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CHAPITRE I

DU CRAME, DE SA COMPOSmON, DE SA FORME DANS L'sSPiCB HUMAINE, ET DE SES RAPPORTS ATEC LE CERVEAU.

S fl. IBiFMrtMftee 4e Tétadte «a erâne.

Après avoir décrit sommairement les enveloppes membra» neuses du cerveau, je dois, pour compléter cette histoire, dire quelques mots du crâne qui le renferme dans son intérieur, et lui fournit au-dessous des téguments cutanés une dernière enveloppe immobile et résistante. Sujet difficile, et cependant inévitable, car le crftne enfermant le cerveau, sa cavité intérieure en exprime la forme comme une empreinte fidèle. Qui pourrait avec certitude, d'après un encéphale extrait du crâne, ramolli, affaissé sous sa propre masse, juger de sa forme pri« mitive? Heureusement cette forme, perdue dans le cerveau,

subsiste dans le crâne, dont Texamen devient ainsi le complément nécessaire de l'histoire de Tencéphale.

Sur ce sujet seul, on pourrait écrire plusieurs volumes importants; car l'étude comparée du crâne dans les animaux en général, mais surtout dans les races humaines, est l'un des sujets favoris des philosophes, et c'est à juste titre, que depuis Blumembach et €amper, la morphologie de la tète a été considérée comme l'un des points les plus intéressants de l'histoire naturelle de l'homme. En effet, ces races humaines si différentes parleurs tendances, leurs instincts, leurs aptitudes natives, offrent dans la forme de la tète des différences non

286 Ml crnâNB, Di 8Â coHPOtmair, »g.

moins frappantes. Mime en laissant de oAté les races fabuleuses ou éià meÛM problématiques des Qulmos, des Ikêëê^ des Miaotsés et des GhilaneSf il est certain qu'il y a entre les hommes des différences naturelles, et chaque grande race semble jetée dans un raouie particulier* Qni pourrait confondre par exemple un Cafre avec un Hozouahna^ celui-ci avec un nègre loloff^ avec un Pnpowik ou un Endaménel Les Mongols ne diffèrent-ils pas essentiellement d'avec les races Manches? Enfin ne voitron pas en Amérique deux races autochtones et cependant distinctes. Tune préférant l'état sauvage, l'autre tendant au contraire à la civilisation (1), et qui ne se laissent aiaéaient ramener 4 aucune des formes que présenleBt les peuples de l'ancien eoatinentf

Ces différences ne sont point à conp sAr an efiel^ia iiaaani. Elles ne paraissent dépendre ni du dimal, ni des habitudes des peujrfes. Elles sont liées au type même de la race, dans une union indissohibie. Chose remarquable ! Plus ia Mce est îgnoUe, et plus les hommes qui la composent sont eem- MiMes dans le niveau de leur abaissement. Dans les nations vraiment sauvages et pures de tout mélange, tous les crAnes se ressemblent. Cest dans tous la même forme et les mêmes proportions ; ainsi deux tètes de Diémenois^ deux tètes d* A2fùuroux australiens pris au hasard, seront comme deux empreintes d'un même moule. Ëtudiez les noirs insulaires de de la Nouvelle-Calédonie, allez de là aux Pap^uahs; paroonret les diverses races nègres qui peuplent 1* Afrique, et vous Iron-

{]} Sar le degré de dTilIaatioii anqael étalent parvenae les peuples de raee Tolteame, On peut conialter plus parUculièrement Gardlasso de la Vega, BkL des ineai, et les extraits qui ont été pubUés de ÏEisioim miver- »eiU de Ja tUmneUe^^^façne^ par Frère Bernardino de Saliagun, es Carére des Pères Mmeurs de rObservance; dans El Eeperlfirio Amerkem^ janvier ISTT.

IHPOHTÂHCB BE l'bTUDK DU «ARK. 267

yer^ dans chacune de ces races un type spécial qoe tons les individus reproduisent dans une ioTariable HionolOBie. La ▼ariété est inconnue dans les sauvages, et elle vîoit aox raoes tapérienreSy aux races dn j<mr^ comme les appelle si poétiquement Canis, avec l'intelligence, je veux dire avec la Ifterté. Ici rindividu se distingue dans sa race par une forme qui est à lui, par un caractère empreint d'une personnalité de plus en plus apparente; et bien que la race ait une physionomie générale qui la distingue, cette physionomie commune n'implique plus aucune ressemblance réelle entre les hommes qm la composent.

