganglionaire des animaux articulés:

Le dernier ganglion termine, sans aucun prolongement médullaire, la chaîne de lécrevisse; il sort de ce ganglion douze nerfs qui s’étalent en manière de patte d’oie et vont se rendre à l'extrémité postérieure de l'animal. :

Le système nerveux du homard ne diffère pas sensiblement

6h DESCRIPTION DU SYSTÈME NERVEUX

de celui de l’écrevisse, seulementles parties dont il se compose sont plus-distinctes, en raison du volume plus considérable de l'animal. :

Les ganglions nerveux des crustacés sont blanchâtres ou transparens ; les cordons de communication sont transparens ainsi que la plupart des nerfs. Pour bien voir ces derniers, il faut les plonger pendant quelque temps dans l'alcool ou dans une dissolution #$aline. Il est des crustacés qui ont tout le système nerveux et même toutes les parties de leur corps, à l'exception des yeux, d’une transparence parfaite : tels sont les phyllosomes qui sont transparens comme du cristal, à à l’exception des yeux dont la couleur est bleu de ciel ; tels sont aussi les alimes et quelques autres. (1)

L° Arachnides. La forme d’un animal indique assez bien Ja disposition de son système nerveux : les crustacés, dont le corps est allongé, ainsi que les annelides commie la sangsue etle ver deterre, ontune longue chaîne ganglionaire; le maia, animal large et court, à seulement deux ganglions qui donnent leurs filets tout autour d’eux et en rayonnant; les céphalopodes ont presque tout leur système nerveux dans la tête et ainsi des autres mollusques, suivant que telle ou telle partie est chez eux plus ou moins développée. Il n’en est pas autrement chez les arachnides (2). La tête de ces animaux n’est pas distinctement séparée de la poitrine, les pattes sont, à leur insertion-au thorax, très rapprochées les unes des autres, le corps est court et l’abdomen arrondi se termine sans aucun renflement caudiforme. Les ganglions thoraciques sont réunis en une seule masse qui elle-même est soudée au ganglion céphalique ; un double cordon part de la masse nerveuse thoraci-

(r) 7. Quoy et Gaimard; Observ. sur quelques crustacés, 47, des sc, nat., 1828, t. x1v. |

(2) 7. Treviranus, Fom Bau der arachniden ,Nuremberg, 1812, in-4°, P, aussi Léon Dufour, Strauss, etc,

que et va se terminer dans le ganglion abdominal. Le ganglion céphalique donne des nerfs pour les organes manducatoires et les organes des sens ; la masse thoracique, de forme

“rayonnée, envoie, par chacun de ses rayons, des nerfs aux paltes ; le ganglion abdominal fournit aux intestins, aux branchies, aux organes génitaux, etc. (1)

On voit dans l’ensemble du système nerveux des arachnides un type différent de celui des annelides et des crustacés ; la masse nerveuse tend à s’agglomérer vers les parties antérieures. Ne donnons pas cependant à cette tendance plus d'importance qu’elle n’en a réellement , car nous allons voir dans les insectes les plus parfaits, le bourdon et l'abeille, par exemple, une chaîne ganglionaire très analogue à celle des annelides et qui en diffère seulement par le volume comparativement plus considérable de quelques-uns de sés ganglions. D'ailleurs, même parmi les arachnides pulmonaires, on rencontre un système nerveux formé de deux cordons parallèles, réunis de distance en distance , par des ganglions ; c’est le cas des scorpions. (2) |

5° Insectes. Tous les insectes. ont cela de commun que leur système nerveux consiste en une chaîne ganglionaire, mais le nombre et surtout le volume des ganglions varie beaucoup suivant le genre d’insecte et suivant la période de sa vie. Hérold (3) a suivi les changemens qui s’opèrent dans le papillon du chou, depuis son état de chenille jusqu’à celui de papillon. Dans læchenille, douze ganglions sont séparés, à l’exception des deux derniers, par de longs cordons nerveux ;

Co FCPI 1%

(2) F. Cuvier, Règne animal}ft. 4, p. 268, par Latreille,

(3) Zntwicklungseschichte der Schmetterlinge , ete., Cassel 1805, in-40, F, aussi , sur les métamorphôses du phalæna piniaria, Succow, Anat, phrys. Untersuchungen der insecten, etc., Heidelberg, in-4°, 1818.

