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Écmant ici Thistoire des oj^inions plutôt que celle des auteurs» je ne m'attacherai pas à rappeler ici tous les travaux qui ont été faits sur ce sujet avec des résultats divers. Nous nous bornerons à dire qu'on s'accorde aujourd'hui d'une manière à peu près unanime à considérer les cordons antérieurs et postérieurs comme servant exclusivement , les 'uns au mouvement, les autres à la sensibilité; mais les opinions varient beauooup quant au rôle que joue la substance grise.
On oublie trop facilement aujourd'hui l'éminent service que rendit, vers 1841, M. Longet(l). Van Deen avait déjà publié des résultats intéressants d'après des expériences fietites sur des grenouilles; M. Longet prouva le premier, par des expériences rigoureuses faites sur des i^hiens, que les cordons antérieurs sont exclusivement moteurs, et les postérieurs exclusivement sensitife. Tous ceux qui ont assisté à cei expériences savent coiçbien elles furent concluantes et habilement faites. Les résultats qu'il obtifit alors eurent un tel succès que son livre a, pendant quatorze ans, régi l'opinion publique en France, et je n'hésite point à dire qu'à s'en tenir aux propositions qui l'ésultent immédiatement des faits observés, son travail n'a rien perdu de sa valeur primitive. Hais s'il fut heureux quant aux résultats qu'il obtint sur 1^ cordons, il ne le fut pas au même degré dans l'opinion qu'il professa au sujet des fonctions des axes gris. Il leur accorda, il est vrai, le pouvoir des centres, mais il leur refusa absolument celui de conduo^eurs. La preuve, dit-il, que la substance grise n'a sur la sensibilité aucune influence^ c'est qu'on peut la déchirer, l'irriter, la détruire, sans que l'animal manifesta aucune douleur. Cet argument, il faut l'avouer, n'a pas toute la valeur que lui
(1) Reekerehei expérûneniales et pathologiques iur les propHélés et lesfime' lions des faisceaux de la moelle épinitre et des racines des nerfs rachidiens, Paris, 1S4I.
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attribuait son habile auteur. De^i que la gnbstance griae est par elle^-mème insensihle» il oe s*ensuit eu aucune façon qu'elle n'ait aucun pouvoir conducteur. Toutes les expériences faites sur le cerveau infirment cette manière de raisonner, et chacun sait aujourd'hui l'énorme différence qui existe au point de vue des propriétés immédiates entre les fibres centrales ei les fibres périphériques*
11 faut toujours distinguer avec soin les résultats immédiats des expériences faites par différrats auteurs , des conclusions générales qu'ila en tirent» et des opinions qu'ils formulent. Mettons, disait saint Augustin, ce que nous pensons à part de ce que nous savons^ 11 n'y a point de meilleure maxime. Souvent la théorie est fausse quand le fait est vrai» Il était juste de cri-^ tiquer les conclusions embarrassées, incomplètes ou confuses, de Fodera, de Schœps et de Rolande ; mais il ne l'était p<»ntde nier, de parti pris, des faiis, par cela seul qu'ils avaient servi de base à de fausses théories; il fallait les examiner. M. Longet eut le tort de mépriser trop absolument le désordre des expériences de Fodera. Il y avait de l'or dans ce fumier.
Des travaux récents ont justifié et étendu ces faits, et il s'est élevé de nouvelles théories. Parmi ces travaux on doit distinguer, au premier rang, ceqx de H. Schilf (de Francfort), ei de M. Brown Séquard.
M. Schiff a fort habilement résumé les observations faites avant lui; il les a conciliées avec beaucoup d'adresse et de méthode, mais il n'a fait connaître rien d'absolument nouveau.
Il admet, comme M. Longet l'avait démontré avant lui, que les cordons postérieurs ne sont que sensibles. 11 fait remarquer toutefois qu'ils le sont moins quand on les a séparés des axes gris, ce que Van Deen et Stilling avaient depuis longtemps annoncé.
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Il dii ^n second lieu que la substance grise transmel les impressions sensîtives, et se trouve d*accord en ceci avec Bellingeri 9 Calmeil , Stîlling, mais surtout Van Deen. 11 en donne d'ailleurs une confirmation en montrant par des expériences très-délicates qu'une couche mince de substance grise intermédiaire aux deux segments de la moelle, suffit pour entretenir la sensibilité du segment postérieur.
