DES NERFS
C'est par les nerfs que nous sentons; c'est par eux que la volonté agit sur les muscles. Or le même filament nerveux est-il à la fois moteur ou sensitif , ou bien ces deux facultés sontrelles distinctes dans deux ordres diflérents de nerfs T Cette question a été récemment résolue par Texpérience; mais l'observation l'avait depuis longtemps soulevée.
Le sophiste syrien Pausanias tomba de voiture et reçut une contusion au haut du tronc. Les mouvements demeurèrent libres, mais deux doigts de la main et la moitié du médius perdirent leur sensibilité (1).
(1] CEuvres anatomiquet et phyiiologiqius de Galien, trad. par Ch. Darcm-
880 DS8 NBEIS.
Ainsi la question est résolue {Var Tobservation. Le mouvement étant conservé, la sensibilité peut être abolie et réciproquement. Les commentateurs ont beau s'agiter, l'observation persiste, et les objections qu'on invoque ne peuvent rien contre elle.
Si l'on prend, disaitpon, un nerf du corps, le sciatique par axemploi et qu'on le coupe» le sentiment et le mouvement seront à la fois anéantis dans tous les organes qu'il animait. Gela est vrai ; mais le sujet est complexe. En effet» un tronc nerveux n'est pas une seule chose et comprend un grand nombre de filaments nerveux élémentaires. Or ce qui est vrai du tronc en général peut ne l'être pas de chacun de ces &* laments nerveux pris à part. Il peut donc y avoir deux ordres distincts de fibres. Notre célèbre naturaliste et philosophe Lamarck ne l'a point mis en doute.
$ 9. mmUneiHm de* mertlB aiotem« et Ées nertii «ematUi.
La gloire de Walker est d'avoir accepté cette hypothèse, mais surtout d'avoir prévu que l'une des deux racines des nerfs spinaux contient les fibtes sensibles et l'autre les fibres motrices. 11 a donc tracé la voie aux expériences que Charles Bell a faites et qui l'ont immortalisé.
Depuis Charles Bell tous les physiologistes du monde ont répété ces expériences, et le résultat n'a point varié. Il est certain que les racines .antérieures sont motrices, et les postérieures sensitives. Coupe-tH>n les premières, le nerf perd la faculté de transmettre aux muscles les déterminations volontaires. Coupe-t-on les secondes, le nerf devient insensible ainsi que toutes les parties où il se distribue.
berg, t. U, lir. I des iieax affectés, c. ▼!. — Laorentius, lib. IV, De re oitatomicà quœsL A. — Th. A Vega, In comm, de locis affeeth. H.— Vallesius, lib. V, cap. X. Lib. 1 , Hiti. 48. Lib. Il» Hiti, 16. — Zacatus Lusit. De med. princip,^ Hist. lib. V.
DISTmCTIOIV DES NBBFS HOTEUBS, BTG. 331
Toutefois, pendant quelques années un peu dHncertitude régnait encore sur la question si les racines antérieures sont exclusivement motrices; en effets quand on les irrite, l'animal donne quelques signes de douleur qui disparaissent d'ailleurs quand les racines postérieures adjacentes ont été divisées. Kronenberg expliquait ce résultat en supposant l'existence de certaines fibres récurrentes qui des racines antérieures passeraient dans les postérieures au point de leur union (1); mais une expérience de Magendie a renversé cette hypothèse. Quand, en effet, on coupe le nerf qui résulte de l'union des deux racines à quatre lignes environ en dehors du point de conjonction, l'irritation des racines antérieures cesse à l'instant de provoquer des signes de douleur. M. Brown Séquard a fait voir, dans ces derniers temps, que cette douleur n'est qu'un effet des crampes qui résultent de l'irritation des racines antérieures. Ainsi, toute sensibilité dépend en réalité des racines postérieures» et l'exception apparente est ramenée à la règle*
On peut donc affirmer que les racines postérieures sont seules et exclusivement sensilives, mais il n'en faudrait pas conclure que toutes les fibres qui les composent conduisent des sensations pareilles ; elles contiennent en effet autant de filets nerveux distincts que le toucher perçoit de propriétés différentes. Il y a des nerfs spéciaux pour la douleur, pour le contact, pour la sensation du froid et du chaud, pour le chatouillement* Les observations pathologiques ne permettent k cet égard aucun doute.
(1) UXAWêÀrchi». 1839.
332 BB LA MOBLLS.