CHAPITRE HUITIÈME
(/> es dispositions par lesquelles le bulbe se transforme en moelle épiniere,)
ART. I". — RAPPORTS DU PÉDONCULE CÉRÉBELLEUX INFÉRIEUR ET DES CORDONS POSTÉRIEURS DE LA MOELLE ÉPINIÉRE.
Dans l'exposé tout à fait superficiel que nous avons fait précédemment des rapports des pédoncules cérébelleux et des cordons médullaires, nous avons toujours considéré ces rapports comme trèssimples. Nous avons reproduit surtout les idées de Stilling, et divisé le pédoncule cérébelleux inférieur en deux parties, Tune externe plus grosse, le corps restiforme^ l'autre interne plus petite, le funiculus cuneatus et gracilis. Plus loin nous avons attribué au corps restiforme des fonctions motrices, et nous avons montré qu'il de- y venait une partie de s cordons antéro-la téraux ; au funicuhis cuneatus et gracilis nous avons attribué des fonctions sensilives et nous l'avons suivi jusque dans les cordons postérieurs. Mais récemment des travaux particuliers ont été entrepris sur ce sujet : en exposant ces résultats, nous tiendrons spécialement compte des recherches de Deiters, de Clarke et de Meynert, qui montrent le pédon cule cérébelleux inférieur sous un point de vue tout nouveau.
Nous mettrons en regard les vues anciennes et les vues nouvelles.
A. — Les vues anciennes.
Le pédoncule cérébelleux inférieur se compose de deux parties, le corps restiforme d'une part, le funiculus cuneatus et gracilis de l'autre (/îi^. 113, 115,116).
a. — Le corps restiforme.
Le corps restiforme se rend par un trajet assez compliqué dans le cordon antérieur; dans ce trajet il devient de moins en moins
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volumineux jusqu'à ce qu'enfin il disparaisse tout à fait. La distribution de ses fibres se fait par deux voies.
1 . Les fibres arcif ormes du champ moteur, — Ces fibres se montrent dans le champ moteur déjà sur des coupes horizontales passant au niveau du noyau moteur supérieur du trijumeau, quoique à ce niveau on ne puisse pas encore voir nettement leur origine dans les corps restiformes [fig. 110). Sur des coupes passant un peu plus bas on voit d'une façon très-nette que les fibres transversales proviennent réellement du corps restiforme. Dans les coupes passant par le point de sortie du facial et de l'acoustique (fig. 112,113, 115, 116), on voit toujours des faisceaux volumineux émerger des parties latérales du corps restiforme et s'étendre notamment dans le champ moteur au voisinage dsilemniscus. La même disposition se voit sur la figure 122.
€omme il existe dans le champ moteur un grand nombre de cellules ganglionnaires de diverses grosseurs, on a été naturellement porté à admettre que les fibres du corps restiforme se recourbent dans cette région pour se mettre en connexion avec ces cellules.
2. Les fibres superficielles {stratum zonale^ Amoldt). — Ces fibres sont faciles à voir sur toutes les coupes depuis le bord inférieur du pont de Varole jusqu'à la partie inférieure de l'olive . Il est manifeste qu'elles proviennent du corps restiforme. Mais il est trèsdifficile de préciser leur point de terminaison. On les voit contou^ ner les olives et disparaître en partie dans le sillon qui sépare l'olive de la pyramide antérieure ; d'autres fibres continuent leur chemin en croisant la pyramide et vont disparaître dans le sillon médian qui sépare les deux pyramides. On n'a pas encore pu se rendre exactement compte du point de terminaison de ces fibres.
On considérait donc comme démontrée la nature purement motrice du corps restiforme, quoiqu'on ne pût réellement pas préciser la région où aboutissaient ses fibres. On admettait simplement qu'elles se rendaient au champ moteur, les unes du même côté, les autres en passant du côté opposé ; que là elles étaient interrompues par les cellules ganglionnaires, se recourbaient et descendaient dans les cordons antéro-latéraux de la moelle épinière.
Une étude plus approfondie des fibres arciformes a montré que ce trajet n'était pas aussi simple, et que la majeure .par.tie des fibres quittaient de nouveau le champ moteur pour aller aboutir dans des points plus éloignés. Cependant il n'est pas démontré qu'une partie des fibres n'ait pas des rapports étroits avec le champ moteur.
b. — Le funiculus cuneatus et gracilis.
FIBRES ARGIFORMBS. 233
L'ensemble de ce faisceau sort du cervelet intimement uni au corps restiforme; il grossit enmite dans son trajet vers le bas^ de chaque côté du quatrième ventricule^ par l'adjonction de substance grise; puis il descend directement vers les cordons postérieurs de la moelle epinière, en se rétrécissant de nouveau par la disparition de cette substance grise. Ces vues ont été fortement ébranlées dans ces derniers temps. On ne considère plus maintenant la région G {fig. 123), comme le prolongement du fasciculus cuheatus et gra^ Hlis: ces faisceaux épais et abondammeiit pourvus de substance grise sont des faisceaux nouyeaux qui n'ont rien à voir avec le funiculus cuneatus et gracilis tel qu'il sort du cervelet. Cette augmentation subite et considérable ne pouvait pas non plus s'expliquer par l'adjonction de la nouvelle substance grise. De même on ne comprenait pas pourquoi l'on voyait toujours aussi des fibres arciformes transversales se rendre de ces faisceaux au champ moteur {fig, 123 sous G). L'insuffisance de ces données âautait par conséquent aux yeux depuis longtemps, d'autant que d'après ce système les deux olives échappaient notamment à toute interprétation.
