Le voisinage de l'homme développe chez presque Ions
5M FàGULTÉS
les aniinaux retendue des fecultéa intellectuelles^ soit par le soin qu^il prend de les intrnire, soit que, leor faisant la chasse, il les oblige à prendre des précautions pour éviter les pièges qu'il leur tend.
26« Dans quelques espèces de manunifères les plus intelligentes, le père et la mère font en commun Féducaticm des petits, ils les nourrissent et les défendent; le plus souvent, la mère est seule chargée de ce soin : dans les espèces inférieures, les petits ne reçoivent aucune éducation.
27. La tendresse pour les petits parait être plus durable chez les singes que chez les autres animaux.
S8. Les qualités que Thomme a développées chez plusieurs animaux ou Fabrutissement dans lequel il en a jeté quelques autres qu'il élève seulement pour en faire sa nourriture, se transmettent par la génération presque aussi invariablement que les qualités naturelles.
29. La plupart des herbivores, et notamment l'éléphant, les ruminans et tous les solipèdes vivent en société; ils ont des chefe auxquels ils obéissent.
30. Les plus prolifiques des mammifères sont les rongeurs : l'époque de la pariade varie pour les mammifères dont les m&les deviennent alors plus féroces qu'en aucun autre temps.
31. Plusieurs mammifères restent unis toute la vie, le même mâle avec la même femelle; le chevreuil et les cétacés sont dans ce cas, et peut-être le loup et le phoque.
82. Les singes ont probablement des chefs; quand Us approchent de la demeure de l'homme, ils placent des sentinelles qui les avertissent du danger.
33. Parmi les mammifères, il y en a qui s'habituent à l'homme, qui l'aiment et qui lui obéissent : il y en a d'autres qui sont toujours sauvages.
»ES MAMUIFiERS. 5&5
34. Ceux qui y à Tétat denaturey vivent eu société, sont en général plus faciles à apprivoiser que les autres. Cependant on apprivoise Tours, le lion, le glouton, etc., qui sont des animaux solitaires, et Ton apprivoise pas le couagga qui vit en troupe.
35 . Les mammifères ont un langage d'action et un langage de voix. Auraient-ils une sorte de langage parlé que nous ne comprenons pas? L'ensemble avec lequel ils agissent quelquefois, permettrait de le supposer.
36. Il y a, chez les mammifères, des parasites et des voleurs; il y a aussi des flatteurs qui font la cour aux petits dont les parens sont à craindre.
37. Le cbien, élevé et instruit par l'homme, est le plus intelligent de tous les animaux : viennent ensuite l'éléphant et le cheval.
38. Plusieurs des actions des mammifères que nous ne pourrions faire sans intelligence, sont, chez les mammifères, le résultat de la perfection de leurs sens.
39. Les animaux ont des idées, de la mémoire, du jugement; quelques-uns ont le sentiment de la justice et celui du 'devoir. Tous éprouvent les ardeurs de Tamour, plusieurs en
ont la passion, et l'on en cite quelques espèces comme ayant de l'amitié les unes pour les autres.
&0. L'intelligence des animaux, celle des mammifères en particulier, et des plus élevés parmi ces derniers, est mise en jeu par les objets extérieurs ou par l'impulsion des instincts; rien n'indique qu'elle s'élève jusqu'aux abstractions, jus* qu'aux idées générales. Les animaux ne réfléchissent pas sur ce qui se passe au dedans d'eux-mêmes; mais seulement sur les choses qui sont au dehors et dans la limite que peuvent atteindre leurs sens.
5&d &KCHEKGHft W Ûtkat VÊ6 FAGlILTis
§ IV» lAGKBmOHB DU SliaS DBS FACULTÉS DiPAETIBS AUX
MAHMIFÈHES.
La phrénologie nous enseigne qu'il y a dans Tencëphale un organe pour chaque faculté, et que oc les facultés communes à l*homme et aux brutes ont leur siège dans les parties inférieures-postérieures et inférieures-antérieures du cerveau, tandis que les facultés, dont Thomme jouit exclusivement, ont leur siège au-dessous des parties antérieures-supérieures et supérieures-antérieures du frontal (i) ». Il suit de là, que <c les cerveaux des animaux ne sont que des fragmens du cerveau humain. » (2)
Kauteur de cette doctrine, Gall qui dit avoir étudié le cerveau des mammifères, depuis la musaraigne jusqu'à l'éléphant, a commis plusieurs omissions bien inexplicables*, il a négligé, par exemple, de décrire le cerveau des animaux; il n'a pas déterminé la valeur, Tidentité des circonvolutions, chez les animaux qui en sont pourvus; il n'a pas désigné sur les cerveaux, mais seulement sur les cr&nes, la place de chaque faculté. Les crânes méritaient sans doute de fixer l'attention de Gall; mais comme Gall avait la prétention de faire une physiologie du cerveau et non pas une crànioscopie, il devait ne s'occuper du crâne que d'une manière accessoire, et fixer toute son attention sur le cerveau.