Aussi, tandis qu'il est en général facile d'assigner aux races sauvages pures un caractère précis, rien n'est plus malaisé au contraire que de déterminer le type normal de la forme des peuples capables de civilisation, tels que ceux qui appartiennent soit à la race blanche, soit à la mongolique. En conséquence, pour trouver enfin ce type avec plus de certitude, esiril nécessaire de dioisir parmi les peuples divers, que comprend une même race, ceux qui sont restés le plus en arrière dans la voie de la civilisation, ou qm, confinés entre des limites très-naturelles, subissent quelque civilisation fatde, pétrifiée pour ainsi dire, et d'où le mouvement est exclu. Cette uniformité chez les barbares et chez les Égyptiens avait, il y a bien longtemps, frappé Hippocrate (1). Ainsi, de nos jours, la race mongolique ofire-t-elle un type plus facile à définir que la race blanche j et dans celle-ci les familles barbares, telles que Yabas&ienne et l'arabe, plus que les familles teutonique et celtique ^ qui , parties d'une origine commune, luttent depuis des siècles sur Farène du monde pour la palme du progrès.

(1) OBttfre8d*Hlppoenl«:I>ef «ir«,iia€aiup<i4iilîf«s^&diUoD4e tome II, page 69.

288 DU CBAHB, DE 8Â COMPOSITIOlfi ETC.

Cest cependant de ces races privilégiées surtout que le type intéresse. Nulle étude n'est plus diCQcile. D*ailleurs, le pi*»bl&me ne peut plus être attaqué par la voie simple d'une observation immédiate. Il y a ici matière à un calcul compliqué, dont les méthodes de Tanatomie comparée peuvent seules donner la clef.

Trois vertèbres, avons-nous dit plus haut, en d'autres termes trois amieaux osseux primitifs composent la voûte du crâne. L'une» postérieure ou occipitale, loge essentiellement le cervelet. Une seconde vertèbre antérieure ou frontale, répond aux lobes olfactifs. Une troisième vertèbre intermédiaire ou sphéno-pariétale contient essentiellement le cerveau et les tubercules quadrijumeaux.

Tels sont, en effet, les rapports des différentes régions du crftne avec les parties fondamentales de l'encéphale. Ainsi, quand le cerveau est petit et réduit à ses plus faibles dimensions, la vertèbre sphéno-pariétale est son asile central; mais 8*accrolt-il davantage , on le voit se prolonger par ses deux extrémités: d'un côté il envahit le domaine de la vertèbre frontale, de l'autre celui de la vertèbre occipitale.

C'est du côté du frontal que les premiers empiétements sont d'abord sensibles. Le cerveau s'avance de plus en plus, et l'occupe, d'abord en partie, puis en totalité. Eu même temps il s'accroît, mais plus lentement, du côté de la vertèbre occipitale. Mais l'espace que lui fournit cette vertèbre, déjà occupée par le cervelet, est nécessairement fort réduit, tandis que la cavité du frontal peut au contraire acquérir une ampleur singulière. Or, à mesure que le cerveau s'avance de ce côté, on voit s'atrophier de plus en plus les lobes olfactifs. Ceux-ci, refoulés dans le fond de la vertèbre ethmoîdale, s'atténuent

COMPOSITTOn DU CBAKB. 289

peu à peu. Enfin» les masses elhmoîdales qu'enveloppaient en partie les régions antérieures du frontal, sont à la fin complètement rejetées hors de son domaine, si bien qu'au terme de ces développements, dans l'espèce humaine, le crâne est de toutes parts dilaté et gonflé par Tencéphale. A cet égard, les singes même les plus élevés, tels que TOrang et le Chimpanzé, sont très-inférieurs à Thomme, car chez eux la convexité des voûtes orbitaires occupe une grande partie de la loge frontale, en sorte que la face inférieure des lobes antérieurs du cerveau est profondément excavée; or, cela n'a jamais lieu dans l'homme, sinon dans le cas de microcéphalie(l). Chez lui, la saillie des voûtes orbitaires s'abaisse, et Tœil est complètement refoulé par le cerveau dans la région moyenne de la face (2). Ainsi la saillie des yeux, quand elle coïncide avec un développement normal du front, est-elle en général un signe d'intelligence, en tant qu'elle accuse un grand développement des loges frontales, mais elle peut dépendre aussi de conditions