B. — Les vues nouvelles.
Pour comprendre ce qui va suivre, il faut nous reporter d'abord à ce que nous avons dit plus haut de l'olive supérieure. Nous avons vu qu'elle était enfouie dans les faisceaux de la calotte, et qu'il était trèsprobable que des fibres de la calotte se rendaient à ses cellules. Plus loin nous avons cru pouvoir admettre que cette olive supérieure était en rapport sur ses côtés avec des fibres du corps restiforme qui traversent la moelle allongée transversalement sous forme de fibres arciformes, et nous avons signalé les prolongements de ces fibres de l'olive supérieure vers le pédoncule cérébelleux inférieur.
Notre àltention n'a pas été attirée jusqu'ici longuement sur l'olive inférieure. C'est un feuillet de substance grise, plissé et phé sur lui-même d'une façon très-variable, et offrant des aspects très-divers chez l'homme. C'est du reste chez l'homme qu'elle présente son plus grand développement. A son extrémité supérieure et en arrière, elle présente deux petits appendices que l'on désigne sous le nom A* olives accessoires interne et externe (1) et qui ont la même struc-
(1) Noyau ou lame juxta-olivaire interne; — noyau ou lame juxta-olivaire externe. Nous avons dit précédemment (note, p. 217) que chez les animaux Toliveest si petite parce qu'elle est en réalité réduite au .iO\ au juxta-olivaire interne» Tolive proprement dite et le noyau juxta-olivaire externe ayant disparu.
ture que l'olive elle-même. L'olive est formée d'une façon générale par une névroglie fine avec une grande quantité de petites cellules ganglionnaires à prolongements courts.
Les rapports de l'olive inférieure avec les fibres de la calotte sont encore très-obscurs.
On voit souvent pénétrer dans l'olive des fibres de la calotte, et il est presque certain que ces fibres se terminent dans l'organe. Meynert a essayé de préciser quelles sont ces fibres : il pense qu'elles proviennent de la couche superficielle du ruban de Reil. Nous ne pouvons rien affirmer à cet égard.
Bien plus importantes sont les connexions de l'olive avec les fibres transversales qui viennent latéralement des corps restiformes. Ce sont ces fibres qui donnent à Polive sa véritable signification. On peut en effet se figurer Tolive comme englobée dans un amas de fibres venant du corps, resti forme de chaque côté et allant transversalement à travers la moelle allongée jusque dans le funiculm cuneatus et gradlis du côté opposé.
D'après ce que nous avons dit jusqu'ici, le pédoncule cérébelleux inférieur se composerait du corps resliforme (partie externe) et du funiculus cuneatus et gracilis (partie interne). Le corps restiforme disparaîtrait vers le bas par la déperdition successive de ses fibres, tandis que le funiculus cuneatus et gracilis gagnerait en grosseur et deviendrait un organe assez épais {fig. 123). Les faits ne paraissent pas être ainsi. Le faisceau qui en haut, dans le pédoncule cérébelleux inférieur, est désigné comme funiculm cuneatus et gracilis ne constitue un faisceau indépendœit que sur une petite étendue. Les fibres de ce faisceau se rendent sous forme de fibres arciformes transversales dans le champ moteur, et le faisceau tout entier disparait de cette façon au bout d'un temps assez court.
A sa place {fig. 123) apparaît le nouveau fasciculus gracilis et cuneatus. On voit très-distinctement sur la figure 123 comment naît ce faisceau. De la profondeur du champ moteur sortent de nombreuses fibres qui se portent en arrière^ c'est-à-dire remontent vers le haut dans la coupe, pénètrent dans le funiculus cuneatus et gracilis et vont sans aucun doute s'y terminer tout d'abord dans de la substance grise. Sur toute la coupe de ces faisceaux se voit en effet une grande quantité de cellules ganglionnaires qui doivent entrer en relation avec ces fibres afférentes.
En descendant dans les cordons postérieurs^ cette substance
FIBRES ABCIPORMES. 233
grise devient de plus en plus rare : elle di^aratt d'une façon complète avec l'organisation déGnilive de la moelle épinière.
D'où proviennent ces fibres qui forment le fasciculus cuneatus et gracilis?
Ce sont les prolongements entre-croisés des fibres du corps restiforme opposé, qui envoie toutes ses fibres du côte opposé et dispanât
Fig. 124. — Schéma du trajet des fibres du stratum zonate (*).
t complètement pour aller se reconstituer sous forme de funiculus gracilis du côté opposé.
Les fibres qui servent à ce passage sont les fibres arciformes de la moelle allongée.