Ge vice dans la méthode que Gall a adoptée, ou plutôt cette absence de méthode, a rendu toutes ses déterminations d'or^ ganes inapplicables et fausses, en ce qui concerne les mammifèreSf et lui a mérité^ de la part d'un de ses sectateurs (3) ,
(i) Gall, Sur les /onctions du cerveau et sur celles de chacune de ses parties^ Paris, i8a5, ia-S% t. ni, p. ao8 et aog. (a) Id. id,, t. lY , p. 449* (3) Yittont , Traité de phrénologie f t. 1 1 p. i la*
DÉPARTIB» AUX VàllllI?ÈKB9. 5^17
le reproche d'avoir fait un ouvrage u plus propre à induire en erreur qu'à donner une juste idée du siège des organes i>. Ainsi quand le principe de la pluralité des organes cérébraux serait vraie^ les localisations faites par Gall seraient de nulle valeur. En effet :
1^ Gall assure que le cervelet des animant qui ont subi la castration, diminue de volume, ce qult prétend démontrer par le rapetissement, jugé à vue d'œil, des fosses occipitales; or, les pesées faites à ma prière, par M. Marchant (1), sur des chevaux entiers, des chevaux hongres et des jumens, ont fourni un résultat diamétralement opposé à ^assertion de Gall.
2^ a Chez le singe, le chien et le chat, dit Gall (2), la région postérieure est bien plus prononcée, plus saillante, dans les femelles que dans les mâles. Chez le chat, l'amour de la progéniture a son siège dans la seconde circonvolution à commencer par la ligne médiane. Cette circonvolution est plus large et plus bombée dans la chatte que dans le chat, ce que je puis démontrer dans plus de cent tètes de chais de ma collection* 9
La collection de Gall achetée après sa mort, par le gooteN nement, est maintenant ao Jardin-des-*Plantes; on bien elle a été grandement mutilée, ou bien Gall se faisait une sin-> gulière illusion sur le nombre des têtes de chat qu'il possédait; car il n'en existe pas plus de 12. Si on joint à ce nombre celui des tètes des autres animaux appartenant à la fa^^ mille des chats qui font partie de la collection de Gall, nombre qui est de 3 seulement, savoir : une tète de tigre, une tète de lion et une tète de panthère, on aura en tout 15 tètes, et non pas plus de cent, comme Gall le disait.
(0 '^- précédemmenr, p. 427.
(a)0/>. «/.,i, III, p.461.
5/i8 HBCHKHCHB DU SIÈGE DES FACULTÉS
Quoi qu'il en soit, Gall localise celle fois d'une manière pré* cise le siège de Tamour des pelils; oa^^it de quelle circonvolution cérébrale il veut parler, c'est celle que j'ai appelée la troisième circonvolution, et qui s'étend le plus en arrière sur le cervelet; mais Gall n'indique pas soit en lignes, soit en millimètres, de combien la circonvolution dont il s'agit est plus grande chez la femelle que chez le mâle et, contrairement à son assertion, je puis affirmer que je n'y ai trouvé aucune différence.
S° Suivant Gall, ce le crâne du chien est remarquable par le développement de l'organe de rattachement, ainsi que celui du phoque et de la brebis : le crâne de la brebis se distingue sous ce rapport d'une manière frappante de celui du chevreuil qui vit à la vérité en famille, mais qui ne se réunit pas en troupe ». (l)
La preuve tirée de la comparaison du crâne de la brebis et de celui du chevreuil , n'est pas heureusement coi sic; la brebis vit en troupe, mais elle ne paraît avoir d'attachement pour aucune de ses compagnes; elie les aime toutes également, c'est-à-dire qu'elle n'en aime aucune; quant au che* vreuily il a un vif attachement pour sa femelle, car il ne la quitte jamais et meurt quand elle meurt. Les phrénologistes d'aujourd'hui seraient fondés à me répondre, si je leur faisais cette objection, qu'ils distinguent l'attachement à vie ou mariage de l'attachement amical; mais ici, je ne m'adresse qu'à Gall seulement, et je prétends qu'en supposant sa doctrine vraie, il aurait dû voir le contraire de ce qu'il dit avoir vu.
Quant à la place de l'organe, Gall assure qu'on peut se convaincre qu'il est très développé chez les chiens, en formant une collection de crâne$ de ces animaux* Gall aurait dA sjou**
(t) Op. «V., t« in , p. 49^.
DéyAKTIBS AUX MAMMIFBABS. §49
ter qu'il s^est assuré si Torgane était développé cliez tous les animaux qui ont de rattacheoient, s*il ne l*est jamais chez ceux qui n'en ont pas, et déterminer le point précis du cerveau qui correspond à la saillie du cràne^ mais il ne s'est aucunement préoccupé de ces difficultés.
4^ Le courage, l'instinct carnassier et la ruse, ont chacun leur organe situé à la partie latérale externe du lobe cérébral; plus ils sont développés, plus aussi le cerveau est élargi latéralement. Le courage est au-dessus et un peu en arrière des oreilles (1); Vinstînct carnassier, au-dessus du méat auditif (2); la ruse, au-dessus de la naissance du zygomatique (3). Le développement de chacun de ces organes élargit donc le cerveau soit au-dessus^ soit eu avant, soit en ai'Hère de Toreille, et les cerveaux les plus lafrges sbiit cenx qui po^ sèdent la ruse, le courage ou Tinstinct carnassier, à ou plus haut degré. Le compas peut servir à mesurer ce développe^ ment, et j'y ai eu recours. Les phrénologistès qui ont vu toitt ce que les mensurations peuvent avoir de dangereux pour leur doctrine, ont condamné presque unanimeiuent ce moyeu d'investigation ; Gall n'en faisait pas usage, il le blâfmait au contraire, et si parfois il lui accordait quelque valeur, c'était quand il donnait un résultat conforme aux principes de la phrénologie. Ainsi, en parlant de Torgaue du courage, U dit (6) que <k le diamètre d'un angle postérieur-inférieur du pariétal d'un côté à celui du côté opposé, était très grand chez un soldat de là garde qu'a connu M. Larrey, et qui aimait singulièrement h se battre. »
(0 Op» cif.f t. IV, p. a6.
