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Pour iloiincr mie idée des principes qui ont présidé à la cnn feclion du second laldeau, nous allons entrer dans quelques détails et profiler de cette occasion pour jeter un coup d'eeil sur ranimai en général.
Les êtres organisés habitent la surface du sol ou la profondeur des eaux, et tous, tant qu'ils sont, animaux et végétaux, depuis le monieiil de leur naissance jusqu'à la mort, doivent, sinon loujours respirer, du moins constamment se nourrir. Il \ a dans tous un mon veiiient continuel de composition et de décomposition, el, sous peine de mort, l’animal, comme la plante, doit réparer régulièrement ses perles. C'csl une locomotive qui s'arrête à défaut d'eau ou de combustible.
La piaule lire directement sa nourriture du sol. j’allais dire son charbon; mais ranimai, qui u'csl pas condamné à l'immobilité, sait choisir sa nourriture ; il se meut el se transporte librement d'un lieu à un autre, et ne peut, par conséquent, pas sucer sa nourriture comme le végétal. L'acte de la nutrition ne pouvant pas s’interrompre, la perte devant régulièrement se réparer, il faut à l'animal un sac ou une poche, comme il faut un lender à la locomotive pour loger sa provision de nourriture; c'est pour ce motif que les animaux ont en général un estomac, tandis que les végétaux en sont privés. C'est autour de ce sac que les vaisseaux se distribuent comme des racines qui plongent dans le sol. L’animal porte ses racines dans son ventre, selon la pittoresque expression du célèbre Boerhaave.
Mais tout n’est pas dit quand l'animal a bu et mangé; il lui faut encore de l'air, et cet air lui est aussi indispensable que
nous eussions été plus facilement compris ; mais, outre l'inconvénient que le mot serait composé de deux racines prises dans deux langues différentes, »»t que le vitellus animal correspond au cotylédon végétal, nous avons in l’avantage de voir désigner les grandes divisions des deux règnes organiques par des noms qui ont en partie la même signification.
l'aliment; l’oxygène de l'air doit pénétrer dans l’intérieur de l’organisme, pour produire, par la combustion, la chaleur et le mouvement; ce phénomène est désigné sous le nom de respiration. Quand cet air est reçu dans une poche conformée de manière à mettre le sang en contact avec lui, cette poche s’appelle poumon ou trachée, ou bien branchie quand l’animal respire dans l’eau.
L’aliment et l’air étant introduits dans l’économie animale, un autre besoin se fait sentir; chaque organe réclame sa part dans la distribution de ces matériaux; ce n’est pas comme une locomotive qui n’a qu’un seul foyer de combustion; il y a ici autant de foyers qu’il y a d’organes distincts, et il faut pourvoir à toutes les pertes dans toutes les parties du corps. La distribution de celte part est faite par un appareil semblable en partie à celui qui distribue le gaz dans une ville. D'un tronc principal partent des tuyaux donnant naissance à des tuyaux moins grands qui à leur tour se divisent en tuyaux plus petits; or. pour faire circuler le liquide ou le gaz, il faut un organe assez puissant pour produire son effet jusque dans les dernières ramifications. Le cœur, en se contractant, produit cette force nécessaire pour chasser le sang dans les derniers rameaux, et on peut dire que le cœur est le gazomètre de l’appareil circulatoire.
Mais, outre les tuyaux qui conduisent le sang vers la périphérie * du corps, il y en a aussi qui ramènent le sang vers le cœur. Il en résulte un double courant : l’un du centre vers la circonférence et l’autre de la circonférence vers le centre. Le premier comprend les vaisseaux qui pourvoient à la distribution, ce sont les artères pleines de sang rouge; l’autre comprend les vaisseaux qui ramènent le sang au cœur, ou les veines pleines de sang noir.
Il existe ainsi dans l’économie animale un mouvement centrifuge et un mouvement centripète, un courant de l’intérieur vers l’extérieur, et un autre de l’extérieur vers l'intérieur.
