Nerfs encephaliques
Les nerfs encéphaliques des reptiles ne ressemblent pas entièrement à ceux des poissons ; je m’attacherai principalement ici à noter les différences qu'ils présentent, afin de ne pas répéter ce qui se trouve déjà exposé plus haut.
1" paire. Nerfs olfactifs. Ils naissent de l'extrémité antérieure du petit lobule qui termine le prolongement olfactif : leurs racines ne s'étendent pas au-delà de ce lobule on ne peut pas les suivre jusqu’au cerveau.
2° paire. Nerfs optiques. L'existence des nerfs optiques paraît n'être pas constante chez les reptiles. Tréviranus nie que le protée en soit pourvu ; M. Carus croit que cet animal en présente au moins les rüudimens ; je ne possède aucun fait qui m’autorise à me prononcer sur cé point. Quant à l’origine
| DES REPTILES. 4 281 du nerf optique, elle offre une particularité importante à noter. C’est qu’elle s'étale en partie sur la petite saillie de substance blanche que Bojanus et M. Carus désignent sous le nom de couche optique, saillie que l’on remarque Sur les:prolongemens fulcraux de la moelle, entre les lobes optiques et le cerveau. Les auteurs n’admettent pas Pentrecroisement des fibres des nerfs optiques chez tous les reptiles; je parlerai bientôt de cet entrecroisement.
3° paire. Nerfs moteurs des yeux. Ces nerfs existent chez tous les reptiles, excepté peut-être chez le protée ; ils naissent des cuisses du cerveau ou prolongemens fulcraux de la moelle épinière, avant leur entrée dans les lobes cérébraux. TS 1}
L° paire, Nerfs pathétiques. Is existent comme les précédens ; mais n’ayant’eu à ma disposition que des reptiles où ils sont très petits, comme les grenouilles, leslézards, les couleuvres, les tortues d'Europe, je n’ai pu les saisir afin de les mesurer comme j'ai fait, dans la classe précédente, chez le brochet et le squale-renard. [l m'aurait été facile de les mesurer sur de gros reptiles conservés dans l'alcool, mais cette mensuration m’eût été inutile, puisqu'elle ne m’eûüt pas donné un résultat comparable à celles que j'ai faites sur des animaux frais. M. Rusconi (1) dit que ces nerfs sont tellement grèles, qu'on ne peut les voir avant le trente-cinquième ou quarantième jour, et qu'à tout âge leur position et leur marche présentent des obstacles, quand on veut fes mettre à découvért püis ii ajoute ironiquement qu’un apjoniste français Ies a cependant vus, chez un tétard de 9 jours, mais par les yeux de l’imagination. |
5° paire. Nerfs trjumeaux. Ils naissent sur les côtés de la
(1) Développement de La grenouille commune, depuis le moment de sa naissance jusqu’à son état parfait, L° partie, Milan 1836.
232 DESCRIPTION DES NERFS ENCÉPHALIQUES moelle allongée , tout près du cervelet, je n’ai pas été aussi heureux à suivre leurs racines que chez les poissons, et il ne m'a pas été possible de les observer au-delà de leur point d'insertion. Il n’y à pas de ganglions à leur origine, comme chez les poissons. Ce sont les nerfs les plus considérables du corps. |
6: paire. Nerfs abducteurs. Leur origine, comme chez les poissons, est sur le même plan que les nerfs pathétiques ; ces deux paires de nerfs ne sont pas séparés ici, comme cheztles mammifères, par le pont de Varole. Jai trouvé les mêmes obstacles pour les mesurer que pour ceux de la quatrième paire. Aussi, quand il s'agira de comparer le volume des nerfs à celui de l’encéphale, n'aurai-je que les nerfs optiques etles nerfs moteurs communs des yeux, comme termes de comparaison.
7° paire. Nerfs faciaux. Ces nerfs sont petits, placés tout près des nerfs acoustiques, et surgissent de la moelle, en arrière des nerfs trijumeaux : ils sont bien distincts des autres nérfs ; ce qui n’a pas toujours lieu chez les poissons.
8° paire. Nerfs acoustiques. Ns naissent comme les nerfs faciaux sur les côtés de la moelle, et un peu au-dessus d’eux ; ils constituent des nerfs bien distincts.