(♦») W., id., p. 65.
(3) ftt,irf., p. rj^î.
(ïl)M,£«/., p. «4.
HO RBCIlUGas DU SitoB DS6 VJtÇVLTÉS
Qr^ A Yon veut bien consulter le tableau que j'ai dressé de r^argissemeut comparé du cerveau, chez les mamoûfèresy ou yerra qu*en suivant les principes de Gall, 4e marsouin ayant le cerveau {dus large que tous les animaux inscrits sur le ta* bleau, et avec lui FéléphaDt et le porc*épic, il faudra admettre que le porc-épic, l'éiéptiant et le marsouin sont en première ligne., parmi les mammifères, pour le courage, la ruse ou Viaisttnçt oarnassier. Après eux viendraient la cbauve^souris, la jtaupei la marmotte, #t bien loin après, le lion, le chien, le Miiglief-, 1(9 r^pjr4> ^(0. Ce n'esl pas tout, U faudra admettre ijue l'aï, le pliis timide, }e plus lent, le plus bébété des ani* manu, çsl^ pour le courage, ou la nue, ou l'instinct carnassier, i^vp^ili^^r à la fipimUle «i^ère des cbiens et à celle des chats* J'ai pfss^ itoix re«urà$ femelles provenant d'une même IK}i*t^ft tous. 4efl% ^(aÂ^$ #ans la mteie cage, et n'avaient j»mé dd vivre, etnscwble* I^'uni^ cachait toiqours quand on jappiH>^lMiit, l'aui^re menfiwîrecnslamment et mordait les bar- V^^Ti de s», icae^ li^ sont morts; j'ai mesuré le cerveau de chacun d'eux, el^pav unesingulîère fatalité, le renard trèsmé* i2iaBt,^V0illi&cerveatt'Un.p^uknûu(lsiaii[equelejrëDard timide!
Comme les phrénologistes sont d^ordinaire assez peu au tioumni de Ift {bnue du cerveau des animaux, il m'est amv)S d'en faire I tomber phisieitrs.dans un piège qui montrait en même Maps^et leur hpnne foi et la ^nité de lôir doctrine. Je leur présentBi8,ri|a à eôté-de l'antre^ un cerveau de loup et mi iosrveau d'ftne (lé cerveau du loup est élargi en arrière et sur les côtés, plus que celui de l'&ne) , et les phrénologistes me disaient : Voilà un fait qui vous condamne, comment ne vous rendez- vous pas à l'évidence du résultat qui en découle? Ensuite, je leur montrais un cerveau d'une fonpe analogue à celui du loup, mais encore plus élargi surlesc^lds, et je disais à mon tour : Que pensez-vous de l'animal porteur de ce
DiFAUTIlS AUX HAJlMJViBB0. £5i
oeWeau? Il était de toute évidence, phrénologiquement parlantf que le porteur du cerveau élargi était plus carnassier, ou plus ruséy ou plus courageux que le loup : c'était uu lapin!
5^ L'organe de la bauteur qui est en même temp« celui de l'orgueil, porte les animaux à choisir leur habitation sur des lieux élevés, il est situé fc sur la ligne médiane du crâne, îm* médiatement au-*dessus de Torgane de la progéniture (1) p* Cet organe est plus petit chess le chevreuil que chez le chi^ mois, chez la chevrette que chez le bouquetin, cbea( le rat d^ cave que chez le rat de grenier. »
Si Gall a avancé ce fait sérieusement , ce dont il est permis de douter, je dirai que la comparaison du cerveau du cbe*^ ?rettil avec celui du chamois, 4^1ui du rat de cave avec celuî du rat de grenier, ne m'a rien offert de semblable.
6° «c Les orangsroutangs et les guenons, ont, suivant Gall (2), l'organe de la vanité^ ils accueillent bien ceux qui les flattent, tandis que les papions sont dépourvus et de l'organe et de la faculté. 3» C'est là une assertion dont Gall ne prend pas la peine de démontrer l'exactitude, et nulle part il n'indique quel est, sur le cerveau de l'orang-^utang (3) et des guemo^ii l'organe de la vanité,
7^ a Dans tous les chefii d'armée qui se sont acquis le nom do grands généraux par des actions préparées de loin, calculées avec circonspection, exécutée^ de sang-froid, j'ai observé, dit le fondateur de la pbrénologie, des têtes larges et carrées vers la région supérieure-postérjeure. Ces$ par h même rakan ftf# le ierpeni e$i iê iymhole de fart de la mddemne 3>. (A)
(%) PflU, op. cit. i. fiy,\, 9f^.
{%) Op, cit. y t. XTy p. 3x z.
(3) Y. TaUas de Fouvrage de Gall, pi. xziiy, où sont reprétentés le cerretu de ronaigK>utaDg et oelui du papion ; mais tans déiPSi)Stion 4*<
(4) Op, cit.j t IV, p. dag.