Il y a des vaisseaux qui portent aux organes les matériaux qui
* Les parties externes <tn corps cm les parties les plus élnijjntles du ec litre.
INTHODl'CTION
doivent réparer leurs pertes, et d’autres qui ramènent au tueur re même sang chargé de matériaux qui ne servent plus mi qui doivent de nouveau subir l’action vivilianlede l’oxygène: il se forme donc des résidus; dans récononiie animale, la combustion produit des cendres et l’animal doit s'en débarrasser; l’urine est le produit de cette combustion, l/organe chargé d’éliminer ce liquide est une glande (le rein), qui maintient l’ordre et la propreté dans l’économie.
Mais d’autres glandes, au lieu d’évacuer des matériaux inutiles ou nuisibles, modifient profondément la matière première introduite sous forme d'aliments et donnent naissance à de la salive, de la bile, du sperme, etc. Ce sont les fabriques de l’économie; c’est l'industrie du pays civilisé. Un organisme simple, comme un peuple non civilisé, consomme directement la matière première et peut se passer île ces organes et de ces ateliers qui ne sont un besoin que pour les pays civilisés, ou les organismes élevés.
L’aliment, pour acquérir toutes ses propriétés et pour subir ses transformations, doit être imprégné de salive, de mucus, de bile, etc., quand il est destiné à un animal comme un oiseau, et il faut des organes particuliers pour produire tous ces matériaux. Mais les animaux inférieurs vivent, se développent et se reproduisent d'une manière beaucoup plus simple; le tissu d'un polype est homogène pour ainsi dire, et la même matière suflit pour la réparation de toutes les pertes. Ainsi les besoins sont très-grands chez les uns, très-bornés chez les autres.
Les liquides qui se produisent dans ces organes que l'on nomme glandes sont, en termes physiologiques, secrétés, et il s’en trouve dans toute l’économie.
Les glandes représentent donc à la fois, dans l'économie animale, les tombereaux qui transportent les décombres d’une ville et les ateliers des centres industrieux où les matières premières sont transformées en beaux produits perfectionnés.
Tous ces appareils de digestion, île respiration, de circulation, de même que les organes de sécrétion, tendent vers un seul et meme but, la conservation de l'individu: quand la digestion se fait, que la respiration et la circulation s'effectuent, et que les
AN VTO.Vlli: COMPAREE.
glandes sécrètent, l’individu animal peut vivre, mais pour sou compte individuel. La vie s’éteint avec lui.
Une autre grande fonction, pour l'accomplissement de laquelle l'individu est souvent sacrifié , c’est la fonction de reproduction, qui a pour but de conserver l’espèce. La nature veille avec une constante sollicitude à ce qu’elle s'accomplisse régulièrement et sans obstacle; il n’y a pas de soins dont l’acte qui doit assurer la conservation de l’espèce ne soit entouré.
Une mère qui vole au secours de sa progéniture eonnail-elle des dangers? Elle expose sa propre vie pour sauver la vie de l’espèce ! La nature ne veille plus avec ce même soin à la conservation de celui qui a accompli le grand acte de la reproduction: souvent elle l’abandonne à lui-même et ne se soucie plus qu’il vive ou qu’il meure.
L’appareil qui a pour but la conservation de l’espèce dans le temps, n’apparait dans toute la plénitude de son développement que quand l’animal est complet ou adulte. L’animal a eu besoin jusqu'alors de toute la nourriture pour se développer lui-même: mais quand il est complet, la nourriture qu’il continue à prendre va servir au développement du nouvel être qu’il doit procréer, et le sang se porte vers l’appareil sexuel. C’est alors que l’ovaire de la femelle produit des œufs et l’organe mâle la liqueur séminale qui doit les féconder; cet appareil s’épanouit comme la fleur qui va donner son fruit et sa semence.
Il y a des animaux, comme lescampanulaireseltes tubulaires, qui entrent en floraison absolument comme les plantes.