Si l'on enlève toute la substance grise de manière k décou* irrir la face profonde des cordons latéraux , la sensibilité est perdue pour toujours, mais la motilité peut revenir, ce qui est en général conforme aux résultats annoncés par Van Deen.
11 emprunte à Van Deen son expérience de Thémisection de la moelle et remarque avec lui cette hypéresthésie singulière Connue en partie de Fodera, qui aflécte les parties postérieures à la section du côté lésé, ce qu'il explique, mais incomplète ment à mon sens, par une conduction de la susbtance grise« Il constate la diminution de la sensibilité dans les parties postérieures du côté sain, fait vu autrefois par Fodera (1). Il ajoute que ce reste de sensibilité n'est diminuée que pour un temps par la destructien de Taxe gris dans cette moitié saine, mais qu'il en résulte une insensibilité définitive dans le côté de l'Iiémisection.
Lorsque l'on coupe les deux moitiés latérales de la modle, mais à des étages différents et à la distance de quelques vertèbres, la sensibilité d'abord anéantie revient au bout de quelques jours, mais ajoute Schiff, elle demeure obscure dans les animaux mammifères (2).
Examinant enfin les propriétés de la substance grise ^ il trouve, comme H. Longet avant lui, qu'elle n'est point direo-
(f ) Fodera. Lee. eU. exp. S et 7. Cf. Tân Deen, eip. 25. (2) ViD Deen, eip. 27.
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tement excitable. Cependant elle conduit les impressions. 11 admet donc dans cette substance , des fibres particulières conductrices mais non excitables « pour lesquelles il propose le nom de fibres esthésodiques. Il admet encore, mais sans (Meuves directes, Texistence de fibres analogues pour le mouvement, qu'il nomme fibres kynésodiqties (1).
Ce mémoire de M. Schiff est intéressant, mais par la manière habile dont il est présenté, plutôt que par la nouveauté des faits qu*il annonce. C*est là un éclectisme rationnel dirigé par Texpérience, mais c'est de Téclectisme pur. On ne voit pas li les véritables caractères de l'invention. Mais peut-être la fortune des inventeurs est-elle plus rare que ne le feraient supposer les dithyrambes de certains feuilletonistes.
Dès 1850, c'est-à-dire près de quatre ans avant la publication des expériences de M. Schiff, H. Brown Séquard (2) avait étudié sur les mammifères les effets de l'hémisection de la moelle. La sensibilité, dit-il , persiste dans le membre posté» rieur du côté de l'hémisection^ elle y est même exagérée. Du côté sain , au contraire , elle est fort diminuée. M. Brovm Séquard explique ces faits par un entrecroisement : ainsi se trcMive justifié l'un des résultats observés par Fodera et par Van Deen (3).
Au mérite d'avoir vérifié et mieux démontré que ses devanciers des faits encore contestés et corrigé plusieurs erreurs accréditées, M. Brovm Séquard a ajouté celui de donner assez de précision aux expériences qu'il a faites, pour déterminer le
(1) Sehiff. CompUi rendus. T. XXXVIII, p. 926. Lundi, 22 mai 1854.
(2) Compus rendus. T. XXXI, 1860, p. 700, et même recueil, T. XU. p. 118.
(8) Cf. Sehœpe. Exp. aar deux lapins. Rolando, ezp. 28. Foden, exp. 2. Van Deen constate le même fait, seconde sect., exp. 37, 40, 42, 44. Quand on laissait pendant quelques heures reposer l'animal, la plus légère Irritation suffisait pour éveiller des signes de douleur du c6té tranché.
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trajet pr<Aable de la marche des impressions croisées, et Tinclinaison sous laquelle se fait cet entrecroisement. Il conclut « que les éléments conducteurs des impressions sensitives après avoir pénétré dans la moelle, se portent ea majeure par* tie dans Tautre moitié de cet organe, à Tendroit même de leur entrée et au-dessous. Un certain nombre cependant se portent au^lessus du point d'oitrée (1). »
M. Brown Séquard a fait le premier connaître un fait sîn* gulier. Si, après avoir divisé les cordons postérieurs, on détache ces cordons dans la longueur d'un centimètre environ, le bout inférieur à la blessure est trouvé plus sensible que le bout supérieur. U en conclut l'existence de certaines fibres descendantes. Une expérience semblable faite sur les corps restiformes donne les mêmes résultats. Ces faits sont un puissant argument contre cette opinion de MM. Foville et Longet que, pour arriver au cerveau, les impressions passent par le cervelet.
