‹ Anatomie comparée du système nerveuxChapitre 69 sur 74 · RAPPORT NATUREL £T INTELLIGIBLE · texte numérisé non relu

RAPPORT NATUREL £T INTELLIGIBLE

S 1. IiidiietUii« et Hypothèse*.

1. Le principe de rinlelligeDce, si élevé qu^on le suppose, ne peut rien sans le corps, je veux dire, sans le système ner* veux qui Tanime. Des expérienoes concluantes, que nous avons plus haut rapportées, ont Tait voir qae oette partie du système nerveux qui préside immédialeniftii aux mouvemonts de Tau* tomate, et cette autre partie par laquelle Pintelligence se ma* Bïfeste par la pensée, étaient essentiellement distinctes. Mais évidemment, il n'y a pas là distinction seulement, il y a rivalité; ainsi, quand la moelle, avec ce qui lareprésenie dans le crftne, est grande, le cerveau est petit ; et réciproquemeat, quand le cerveau s'accroit, la moelle s'amoindrit.

Ainsi celte grandeur du cerveau ne doit point être appréciée comme on le fait en généial, relativement au volume du corps, mais relativement au volume du noyau de l'encéphale, du bulbe, de la moelle et du système nerveux périphérique. •En effet, et toutes les expériences le prouvent, c'est la BK)elle et non le cerveau qui anime le corps, maïs le cerveau cem-

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mande à la moelle -, son rapport au corps étant médiat, ce n'est point au corps en général, mais i cette moelle en particulier qu*il faut le comparer.

La force du cerveau d'ailleurs, en tant qu'il est l'organe essentiel de l'intelligence, ne dépend point de la masse totale de l'encéphale, mais de celle du centre ovale et des couches corticales plissées autour de' ce centre ; plus le centre ovale grandit, et plus les plis se multiplient. Mais il ne s'ensuit pas que le noyau encéphalique grandisse en proportion; ainsi, de deux cerveaux également développés, l'un peut être grand par son noyau, Tautre par le développement de ses couches corticales. Or, plus la moelle et le noyau sont grands eu égard au cerveau proprement dit, et plus, quelque soit d'ailleurs le volume du corps, l'automate gouverne l'intelligence. Réciproquement, un grand cerveau commande plus aisément aune plus petite moelle.

11 faut d'ailleurs remarquer que dans le même groupe zoologique, plus le cerveau grandit absolument, et plus la moelle est petite eu égard au volume du corps. Ceci explique comment, dans un même type, les plus grands animaux ayant absolument un plus grand ^cerveau, sont en général les plus intelligents. C est là une remarque incontestable et qui fait bien voir comment la plupart des nombres comparatifs par lesquels on a, jusqu'à présent, essayé d'exprimer le rapport du poids de l'encéphale à celui du corps, ont peu de valeur réelle.

2. Les hémisphères sont les organes immédiats de l'intelligence. Les belles recherches de M. Flourens ne laissent ici aucune place au doute. Ceci étant démontré, on peut rechercher en outre s'il n'existe pas un rapport intelligible entre l'organisation intime du cerveau et le jeu des facultés intel^ lectuelles.

680 SI l'on pbdt congievoib krthb lbs phbeiom., btg.

11 est certain que c*est par le cerveau que l'âme sent et veut. Le cerveau est donc à la fois un organe de sensation et un organe de volonté. 11 y a ici une grande difliculté : l'âme est une dans la conscience, et cependant il y a deux hémisphères, e*e8trà-dire deux cerveaux ; comment donc n'y a-t-il qu'une pensée, qu'une volonté, quand la pensée et la volonté ont l'une et l'autre deux organes distincts?

11 ne faut point chercher la raison de cette unité dans le corps calleux. 11 ne résulte de sa division sur un plan médian qu'une incertitude légère dans les mouvements, et il est constant que des hommes naturellement privés de corps calleux ont pu vivre, sentir et se^mouvoir. D'ailleurs, il manque normalement dans les oiseaux et dans les autres ovipares. 11 n'a donc rien d'essentiel et d'absolument nécessaire. Ce seul fait indique bien que l'absence du corps calleux n'anéantit point rintelligence; mais comme les observations anatomiques l'indiquent, elle doit diminuer singulièrement l'influence que chaque hémisphère exerce sur le côté opposé du corps, et cependant la sensation, la pensée, la volonté, sont unes. Il n'y a pas duplicité d'action ; en un mot, les hémisphères demeurent unis. Cette union parait dépendre de la commissure antérieure, et peutétre ces cas de duplicité morale dont nous avons parlé, reconnaissent-ils pour cause certaines afiections de cette commissure. Tout semble indiquer, en effet, qu'elle établit entre les deux hémisphères une sympathie, un équilibre naturels et nécessaires.

