‹ Anatomie comparée du système nerveux (volume 2)Chapitre 12 sur 66 · DANS SES RAPPORTS AVEC L'INTELLIGENCE · texte numérisé non relu

DANS SES RAPPORTS AVEC L'INTELLIGENCE

Il y a on certain nombre d'animaux ciiez lesquels on ne connattpas de système nenreux, soit que ce système manque complètement, soit que les moyens d'investigation, mis en usage jusqu'à présent, n'aient pas été assez puissans pour le faire découvrir. Ces animaux désignés par M. de Blainvllle sous le nom d'amorphozoaires, sont ceux dont Torganisaiion est la plus simple et qui touchent d'assez près aux végétaux. Parmi les zoophytes ou animaux rayonnes^ les holoturies ont été indiquées par M. Tiedem^nn (1) comme étant pourvues d*un système nerveux ; mais Délie Chi^je (2), qui dit avoir disséquéplus d'un millier de ces animaux, n'a jamais pu y trouver de traces de substance nerveuse réunie en filamens; les recherches de M. de BlainviUe (8), sur ce point, n'ont pas

{i)iAnai0ini€ d«r âakrêmhùlothturU f elc. Heidelberg» iSao» îo-fol,

(a) Istutizioni di anatomia efisiologia eomparata, NapoU, xSSa, 1. x*%

(3) Manuel étactînologie. Paris, 18 34, avec figures, Iq-8. p. 65.

2 AKATQHIE GQ]»41Qft

eu plus de succès; il en a été de même de celles de M. John Anderson (1). Dans rastérie rougeâtre, M. Tledemann(2) a décrit et figuré un anneau nerveux entourant Torifice de l'œsophage et duquel émanent des filets nerveux dîvergens, au nomkri do qtitbzie { Sphi: et R. Grant ($} dé0t*lveiit ks mètsm filets et disent les avoir vus; mais Cuvier révoque en doute leur existence : il pense que ces filets, décrits comme étant des filets nerveux, sôilt de nature tendineuse, et Délie Chisge dit positivement que ce sont des artères (&). Cbec raotiai€V M. de Blaf^iriHe a tq« dam le bord méoia de la lèvre, une sorte de cordon gris , pulpeux , qu'il croit pouvoir regarder comme nerveux (5); toutefois ce n'est pas encore, même pour M. de Blâînvtlte, on faït bien démontré.

Les animaux privés de système nerveux sont-ils pour cela dépourvus ^e toute substance nerveuse? M. Carus et avec lui plusieurs anatomistes ne le pensent pas; tfâ àdttletféilt, ^afes l'avoir vue, une substance méduKairtË 6eiistb(e,ttnilbrmément tépartie dans les tissus de l'âtiimaf (6). Qttif yait tine substance sensible, cela n'est pas doutetix, pufdqcre tes animant dont 11 s^agit montrent, par leurs moutemcns^ qulh sentent rimpres^ sion des corps qui agissent Sur eu^; fés holotttridà, put exemple, se contractent sous l'influence d^ude irfitâtîoû extérieure; mais que cette substance sort de tiature nïédulîâfre, c'est ce qui ûè devrait pas être admis sans démonstration. Itf . Carus (7) étâie son opinion sur la proposîtioti suivante dér M. Ûken i « La

(tj 6n th& nêfpotu synem. Lttadoo, st)7vliir4*ii p« 7*

(3) Ouilines ofcomparatipeanatomy, Lond. i835, in-S, fig. p. i83.

(4) QwfMg^ciU.

(5) Ompoge cite\ p. 80.

(6) Carus, Traiié d'anatomie comparée, trad. par Jourdan. Paris, i$35, t. 3, p. 35.

(7) Loc^ cil.

