‹ Anatomie comparée du système nerveux (volume 2)Chapitre 4 sur 66 · AVIS DE L'ÉDITEUR · texte numérisé non relu

AVIS DE L'ÉDITEUR

Lorsque parut, en i839, le premier volume de VAnatomie du système nerveux de Leuret, fruit de dix années d'observations et d'études, il reçut des savants le plus favorable accueil. Pendant la longue et douloureuse maladie à laquelle il a succombé, Leuret nous exprimait souvent l'espoir de terminer son œuvre de prédilection.

Le regret général que causa l'inachèvement de ce bel ouvrage, s'il nous es^ permis d'ajouter, l'amitié qui nous liait à l'auteur, enfin des instances aussi nombreuses que pressantes de la part de tous ceux qui avaient pu apprécier Leuret, tout nous faisait un devoir de mener à bonne fin cette publication.

C'est après en avoir conféré avec les meilleurs amis de Leuret, avec les hommes qui conservent un religieux souvenir de la science et dés éminentes qualités de cet habile observateur, MM. les docteurs Louis, Trélat, et M. Guerry, membre correspondant de l'Institut, que nous avons proposé à M. le docteur P. Gratiolet, de vouloir bien compléter l'anatomie comparée du système nerveux. Personne ne nous paraissait, en effet, dans des conditions meilleures pour exécuter ce travail.

Aide naturaliste au Muséum d'Histoire naturelle, auteur de Mémoires justement estimés sur l'anatomie du cerveau, ne calculant que l'intérêt de la science, M. P. Gratiolet a bien voulu répondre à notre appel et accepter cette mission, mission à la foi<< délicate et difficile, car M. Gratiolet a dû,

avant tout, se bien pénétrer de la pensée et de la méthode qui dirigeaient Leurct dans la rédaction du premier volume, afin de suivre les mêmes principes dans la composition du second.

Réunissant les noms de Fr. Leuret et de P. Gratiolet sur le titre de cet ouvrage, nous devons indiquer exactement ce qui appartient à chaque auteur.

M. Leuret a publié :

1<» Le tome premier complet; ^ Les planches t à XVI, avec léuf explication. Led plancher XVIl à XXll tmi été detsinéeft d'après nature^ par M. A. Ghasal^ et gravées sous la dîrectîoD de Lêoret

M. Gratiolet a publié :

lo Le tome second eooiplet ;

t* Les planches XXilI à XXXIIi deninéei d*apràâ nature par M» Formant^ et g;ravées soug sa direction; 3^ Le texte explicatif et descriptif des planches XVlI à XXXII.

Le lecteur nous saura gré de placer en tête de ce volume la Notice que M. le docteur Trélat a consaorée à la mémoire de Leuret.

NCM» fierons heureux si nos efforts ^réussissent à faire ac^ cueillir, eonune elle le monter cette œuvre dont la place nous semble marquée dans la Biblioihè^e des médecins et des naturalistes I & côté des travaux daa anatomistea les plus célèbres.

J«*^B» B* Paris, septembre 1857.

PRÉFACE DE M. LEURET.

Il existe entre le système nerveux et Tintelligence des rapports certains, mais dont la natare et les conditions sont presque entièrement ignorées. On sait que Fintelligence ne se manifeste Jamais sans le système nerveux, et l'on attribue aux différences de forme, de volume et de texture des parties qui composent ce système, les différences que Ton observe dans l'étendue et la variété des phénomènes instinctifs, intellectuels et moraux. Sur ce dernier point, on n'a rien encore déterminé, car on ignore quelles conditions organiques sont nécessaires à la manifestation de tel ou tel phénomène psychique.

Le premier, Je dirais presque le seul moyen que nous ayonà de préparer la solution de cet important problème, c'est de comparer dans chacune des familles, et même dans chacun des individus qui composent la série animale, l'état du système nerveux et celui de rintelligence, afin de savoir si une organisation donnée Coïncide toujours avec le même développement intellectuel, et si jamais ce développement inteUectuel ne se maDifeste avec une organisation différente.

Déjà beaucoup de' travaux ont été entrepris dans cette direction ; mais les uns sont bornés à un trop petit nombre d'espèces d'animaux, pour fournir des données générales ; les autres, exécutés dans le but de réaliscir des idées préconçues, n'ont fourni que des résultats erronés. Quand on étudie la nature, il faut constamment veiller sur soi, être en garde contre ses propres idées. La nature ne trompe pas, mais elle est si riche de faits qu'elle n'en refuse à aucun système ; tout ce qu'on veut y voir,

X PAEFACE DE M. LEUBËT.

on l'y trouve; tout ce qu'on lui demande, elle le donne : suivant la manière dont on l'interroge^ elle conduit à Terreur ou à la vérité.

J'ai suivi une marche différente de celle des auteurs qui m'ont devancé; j'ai compris dans mes études toute la série animale, et J'ai procédé comme si rien encore n'avait été établi sur les rapports qui lient l'intelligence au système nerveux. Les travaux antérieurs, je les ai pris comme simples renseignements, jusqu'à ce que, par mes propres observations^ j'aie pu juger du degré de confiance qu'ils méritent; les opinions, les théories, je les ai mises en regard des faits, et je n'en ai trouvé qu'un petit nombre qui aient résisté à ce genre d'épreuve. Lorsque des faits m'ont paru incomplètement observés ou en trop petit nombre, j'ai su douter. N'ayant aucunement la prétention de tout savoir et de tout dire sur le sujet que J'ai entrepris de traiter, plutôt que de cacher mon ignorance^ j'ai indiqué les questions qui, pour moi, étaient restées insolubles.