Indépendamment deces fonctions q u i sont communes aux plantes et aux animaux, qui servent directement à la conservation, et dont l’ensemble constitue la vie végétative, l’animal a besoin d’élre mis en rapport avec le monde extérieur; il n’est pas lixé au sol, il doit chercher sa nourriture, et, tout en la cherchant, éviter de devenir la proie des autres. Il faut donc qu’il soit constamment sur le qui-vive, comme une armée en pays ennemi. C’est le rôle qui est dévolu à ses organes des sens: les cinq organes sont des sentinelles qui veillent constamment : l’œil et l’oreille informent l'animal de la présence d’une proie ou d’un ennemi, souvent à une grande distance; il.»
IM 1(01)1 l. l ION
.•.oui iui|>rt>s>ioiiiu>s de loin, sans coulai*! immédiat. Les lroi> antres sens, l'odorat, le ^oùt et li* loucher, exigent an contraire le contact de l’objet ; chacun d’eux doit discerner les (|iiali!és des corps dans un des trois états où ils peuvent se présenter, gazeux, liquide ou solide. Le sens de l’odorat veille à la qualité de l’air, à rentrée de la voie pulmonaire ; celui du goût à l’entrée du tube digestif pour discerner la qualité des aliments : et le sens le moins délicat de tous, celui du loucher, s’exerce quelquefois par toute la surface du corps et fait connaître les qualités des corps solides, line bonne surveillance s'exerce donc tout autour de l'animal, et ou peut dire, avec un savant naturaliste, que ces organes forment un pont entre l’animal et le monde extérieur.
L’animal est, par le secours de ces organes, informé de ce qui se passe autour de lui; il reçoit des impressions, on pourrait même dire des avis ou des rapports; des cordons blancs et arrondis sont chargés de transmettre les impressions de l’organe des sens à la télé ou au chef de l’organisme. Ces cordons blancs sont les nerfs: et le point central, le chef, c’est le cerveau.
Ces cordons blancs ou plutôt ces nerfs pénètrent dans toute l’économie (nous ne pouvons pas piquer notre peau avec une pointe d’épingle sans en sentir l'effet ); ils jouent le même rôle que les (ils conducteurs d'un télégraphe électrique. Il y en a qui conduisent de la périphérie vers le centre et d’autres qui vont du centre vers la périphérie; ils ne transmettent que dans un sens: les uns servent à la transmission de la demande et les autres à la communication de la réponse: ceux qui conduisent de la surface à l’intérieur sont appelés les nerfs de sentiment : les autres, qui transmettent les ordres aux muscles et qui les font agir, sont les nerfs de mouvement.
Dans un pays sillonné par des télégraphes électriques, avec un bureau central et des bureaux secondaires dans la province, nous trouvons une image parfaite du système nerveux: que l'on se représente ce pays en temps de guerre et se tenant constamment >ur la défensive, on comprend que le bureau central sera le lieu où >e décideront toutes les grandes questions : la frontière est strictement gardée sur tous les points : des nouvelles
arrivent constamment et réclament des mesures. Mais les affaires intérieures, les affaires de ménage, si je puis m’exprimer ainsi, se régleront a l’insu du bureau central ; les bureaux secondaires eommunb| lieront directement entre eux ; ils agiront de concert; ils établiront l'unité dans les mesures et ils correspondront enlreeux sans en informer le chef; c’est là le rôle du nerf grand sympathique dans l’économie animale. Le cerveau est assez occupé îles affaires extérieures, et laisse les petits cerveaux, qui sont éparpillés sous le nom de ganglions, veiller eux-mêmes à l’administration locale et à leur conservation.
Mais il arrive encore que des impressions ou des rapports, au lieu d’être reçus au bureau central, sont arrêtés en route à cause de leur peu d’importance, et que le bureau secondaire remplace la direction centrale; des mouvements, quoique déterminés par des impressions venues du dehors, se produiront à l’insu du chef; l'animal n’aura pas la conscience de l’acte qu’il pose; il agira machinalement. C’est ainsi que le cœur bal malgré nous; que les fonctions de digestion, de respiration, etc., s'accomplissent à notre insu; les fonctions les plus essentielles delà vie, nous ne sommes pas libres de ne pas les accomplir. C’est encore ainsi que le hoquet, l’éternuement, la toux et d’autres phénomènes se produisent par une cause extérieure, sans que notre intervention puisse en rien en altérer l’effet.