és 5

” k 66 DESCRIBTION DU SYSTÈME NERVEUX

dans la chrysalide , un même nombre de ganglions, mais plus rapprochés et plusieurs tendant à s'unir; dans le papillon, seulement sept ganglions, mais l’un d'eux, plus gros que tous les autres, formé par la concentration en une seule masse de * plusieurs des ganglions isolés de la chenille (1). Ces faits, qu'a publiés Hérold dès l’année 1815, M. Serres les a reproduits avec une grande fidélité dans son Anatomie comparée du cerveau (2); mais, sans doute par inadvertance, M. Serres a oublié d'en indiquer l’auteur, Cest un oubli que je répare , parce qu'il faut rendre à chacun la justice que méritent ses œuvres. jé

Le système nerveux de la chenille du bois de saule est formé, d'après Lyonet (3), de treize ganglions dont le céphalique est le plus considérable et donne naissance à un grand nombre de nerfs. Deux cordons nerveux longitudinaux , l'un à droite et l'autre à gauche, unissent entre eux ces ganglions; ils sont tout-à-fait séparés dans les quatre premiers espaces inter-ganglionaires, et séparés seulement en partie dans le reste de leur étendue. Les ganglions sont bilobés, deux. paires de nerfs naissent de chaque ganglion et se portent en dehors. Le deuxième et le troisième gangiions sont soudés l’un à l’autre, le douzième et le treizième le sont également, Lyonet à compté chez la chenille dont il s’agit, quarante-cinq paires de nerfs, c’est-à-dire douzeou quatorze nerfs de plus qu'il n’y en a chez l’homme. Dans la chenille du bois de saule, dans le grillon domestique, comme dans plusieurs AULEER insectes, il y a des nerfs intermédiaires aux ganglions et qui paraissent tirer leur origine des ‘Cordons inter-ganglionaires.

(x) 7. pli”,

(2) Tome », pag. 26 et suivantes. +

(3) Traité anat. de la chenille, in-4°, 1762; —R, Grant, Outlines of, comp anat., P. 194, de a ”

DES ANIMAUX ARTICULÉS. 67 Le carabe doré étudié par M. Léon Dufour (4) a une double colonne nerveuse réunie de distance en distance par neuf ganglions ; le ganglion supérieur ou céphalique donne des nerfs optiques qui sont très gros; le second est thoracique, le troisième pectoral, et les autres appartiennent à l’abdomen. Les filets neryeux qui en émanent sortent tous des ganglions, il ne s’en détache aucun des colonnes médullaires.

Le hanneton (2) a six ganglions qui se réunissent en deux groupes principaux ; au premier groupe appartiennent le ganglion céphalique et le ganglion sous-æsophagien, auxquels il faut ajouter les ganglions optiques ; au second groupe, les ganglion® du corselet et de l'abdomen. Le ganglion céphalique donne cinq paires de nerfs, savoir : les nerfs antennaux, les nerfs optiques, et trois autres nerfs destinés aux mâchoires et aux lèvres. Ces trois derniers sont regardés par M. Strauss-Durkeim , auquel j'emprunte cette description’, comme étant les analogues de la cinquième paire. Le ganglion optique, très considérable éomme chez tous les insectes, donne uniquement aux yeux. Le ganglion sous-œæsophagien, regardé par, M. Strauss comme faisant réellement partie du cerveau, fournit des nerfs à la bouche et à plusieurs organes des sens, Quant aux ganglions du corselet, du thorax et de l'abdomen , ils donnent des nerfs en très grand nombre qui vont à toutes les parties du corps. M. Strauss a vu deux ganglions impairs placés sur l’œsophage, qui distribuaient des nerfs aux organes de la vie de nutrition. West le premier rudiment du nerf grand sympathique.

Deux insectes hémiptères étudiés par M. Léon Dufour (8}, la nèpe cendrée et le pentatome’gris, ont un système nerveux

(x) Recherches anat, sur Les carabiques, etc., 1824-25 et 26.

(2) 7, PI, x°°, le système nerveux du hanneton, par M, Strauss=Durkeim.