substance animale y dit M. Oken, a commence par la masse nerrénse, c'est-à-dire parla chose la plus ëlerëe, par celle que les physiologistes ont considéré comme étant la dernière à se montrer. L'animal tire son origine da nerf, et tous les systèmes anatomiques ne font que se dégager ou se séparer de la masse nenreuse. L'animal n'est que nerf : ce qu'il est de plus, ou lui Tient d'ailleurs , ou est une métamorphose du nerf. La gelée des polypes, des méduses, etc., W la substance ner^ Yeuse au plus bas degré , de laquelle n'ont encore pu s'isoler les autres substances qui sont ou cachées dedans , ou fondues avec elle. La masse nerveuse désigne ce qui , chez ranimai , est dans Tétat d'indifférence absolue, et peut, en conséquence, acquérir la polarité par le^moindre souffle, même f»r une pensée. (1) i> Cette proposition qui , suivant M. Cams , répand une vire lumière sur l'étude des divers systèmes organiques , est au moins fort contestable : elle peut être ingénieuse ; mais , en anatomie , ce ne sont pas des idées tngéniettses qn'ii faut, ce sont des idées vraies et des faitiS démontrés. Or, comment démontrer que la masse composant les animaux placés au plus bas degré de réehelle animale , soft une masse nerveuse? Par sa disposition organique, par sa ttature chimique : ce sont là deux caractères essentiels , et qui peuvent servir de preuve -, mais ni M. Oken, ni M. Carus ne paraissent s'en être occupés. M. Brachet qui adopte comme traies les idées de M. Oken sur ta nature dés animaux inférienrs, après avoir cité te passage qu'on vient de lire, ijoute : « Voilà donc expliquée cette abtence apparente du système nerveux dans les cîasses inférieures; leur masse pulpeuse n'est qu'une sorte ai albumine toute nerveuse; les animaui^ primaires ressemblent donc à la ««ibstaBcé poneti-

(f) Idkiémch dêt IfaturplUiùêophh, «^ édtt.» Jem^ T83r, in -S, p. «M.

U AlfATOMIB COMPARÉE

forme qui constitue les premiers rudimens des animaux supérieurs. C'est une substance molle, nerveuse, qui se nourrît par imprégnation et par imbibilion endosmotique , et qui n'avait pas besoin d'un organe spécial, puisqu'elle constitue à elle seule Tanimal tout entier ou son origine. A quoi eussent servi des divisions et des subdivisions de cette substance nerveuse, puisqu'il n'y avait aucun organe, aucun appareil pour les recevoir? C'est cette origine première de l'animal qui a porté M. Virey â assimiler la substance encore amorpbe à la matière du sperme (1). » Cette approbation sans examen est une chose qui a droit d'étonner , et dont on ne saurait assez se garantir , quand on cultive les sciences ; une critique même injuste serait moins à craindre, parce qu'elle aurait pour résultat de provoquer des recherches utiles, tandis qu'une trop grande déférence aux opinions des autres ne sert ordinairement qu'à propager Tireur.

Je n'admets donc pas que la matière dont sont formés les animaux primaires ait une nature nerveuse : la faculté que possèdent ces animaux de se contracter et de se montrer sensibles aux agens extérieurs n'est pas du tout une preuve qu'ils soient tout neris. En pareille matière , on a droit d'exiger une démonstration , et la démonstration du fait dont il s'agit n'a pas même été entreprise.

Dans les animaux qui par leur organisation s'élèvent au-dessus des rayonnes, on trouve un système nerveux ordinairement bien visible, et, d'après les recherches récentes de M. Ehrenberg (2), les animaux microscopiques eux-mêmes n'en sont pas dépourvus. Ces animaux éuient regardés, tout

(i) Brachet^ Recherches exp» fur les fonc, du sfst\nerp, ganghy %• édit. Parii, i837,in-8, p. 66.

{%) Voy. Annales des se, naiureUes, a* série, 1. 1. Zoologie. Paris, x834;

DU SYSTÂMB NBBVEUX. 5

récemment encore, comme privés de viscères et n*ayant pas même une cavité, un sac, pour contenir et digérer la substance nécessaire à leur nutrition; on croyait qu'ils recevaient leur nourriture par une sorte d'imbibition, et on avait désigné le plus grand nombre d'entre eux sous le nom ûHnfuêoires homogènes (1). Or, ces prétendus homogènes , observés par M. Ehrenberg, ont été trouvés pourvus d'organes analogues à ceux d'animaux réputés pins élevés dans l'échelle animale. Ainsi, la monade, dont la dimension ne va pas au-delà de O^-^-jOOlS et qu'on ne voit bien qu'à l'aide d'un grossissement de trois à quatre cents fuis, a une bouche garnie de cils et servant d'ouverture à une espèce de tuyau membraneux muni de cinq à six poches, destinées à recevoir et à digérer des alimens. Les genres Enchelide, Paraménîe, Kolpode, ont un tube intestinal tortueux, garni également de vésicules ou poches stomacales, et ne se réunissant plus, comme chez la monade, par ses deux exti*éniiiés, pour aboutir à une seule ouverture servant à recevoir les alimens et à rejeter les résidus de la digestion, mais se rendant à des points opposés du corps de l'animal et ayant, l'une et l'autre, des fonctions bien distinctes. Dans une des tribus des infusoires, celle des cercaires qui comprend les animalculesspermatiques, NItzsch, professeur à Halle, a découvert l'existence de trois yeux; M. Ehrenherg a vu les mêmes organes chez la plupart des Infusoires soumis à son investigation.

