‹ Anatomie comparée du système nerveux (volume 2)Chapitre 9 sur 66 · SUB FRANÇOIS LEURET. XXIII · texte numérisé non relu

SUB FRANÇOIS LEURET. XXIII

jaBUÛ0 échapper l'occftsion de dtfendre, danâ les Ànnaies d^hygiène et de médecine légale^ avec toute Tautorité du savoir, cette question d'irresponsabilité des aliénés, toutes les fois que les faits la produinrent devant les trilmnaux, ou que des esprits superficiels la livrèrent à la polémique. Il eut, en 1835, la satisfaction do faire arracher à Péchafaud, par une commutation de peine, un pauvre fou dont les jnges n'avaient pu être éclairés à temps.

En décembre de la même année, cédant à la chaleur d'âme que n'ont jamais refroidie en lui les méditations du cabinet, il courût près d'un ami mourant^ que les colères politiques, qui passionnent lés Juges comme les autres hommes, avaient fait renfermer dans la geMe de Glairvaux. Sa présence aida puissamment à la guérison du prisonnier.

U écrivit, en 1836» sur les indig^ts de la ville de Paris, une notice que nous ne pouvons relire sans attendrissement, à cause des souffrances qu'elle met à nu^ et des sentiments de haute m<»^le qui y sont exprimés avec un rare talent de style. Vers le même temps il fit un voyage, et rendit compte de quel* ques étabUsaeœents de bienfaisance du nord de l'Allemagne et de la Russie.

C'est alors aussi qu'il fut nommé médecin expectant à Bicétre. On désignait sous ce nom les médecins résidants (diar* gés de remplacer le chef de service quand il était absent. Aussitôt qu'il eut oet emploi, sans cesser de donner encore quelque temps ses soins à la maison que M. £squirol a fondée et qu'il dirigeait anrec l'élévation du savoir unie à celle du caractère, il s'établit à Bicétre pour y poursuivre, dans la retraite, les travaux microscopiques qu'il avait commencés depuis longues annéed. U rêvait scm grand ouvrage sur le sys* tème nerveux» et consacrait ses Jours et ses nuits à l'étude de son sujet par le scalpel, par la macération, par le dessèche^ment, par les agents chimiques, par l'eau, par le feu, à la vue simple et avec le secours du verre grossissant chez toutes les espèces vivantes qui couvrent le globe, depuis l'insecte jusqu'à la baleine et l'éléphant. Il avait fait, dans le cours des der-

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nières années, quelques économies, et les employait toutes à se procurer des éléments de recherches, à acheter des animaux souvent fort chers; l'excellent microscope qui faisait sa joie lui avait à lui seul coûté une grosse somme. Il écrivait dans les lointains climals pour qu'on lui procurât un cerveau de baleine, et parlait chaque jour du bonheur qu'il sentirait quand il verrait venir sa proie. Les collections du Muséum renferment des cerveaux d'éléphant. Il s'y présenta en toute a^urance pour demander à les voir et à les faire reproduire. Ce qui lui arriva alors vaudrait la peine d'être conté. Ce n'est que par une sorte de surprise qu'il put se procurer l'étude et le dessin des pièces anatomiques tenues sous le boisseau. Le piquant récit de cette aventure se trouve tout au long dans la préface de l'ouvrage : on ne saurait dire les choses avec plus de courtoisie; mais cela suffit pour infliger au plus coupable peut-être de tous les monopoles, celui de la science, la sévère condamnation qu'il mérite.

C'est en 1829 que fut publié, en deux parties, le premier volume de VAnatomie comparée du système nerveux. Une somme de dix mille francs avait déjà été consacrée aux planches et au texte par M. J.-B. Baillière; mais la main qui avait commencé cette savante composition ne devait plus en reprendre le cours. C'était un grand tourment pour Leuret, dans les derniers temps de sa vie, de laisser son œuvre ina* chevée et d'avoir entrsdné son libraire dans une dépense qu'il ne pourrait le mettre à même de recouvrer. M. J.-B. Baillière eut connaissance de son scrupule, s'empressa de lui rendre visite, de le consoler, de le rassurer; il ne lui parla que de l'espoir de le voir bientôt guéri, et de la constante disposition où il était de continuer l'impression de son livre. Celui qui s'exprimait ainsi savait que cette guérison était impossible; mais ses paroles firent du bien au pauvre malade qui prenait plaisir à les rapporter à ses amis.

En même temps qu'il avait donné tant de soins à cette étude de longue haleine, Leuret s'était occupé du service des aliénés avec l'entraînement qu'il savait mettre à tout ce qu'il voulait,

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et dans le cours de 1839 il lut à 1* Académie de médecine» sur le traitement des conceptions délirantes, un travail qui fut remarqué et publié dans les mémoires de cette Société savante. La pensée qui y était exprimée produisit bientôt l'important ouvrage qui a pour titre : Du traitement moral de la folie ^ et qui contribua sans doute à le faire nommer médecin en chef à rhospice où il n'avait eu jusque-là que le titre d*expectant« Ce livre est dédié à M. Orfila.

C*est le docteur Payen qui apprit à Leuret sa nomination. — (( Il me sera donc donné de faire quelque chose I » s'écria celui qui recevait cette nouvelle. Ce mot était profond et vrai. C'était un cri de toutes les douleurs passées, et de plus l'expression de cette vérité, que, pour agir selon sa force, il faut répondre de ce qu'on exécute. I/homme fait pour répandre ses idées demeure souvent obscur tant qu'il est condamné à servir celles des autres. Pour qu'on reçoive son influence, si salutaire qu'elle puisse être, il faut qu'on y croie, et rien n'aide la foi de ceux qui écoutent comme la proclamation du droit de celui qui parle. Leuret le sentait bien : aussi, dès qu'il fut chargé d'un service en chef, avec quelle ardeur il consacra toutes ses heures à y introduire la réforme et le progrès! C'était le temps où quelques membres du conseil général des hôpitaux, jeunes, actifs et éclairés, avaient pris goût à leurs fonctions et les exerçaient en toute conscience. Il était lié avec l'un d'eux, M. de Kergorlay, le voyait avec assiduité, et en obtenait libéralement tout ce qui était possible. C'est ainsi que le régime alimentaire des aliénés fut profondément amélioré ; que les malades, qui avaient jusque-là mangé malproprement et isolément, furent réunis en réfectoire; qu'on établit de véritables ateliers; que des classes de chant, de lecture, d'écriture, de dessin s'ouvrirent toutes à la fois; que les idiots euxmêmes, appliqués au travail, aux exercices gymnastiques et jusqu'à l'étude, furent relevés de leur abaissement. On a été injuste envers le conseil général ; plusieurs de ses membres ne fai« saient rien, mais d'autres faisaient beaucoup. Us s'appliquaient de toute l'ardeur de leur âme à diminuer, au moins pendant le

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