Au centre de l’organisme loge l’organe qui représente le bureau central; ce puissant organe qui domine tous les appareils est le cerveau. C’est là que tous les fils aboutissent en dernière analyse. 11 établit l’harmonie entre les diverses parties du corps, il donne les ordres, diete la loi, et c’est par son intermède que, chez l'homme, l’âme transmet sa volonté.
Nous venons de voir comment l’animal reçoit une impression, comment cette impression se transmet au cerveau et comment du cerveau émanent les ordres qui vont animer un antre appareil, celui de la locomotion. C’est cet appareil qui permet à l’animal de se mouvoir, de se transporter d’un lieu à un autre, de fuir ou de s’approcher selon l’impression qu’il a reçue.
Cet appareil est exclusivement propre aux animaux; il se compose, lu d’organes actifs, qui ont une couleur rouge dans
INTRODl'CTION
les animaux supérieurs et que l'un nomme communément la chair; ce sont les muscles; 2° d’organes passifs, de véritables leviers, des corps durs et solides, les os. Les os réunis constituent la charpente solide ou le squelette. Cet appareil est pour l’individu ce qu'est l’armée pour un pays; d’après les rapports qui sont faits par les organes des sens qui veillent à la frontière, le chef donne ses ordres et l’armée marche.
Les organes des sens, le système nerveux, composé de cerveau, de moelle épinière, de ganglions et de nerfs, et l’appareil de locomotion, exécutent un ensemble de phénomènes que l’on désigne sous le nom de vie de relation ou vie animale, parce qu’ils sont l’apanage exclusif des animaux.
Tous les organes indistinctement qui entrent dans la composition d'un animal appartiennent à l’une ou à l’autre des catégories que nous venons d’énumérer.
Le tableau suivant résume la coordination des appareils, danun ordre physiologique.
AlMVAItlllM
de la vie f l'individu, i végétative (
\ pour la
■ conserva- j l’espèce.
I lion de
de la vie animale.
Appareil digestif.
respiratoire.
— circulatoire.
Organes sécrétoires.
Appareil reproducteur.
Organes des sens.
Système nerveux.
Appareildelocomotion.
Après cet exposé, passons à l’élude des divers appareils dans l'ordre que nous venons d’indiquer. Examinons les modifications qu’ils subissent dans les diverses classes d'animaux depuis les infusoires jusqu’aux quadrumanes, afin de connaître chaque appareil dans son ensemble.
L’observateur aura donc sous les yeux chaque organe, depuis la forme la plus simple qu’il affecte dans les animaux les moins élevés jusqu'à son plus haut degré de complication dans les animaux supérieurs; il comprendra chaque organe en lui-même
ANATOMIE COM P Ail ÉE
<‘l il sp rendra aisément compte ou îles modifications nornuilps dans la série, ou des aberrations monstrueuses qui surgissent quelquefois.
Mais si le luit de l’analomie comparée est d’étudier les animaux élevés dans les organismes simples, et de découvrir les lois d’après lesquelles tous ces organes se développent et se coordonnent, et, nous l’avouons, nous n’en voyons pas d'autre, on comprendra aisément combien il serait absurde de réduire l’anatomie comparée à l’étude des animaux vertébrés ou des classes les plus élevées. C’est vouloir réduire l’histoire de l’architecture au style ogival, et prétendre que lout ce qui a précédé ou suivi le \n*' ou le xmc siècle ne mérite pas l'attention.
L’anatomie comparée est, à notre avis, une étude qui doit servir d’introduction ou de complément à tous ceux qui s’occupent d’une branche quelconque de l’organisation.