J'ai donné aux dissections et aux expériences microscopiques une attention toute particulière; la structure des centres nerveux, l'arrangement, le diamètre, la nature de leurs fibres, ont été l'objet de mes recherches. Chez les invertébrés, j'ai étudié la chaîne ganglionaire et les principaux ganglions ; chez les vertébrés, la moelle épinière et l'encéphale. Ensuite, j'ai comparé ces parties les unes aux autres, et je les ai groupées d'après les analogies d'organisation que j'y ai découvertes. Les circonvolutions des mammifères m'ont surtout occupé ; le soin que j'ai mis à les préparer chez un grand nombre d'espèces d'animaux, m'a permis de les individualiser et de suivre les transformations qu'elles éprouvent dans leurs dispositions principales.

Plus de dix années ont été consacrées à ces études préliminaires, études plus fructueuses que celles qui avaient été entreprises jusque-là dans la même direction, et cependant, je l'avoue, encore trop incomplètes pour le but que je voulais atteindre. «

PBRFACE DE M. L&URET. XI

Le cerveaU) le cervelet, ia moelle allongée, la moelle épinière ont été disséqués, mesurés, pesés et analysés, soit organiquement à l'aide du microscope, soit chimiquement, à l'aide des

réactifs, pois toutes les conditions matérielles du système ner- Teuz ainsi établies, je les ai nùses en regard les unes des autres, dans les différentes classes d'animaux.

Cette première partie de la tâche que j'avais entreprise une fois terminée, je me suis occupé de l'état psychique de chaque animal et de celui de l'homme. Mettant à profit les observations des auteurs qui ont traité cet important sujet, et après avoir moi-même répété et multiplié les observations de ce genre, avec toute l'attention dont je suis capable, j'ai dressé le tableau des facultés instinctives, intellectuelles et morales de l'homme et des animaux.

Ayant ainsi réuni devant moi deux séries de faits, les uns ma* tériels, puisés dans l'étude du système nerveux, les autres psychiques, puisés dans l'étude des penchants, des habitudes, des facultés intellectuelles et des facultés morales, J'ai pu les comparer et juger s'il existe entre eux, rapport, harmonie. Cette comparaison m'a donné, sur quelques points, de la certitude, sur quelques autres des probabilités ; sur beaucoup, elle m'a laissé dans une complète ignorance. Les résultats auxquels elle m'a conduit m'ont servi à établir moins de vérités qu'à renverser d'erreurs, et parmi ces erreurs se trouve le système de Gall.

J'ai fait représenter dans des planches, dues au crayon et au burin d'artistes habiles, un très-grand nombre de cerveaux ; tous les objets y sont de grandeur naturelle, la plupart d'entre eux ont été dessinés sur des pièces fraîches, et je n'ai rien négligé pour que l'exactitude des dessins fût aussi complète que pos* sible. Je n'ai emprunté aucune figure de cerveau de mammifères aux auteurs qui m'ont précédé, par conséquent, toutes celles que je publie sont originales. Il n'en est pas de même pour celles des invertébrés, dont quelques-unes seulement m'appartiennent.

XII PBBPACB DE M. LEUBET.

J'ai en soin d'indiquer à quelle source J'ai pris les autres, parée que la probité en matière de science, m'a paru aussi nécessaire qu'en toute autre chose.

Les cerreaux compris dans mon atlas ne viennent pas tous de ma collection; quelques-uns, et notamment celui de l'éléphant, font partie du Musée d'anatoraie comparée du Jardin des Plantes, Musée qui est placé sous la direction de M. de Blain- ▼ille. Ce professeur auquel J'ai dû m'adresser pour y avoir accès, a d'abord semblé mettre une grande obligeance à me faciliter l'étude des cerveaux de cette collection; mais, par une restriction inconcevable dans un homme aussi distingué, il m'a refusé l'autorisation de faire représenter les cerveaux qu'il me permettait d'étudier, alléguant que le public trouverait singulier qu'un anatomiste étranger au Musée fit le premier connattre quelques-unes des pièces qui y sont contenues.

D m'a semblé, au contraire, que le public, aux firais duquel le Musée est entretenu, trouverait singulier qu'on le privât, dans la personne d'un des siens, d'une autorisation semblable à celle que Je demandais. Je n'ai donc tenu aucun compte de la défense qui m'était faite et J'ai passé outre, ne doutant pas que M. de Blainville ne reconnût t6t ou tard qu'en cela sa prétention n'est pas fondée, et qu'il n'applaudît lui-même à ce qu'il pourrait appeler mon larcin, surtout si ce larcin tourne au profit de la science.

En rédigeant cet ouvrage, j'ai tAché d'être juste envers tous les auteurs qui ont exécuté des travaux sur le sujet que je traite : dans le cas où J'aurais montré de la partiahté pour ou contre quelques-uns, dans le cas plus probable où J'aurais omis d'en mentionner quelques autres, loin de trouver mauvais qu'on illie le fhsse apercevoir, je le désire, au contraire ; car n'ignorant pas ce que la culture des sciences coûte de temps et de peines, Je ne voudrais contribuer en rien à priver un auteur du fruit de ses veilles et de son génie.

Paris, août 1839.

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