552 EBCHKACHB DU SliOB DBS FACUlTÂS
Je ne sais à quel genre de distraction attribuer ce passage de Gall. Le serpent aurait le cerveau conformé, quant à l'organe de la circonspection, de la même manière que les grands généraux! La forme du cerveau du serpent boa, du python et de la plupart des autres serpens, ressemble à celle du cerveau des tortues; celle du cerveau des couleuvres et des vipères, ressemble à celle du cerveau des lézards et des crocodiles, et n'a pas le moindre rapport avec la forme du cerveau des chefs d'armée.
« La loutre et la fouine, continue l'auteur (1), ont cette région très large. y> Tous les animaux ont la partie correspondante aux bosses pariétales de l'homme, plus élargie que la région frontale; la fouine ne ppésente en cela rien de particulier. Quant à la loutre, l'élargissement de la partie postérieure de la tète et celui du cerveau, dans la même région, sont en effet très considérables; mais cela tient, ainsi que je l'ai fait voir plus haut, à ce que la seconde circonvolution antérieure très volumineuse, a déjeté en arrière la scissure de Sylvius et les circonvolulions postérieures (V. pi. vi, loutre, fig. S). Ainsi, le développement en arrière du crâne de la Ion* tre, dépend de l'augmentation de volume des circonvolutions antérieures , et il coïncide avec des circonvolutions postérieures très petites. Nouvelle preuve qu'il ne faut pas, à l'exemple des pbrénologistes, juger du cerveau par le crâne, ni prétendre apprécier le volume des circonvolulions, à travers les parois osseuses de l'enveloppe qui les recouvre.
8^ L'éducabilité, ou perfectibilité, ou mémoire des choses, ason siège, suivantGall, dans la partie anté^lure-inférieuredu cerveau, immédiatement au-dessus des orbites (2).a Les seules
(i) Op, ci/., t. IV, p, 368, (a) /</., id.f p. 399.
BiPABTUS AVt ILUOlIfiKBS. S5S
circonvoIalioDs placées vers la ligne médiane et séparées sea« lenient par l'interposition de la partie antérieure-inférieure de la fauXi sont afléctées à la perfectibilité (1). Les animanx les moins capables d'éducatioui ont ces parties plus petites que les autres animaux ».
Un animal qui a cette partie peu développée, et qui est en même temps peu susceptible d'éducation i c'est le renard (V. pi. iv , renard , fig. 3). La circonvolution dont il s'agit est d'une grande simplicité, et elle se confond même entièrement avec l'extrémité antérieure de la circcm* volution interne. Le cheval, au contraire, éminemment éducable, a cette circonvolution bien isolée, très grosse et même sous-divisée (Y. pi. ix, cheval, fig. 1'", la circonvolution située entre le lobe ethmoïdal e, et l'extrémité antérieure de la circonvolution interne I). Voilà deux faits qui sont en parfaite harmonie avec la loi établie par Gall; mais deux faits et même un plus grand nombre ne suffisent pas pour établir une loi; il faut aussi qu'il n'y ait pas de faits contradictoires; or, dans le cas dont il s'agit, des exemples nombreux sont en contradiction manifeste avec les indications qui seraient tirées de la comparaison du cerveau du renard avec celui du cheval. Les ruminans et les solipèdes, éducables ou non, se rapprochent tous plus ou moins du cheval, et le chien est tout-à-fait semblable au renard. Ainsi d'un c6té, le chien et le renard, dont l'un est très éducable et l'autre non, ont une organisation analogue quant à la circonvolution assignée par Gall à Téducabilité, tous deux ont cette circonvolution très peu développée; tandis que les ruminans et les solipèdes ne présentent que des différences de détail, et plutôt de volume absolu que de volume relatif, dans la même circonvolution, sans qu'on puisse
Uh aBCflBBAHB DU BliOB BBB BAOILTÉS
y recoanattre aucune conformation spéciale, suivant que cas herbivores sont ou ne sont pas doués de la perfectibilité,
Cest en vain que Gall cite en preuve de sa doctrine sur ce point, la différence qu'il prétend exister dans une saillie de crâne correspondant, suivant lui, à la drconvolutbn de l'édttcabilité, chez le blaireau, la loutre, le castor, le eA^marin, le loup, le renard, le chien-^lévrier et le chien cou-* chant. Les saillies du cràae, dans la rëgiondont U s'agit, indi* queraient plus imparfaitement eneore que dans aucun autre point de cette botte osseuse, le développement de telle ou telle circonvolution , en raison du voisinage des cavités nasales qui, inégalement étendues, masquent plus ou moins complète* ment, la partie antérieure du cerveau.