(3) Recherches anat. et phys. sur les hémipières, Paris, 1833,in-4°. fig. de

qui diffère beaucoup J'un de l'autre (4). La nèpe cendrée à trois ganglions réunis par deux cordons nerveux distincts et séparés; le pentatome gris, au contraire, a ses deux cordons réunis et comme soudés l’un à l’autre, dans toute leur longueur. Plusieurs circonstances méritent ici de fixer notre attention : le petit nombre et le volume considérable des ganglions , la multiplicité des nerfs destinés à la vision, chez le pentatome; la naissance d’un grand nombre de nerfs, chez le pentatome et la nèpe cendrée, qui à lieu loin des ganglions. Ce dernier fait, si l’on s'en rapporte à upe simple vue, servirait de réfutation à l'opinion de ceux qui font toujours venir les nerfs des ganglions. Je me contente de gnaler ici cette observation que j'ai déjà faite à l’occasion du lombric de terre, pour l’éclaircir tout-à-l’heure à l’aide d'expériences microscopiques.

*. Le bourdon et l'abeille (2) ontentre eux une très grande analogie en ce qui concerne la disposition de leur système nerveux ; chez tous deux c'est une chaîne ganglionaire dont la partie postérieure noueuse rappelle la chaîne ganglionaire de la chenille et même de la sangsue ; mais une disposition importante et qui place ces deux insectes bien au-dessus de tous les autres, c’est la prépondérance de leurs ganlions céphaliques. Ces ganglions sont tellement volumineux qu'ils constituent véritablement une tête, surtout si l'on y joint le ganglion optique. |

On voit, d’après ce qui précède, qu'il y a une très grande différence dans la disposition du système nerveux des animaux articulés ; cette différence peut-elle être soumise \des

(Due pli, | ï (a) PF. pl. 1%, la figure du bourdon reproduite d'après Treviranus , Polo

gie, 1. v, pl 1%; et pour l'abeille, Ratzchurg, Dastellung und Beschr-ibung, elc.,t. 11, pl, xxx°,

lois? Rien dans la nature ne se fait. au hasard, partout il y a unerègle et là où nous croyons voir de l'extraordinaire, du bizarre, par une étude plus attentive on finit péfiécouvrir des principes arrêtés , une règle constante. Ce qui est arrivé pour les monstres en est un exemple bien remarquable ; toutes ces formes singulières et en apparence capricieuses que présentent les vices de conformation, ont été ramenées à des causes

#imples et constantes par les savantes recherches de MM. Geoffroy-Saint-Hilaire (1). S'il en est ainsi pour les monstres, à plus forte raïson cela doit-il être pour l’organisation normale. Plusieurs entomologistes se sont occupés de la recherche de ces lois : M. Latreille (2) a appliqué aux insectes , en général, la description du systèmêé nerveux des chenilles décrites par, Lyonet et par Hérold ; mais sont venus ensuite les travaux de Léon Dufour et de Strauss : les recherches: faites en Allemagne par Treviranus et Ratzeburg ont été connues en France, et il a été évident, pour nous, que le système nerveux des insectes est construit d'après un plan bien différent de celui qu'avait supposé M. Latreille. M. Strauss (3) a entrepris d'indiquer les lois auxquelles est soumis le système nerveux des animaux articulés et il en a posé huit qui sont applicables aux articulés dont le système nerveux est connu, mais Qui probablement ne le seront pas à tous ceux qui n’ont pas encore été examinés ; et ces derniers sont éncore en grand nombre. Attendons, pour poser des lois, que tous les faits sur lesquels elles doivent s'appuyer soient découverts.

(1) E. G.-St-Hilaire Philosophie anatomiques el 1. G.-St-Hilaire, Histoire générale et particulière des anomalies de l'organisme chez l'homme ct les animaux, Paris, 1832-1836, 3 vol, in-8° avec atlas.

(2) Règne animal de Quyvier, Système nerveux des insectes, \. 4, pag. 293.

70 DESCRIPTION DU SYSTÈME NERVEUX Se : \ 4 A7 | dr, Pb ‘ F

k RÉSUMÉ.

A. Le systéfhierveux des animaux articulés est presque toujours composé d’une chaîne ganglionäire.

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