9° paire. Nerfs glosso-pharyngiens. Ws naissent par plusieurs filets, en arrière du nerf acoustique.
10° paire. Nerfs vagues ou pneumo-gastriques: Dépourvus de ganglions extérieurs, à leur origine, ainsi que les nerfs de la cinquième paire, ils diffèrent beaucoup, sous ce rapport, de ce qu’ils sont chez les poissons. Cependant, 11 y à ici un fait qu'il ne faut pas passer sous silence, parce qu'il se rapporte directement à l'origine de ces nerfs : je veux parler du volume considérable-de la moelle au niveau de l'implantation des nerfs trijumeaux, faciaux, acoustiques et preumo-gastriques. Dans le lieu que j'indique, la moelle est renflée à cause
DES REPTILES. 235 de l'implantation de ces nerfs. Cette disposition est très marquée, et on l'apprécie d'autant mieux que l’on peut comparer la moeile des différens genres de reptiles. Lorsque les reptiles sont dépourvus de membres, ou que leurs membres ne
sont pas très rapprochés de la tête , immédiatement au-dessous de la naissance des nerfs vagues, la moelle se rétrécit presque de la moitié de son volume, c'est le cas du lézard,
du crocodile, de l'amphisbène ; lorsque, au contraire, Les membres sont très rapprochés de la tête, chez les grenouilles et les crapauds, par exemple, comme les nerfs des membres antérieurs naissent tout près de ceux de là dixième paire, la moelle, audieu de se rétrécir , reste uniformément élargie. L'augmentation de volume de la moelle, supplée donc alors aux ganglions situés sous le cérvelet, ou en arrière de cet organe, chez les poissons. Quelques reptiles conservent des traces des ganglions dont Te le crocodile est dans ce cas.
11° paire. Nerfs hypoglosses. M. Risuont (1) n’a jamais
aperçu ces nerfs dans la famille des batraciens. Cuvier a omis de les mentionner; Bojanus les a décrits et figurés chez la tortue ; « [ls naissent, dit cet anatomiste, de l’extrémité postérieure de la moelle épinière par un certain nombre de filets qui se réunissent en deux faisceaux principaux avant de sortir du crâne. » Je n’ai pu les apercevoir sur l’encéphale des reptiles que j'ai examinés.
3. Poids et volume proportionnels de l'encephale des reptiles.
Je vais d’abord comparer le poids de l’encéphale au poids du corps; je comparerai ensuite le poids de l’encéphale au
(1) Op. cit.
volume de ceux des nerfs encéphaliques que j'ai pu mesurer exactement. Les pondérations dontiles résultats sont consignés dans le tableau suivant, ont été faites par Caldesi (1), Cuvier (2), M. Carus (3) et par moi. Je place en première ligne, comme je l'ai fait pour les poissons (h), les Lo comparativement les plus volumineux. d
Le poids de l’encéphale est au poids du COrpS, chez les reptiles ci-dessous dénommés, dans la proportion suivante.
Lézanl vert..." 21% . . 1 à +160 x GrenouIIe 5 7e : "eee 172 Salamandre, . . . . . 380 r & 4 Grenouille . « 4 « . + 414 1 “Grenouille ©. 08... 500
Couleuvre à collier . +. . 792
Couleuvre à collier, . . 1,580
Tortue de terre 4 . .+. 2,240 Tortue demier. . « « . 5,680 É.:
Ce qui donne pour moyenne 1321.
Je dois prendre ici la même réserve que j'ai prise pour ce qui regarde le poids comparé de l’encéphale et du corps des poissons ; un plus grand nombre de reptiles ou des reptiles différens de ceux qui ont fait le sujet de ces observations, eussent sans doute donné d’autres chiffres. Cependant on ne peut pas s'empêcher d'être f "appé de la différence qui se fait remarquer entre les deux moyennes. La première, celle qui estrelalive aux poissons, est de 5668, la seconde celle qui est relative aux reptiles, est de 1324, ce qui établit le rapport d'environ 4 à 4, et réduit, par conséquent, le volume de l’encéphale des poissons, au quart de celui des reptiles.
(1) Caldesi cité pagHaller. Elém. phys. t, 1, liv. 10, sect. 1,6 3. . (2) Lec, d'anat. COM} NL: 2, PHEP2.
(3) Traité d’anat, comp. Paris, 1835. 4 1, p. 78.