On pourrait s*étonner peut-être de voir l'auteur dont nous parlons préférer l'hypothèse d'un entrecroisem^it à celle d*une conduction par la substance grise , l'une et l'autre hypothèse étant fondées à peu près sur les mêmes expériences. Mais M. Brown Séquard justifie cette préférence. Si l'on tranche, par exemple, la moitié droite de la moelle vers la région lombaire, il y aura hypéresthésie dans le membre droit; mais si l'on vient à pratiquer alors une hémisection du côté gauche vers la troisième vertèbre cervicale, on le rend absolument insensible. Ainsi la grande quantité de substance grise intermédiaire aux deux sections n'a aucun pouvoir de transmission. Schiff , ainsi que nous l'avons vu plus haut, prétend cependant qu'au bout de quelques jours, la sensibilité se rétablit, mais que chez les mam-
(I) HtaMires rar U physiologie de U moelle éptniire, las à l' Académie dM Seienees, le 27 août et le 4 septembre 1S6J>, losérée en eoUer dans Gasette midieùU àê Parti, 186&.
mifères elle demeure ofaecore. Une autre expérieaoe empran* tée à Fodera (1) vient et aide à cette manière de voir. La division de la région lombaire de la moelle en deux moitiés symétriques , par une section médiane, anéantit la sensibilité des deux membres postérieurs. M. Brown Séquard ajoute que la même opération pratiquée sur le renflement cervicobrachial dans toute la portion de cet organe d*où naissent les membres antérieurs, anéantit la sensibilité dans ces membres, tandis qu'dle demeure entière dans les extrémités postérieures.
Ces expériences concluantes, en apparence au moins quand eUes sont pratiquées sur des animaux mammtfères, ne donnent pas des lésnhats absolument semblables ches des vertébrés inférieurs tels que les batraciens. Si Ton tranche, dit Van Deen, Tune des moitiés de la raeelle d*une grenouille dans la régicm de la deuxième vertèbre et l'autre moitié dans la région de la cinquième, Tanimal perd tiwt mouvement dans les pattes pos- 4érieures, mais le senlinient n'y est pas détruit, et la patte la l»his sensiUe est celle du cdté où la moelle a été divisée \% plus baut. Mais si les daix sectipns sont pratiquées à trop peu de distance Tune de Tautre, le sentimoit et le mouvement sont également anéantis. Cette expérience avait déjà été faite par Krcmenberg ; Volkmann et Van Deen expliquent ce résultat, en ^Usant que la qiumtité de substance grise intermédiaire suffisante dans le premier cas, ne l'est plus dans le second. D'aH* leurs, pour transmettre le sentiment, il suffit dbez ces animaus d'un quart postérieur de la moelle (2)«
Dans ce que M. Brown Séquard a fait connaître au pubKc, il n'a pas dit toute sa pensée; mais par quelques paroles dites
(1) Fodera. Loe. eU. Exp. 10. Il diviu longitudinalao^eot U moeUe à la réjgiMk lombain de ounlère à k paili^^r en deux noifili sjmétiiqeee. Le leaUmeikt tûi détruU dm deax oOtét ei le moevetteiit lût «flUbH.
(3) Van Deeo. Loc. dl. Pages »12 à 120.
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en passant et par deux figures qu'il a publiées sans les expliquer, il donne à penser que, dans son opinion, la moelle n'est pas le seul organe intéressé dans la transmission des stimulations motrices ou des impressions sensoriales, le long de Taxe du corps. 11 est du moins bien évident qu*il ne se borne pas 4 admettre Tentrecroisement des fibres sensibles, et qu'il imagine un trajet beaucoup plus compliqué qu'on ne l'avait supposé jusqu^ici, soit pour la marche des impressions sensitives, soit pour celle de la propagation des impulsions volontaires ; elles passeraient un instant dans la moelle pour en ressortir et y rentrer de paire en paire. H. Brown Séquard ne s'étant point expliqué là*dessus, il ne m'appartient ni d'approuver ni de combattre une théorie dont il annonce la démonstration prochaine (1).