Gall cite les Jeunes animaux comme étant plus éducables que les vieux, et il dit, avec raison, que dans le premier âge, les animaux ont le front moins effacé que dans l'âge adulte ou dans la vieillesse. Mais il n^en faut rien conclure en faveur de la loi qu'il a établie; car le ftit qu'il a signalé dans la eonfor* mation du crâne, tient à l'inégal développement de la face et du crâne, aux différons âges de la vie. Dans l'enfance, la face est petite comparativement au crâne; mais quand son ossature se développe et se complète, eMe cache des parties du crâne qu'auparavant elle laissait â découvert. Les changemens que les progrès de l'ossification impriment à la tête sont tels qu'ils ont trompé certains naturalistes au point de leur faire regarder comme appartenant â des espèces différentes, des indivis dus de la même espèce. Un orang-outang Jeune a été place loin de rorang-outang adulte, â cause de la différence im^ mense qifil y avait entre le développement de la face, chcx Fun et chez l'autre. <1)
. (t) La différence qui existe entre le développement eompiré du «lêne et
DitASlTOS ànx MAMMlrtUS. 555
s** Une des erreurs les pins lourdes qui ait été commises eu phrénologie, se trouve dans le passage suivant extrait de Touvrage de Gall : <c L'ensemble de cette masse cérébrale si* tuée sur le plancher orbitalre et contre le front, est composé de plusieurs organes, tels que ceux de Téducabillté, du sens des localités, du sens des personnes, du sens des mots et du langage, du sens des tons, du sens des nombres et peut-être du sens de Tordre et du sens du temps. Or^ suivant qu'une espèce se trouve douée de plus ou de moins de ces organes, sa masse cérébrale s'étendra plus ou moins sur les côtés, et la surface antérieure-inférieure du crâne sera plus ou moins large ». (1)
C'est là une des véritét phrénologiques les moins contestées , même par ceux qui n'admettent pas toutes les localisations proposées par Gall et ses sectateurs; or, cette vérité est diamétralement en opposition avec les faits, ainsi que chacun peut s'en convaincre à la simple Inspection. La surfoce antérieure-inférieure du cerveau est plus large de la moitié ou même des deux tiers, chez les ruminans et chez les solipëdes que chez le renard, le loup et le chien.
Il m'est arrivé plusieurs fois, en montrant ma collection . de cerveaux à des phrénologistes, de leur présenter en même temps un cerveau de chien de berger et un cerveau de mouton, en leur disant : a Des deux animaux porteurs des cer-
és la Êiee chfli le jinmo ûngo et ûna, I4 yinge fdtiltfli «ignalée par Gavier, ïilesiitf et niulolphi , se trouve exprimée d'une manière très netle cUas les deux figures de Pongo que vient de publier M. Owen. L'une de ces figures re« présente la tête d^un jeune Pongo, rautre eeHe d*un Poogo adulte. La faoe acquis une dimensian telle, diea ea àmàtfy qufella masqua presqua antito»
|x>nd. i83()).
(0 Op. c'a., t. V, p. St;
556 aïOilKCHB DU sites DB8 pacultés
veaux que vous voyeas, Tun conduit Tautre, montrez-moi le conducteur, i» Tous, sans hésiter, ont désigné le cerveau du mouton. Et ils étaient conséquens en agissant ainsi; car, le cerveau du mouton est, à sa partie antérieure^ bien plus élargi, bien mieux développé que ne Test celui du chien.
D*où vient donc Terreur de Gall, sur ce point? Elle a lai même source que toutes ses autres erreurs : Gall a vu quelques faits, il en a déduit des lois, et son système une fois établi, il n*a plus tenu compte que des observations qui venaient à Tappui de ses idées. Le front du singe est plus étroit que celui de Thomme, le front du loup plus étroit que celui du singe, celui des reptiles et des poissons est presque nul; voilà une dégradation organique qui est en rapport avec celle de rinteiligence. Mais la grandeur du front n'indique le dévelop^ pement de la partie antérieure du cerveau que d'une manière très imparfaite; il y a des cerveaux à partie antérieure bien développée, qui sont cachés derrière les fosses nasales; pour les distinguer des cerveaux étroits et comme effilés, il faut les extraire du crâne et ne pas se borner à examiner les contours de cette enveloppe; il faut, en un mot, faire de Tanatomie et non de la cr&nioscopie. Les phrénologistes n'ont pas l'habitude d'étudier dans cette direction : ce ne sont pas des cerveaux qu'ils étudient, mais seulement des crânes, et quand ils veulent décrire une circonvolution cérébrale, au lieu de la montrer et de la faire toucher, ils présentent une saillie osseuse, une bosse du crâne. Ceux d'entre eux qui ont pris, avec tant de candeur, le cerveau du mouton pour celui do chien, cultivaient la phrénologie weec distinction depuis an grand nombre d'années, quelques-uns même avaient publié sur cette science des ouvragies estimés des phrénologistes, et plusieurs m'ont avoué que certains de la fidélité avec laquelle le crâne se moule sur le cerveau, ils avaient négligé
BÉPAETIES AVX MAMDIlFÈMd. 557
rétude dtt cerveau, et s'étaient arrêtés à considérer les formes de Tenveloppe de cet organe.
S"" On a entendu deux mammifères chanter ou du moins pousser des sons qui formaient une sorte de gamme, et ces deux animaux étaient des chiens, l'un observé par Bennati, l'autre par M. Guerry. Gall (1) prétend ce qu'il n'y a pas un seul mammifère doué du sens de la musique, au point d'être capable de chanter de lui-même ou seulement de répéter les chants qu'il entend, i» en cela, il a presque entièrement raison; mais l'explication qu'il en donne, est celle-ci : «c Les crânes de cette classe d'animaux sont beaucoup moins larges que celui de l'homme, dans la région où l'organe de la musique a son siège. » Je réponds : s'il y a une exception à faire en faveur d'im mammifère, c'est en faveur du chien. Eh bien! le chien a le cerveau beaucoup moins large que le moutoni l'âne et le bœuf dans la région où Gall a placé l'organe de la musique. Et si l'on compare le cerveau de ces herbivores à celui des oiseaux chanteurs qui est pointu en avant, à-peuprès comme celui du lapin, l'opposition sera bien autrement frappante. L'âne, le bœuf et le mouton devraient prendre pour le chant, la place de l'alouette, du pinson et du rossignol.
