‹ Anatomie comparée du système nerveux (volume 2)Chapitre 8 sur 66 · SUB FRANÇOIS LEUAST. XXI · texte numérisé non relu

SUB FRANÇOIS LEUAST. XXI

différentes de la journée, et dans toutes les variétés de situation, sur la nombreuse population de nos deux plus grands hospices, et, pour terme de comparaison, sur celle des jeunes gens de Técole d'Alfort.

Sous le titre modeste de Fragments psychologiques sur la folie, un livre important par l'érudition qui s'y révèle, par l'élévation philosophique des idées et des sentimenls qui s'y produisent, parut en 1834. Après l'abus qu'on avait pour ainsi dire fait de tout réduire, dans la science, à Tappréciation des phénomènes matériels, ce volume forçait les issues et agrandissait le champ de l'étude. Au lieu de faire de la maladie une forme complètement exceptionnelle, l'auteur, François Leuret, insistait pour y voir une modification de la santé, où l'on retrouve, la plupart du temps, les tendances, les formes particulières, l'exagération, et jusqu'aux nuances les plus délicates de l'état normal. C'est le moyen d'étudier fructueusement le délire, de trouver l'enchaînement et la loi des idées et des discours d'un grand nombre d'aliénés, et de reconnaître une certaine raison, une sorte de logique jusque dans leurs plus apparentes divagations.

Quand, au lieu de s'emprisonner dans les limites scolastiques, on plonge à grande vue sur tous les horizons, voyez quelle richesse d'observation sort de l'examen des coutumes et de la comparaison des siècles :

c La loueuse de chaises d'une des paroisses de Paris, traitée « par M. Esquirol, se faisait appeler la mère Sainte-Église. « Elle disait avoir dans le ventre des évèques qui tenaient un c concile.

c Thomas Willis, le même, par parenthèse, qui a écrit sur c la folie, disait que les esprits animaux sont dans une agitait tion perpétuelle, et qu'ils refluent parfois si violemment au « cerveau qu'ils y produisent des effets semblables à ceux de « la poudre à canon.

« I>escartes regardait comme établi que la glande pinéale « est un miroir dans lequel vient se réfléchir l'image des corps « extérieurs.

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c D*après sapi Grégoire, une religieuse, en ayakuii une c laitue» avaii englouti le diable avec la laitue pour n'avoir c pas fait le signe de la croix. »

On voit que les idées peuvent être absurdes, non-seulement selon la raison» mais encore selon les temps, selon les lieux, selon l'état des esprits, selon Tenfance du savoir ou sa virilité. Aucune des assertions ci-dessus rapportées n'est mieux prouvée que les autres. Toutes sont égales devant la raison, mais devant la raison éclairée des mêmes lumières. La loueuse de chaises est folle : Willis, Descartes et saint Grégoire pourraient bien Têtre s'ils affirmaient aujourd'hui ce qu'ils ont affirmé de leur temps.

On a besoin de courage pour fermer ce livre une fois qu'on l'a ouvert. Ne le laissons pas sans dire avec quelle chaleur Leuret y signale la légèreté des condamnations prononcées contre des malades dépourvus de leur libre arbitre. Autrefois on les brûlait, dit-il, maintenant on leur coupe la tète : dans Tun comme dans l'autre cas c'est une déplorable erreur, et Perreur devient crime quand il y va de mort d'homme. 11 importe toutefois de constater que le présent est en grand progrès sur le passé, car les monomaniaques homicides sont inGniment moins nombreux de nos jours que ne Tétaient autrefois les sorciers et les loups-garons. C'est que le siècle est plus instruit : les lumières sont bonnes à quelque chose. Les condamnations et les exécutions sanguinaires multipliaient les fous. En quelques années, dans l'électorat de Trêves, on fit périr, sous prétexte de sorcellerie, six mille cinq cents habitants. Les prétendus voyages au Sabbat, qui ont tant occupé les inquisiteurs et les juges, n'étaient que des maladies de l'esprit. € J'oserai dire, écrivait un juge au parlement de Bor- (( deaux, qu'il y a plus de deux mille enfants en Labour qui « vont chaque nuit au Sabbat. » Et ce juge envoyait tous ceux qui lui étaient soumis à la flamme du bûcher. Il faut lire avec quel sang-froid il fait lui-même le récit de ces atroces jugements.

Celui dont la vie vient de finir si prématurément ne laissa

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