Bien que les propositions générales sur lesquelles nous venons d'appeler l'attention soient basées sur des expériences positives, on ne peut s'empêcher de remarquer la physionomie paradoxale de quelques-uns de ces résultats. Personne aujourd'hui ne doute que les fibres qui composent les cordons postérieurs ne soient exclusivement en rapport avec la sensibilité. Comment donc se fait-il que la sensibilité soit plus grande quand on les a tranchées? Cela n'est pas clair. On pourrait à larigueur comprendre comment, après l'hémisection, le membre ne perd rien de sa sensibilité. Mais il semble en acquérir davantage. Qui expliquera cela? La difficulté est d'autant pliiis grande que de l'autre cdté la sensibilité n'est point anéantie, elle n'est qu'affaiblie, ainsi toutes les fibres ne s'entrecroisent pas. L'effet croisé, dit avec raison M. Oré, n'est pa3 complet. Il existe toujours dans le membre opposé au côté divisé une certaine sensibilité (2]. Cette observation s'accorde fort bien
(1) Brown Séquard. Mim. cU. PI.IT, flg.2 et7.
(2) Oré. Comptes rendus. 1SS4, t.XXXVUl.p.aâO.
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avec nos recherches propres, n est bien certain que les faisceaux lombaires des cordons postérieurs s'atténuent de plus en plus en passant de la région dorsale à la région cervicale, mais cette réduction ne va jamais jusqu'à l'anéantissement, et ce qui en reste du moins ne s'entrecroise pas. Or, qu'elle est la part des effets directs, quelle est celle des effets croisés, voilà ce qui n'a point été dit.
La complication singulière des phénomènes rend la solution du problème beaucoup plus difficile qu'on ne l'imagine en général. A cdté des impressions perçues et du mouvement volontaire, il y a l'action réflexe de la moelle. Enfin, toutes les impressions ne sont point semblables ; la variété des fibres nerveuses qui composent les nerfs est presque infinie; il n'est pas certain d'ailleurs que des fibres excitables dans les nerfs le soient de même dans les cordons postérieurs ; tous les expérimentateurs du moins s'accordent-ils à dire que ces cordons sont beaucoup moins sensibles que les troncs nerveux, et rien ne prouve que les fibres qui s'entrecroisent soient de même ordre que celles qui ne s'entrecroisent pas. M. Brown Séquard a bien senti cette difficulté, c Avant dMapporter^ ditril, d'autres ex- « périences sur la transmission des impressions sensitives, « nous croyons nécessaire de dire quelle est l'espèce d'imc pressions sensilives dont nous nous occupons, et comment c nous jugeons de Tétat de la sensibilité. 11 est évident que « dans les expériences faites sur les animaux, nous ne pouvons c guère constater que la modification de la sensibilité à la c douleur (1) »
(I) Mém. cit., p. 14. Toutes les fibres sensitiYes ne s'entrecroisent pas, mais Uest prolMible qoe les fibres sensibles de tous les ordres, je parle de celles do trône, ont à la fols an eCTet direct et un effet croisé. « J'enlevai, dit 11. Flonrens, le lobe cérébral droit à on pigeon : ranimai perdit auisitôt la Yue de l'csil opposé. Du reste il marchait, volait, se mouvait comme auparavant, sauf un peu de faibleue qui parut d'abord dans le o6té gauche et qui bientôt
FONCTIONS DU BtJLBB BT DU NOYAU DB l'eNCBPHàLB. 953
Ce passage est précieux et fait voir que la question est encore bien loin d*ètre épuisée. Les personnes qui ont réfléchi à la valeur réelle des procédés que Tanatomie, mais surtout la physiologie expérimentale mettent en usage, ne s^étounercMut point de la lenteur et de l'incertitude de nos progrès. Le physiologiste expérimentateur est trop souvent semblable à un homme qui, ignorant le mécanisme et les usages d'une montre, en voudrait découvrir la fonction en étudiant les effets qui résulteraient de l'ablation empirique de telle ou telle pièce, L'anatomiste qui la trancherait en morceaux, n'en saurait pas beaucoup plus. Je persiste donc à croire que le dernier mot n'est pas dit sur ces questions difficiles.
Quoi qu'il en soit, nous sentons et nous agissons; or ces choses ne se font pas sans la moelle. Gela est certain, il n'y a d'obscur que le détail des faits. Ainsi la fonction générale est connue. Nous serions fort heureux de pouvoir en dire autant de tous les organes dont nous allons parler*