Certains phrénologistes, embarrassés par quelques objections de ce genre, ont prétendu que l'on avait tort de mettre en regard des animaux d'espèces différentes, ils voudraient que Ton se bornât à comparer entre eux des animaux de la même espèce ; ainsi, il faudrait se borner, par exemple, à prendre deux têtes de renard et les opposer l'une à l'autre, mais ne pas étendre la comparaison jusqu'au mouton ou au lapin. Je ne refuse pas ce genre d'épreuve, et j'ai parlé de deux renards dont je conserve encore les cerveaux; l'un était
IM BMauMm Bo siica »m facuvtés
tîmidOi l'autre méchant. Le renard néchanl avait (organe de la méchanceté moins développé que le renard timide. M aifl puisque les {dirénologistes prétendent puiser leurs argumens dans toute la série animale^ puisqu'ils mettent en opposition les uns avec les autres des animaux d'espèces très différentes, par exemple, la marmotte et la marte, le che* vreuil et les singes (i); puisqu'ils placent sur une même ligne la tête du serpent (3) et celle des grands généraux , il doit m'être permis d'adopter leur méthode ) de les attaquer et même de les battre avec leurs propres armes.
Que s'ils persistent dans leur opposition sur ce point, s'ils regardent la méthode employée par GaU comme vicieuse, comme servant également à prouver le pour et le contre, qu'ils n'y reviennent donc pas, même quand elle leur est favorable I mais alors que deviendra la phrénologie qui doit, a nouvelle divinité scientifique, prendre rang dans TOIympe de nos écoles et de nos académies? (3) d Elle se trouvera réduite, comme <x l'astrologie, la nécromancie, l'alchimie, à des assertions qui ne soutiennent pas un instant l'examen (4) v. Pour établir une doctrine, il ne faut pas recueillir les faits qui la pratwéfU sans avoir égard à ceux qui lui sont opposés; il faut au contraire réunir les uns et les autres, les groiq[^r et déduire les conséquences qui en découlent avec un esprit dégagé de toute idée préconçue»
IQO c Chez le hamster, la marmotte, le castor, l'organe des constructions est très facile à reconnattre. Il Caut lelcherclier chez tous les rongeurs immédiatement au-dessus et en avant de Tarcade zygomatique. Plus les animaux sont doués à un
(i) GaU, op, €k,f t. ZT, p. 65.
(a) Id., id,y p. Sag.
(S) Souillaud, Journal de phrénologie^ t. iz^ p. z5.
(4) Magendie^ PrécU élém. dephpiol, t. i, p. «47.
haut degré de rinstiact des codfttnictioiiSy plus cette région de leur crâne est saillante (i)< L'on trouve la même diflë*rence entre les oiseau qui construisent des nids et ceux qui n'en font pas »» (3)
Je ne reprocherai pas à Gall d'avoir omis d'indiquer la circonvolution qui préside à la construction^ parce que les rongeurs, ainsi que les oiseaux^ ont le cerveau lisse ou à-^peu-* prèS} mais si, comme on peut le déduire de la place que Gall assigne sur le crâne à l'organe de la construction, cet organe eitiste à l'angle externe et antérieur du cerveau qui est eu effet très marqué chee le castor (8), une forme analogue à celle du cerveau du castor devra se rencontrer che2 tous les animaux constructeurs, et ne pas se rencontrer chez d'autres, au moins en ce qui concerne l'organe de [la Construction. Cependant que voyons-nous? Les rongeurs se construisent presque tous des habitations ou au moins se creusent des terriers. Eh bien! au lieu d'avoir le cerveau élargi en avant, ils l'ont au contraire, fort rétréci dans cette région : les oiseaut, même les meilleurs constructeurs e nids sont tous dans le même cas. Les abeilles, les fourmis ne présentent rien qui rappelle l'organe de la construction des castors. Et, en revanche, l'ai, cet animal si bête qui irit accroché à des branches d'arbre, a le cerveau élargi en avant d'une manière qui ressemble assez à celle du castor, (ft)
Les ouvrages de Gall ne contenant rien de satisfaisant sur la localisation faite par lui, des facultés des mammifères, j'ai cherché si, dans sa collection, je trouverais des indications
(i) Gall, op, wUf t« ▼, p. z8S»
(a) /rf., id.^ p. 187.
(3) Y. pi. X I de l'allas^ la figure du (ienreau da castor.
(4) Ibîd., pi. X.
560 &ECHBKCHt DU SIÂGB BBS PA.GULTÉS
plus positives que dans ses planches. La collection de Gall se compose presque exclusivement de cr&nes; on y voit quelques cerveaux moulés, mais seulement quelques-uns. Il s'y trouve deux modèles de cerveaux de chien, et à la partie antérieure de la troisième circonvolution, chez tous deux, est in* diqué l'organe du sens de la localité. Mais sur les limites de cet organe en avant et en arrière, rien; sur son défaut de déyeloppement chez d'autres chiens ou chez quelque animal d'une espèce différente, rien; sur la relation de la circonvolution dont une partie seulement est occupée par le sens de la localité, avec la circonvolution correspondante chez d'autres animaux, rien.