(1) Cette dépression des lobes orbitaires est très-marqaée dans les. Singes les plus élevés,' tels que i'Orang et le Chimpanzé, ce que J'ai fait connaître dans an autre ouvrage {Mémoire sur Us plis cérébraux de Phomme et des frimales^ 1854.) Je l'ai trouvée avec le même caractère à peu près dans une Idiote microcéphale âgée de 7 ans. Toutefois, quand la microç^phalie est poussée à son dernier degré, Tatrophie du lobe Tronlal la rend un peu moins apparente, ainsi que J*al pu m'en convaincre par l'examen du moule interne d'un crâne d'idiote âgée de 20 ans, qui (ait partie de l'ancienne collection de Gall.

(2) On peut à l'aide d'un procédé fort simple apprécier ces dififérencee. Si Ton prolonge en effet du côté de la face un plan idéal suivant le bord postérieur des arcades zygomatiques, on verra que le bord inférieur de l'orbite est élevé d'un centimètre au moins au-dessus de cv plan dan« I'Orang, le Gorille et le Chimpanzé, tandis qu'il e^^t au même nive^iu dans toutes les variétés du genre humain. Ainai dans les Singes la face s'agrandit aux dépens du crftne, tandis que dans l'Homme, au contraire, le crâne refoulant l'œil, envahit le domaine Ae la face, comme pour exprimer par un signe visiblo le règne de l'Intelligence sur la Matière.

390 BC CRAEIE, DE Sk COMPOSITION, ETC.

différentes ; et quand le frontal est petit> elle est au contraire ua signe d'idiotie* Toutefois, malgré cet envahissement du frontelf la vertèbre pariétale loge toujours la majeure partie du œrveau» mais la prédominance typique de cette vwtèbre e^t d'autant moina apparente que le cerveau s'est plus acoru av debor3«

iM animaux mammifères donnent de ca fait une dtoonatration évidente. Chei les carnassiers didelphe$^ par axeoiple. Je. Cerveau est confiné dans la région pariétale; mais ohes les tnanodelpheSt il s'empare d'une des moitiés de la vertèbre froatale. Enfin, obe? les primates, il usurpe la majeure partie 4e cette vertèbre et s'accroît en outre du côté d^ l'occipital (1).

P'une manière générale, le cerveau est d'autant plus grand que la capacité du crâne est plus vaste; mais il se développe d'autant plus selon son caractère bumain, qu'indépendamment de son volume il aura acquis, soit en arrière, soit en avant» mail du câté du frontal surtout* un plus grand espace relatif, alors que la vertèbre pariétale sera arrivée au summum de ses dimensions normales, eu égard au volume individuel de la tllê*.Lé eritêfiMm est ainsi trouvé; et Thomme le plus homme, si je puis ain$i dire, sera celui chez lequel cette occupation de

(1) A ces tro!8 vertèbres on peut ajouter la vertèbre ethmoYdale on faciale qui complète le système vertébral céphalique. Le corps de cette vertèbre o'eit point représenté par le vomer, comme l'avait supposé M. de Blainville et comme l'a depuis accepté M.'Oviren ; ce corps est la masse entière de l'etbmotde luimême. Il est aisé de s'en convaincre en considérant le corps du sphénoïde antérieur, qui offre constamment cliex les mammifères supérieurs deux cavités aériennes séparées l'une de l'autre par une rioi«on médiane. Le même type se retrouve dans l'etiimoïde, seulement les deux cellules aériennes y sont divisées par des cloisons plus ou moins compliquées en une multitude de cellules aériennes. Le vomer n'est donc autre ciiose que l'os en V, ou Tare Inférieur palatin de cette vertèl)rc, dont les os nasaux représentent l'arc supérieur. Ces choses sont surtout apfiarentes dans les animaux camaiaiert, et en particulier dans ceux qui composent le genre Felis.

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la vertèbre frontale par le cerveau sera plus appareote à la fois et plus complète.