3. De même que le cerveau est divisé en deux moitiés parfaitement distinctes, de même il parait y avoir en chacune d'elles des départements distincts, non pour l'intelligence, mais pour les sensations.

Cela parait assez prouvé pour les nerfs olfactifs et gustatifs, et surtout pour le nerf optique, mais on n'est point encore ar-

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nvé à celte certitude pour le nerf acoustique. Quelques physiologistes, ainsi que nous l'avons vu, conçoivent une pareille localisation des forces d'où les mouvements des membres tirent leur principe. On pourrait aller plus loin/et admettre par analogie que tous les systèmes du corps sont en rapport avec les hémisphères, chacun en un lieu déterminé. S'il en était ainsi, et la chose semble probable, de la prédominance de tel ou tel de ces départements affectés à tel ou tel ordre de sensations ou de sentiments, on pourrait conclure à la prédominance de certaines impulsions dans les habitudes de l'es* prit, et expliquer ces différences qui nous étonnent dans les caractères et les aptitudes des hommes et des animaux d'une même espèce.

Je m'explique. Le lobe olfactif reçoit évidemment dans sa 'coiffe les racines des nerfs olfactifs ; or, il est démontré que la finesse, sinon l'étendue de l'odorat, est en rapport avec le développement de ces lobes. On pourrait objecter, il est vrai, que si les chiens qui ont un grand lobe olfactif, ont en même temps un odorat fort étendu, il n'en est pas de même de certains rongeurs tels que les lapins qui l'ont fort borné ; mais la finesse de cet odorat, dans cette analyse qui leur fait distinguer avec tant de précision les aliments salubres des substances végétales nuisibles, compense son défaut d*élendue. On peut, en effet, établir que l'étendue des sensations est relative en général à la perfection des appareils extérieurs , mais que la faculté de porter des jugements sur elles est en raison directe de l'énergie des centres encéphaliques.

C'est aussi dans un département distinct du cerveau que s'épanouissent les racines directes des nerfs optiques dans les singes et dans Tnomme ; eiles occupent, en effet, toute l'étendue du bord supérieur des hémisphères* L'analogie ne permet-elle pas de supposer que cette région privilégiée a avec

683 SI l'on PBUT GONCITOIB BNTBB LBS PHBROlff., ETC.

Torgane de la vision un rapport plus immédiat? C'est dans la même bande circonvolutiomiaire que vient aussi se terminier rév^fail fibreux qui provient des eorps genouiilés internes, et par l'intermédiaire duquel les tubercules quadrijumeaux sont mis en rapport avec le cerveau. Il y a d'ailleurs entre cette racine médiate et la racine immédiate du nerf optique, une véritable opposition. La première est en rapport avec le développement de ToBil et du nerf optique; la seconde suit le développement de Thémisphère cérébral.

Ces faits n'indiqueraient-ils pas qu'il y a deux visions, l'une qui émeut directement l'intelligence^ l'autre qui n'agit sur elle que par Tintermédiaire de l'automate. Les animaux inférieurs n'ont que celle-ci, mais Thomme a surtout la première; oa doit surtout à H. Longet la démonstration de l'influence que la lumière exerce sur les mouvements automatiques des ani**maux privés de leurs hémisphères , par l'intermédiaire de leurs tubercules quadrijumeaux. Ces impressions peuvent donc déterminer l'automate à certaines actions ; mais je n'approuve pas le nom de sensations brutes que leur a donné M. Longel. Il n'y a pas, en effet, de sensations sans intelligence; si donc rintelitgence est abolie après la destruction des hémisphères cérébraux, nous pensons avec M* Flourens que toutes les sensations le sont avec elle.

Les faits dont je viens de parler peuvent être mis au premier rang parmi ceux à l'aide desquels on peut expliquer les différences intellectuelles qui existent entre les animaux. L*a« nalyse anatomique va ici de pair avec l'analyse psychologique la plus subtile.

