‹ Anatomie comparée du système nerveux considéré dans ses rapports avec l'intelligenceChapitre 3 sur 144 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

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Il existe entre le système nerveux et l'intelligence des rapports certains, mais dont la nature et les conditions sont presque entièrement ignorées. On sait que l’intelligence ne se manifeste jamais sans le système nerveux, et l’on attribue aux différences de forme, de volume et de texture des parties qui composent ce système, les différences que l’on observe dans l'étendue et la variété des phénomènes instinctifs , intellectuels et moraux. Sur ce dernier point, on n’a rien encore déterminé, car on ignore quelles Conditions organiques sont nécessaires à la manifestation de tel ou tel phénomène psychique.

Le premier, je dirais presque le seul moyen que nous ayons de préparer la solntion de cet important problème, c’est de comparer dans chacune des fa-

VEUX à | PRÉFACE.

milles, et même dans Chacun des iidividus qui cômposent la série animale, l’état du système nerveux et celui de l'intelligence, afin de savoir si uneorganisation donnée coïncide toujours avec le même développement intellectuel, et sijamais ce développement intellectuel ne se manifeste avectune orga-

nisation différente. RAEA TA

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Déjà beaucoup de travaux ont été entrepris dans cette direction ; mais lés uns sont bornés à un trop petit nombre d’ espèces d’ animaux, pour fournir des données générales; les autres, exécutés dans le but de réaliser des idées préconçues, mont fourni que des résultats érronés. Quand on étudie la nature, äl faut constamment veiller sur soi, être en garde contre ses propres idées. La nature ne trompe pas, mais elle est si riche de faits qu'elle n’en refuse à aucun système; tout ce qu'on veut y voir, on l'y trouve; tout ce qu’on lui demande, elle le donne : suivant la manière dont on l'interroge, elle conduit à l'erreur ou à la vérité.

J'ai suivi une marche différente de celle des auteurs qui m'ont devancé ; j'ai compris dans mes études toute la série animale, et j'ai procédé comme si rien encore n'avait été établi sur les rapports qui lient l'intelligence au système nerveux. Les travaux antérieurs, je les ai pris comme simples renseignemens, jusqu'à ce que, par mes propres observations, j'aie pu juger du degré de confiance qu'ils méritent ; les opinions, les théories, je les ai mises en regard

| PRÉFACE. NÉ des faits, et je n’en aistrouvé qu'un petit nombre qui aientrrésisté, à ce genre d'épreuve. Lorsque des faits m'ont paru incomplètément ob$ervés ou en trop pêtit nombre; j'atsu douter. N'ayant aucünement la à prétention” de tout savoir et dé tout dire : sur le sujet que jai chtrepris de traiter, | plutôt que de, éacher mon ignorance, j'ai indiqué les ue qui, pour moi, étaient restées insolubles. . NT

Jai donné aux dissections et aux expériences microscopiques une ‘attention tbutes particulière; la structure des centres ner vêux, larrangément , le diamètre ; Ja nature de leurs fibres, ont'été l'objet de mes recherches. Chez les invertébrés , Jai étudié la chaîne ganglionaire et les principaux ganglions ; chez les vertébrés, la moelle épinière et l’encéphale. Ensuite, j'ai comparé ces parties les unes aux autres, et je les ai groupées d'après les analogies d'organisation qué j'y ai découvertes. Les circonvolutions des mammifères m’ont.surtout occupé ; soin que j'ai mis à les préparer chez un grand nombre d'espèces d'animaux , ma permis de les individualiser et de suivre les transformations qu’elles éprouvent dans leurs dispositions principales.

Plus de dix années ont été consacrées à ces études préliminaires, études plus fructueuses que celles qui avaient été entreprises jusque-là dans la même direction , et cependant, je l'avoue, encore trop incomplètes potr le but que je voulais atteindre.

Arrivé à l'homme, je devais multiplier mes obser-

x PRÉFACE, :

vations, et je l'ai fait. Aidé du concours de mon ami, M. Guerry, j'ai mesuré la tête de l’homme et celle de la femme à l’état normal et aux différens âges de la vie; puis celle des criminels, des idiots et des aliénés; J'ai visité quelques villes d'Allemagne et la capitale de la Russie, j'y ai mesuré des têtes, de la même manière que je l’avais fait en France. Ces mesures de tête dont le nombre s'élève à plus de deux mille, ont été coordonnées par M. Guerry qui en a exposé les résultats dans des tableaux graphiques dressés avec autant de précision que de clarté et dont il m'a permis d'enrichir mon ouvrage.

Le cerveau, le cervelet, la moelle allongée, la moelle épinière ont été disséqués, mesurés, pesés et analysés, soit organiquement à l’aide du microscope, soit chimiquement, à l’aide des réactifs, puis toutes les conditions matérielles du système nerveux ainsi établies, je les ai mises en regard les unes des autres, dans les différentes classes d'animaux.

Cette première partie de la tâche que j'avais entreprise une fois terminée, je me suis occupé de l'état psychique de chaque animal et de celui de l’homme. Mettant à profit les observations des auteurs.qui onttraité cet important sujet, et après avoir moi-même répété et multiplié les observations de ce genre, avec toute l’attention dont je suis capable, J'ai dressé le tableau des facultés instinctives, intellectuelles et morales de l'homme et des animaux.

PRÉFACE. x!

Ayant ainsi réuni devant moi deux séries de faits, les uns matériels, puisés dans l'étude du système nerveux, les autres psychiques puisés dans l’étude des penchans, des habitudes, des facultés intellectuelles et des facultés morales, j'ai pu les comparer et juger s’il existe entre eux, rapport, harmonie. Cette comparaison m’a donné, sur quelques points, de la certitude, sur quelques autres des probabilités; sur baucoup, elle m'a laissé dans une complète ignorance. Les résultats auxquels elle m'a conduit m'ont servi à établir moins de vérités qu’à renverser d'erreurs, et parmi ces erreurs se trouve le système

de Gall.

J'ai fait représenter dans des planches, dues au crayon de M. A. Chazal, professeur d’iconographie du Muséum, un très grand nombre de cerveaux; tous les objets y sont de grandeur naturelle, la plupart d’entre eux ont été dessinés sur des pièces fraiches, et je n'ai rien négligé pour que l'exactitude des dessins füt aussi complète que possible. Je n’ai emprunté aucune figure de cerveau de mammiferes aux auteurs qui m'ont précédé, par conséquent, toutes celles que je publie sont originales. 11 n’en est pas de même pour celles des invertébrés, dont quelquesunes seulement m’appartiennent. J'ai eu soin d’indiquer à quelle source j'ai pris les autres, parce que la probité en matière de science, m’a paru aussi nécessaire qu'en toute autre chose.

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