Ainsi, tout ce qu'a fait le fondateur de la phrénologie pour déterminer le siège des facultés, chez les mammifères, se réduit en dernière analyse, à des assertions vagues et à des faits incomplètement observés. On dirait que Gall avait fait son système avant de se livrer à l'examen du crâne des animaux, et que ses travaux sur ce point se sont bornés à choisir çà et là, quelques observations qui lui paraissaient en harmonie avec des idées conçues à priori. Il serait même permis de croire que, parfois, Gall écrivait avant de voir, et qu'il improvisait quelques-unes de ses observations. La similitude qu'il établit, quant à l'organe de la circonspection , entre la tête du serpent et celle des grands généraux , donnerait à cette supposition une fâcheuse vraisemblance.
J'espérais que les objections adressées à la doctrine de Gall auraient fait sentir à ses disciples la nécessité de reve^ nir à l'observation attentive des faits, à l'analyse anatomique des cerveaux, et en voyant que les phrénologistes paraissaient sentir l'importance d'études précises faites sur la nature , je croyais qu'ils ne tarderaient pas à renverser eux-mêmes la croyance établie par leur mattre. En effet, M, Casimir Brous*
BÉPABTIES AUX MAMMIFàRÏS. 501
sais, faisant Téloge du grand ouvrage publié récemment par M. Vimonty s'écriait: oc Rien n'est plus beau de dessin , rien n'est plus frappant de vérité que les planches qui reproduisent jusqu'aux plus minutieux détails de la conformation du crâne et du cerveau chez les plus petits animaux vertébrés; et rien n'était plus nécessaire, plus indispensable ici que Texactitude parfaite des dessins; car la moindre erreur de burin entrât-* nait de suite une série de conséquences erronées , et portait la confusion dans Fexposition de la doctrine (1). ]> Et, à l'occasion du même ouvrage, M. Bouillaud, usant des termes les plus laudatifs, disait: <c Tous les objets y sont représentés de grandeur naturelle et avec une perfection de ressemblance vraiment admirable. » (2)
Puisque, de l'aveu des phrénologisles, rien n'est plus nécessaire que l'exactitude parfaite des dessins, puisque la moindre erreur de burin entraînerait une série de conséquences erronées ^ui porteraient la confusion dans l'exposition de la doctrine, je devais compter sur de bonnes dissections, sur des descriptions anatomiques exactes : point. Le burin dont s'est servi M* Vimont a été si infidèle, que sur la planche qui doit représenter la base du cerveau de niomme(S), il a, servile imitateur du burin de Gall, réuni en un seul nerf le nerf hypoglosse, le nerf spinal et la première paire cervicale; il a défiguré les circonvolutions cérébrales^ dételle sorte qu'il est impossible d'en retrouver une seule; et la scissure de Sylvius, il l'a écourtée au point que Sylvius lui-même ne la reconnaîtrait plus (ft). Cette erreur de
(x' Journal de phrénologie , n** a, p. 164, compte-rendu fait par M. G.
(«) Même jouroa!, n° 4, p. 364.
(3) "V. Tatlas de M. Vimont^ pi. lxxxiv, et Tatlcs de Gall, pi. iv.
(4) ▼• pi. loxiii de Tatlas de M. Vimont.
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barin ai comme on devait s'y attendre, entraîné une série de conséquences erronées, et une véritable confusion dans l'exposition de la doctrinoi en ce qui regarde le cerveau et les facultés de l'homme.
Quant aux mammifères dont M. Vimont a fait représenter le cerveau , le burin l'a moins mal servi , et plusieurs cerveaux, notamment celui du chat , celui du chien et celui de la marte (pi. ucxv^ fig. St 6 et 7) sont assez fidèlement reproduits ; les circonvolutions en sont bien dessinées, et parsemées de plusieturs chiflres qui, sans doute, dans la pensée de l'auteur, désignent la place occupée par les organes cérébraux ; mais dont il a omis de donner l'explication, si ce n'est pour quel* ques-uns. J'ai démontré que les circonvolutions du cerveau des chats sont en même nombre que celles du cerveau des chiens, et qu'il est très facile de retrouver sur l'un celles qui existent sur l'autre^ Celle des circonvolutions dont il s'agit, que J'ai appelée la quatrième, se continue d'avant en arrière, dans touie la longueur du cerveau. M. Vimont a placé sur celle du chien les chiffres i, 6, 7, 9, et sur celle du chat, lea chiffres 1, 3, 8, 12 : aucune démarcation organique ne limite l'espace occupé par ces chifiDres, chez le chat, et un seul ait» lon^ le sillon cruoial, sépare le chiffre i sur le cerveau du chien, des trois autres chiffres 6, 7, 9. Si chacun de ces chifres indique un organe, ce que je n'oserais aiBrmer attendu que l'auteur ne s'explique pas à cesvuet, pourquoi en a^tU mis quatre? Pourquoi pas plus de quatre? pourquoi pas moms? et pourquoi des chifires différons sur les deux cerveaux. lA même circonvolution serait-elle formée par la réunion d'organes phrénologiques différons chez le chat et chez le chien? Et s'il en est ainsi, comment M. Vimont le sait-il? On se perd en coiûectures, parce que l'auieur n'a rien déterminé, rien expliqué, rien défini.