Les fibres arciformes forment dans la moelle allongée un système de fibres transversales si riche el si compliqué qu'il est difficile de débrouiller leur trtget. On obtient très-rarement une image satisfaisante dans une seule et même coupe. On voit facilement la sortie des fibres du corps restiforme (113, 115,116] ou leur entrée dans le funiculus gracilis et cuneatus (fig, 123], mais le trajet intermédiaire se suivrait très-difficilement. 11 ressort cependant des recherches de Deiters, de Clarke el de Meynert que les fibres intermédiaires sont fournies par les olives supérieures et inférieures^
a. L'olive supérieure.
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236 BULBB BT MOELLE ÉPIMÈRE.
L'olive supérieure {fig. 112 et 113) reçoit des fibres du corps restiforme qui pénètrent transversalement dans le champ moteur, se croisent dans le raphé, entourent en spirale les groupes de cellules de l'olive et pénètrent dans leur intérieur.
Les prolongements ultérieurs de ces fibres, jusqu'au pédoncule cérébelleux inférieur, forment un faisceau bien connu (Meynert) chei le chien et la souris sauteuse : ce faisceau conduit au pédoncule
Fig, 135. — Schéma du trajet des fibres arcifàrmet (*).
cérébelleux les premières fibres qui contribueront à fonuOT le fiilar fasciculus cuneatus et fçracilis.
Ainsi se trouve établie la communication en question et dans celle communication est englobée l'olive supérieure. b. L'olive inférieure. ■'•'
Au niveau du pneumogastrique et de l'hypoglosse apparaît Voliei inférieure; elle aussi sert d'oi^ane intermédiaire entre les fibres da corps restiforme d'un côté et le funiculus cunetttus et gracilis <it l'autre. Le trajet intermédiaire est encore représenté par les flhre» arciformes. Meynert, se fondant sur ce fait, que plus le premier dii ces cordons (corps restiforme) diminue parle départ de ses fibres, plus le second augmente par l'apport de nouvelles fifores', conclutàb nécessité d'admettre une connexion entre-croisée entre 'les deoi
FIBRES ARGIFORMES. 237
masses de fibres. Cet entre-croisement se fait par deux sortes de fibres.
1) Des fibres qui viennent du corps restiforme se dirigent transversalement dans l'intérieur du bulbe, gagnent d'abord Tolive du même côté, s'y terminent, en ressortent et se rendent en s'entre-croisant sur la ligne médiane au funiculus cuneatus et gracilis [fig. 125).
2) Des fibres, qui vont directement [stratum zonale) atteindre le raphé, c'est-à-dire laligne médiane, gagnent l'olive du côté opposé, s'y terminent, en ressortent et puis pénètrent dans le funiculus cuneatus et gracilis. Ces sortes de fibres sont représentées schématiquement sur la figure 124.
Comme on le voit, une partie des cordons postérieurs proviendrait toujours du cervelet. La différence capitale avec les idées anciennes consiste en ce que le corps restiforme ne forme plus un faisceau exclusivement moteur. Le corps restiforme se convertirait par conséquent complètement en fibres arquées qui entoureraient les olives, passeraient du côté opposé et se rei^draient au nouveau funiculus cuneatus et gracilis. La partie interne du pédoncule cérébelleux (funiculus cuneatus et gracilis supérieur) n'appartient pas du tout à ce dernier faisceau, et se réunit en fibres arquées dans le champ moteur.
Un point reste cependant obscur. Nous avons admis comme trèsvraisemblable que les faisceaux qui vont du cervelet à la moelle épinière auraient des connexions importantes avec les cordons antérolatéraux. On ne peut en conséquence refuser complètement des fonctions motrices au cervelet; et cependant lés faits qiie nous venons d'exposer ne donnent aucune preuve en faveur de cette opinion. Tous les auteurs ont compris cette lacune, et ont cherché à tourner la difficulté, sans y parvenir cependant d'une façon satisfaisante : Meynert attire l'attention sur les amas de cellules ganglionnaires qui se trouvent répandues dans la partie du champ moteur où se fait l'entre-croisement des fibres. Dans cette région se trouvent non-seulement de petites cellules, mais encore des cellules semblables à celles que renferment les noyaux moteurs de la moelle allongée.
Il semble cependant de toute façon qu'un certain nombre de fibres du corps restiforme s'arrêtent dans leur trajet, sans aller jusqu'au funiculus cuneatus et gracilis, et se terminent par conséquent dans le champ moteur. On pourrait considérer ces fibres comme motrices et dépendantes du cervelet.
Ou bien peut-être la partie interne du pédoncule cérébelleux in-
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férieur qui se résout en fibres transversales dans la moelle allongée est-elle motrice ? Il n'y a jusqu'ici rien de positif à cet égard. Dans ce ^ dernier cas les rapports devraient être directement renversés, le corps restiforme serait sensitif, et l'autre partie du cordon serait motrice.
Dans tous les cas il existe dans la région du croisement du pédoncule cérébelleux un centre réflexe, au niveau duquel les excitations amenées par les cordons postérieurs de la moelle peuvent être transportées dans des voies centrifuges (1).