SQUELETTE
Le squelette joue dans l’économie animale un triple rôle: il sert d’abord à soutenir les diverses parties molles qui composent l’animal ; il sert ensuite à protéger les organes les plus importants de la vie ; et enfin les diverses pièces qui le composent servent de levier aux muscles. C’est en considérant les os sous ce triple point de vue que l’on parvient à se rendre compte des variations infinies qu’ils présentent dans leur forme et dans leur développement.
C’est surtout dans l’étude du squelette que l’on découvre clairement l’uniformité du plan suivi dans la conformation des animaux qui composent un embranchement. Le squelette est conformé d’après un seul et même type, depuis les poissons jusqu’aux mammifères, comme s’il sortait d’un seul et même moule ; mais comme chaque espèce a un rôle particulier à jouer dans l’économie de la nature, que certains animaux sont destinés pour la vie aquatique, les autres pour la vie aérienne et quelques-uns même pour une vie souterraine, que les uns vivent de chair et les autres d’herbes, ces organes se sont successivement modifiés, dans le cours du développement, pour les besoins particuliers de chacun d’eux. Pendant l’âge embryonnaire, c’est une matière première qui est la même dans le poisson comme dans le mammifère; mais, dans le cours du développement, elle subit un travail particulier, selon l’usage auquel elle est destinée. D’après cela, on concevra aisément que les mêmes os se trouvent partout, dans la tête de l’oiseau comme dans la tête du poisson, peu importe la consistance des pièces ou la différence de leur volume et de leur nombre.
Celui qui connaît la composition de la tête d’un animal quel-
APPAREIL LOCOMOTEUR
conque, comme le médecin connaît les os de la tète de l’homme et leurs rapports, peut aisément déterminer les os qui forment la tète du poisson ou de tout autre vertébré, en ayant égard aux principes suivants :
1° Les mêmes os conservent les mêmes rapports avec les mêmes organes; ainsi la partie supérieure de l'orbite est toujours formée par l’os frontal; le trou qui livre passage à la moelle est toujours formé dans l’occipital ; ces deux os, qui par là sont très-faciles à reconnaître, conservent partout les mêmes rapports avec les autres os du crâne, comme le pariétal, le temporal, etc., et la détermination en est toujours aisée. Les mêmes nerfs crâniens traversent les mêmes os dans l'homme et dans tous les vertébrés, même dans les poissons. Il su fli l donc de se rappeler les rapports dans une seule espèce pour les connaître dans toutes les autres. Ce principe des rapports est d’un immense secours dans la détermination des organes dont nous nous occuperons.
2" En comparant la tète d’un poisson avec celle d’un mammifère, on est tout surpris de voir un si grand nombre d’os entrer dans la composition de la première, et on désespère bien Vite de découvrir dans un poisson les os du squelette d’un singe. Celte différence provient surtout de ce que dans les mammifères adultes plusieurs os, qui étaient d'abord séparés, se sont réunis pour ne former qu’une seule pièce, tandis que ces mêmes pièces, dans les poissons, restent séparées pendant toute la vie de l'animal. Il faut donc choisir, pour établir celte comparaison, un fœtus de mammifère dont les os sont encore tous séparés; alors on découvre aisément les parties analogues. Le poisson présente, à l’état permanent, une forme passagère du mammifère.
5° On a reconnu une loi de balancement dans le squelette, de laquelle résulte qu’un os ne prend jamais un grand développement sans qu’un autre se rapetisse dans la même proportion ; ce qui explique un grand nombre de modifications dont on ne se rendrait guère compte sans cela.
Ainsi, quand les membres se raccourcissent ou s’atrophient, la colonne vertébrale s’allonge, et le lézard, en perdant ses pattes, acquiert la forme et la longueur du serpent. Quand, au
lieu de cinq doigts, il n’y en a plus qu’un seul, comme dans le. cheval, ce doigt unique devient énorme, ainsi que l’ongle qui le termine.
En résumé donc, nous trouvons partout ici la variété dans l’unité et l’unité dans la variété.
Le squelette se compose toujours d’une série de pièces connues sous le nom de vertèbres, et qui sont jointes entre elles pour constituer l’échine ou la colonne vertébrale; c’est la partie essentielle de la charpente osseuse.
Celte colonne vertébrale est terminée en avant par la tête, qui se compose du crâne et de la face.
Le crâne consiste d’abord dans une boîte cartilagineuse; dans l’épaisseur de ce cartilage se dépose du phosphate calcaire dans divers centres qui constituent autant de points d’ossification ; c’est ainsi que se forment les os du crâne primitif. A ce crâne viennent s’ajouter d’autres pièces qui ne passent pas par l’état de cartilage et qui ne lui appartiennent pas. De ce nombre sont diverses pièces dont nous parlerons tout à l’heure.
Le crâne est formé par la modification de quatre vertèbres, tandis que les os de la face proviennent des appendices latéraux auxquels les vertèbres crâniennes donnent naissance. Les os qui viennent se joindre aux os du crâne et de la face forment avec eux la tête osseuse.
Les autres pièces latérales des vertèbres sont l’os hyoïde et les côtes.
Enfin deux autres paires d’appendices complètent le squelette et servent principalement à la progression : ce sont les deux paires de membres, les antérieurs qu’on appelle thorachiques et les postérieurs ou abdominaux.
Colonne vertébrale. — Celte partie du squelette est toujours formée de la même manière, en ce sens que ce sont diverses pièces solides qui se meuvent les unes sur les autres et qui sont toutes formées d’après le même type. Quel est ce type?
Il entre dans la composition d’une vertèbre trois éléments correspondant au triple but que remplissent les os; la partie principale, c’est le corps (fig. 211. I), qui sert surtout à tenir les diverses parties en respect et qui fait l'office de charpente.
APP.VRKIL I.OCOMOTKUU
Ce corps est surmonté de deux pièces disposées eu toit, for niant un arc et servant à la protection des organes les plus es sentiels à la vie; c’est le second élément (lig. 21 1 , 2 et ti).
Le troisième élément sert à fournir des attaches aux muscles et se développe d’autant plus que le mouvement sera plus étendu; celte partie est toujours en rapport avec la force des muscles; elle se développe en dessus et en dessous, et on la désigne sous le nom d'apophyse épineuse (lig. 21 1 , 3 et 7).
Sur le côté du corps il se développe d’autres pièces qui deviennent apophyses transverses ( fig. 211, 4) ou côtes (idem, 5), et qui prennent quelquefois un développement prodigieux.
Toutes les vertèbres se modifient d’après la région quelles occupent et d’après la différence du rôle qu’el les on t à jouer; c’est ainsi que les vertèbres lombaires, qui doivent unir le train de devant à celui de derrière, se distinguent par le grand développement du corps de la vertèbre. Les vertèbres crâniennes, destinées à protéger le cerveau, montrent un développement extraordinaire dans les parties latérales; l’arc, qui sert à la protection, absorbe pour ainsi dire les deux autres éléments de la vertèbre. Enfin les apophyses épineuses sont extrêmement développées vers le milieu de la colonne vertébrale, où les muscles sont le plus volumineux et où s’exerce la plus grande force musculaire. Dans la région de la queue, où les muscles sont faibles, vers le bout, par exemple, et où il n’y a plus de moelle à protéger, la vertèbre se réduit au corps en perdant ses deux autres éléments, et le corps de la vertèbre prend l’aspect d'un osselet allongé, comme une phalange des doigts ou comme un osselet du sternum.
C’est dans les poissons que le cerveau est le moins volumi-
Fig ill — l ue Ttrlébre d'après H. Owen.