DÉPAHTIES AUX MAMMIFERES. 5fi3
En un point, cependant, il a été clair et presque méthodique, c'est quand il a divisé des crânes en un certain nombre de cases à chacune desquelles il donne des facultés spéciales. A la partie supérieure du crâne d'un chat (pi. xcii), il place les facultés suivantes :
Peroeption d« la Mbttaneef Dûtanee,
Ëventualitéf Localité» ,
Douceur, Circonspection,
Persévérance, Attachement poiir les petiti,
Choix des lieux, Attachemè&t,
GonoentratioB, Courage, etc* Attachement à la Tie.
El à la région correspondante ^ sur le crâne d'an chien (pi. xciii), il place :
La perception de la substance, La comparaison,
L'éventualité, L'attachement pour les petiti,
La douceur, L'aitachcmoit,
La persévérance, Le choix des lieux, La concentration.
La limite entre chacun de ces organes, c'est sur le dessin » un trait de crayon : bien, mais la limite sur le crâne? la limite sur les circonvolutions cérébrales? La limite naturelle enfin? Serait-ce un enfoncement, une saillie, la trace d'un vaisseau sanguin? Non , absolument aucune autre limite que celle assignée par le caprice du dessinateur.
Si après avoir divisé, isolé chacune des circonvolutions prises telles que la nature les a faites, et non telles que les phrénologistes les conçoivent, on avait dit : Telle circonvolu* tion coïncide toujours avec telle disposition psychique, il y aurait eu là quelque chose de positif, des faits réellement dignes d'attention; mais, en phrénologie, rien de semblable; des crânes, toujours des cr&nes, ot si parfois l'on montre des cer-
56ft RBCRERCHB DU SIÈGE DBS FACULTÉS
veaux d'aDimaux, cl que Ton y irace des lignes, que Ton y grave des chiffres, on les laisse tout-ù-fail inexpliqués.
Lorsque par des dissections auenlives, je fus parvenu à suivre les transformaiions que les circonvolutions éprouvent dans les différente^espèces de mammifères, et que je pus dé« montrer la présence des organes du meurtre, de la théosophie et du bel esprit, chez le mouton, je crus, je Tavoue, avoir trouvé un puissant argument à opposer aux sectateurs de la phrénologie, et je le leur proposai. Ils ne s*en émurent pas ; ils s'arrangèrent des deux premiers , et gardèrent le silence sur le troisième.
L*organe du meurtre devint Torgane de la destruction; la saillie des régions temporales qui seule avait servi à en indiquer le siège et à en démontrer Texisten ce, cessa d*étre obli- ^toire. M. Vimont trouva qu'e chez les animaux herbivores « dont le cerveau est allongé, Torgane n*est pas extrêmement saillant, mais qu'il est plus long» (i). A quoi sert donc l'organe de la destruction aux animaux qui vivent de substances végétales? Il sert à la destruction des végétaux, et M. Vimont fit à cette occasion Tobservation qualifiée par Broussaîs, de très ingénieuse , que Tunivers n'est qu'une scène de destruction.
a On a voulu , dit Broussais, tourner ces idées enridicule, même dans une académie , car les académies , quoique savantes I ne sont pas toujours très réfiexiveê \ elles sont quelquefois plus passionnées que réflexiven ; elles reçoivent sou« vent , sur les questions qu'elles ne comprennent pas , des impulsions qui leur viennent tout-à-coup, comme un coup de vent, d'un orateur insidieux à leur communiquer inopinément une passion très manifeste pour ou contre la question sur laquelle on délibère, ctleurjugeniencn'estpas toujours conforme
i) Brouî^ais, Cours de phrénologie, Paris, i836, p. 319.
DBPABTU8 AUX MAMMIFÂ&KS. S65
à Texpérience et à la raison. On a donc trouvé ridicule dans une société savante de ce genre , que la destruction des végétaux fût comparée , par les pbrénologistes , à celle des ani^ maux. Pour moi , je ne vois pas de motif pour repousser cette idée si le but fondamental de Torgane est de procurer des moyens d'alimentation comme cela paraît certain, d
Mais , pour répondre à Broussais et à M. Yimont , remontons à Gall et voyons comment il s'y est pris pour découvrir l'organe de la destruction, a En comparant assidûment les crânes'd'animaux, je trouvai ^ c'est Gall qui parle (1), je trouvai une diflérence caractéristique entre ceux des flrugivores et ceux des carnassiers.... Je vis qu'il existe chez les carnassiers des parties cérébrales dont les frugivores sont privés. J'ai trouvé cette différence chez les oiseaux, comme chez les mammifères. Je plaçai l'un à côté de l'autre , deux crânes d'assassins , et je les examinai souvent. Chaque fois que je m'en occupais , j'étais frappé de ce que , très diversement conformés du reste , ils avaient l'un et l'autre une proéminence fortement bombée immédiatemeuit au-dessus du méat auditif. Ce fut alors seulement que je commençai à tirer parti de ma découverte sur la différente conformation du cerveau et du cr&ne , chez les frugivores , et chez les carnassiers. D
Si les phrcnologistes voulaient bien méditer ce passage de Gall , ils verraient que Gall s'est dit : a Voilà au-dessus des oreilles des parties cérébrales qui existent chez les carnassiers et dont les frugivores sont privés , il faut à ces parties une faculté qui soit propre, qui soit exclusive aux carnassiei's ; or, cette faculté, c'est l'instinct carnassier, c'est la destructivité. La même faculté coïncide avec une con-
(i) Sur tu fonctions du cerveau, Parb, iSiS , t, iv^ p. 64 et smîv.