$2. — COMPLICATION l)ES ORGANISMES.
Tous les animaux ne présentent donc pas un mêtne degré de complication dans leur structure ; tous vivent et se reproduisent, mais les moyens par lesquels ils vivent et se reproduisent varient.
Qu’il me soit permis de présenter ici une comparaison, afin de bien faire saisir la nature des complications qui distinguent les diverses classes d’animaux. Celte comparaison parfaitement juste a été faite depuis longtemps.
Les animaux les plus simples sont dans le même cas que les peuplades chez lesquelles la civilisation n’a pas pénétré; quand il n’y a encore ni commerce ni industrie, chacun pourvoit luimême à son entretien. Chaque homme se construit sa cabane, fait son vêtement, se nourrit par le produit de sa pêche ou de sa chasse, fabrique ses meubles et ses outils, en un mot, chacun se pourvoit et se suffit à lui-même. Plus tard des échanges s’établissent avec les peuplades voisines, certains individus plus habiles construisent les uns les demeures, les autres les outils, et insensiblement la division du travail amène la perfection. Celui qui fait tous les jours le même objet, le fera mieux qu’un autre qui se livre à divers travaux. Tout le monde sait à
IN I HOIM CTION
quel degré de perfection ont été portées certaines industries par l'application de ce principe. Eh bien, dans le règne animal nous voyons se produire exactement le même phénomène, ou, pour mieux dire, il semble que la division du travail a été calquée sur la division des fonctions dans les animaux. Dans les animaux si simples qui occupent l’extrémité de l'échelle animale, toutes les fonctions de la vie s’accomplissent par un seul et même organe, ou plutôt il n’y a pas encore d'organe spécial. Le corps entier se compose d’un tissu homogène, et dans chaque partie s’accomplissent toutes les fonctions essentielles de la vie. la nutrition, la respiration et la reproduction. Aussi coupez ces êtres en morceaux, divisez— les en une infinité de fragments, et chaque partie continue à vivre; chaque fragment reprend même la forme de l’animal dont il est provenu. C’est plus que l'histoire de l’hydre de la fable; ce ne sont pas seulement les tètes qui repoussent quand on les coupe, mais chaque partie détachée devient aussitôt un animal complet. Ce phénomène, connu déjà depuis un siècle, a été découvert par Trembley, pendant son séjour en Hollande, sur des polypes d’eau douce que Linné a désignés depuis sous le nom poétique d'hydres *.
Quels sont les moyens les plus simples et en même temps les plus puissants pour la locomotion aquatique? Ce sont des nageoires ou des rames, ou bien encore des filaments en forme de cils qui battent l’eau comme l’aile de l’oiseau bal l’air. Ces cils se trouvent dans tous les animaux inférieurs et servent souvent seuls, à défaut de levier, d’organe locomoteur. Le corps en est quelquefois couvert.
Un des exemples les plus remarquables de l'accumulation des fonctions nous est fourni par ces cils; quand il n’existe ni muscles ni nerfs, quand le corps ne se compose que d’un seul tissu mou et homogène, souvent l'animal nage avec autant de célérité que le plus fringant poisson; son corps est couvert de lamelles ou de filaments qui échappent à l'œil nu, mais que le microscope nous montre sous la forme de rames effilées ou de
Celte heureuse comparaison entre la division du travail et la complirat ion des organismes est due à M Ml lue F.dwards.
roues de bateau à vapeur; c’est ce que l’on désigne sous le nom de cils vibratiles.
Au lieu de rames, l'homme a fait des roues quand il a trouvé le moyen d’utiliser la force de la vapeur, et ces puissantes roues font mouvoir de petits mondes. Ici les extrêmes se touchent. L’infusoire microscopique porte des cils en forme de soies, ou en forme de roues chez les rotifères, et chez quelques animaux qui ne semblent formés que d’une gelée vivante, au lieu de cils tout le corps est couvert de lamelles et représente une roue vivante. C’est ce que l’on voit bien dans le singulier animal connu sous le nom de cydippe *. C’est encore un problème que de savoir par quel mécanisme ces 111s ou lames se meuvent; on admettrait volontiers des muscles plus microscopiques encore que les animaux, mais la simplicité d’organisation ne permet pas l’admission de cette hypothèse. Quoi qu’il en soit, nous voyons ces cils sous l’une ou l’autre forme servir à la progression de l’animal.