La masse des fibres blanches qui composent le centre ovale de Vicussens, n'est point en rapport avec le développement des nerfs extérieurs, mais avec celui des couches corticales* Elle s'acerott donc, non en raison des sensations péripbéri-

UlSUCnOIlS ËX HYPOTHESES. 68S

qv68, mais de l'ialelligence; ainsi pourrait^oii peut-être expliquer par elle ces réactions de Tâme qui dominent le corps au point de créer de toutes pièces des sensations énergiques dans rhallucination. On pourrait donc soupçonner que c'est du centre orale que l'imagination tire sa puissance» et attribuer à son développement excessif Tactirité de cette faculté et la fréquence des hallucinations dans l'homme.

4. Cette division des hémisphères en départements dis» tincts, telle que nous la concevons ici, ne détruit en rien Vi* dée de l'unité absolue dn cerveau, en tant qu'organe d'intelligence; son action multiple, eu égard aux sensations est, quant à rame, une et synergique; l'organisation explique cette sy«nergie ; elle dépend, sans doute, de cette prodigieuse multiplicité de fibres propres qui passent d'un pli à Tautre et relient en un même système toutes les parties, toutes les régions d'un même hémisphère. Par elles, toute la puissance d'un hémispiière peut évidemment ^ porter sur un (loint et se concentrer sur un même objet. Ne seraient-elles pas, en conséquence, le principe ou du moins la condition de cette faculté d'attention sans laquelle tout est changempnt, désordre et fermentation maladive dans l'esprit? Et dès lors, rineohérence dans la folie ne résulterait-elle pas de certaines altérations idiopathiques ou sympathiques de ces commis^ sures?

Peuirèlre pourra-t-on expliquer aussi par elles ces associations qui s*ét«'iblissent si facilem^t dans l'esprit entre les sensations et les idées les plus disparates, et sur lesquelles est en grande partie fondé le prodigieux mécanisme de la mémoire intellectuelle. L*anatonuc pathologique du cerveau est encore si grossière et si peu avancée, que ces idées pourront, aux yeux de certaines personnes, passer pour des hypothèses; mais on reconnaîtra, je l'espèro» qu'dles sont quelque choie

684 SI l'on peut CONCBYOlfi BNTBB LBS PBBNOM., ITC.

de plus, et mériteraient plutôt d*ètre considérées conune des inductions légitimes.

Un fait très-remarquablcy c'est que ces fibres commissurales si abondantes dans les hémisphères» le sont beaucoup moins dans le cervelet, bien qu'elles y existent certainement. Cela semblerait prouver qu'ici Tunité était moins nécessaire; mais au point de vue de l'intelligence» le cervelet n*a pas Tintérèt que le cerveau présente; cela résulte assez é^demment des belles expériences de M. Flourens.

5. De la localisation dont nous indiquons ici les bases nouvelles, il ne s'ensuit aucunement que nous acceptions l'hypo* thèse de GalL Je ne reviendrai point sur ce sujet si bien traité par MM. Flourens, Lelut et Leuret. Il est évident, en effet, que la perception, la volonté, l'imagination, la mémoire, sont des qualités inséparables d'un même sujet qui est l'ftme, ei supprimer Tune d'elles, c'est anéantir d'un seul coup toutes les autres (1). Il est donc bien certain que le cerveau, multiple par rapport au corps, est un par rapport à l'âme (2).

Quant aux instincts, la question est complexe, et les phré» nologistes l'ont évidemment abordée sans méthode. Il est bien évident que les instincts n'ont pas leur point de départ dans l'intelligence; loin de là, elle les subit. Il est donc certain que le principe des instincts n'est point dans le cerveau, organe de l'intelligence, mais dans les organes du corps et dans les dispositions innées de l'automate. Ils éclatent, il est vrai, dans l'intelUgence et par le cerveau, mais leur cause est ailleurs. Ainsi, la tendance à respirer n'est point perdue tant que le

(1) Liquet igitur in tk parte anim» posltam esse memoriam, in quâeolloeata imaginatio sit. AristoL De memorià el r$mini$ceniiâ. \, édit. de BerliD, p. 450.

(2) Cf. Lelut. Formule des rapporte du cerveau à la peiuie, dans Annotée midico peycholofiquee, janvier et mai* 1S43.

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