On remarque d'ailleurs entre le développement des ares supérieurs des vertèbres céphaliques et celui de leurs ares inférieurs la même opposition dont les différentes régions d|i tronc nous offrent un exemple. I^es arcs crâniens supérieui^ ^ntrils petits? Les arcs costaux céphaliques» c'est-à-dire les ptérygoidiens, les palalin$, le vomer et Yintemuucillaire grandissent, et la face dont ils forment le centre s'allonge propoi^ tionnellement ; le crâne au contraire est-il grand? L^ arqs inférieuBS s^ amoindrissent, et la face est petite. Or, le dév^Io^ pement des arcs inférieurs correspondant partout i celiii du système viscéral, on peut affirmer que partout 014 la pro0Uvily6 des mâchoires est» très-marquée, la vie nutritive l'emporta 0W la vie animale ou nerveuse. D*aiUeurs, le vom^ ei Vinêwmaxillaire représentant l'arc inférieur de la vertèbre ttkm^ nasaUj la proclivité, qui dépend d'un développement exeeaitf de ces os, est nécessairement accompagnée d'un aplatissement et d'un amoindrissement des nasaux^ qui en forment Tare supérieur. Ainsi les choses se lient en telle sorte, qu'à Tatrophie du crâne correspond l'aplatissement du nez et 1^ gr^deur des os de la face, tandis qu'à la réduction de ceux-ei répond, avec une saillie plus ou moins grande du nez, Tampliation des arcs crâniens des vertèbres céphaliques.

La face est donc d'autant plus grande, d'autant plus saillante que l'ampleur du crâne est plus réduite, et réciproquement. Chez les nègres d'Afrique, dans les Makeuaê ei les noirs insulaires de la Nouvelle-Calédonie, à un crâne réduit à la fois dans ses régions frontale et pariétale correspond une proclivité singulière de toutes les parties de la face. Mais dans la race tasmanienney où l'atrophie porte moins sur la vertèbre sphéno-pariélale que sur la frotUale^ Toniiee posté-

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rieur des fosses nasales est déjà moins considérable, et la saillie de la face dépend plus spécialement de celle des intermaxillaires, qui, dans certains cas analogues, peuvent demeurer distincts, comme Carus Ta observé chez un Malais de nie de Bali. Mais chez les Cafres^ où toutes les parties du crftne sont à la fois plus grandes, le volume des os de la face diminue; et, malgré Tépaisseur des lèvres, la direction des incisives se rapproche davantage de la verticale (1). Les déformations artificielles de la tète chez les Âymaras^ les Caraïbes et les Cowalitks^ donnent de ces règles une confirmation précieuse. L'application des moyens coercitift, s'opposant au développement libre de la vertèbre frontale, entraînait un développement excessif des maxillaires supérieurs, qui, n'étant pas égalés par l'inférieur,* s*avançdient au-dessus de celui-ci, si bien que les incisives supérieures n'étaient plus en rapport avec les inférieures. Ce n'est pas tout, la saillie du nez, naturellement si grande chez les peuples américains, s'affaissait comme on pjut s'en convaincre par Texamen des crânes

(1) Cette pelltesse relative des os de la fiicé dana les races caraetériséea par un grand développement du frontal, indique comment, dans ces races, la mesure moyenne de l'angle Tacial s^agrandit; mais il ne faudrait pas attacher à cette mesure une valeur absolue, car la largeur du frontal est pour le moins aussi signiQcatlve que sa longueur, et sa rectitude, comme caractère isolé, dit peu de chose. On sait comment Camper mesurait l'angle facial. C'était pour lui l'angle formé par deux pians : l'un touchant au front et aux incisives, l'autre passant ()ar les deux conduits auditifs externes et le dessous du ncx. C'est une fort pauvre méthode, car Camper n'a jamais déterminé sur le frontal le point précis par lequel doit passer la ligne faciale. A cet égard, Biumenhach a critiqué Camper, et, selon nous, avec beaucoup de raison. On peut dire même qu'il a été indulgent, et pour tout homme impartial le livre de Camper justifie cet adage : que la gloire est aveugle autant que la fortune. Jamais, à coup sûr, on ne vit moins de génie et moins de méthode. Le procédé de Blumenbach est beaucoup plus savant et surtout beaucoup plus exact. Il consiste à regarder la tête par le verlcx, en sorte qu'un seul coup d'oeil embrasse la périphérie du cr&ne et peut mesurer le développement relatif de chaque veKèbre crAuienne.

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