Ce n’est toutefois pas seulement la fonction de locomotion qui s’exerce par ce puissant moyen. L’animal, souvent fixé au sol et. logé au milieu d’une masse d’eau, épuise bientôt l’oxygène par ses organes respiratoires; sous peine d’asphyxie l’eau qui l’entoure doit se renouveler. Quel moyen plus simple que des lamelles ou des soies agissant comme la roue d’un bateau à vapdur pour mettre l’eau en mouvement et pour changer le milieu ambiant? Le nouveau milieu apporte de nouvel oxygène et l’animal sait respirer. Ces cils deviennent inutiles quand, par un autre mécanisme, l’animal peut chasser avec force l’eau sur les branchies, comme dans les poissons.
Si l’eau qui baigne l’animal ne peut rester immobile, le liquide intérieur ou le sang ne peut le rester davantage; le sang doit porter sur place, comme nous l’avons vu plus haut, les matériaux d’entretien. Le cœur est chargé de ce rôle, ou bien le vaisseau lui-même se contracte pour chasser le sang dans telle ou telle direction et pour produite le mouvement circulatoire. Mais
* C’eslun animal transparent, qui a la forme d’un œuf, et qui présente l’aspect d’un cristallin de l’œil doué de vie. Il appartient 5 la classe des polypes.
ivrnonn riov
s'il n’y :i pas île cœur ou de vaisseau contractile, ce sont les cils <1 ii i viennent jouer le rôle de cet organe. Ils établissent un courant par leur action et chassent le sang comme le ferait le cœur.
Mais ce n’est pas tout, la matière alimentaire doit se mouvoir dans l’intestin et dans tout le tube digestif, et à défaut d'organes de préhension, les aliments doivent être attirés vers la liottclie. Ici encore ce sont les cils vibratiles qui sont chargés de ce nouveau ride : on voit à l'entrée du canal intestinal des cils qui attirent la nourriture par un courant rapide qu’ils forment vers la bouche. Les aliments introduits dans l'estomac doivent de nouveau se mouvoir, puisque l'estomac n’a pas de couche musculaire dans la composition de ses parois, et quand l'aliment est digéré, le résidu doit être évacué par l'intestin. C’est un nouveau rôle dévolu aux cils situés autour du pylore, du côté de l'estomac et du côté des intestins.
Enfin ce sont des cils qui déterminent le mouvement des spermatozoïdes et qui leur permettent de se transporter d'un lieu à un autre connue un animal. Le spermatozoïde ' est mu par les cils qu'il porte lui-méme, mais l'œuf esl éconduit ordinairement par des cils qui garnissent la surface interne de l’appareil sexuel femelle.
En résumé les fonctions de locomotion s'accomplissent dans quelques animaux par un seul organe microscopique, et ce même organe vient en aide à la respiration, à la circulation, à la digestion, et même à une partie de la fécondation.
Ceci est un exemple remarquable de l'étonnante simplicité avec laquelle certaines fonctions peuvent s'accomplir dans l'économie animale.
En voici un autre exemple :
Chez les animaux qui ne présentent plus le dernier degré de simplicité, une enveloppe propre se forme autour de l'animal: une peau apparait. et c'est par les modifications qu'elle subit que
En examinant le sperme au microscope, on observe des corpuscules «lui se meuvent cl «pie l’on a. pendant «quelque temps, considéras comme des animalcules, d\ui le nom d animalcules spermatiques. Ce ne sont pas des animalcules, et on les nomme atijourd hui spermatozoïdes Ils sont au sperme ce que les globules du sang sont au sang.
