INDUCTIONS ET HYPOTHESES
bulbe est intiKct, celle de nager n'est point perdue dans une carpe ou dans une grenouille auxquelles on a soustrait leurs hémisphères cérébraux ; de même celle de voler» quand on l'excite, de caqueter, de cacher sa tète sous son aile pendant le sommeil, persiste alors dans une poule. En un mot, tout ce qu'un automate peut accomplir, peut se faire encore sans le cerveau. Je persiste donc à penser que pour expliquer les instincts, il faut tenir compte de l'organisation et du système nerveux tout entier.
6. Les modifications d'où la mémoire résulte ne sont pas propres au cerveau, et le système nerveux tout entier y joue son rôle. Elle n'implique d'ailleurs la nécessité d'aucune lo* calisation; là, sans doute, a été la grande erreur de Gall, mais on conçoit qu'elle puisse être plus particulièrement sollicitée dans le sens des impressions qui dominent dans l'économie . cérébrale. Ainsi s'explique probablement le phénomène, au premier abord inexplicable, des mémoires partielles. Tel a la mémoire des formes, tel autre celle des sons; l'un retient les mots, un autre les idées ; à cet égard, les différences sont innombrables. Cette sorte d'élection que fait la mémoire tient d'ailleurs à des causes trè&'complexes, mais elle ne prouve pas plus contre l'unité de la mémoire que Tanesthésie ou l'hypéresthésie partielles contre l'unité de l'esprit.
7. J'en ai assez dit pour faire comprendre comment il peut exister, en effet, un certain rapport entre l'organisation visible du cerveau et ses fonctions, en tant qu'on le considère comme le premier instrument de l'âme. Cette explication, toutefois, demeure malheureusement incomplète, parce qu'une multitude de phénomènes résultent dans le cerveau, non d'une organisation stable et définie, mais de certaines modifications actuellement insaisissables des fibres et des molécules animées qui en composent la masse. Or, ces modifications sont
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invisibles chez un (tre vivant, et la mort ne révèle point à cet égard le secret de la vie ; peut-être faut-il se faire de ces molécules une idée semblable à celle que Leibnilz avait de ses monades, et concevoir en elles un pouvoir indéfini de changer et de se modifier; mais qui osera jamais aborder ce problème? N*échappe-t-il pas à toutes les méthodes expérimentales? Toutefois, le peu que nous avons pu découvrir suffit pour faire admettre que les animaux diffèrent les uns des autres, non-seulement par leurs facultés, mais encore par l'organisation de leur cerveau. Cette vérité est soupçonnée dès Forigine de la philosophie : Neqiée unquam animai taie à nor Jurd factum est^ ut formam ulterius animalis^ animam vero alierius habtat (!)•
Ces différences, d'ailleurs, sont de deux ordres : les unes sont des différences de proportions d*où résultent des variétés innées, non d'essence, mais d'faarmonie« Les autres sont essentielles. 11 s'en faut bien qu'elles soient toutes connues, mais on en a, dans ces derniers temps, fait connaître quelques unes dont l'importance est incontestable*
Au point de vue des choses que Tanatomie actuelle découvre, l'homme appartient au même type que les singes; mais il n'en faudrait pas conclure une similitude réelle; loin de là, si les éléments matériels sont à certains égards semblables, les nrchée$ diffèrent essentiellement. On peut en donner une preuve certaine; si T homme et les singes ne différaient que relativement, la réduction congénialedu cerveau humain chez les nains microcéphales à des dimensions et à unç complication analogue à celle du cerveau du cbimpanxé ou de Torang, devrait amener entre les deux types une sorte d'équivalence. Or, il n*en est rien. Les microcéphales les plus réduits, quand touta-
(1) Porta, behuman, pkynogn,, lib. I, eap.i. CT. Vîmiitui et Bulletin» de la 9oeiM philomutMtue^ 17 oofembn ISSS.
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fois il n'y a aucune déviation monstrueuse du type cérébral , en sont Is^ preuve. L'intelligence est faible, il est vrai, elle est petite et amoindrie comme le corps^ mais elle conserve son caractère spécifique qui est la faculté du langage. Ces bonimes à petit cerA'eau, dont les circonvolutions dépassent à peine en complication celles d*un fœtus de six ou sept mois, parlent; mais aucun singe n*a jamais parlé. Un saîmtri a, relativement au volume de son corps, beaucoup plus de cerveau que n'en avait la jeune négresse microcéphale que M. Baillarger m'a permis d'observer; cependant cette négresse parlait avec inr telliyence. Or, quel saîmiri a jamais appris, je ne dis pas à parler raisonnablement, mais à imiter machinalement une parole de l'homme? Il ne s'agit donc ici ni de complication de plis, ni de masse; il ne s'agit point d'une différence de proportions, mais d'une différence essentielle et primordiale.
Nous avons vu plus haut comment l'étude du développement de Tencéphale humain conGrme ces résultats ; ainsi, la distinction absolue de l'homme s'établit à la fois par les procédés du philosophe et par ceux du naturaliste. V homme intelligent n'est pas un genre dans la série des êtres animés, c'est bien un régne comme le veulent MM. Serres et Isidore Geoffroy Saint-Hillaire; mais ce règne n'est pas celui de l'animalité, et je rappellerais volontiers le règne du Verbe. Je borne ici ces réflexions auxquelles, si l'occasion m'en est donnée, j'espère donner un jour de plus amples développement^. J'y emploierai du moins tout ce que Dieu m'a donné de force, pensant que l'analomie la plus élevée est celle qui vient en aide à l'étuije philosophique de l'intelligence.
L'intelligence! car voici le terme où, péniblement, entassant Pélion sur Ossa, nous nous élevons par degrés. Depuis le jour où, pour la première fois, l'homme a levé la tète pour
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voir de plus loin, son horizon a peu grandi; mais ne nous lassons point, cherchons toujours, et méditons. Peut-être sera-t-il donné aux générations futures de* contempler la vé* rite du haut d*un monument scientifique, ouvrage de plusieurs siècles. Que chacun apporte sa pierre bu son grain de sable! Ce livre est un de ces grains, et si petit qu'il soit en effet, mes vœux seront comblés si l'action du temps ne le détache pas complètement des flancs de l'édifice.