Puisqu'il y a chez les infusoires des organes destinés à une sensation spéciale, puisqu'il y a des yeux, il faut dans l'organisation une substance capable de recevoir llmpression. Pour agir, cette substance ne peut être isolée dans un organe, autrement la sensation resterait isolée aussi, ou plutôt elle n'existe-

(i) Ciivier, Le Règne animal, Paris, x83o, t. 1, p. SiS.

6 ANATOMIB COJfPAEÂS DU SYSTiHE NSAVEUX.

rait pas. Dès qu'il y a plusieurs organes de sensation, il fiiut i ces organes un lien qui les unisse entre eux et qui les mette en rapport avec le reste de rorganisme. Or, ce lien est le système nerveux. Le système nerveux existe donc nécessairement chez tous les animaux qui ont plusieurs organes destinés aux sensations. Cette conséquencoi qui me semble rigoureuse, se trouve confirmée par Tobservation. Dans Vhydatina f0nta,M, Ehrenberga trouvé deux corps ganglionnairessitués au milieu des organes rotatoires et en avant de restomac : le reste de l'organisation de Vhydatina est assez parfait, pour que Ton ne s'étonne pas de l'existence de ganglions nerveux; on y découvre, en effet, une membrane double et diaphane, quatre paires de muscles, dix-sept gaines musculaires appartenant aux organes rotateurs, des muscles pour le pharynx, le cloaque, etc. Des observations ultérieure^ feront sans doute découvrir des nerfs chez la plupart des antres infusrâres, ainon chez tous; car, ainsi que je le disais tout-à-l'beure, puisqu'ils ont des yeux, ils doivent être pourvus d'un organe qui reçoive la sensation de la vue, et d'un point central qui puisse mettre cette sensation enrapport avec le reate de l'écoooiiîe. Mais comme je n'ai aucun fait nouveau à pi*ésenter sur le système nerveux des animaux microscopiques, ni sur celui des rayonnes, je ne m'y arrêterai pas plus long-temps : je passe à des animaux mieux étudiés et plus complets, et chez lesquels l'existence du système nerveux ne peut être mise en doute.

SYStAhS nEVBUX IMfiS Bip|«liVdQUfiS.

• CHAPITRI! PBSmEB.

Le système iierveax des mollasques a pour caractère il'ètre composé de ganglions réunis entre eux par des anses nerveuses et fournissant un nombre de nerb très variable suivant les espèces : c*est le système nerveux (pit s'éloigne le plus de celui de Viiomme, et 11 a même, au premier aspect, très peu d'analogte avec celui des autres invertébrés. Aristoce (1) à commencé Tanatomie des mollusques , mais à peine dit-il Quelques mots de leur système nerveux ; Swammerdam (S) en à parlé plus explicitement ; ensuite sont venus Alexandre Monro (8), Scarpa (&) , Tllesius (5) , Poli (*), Cuvier (7), et tout récemment MM. Deshayes (8), Carus (9), Oweu (10) et itobert Oamer (il). Chacun de ces auteurs u^a pas envisagé son sujet dans toute retendue qu'il comporte ; les uns ont

(i) Maoirê rfn jitdtimm»

(3) Zssay on comparadpe tuêfU., Lond., 1775*

(4) Anat, dUquisiiione de auditu et olfactu» PaYÎd, 17^9. tn-fol., fig.

(5) De retpiftuioHè scBpUe vffidtutUs. Leiprig, cSot»

(6) Testacéa utrnuque Sieiliœf ete. Panne, 1791, 1796 et i8a8, in-fol.

(7) Mêm<ùre$ pçur servir 4 Hfiistaire et à VAnatomc des MpOufqms. Paris, XS17, m-4»fig.

(8) Encyclopédie méthodique^ Hist. nat. des vers. Paris, i83o,iii-4. t. a.

(^ Trmtid'Jmat^eoit^pttréo^ Tnd,, farA«/. t. J«iifd|ii. Paris, x635p

3 vol. in-S et atlas in-4.

{to) Memçiron thepearfy namtiliu» Losd». i83d» Ûi^4#' <xi} The iram, ^f the Uumean Sœie^ of LoadçR» Ye). 17, part, 4»

Xiond., 1837. I11-4, ^.

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