ANATOMIE COMPAHÉE
se forment les appareils de digestion, de respiration, de sécrétion, y compris même la reproduction.
En effet, à mesure qu’on s’élève dans l’échelle des êtres, des organes particuliers apparaissent; les fonctions se limitent, des divisions s’établissent et on arrive de division en division à une complication qui dénote un travail d’autant plus parfait et des produits d’autant mieux élaborés, que l’animal est formé d’un plus grand nombre d’organes. C’est ainsi que la première modification qui a lieu dans l’animal (fig. 4) qui n’a pas de tube digestif consiste dans une dépression (fig. 5) qui pénètre bientôt plus profondément dans le tissu de l’animal (fig. 6) et qui finit,
Fig. 8.
Fig. 10.
Fig. 9.
Formation du lulic d igest if.
en prenant une plus grande extension encore, par percer tout le corps (fig. 7). Il existe alors un tube droit et régulier, mais, à proprement parler, il n’y a encore ni intestin, ni estomac; mais bientôt le tube se dilate vers le milieu (fig. 8), les aliments s’arrêtent dans cet endroit et il existe un estomac; en même temps, il se forme un tube (un œsophage) au devant de l’estomac et un intestin derrière, l/inleslin s’allonge ensuite (fig. !), 10 et 1 1). la surface qui doit absorber la matière nutritive augmente,
INTUODI T/riON
(les replis se forment à l’intérieur, l;i cavité de l'estoniac se sépare même à l’aide de cloisons en divers compartiments et on obtient le canal digestif le plus complet des animaux supérieurs. La division des organes a entraîné la division des fonctions. L’œsophage livre passage à l’aliment, l’estomac le digère, l’intestin grêle l’élabore et le gros intestin évacue le superflu. On comprend aisément que la peau qui tapisse d’abord uniformément tout ce tube se modifie également selon les besoins de chaque région, et que la surface interne de l’estomac ou de l'œsophage doit offrir un aspect différent de la surface interne de la partie de l’intestin, qui doit absorber la nourriture.
Il en est de même des organes qui doivent produire le liquide nécessaire à la digestion; sur le trajet du canal intestinal il se forme d’autres dépressions; mais au lieu d’absorber elles doivent exhaler; je. veux parler des glandes (fig. 12 et lô). A mesure (lue l’appareil digestif se complique, ces glandes augmentent de volume et de surface (tig. lô. Il et lô). Plus la surface
Formation drs glandes.
Fig. ifi
exhalante sera grande, plus l’organe sécrétera: quand cette glande aura acquis tout son développement et que le produit ne doit plus constamment servir ou se répandre, il se forme sur le trajet une autre dépression qui sert de réservoir au liquide tfig. Iti. «). C’est ainsi que la bile, sécrétée par le foie, n’étant utilisée que pendant la digestion ou immédiatement après, est tenue en réserve dans la vésicule du tiel. et l’urine dans la vessie urinaire.
C’est de la même manière que se forment toutes les glandes
'lit
véritables, et si, dans les animaux inférieurs, l’élaboration des aliments s’accomplit avec une grande simplicité, il faut, au contraire, dans les animaux supérieurs des glandes particulières pour la salive, une glande spéciale pour la bile, une autre encore pour le suc pancréatique, sans compter toutes les petites glandes qui apparaissent si abondamment sur toute l’étendue de l’appareil digestif, depuis la bouche jusqu’à l’anus. Il faut même ici des glandes dont le produit est exclusivement destiné à lubrifier la surface pour prévenir les inconvénients du frottement.
En somme, tous les appareils de la vie de conservation, celui de la digestion comme celui de la circulation, celui de la respiration comme l’appareil reproducteur, dérivent les uns des autres et ne forment primitivement qu’un seul et même organe. L’appareil sexuel sécrète un germe comme le foie sécrète la bile; la formation d’un nouvel individu et l’accroissement de l’animal lui-même ne constituent en dernière analyse qu’un seul et même phénomène.