ART. II. — FORMATION DE LA SUBSTANCE GRISE DE LA MOELLE ÉPINIËRE
La forme de la substance grise de la moelle épinière est si différente de celle des masses grises que nous avons étudiées jusqu'ici, qu'il devient nécessaire de montrer comment se fait cette transformation.
Dans les figures 122 et 123, on voit les masses grises groupées en trois amas :
1) Le noyau du pneumogastrique et de raccessoire( N. spinal);
2) Le noyau moteur de l'hypoglosse;
3) Le noyau moteur latéral du pneumogastrique, du glosso-pharyngien et de l'accessoire.
Si nous suivons ces masses grises après la fermeture du canal central et la formation du sillon longitudinal postérieur, nous les verrons se prolonger dans la substance grise de la moelle, et y former de nouveaux noyaux, lesquels donnent naissance à des nerfs également nouveaux (nerfs rachidieiis).
(1) Huguenin résume ici les vues anatomiques de Meynert; pour compléter cette étude par un rapide aperçu de ses vues physiologiques, nous dirons que pour cet auteur, qui admet les idées de Flourens et de Lussana sur le rôle du cervelet dans la coordination des mouvements, les pédoncules cérébelleux inférieurs, faisant suite, d'une manière plus ou moins directe, aux cordons postérieurs de la moelle, seraient les conducteurs sensitifs qui apporteraient au cervelet les impressions périphériques (plus particulièrement les impressions tactiles, d'après Schiff.). Ce serait d'un autre côté par le pédoncule cérébelleux moyen que le cervelet réagirait sur les voies motrices ou centrifuges. Puis, entrant dans le domaine de la physiologie pathologique, Meynert considère l'ataxie du tabès dorsalis comme résultant de Tisolement où le cervelet se trouve placé par Faltération, la destruction de ses racines postérieures. Cette théorie très-séduisante est un peu ébranlée par les résultats des recherches les plus récentes sur ratuie locomotrice, cette affection pouvant s'attaquer aux zones radiculaires des cordons postérieurs, alors que les cordons médians postérieurs de la moeUe peuvent rester indemnes. (Voir à ce sujet les recherches de Pierrot, Arch. de physioLf mai 1872 et sept. 1873.)
Les rapports des noyaux nerveux entre eux après la fermeture du quatrième ventricule sont déjà figurés dans la figure 123. Les cordons cunéiformes et grêles en se rejoignant vers la ligne médiane entraînent avec eux les noyaux du vague et de l'accessoire, de telle façon que ces noyaux se placent en arrière du noyau de l 'hypoglosse, lequel devient ainsi antérieur. Dans son trajet ultérieur vers le bas, le noyau de thypoglasse devient la partie interne de la corne antérieure; dès lors il ne fournit plasles fibres radiculaires du nerf hypoglosse, mais les racines des nerfs moteurs de la moelle {fig. 68, R). Le noyau latéral {/ig. i22) àevieai\& partie exlerne de la corne antérieure de lasubstance
grise et donne nais- H s v
sance, comme nous l'avons déjà dit, à des racines de l'accessoire qui se dirigent d'aborden dehor$ etpxds „ en arrière. Cette disposition de la partie latérale de )a corne
antérieure reste la « p a
même à peu près dans toute l'étendue de la '''e- '="'■ " ***"" '^'^^ ^""'^ "" "*"*''" * '* '^'"■<'"
, . , , moyenue du quatrième ventricule { ).
moelle épinière ; il
existe ainsi de chaque côté un amas de cellules sur lequel Gerlacli
a déjà attiré l'attention.
La future corne postérieure est aussi déjà indiquée dans la coupe 123. La partie la plus importante de cette corne est constituée par la racine ascendante du trijumeau avec la substance gélatineuse.
Dans la figure 123, cette substance gélatineuse est encore placée directement en dehors ; dans la figure 130 elle a une position analogae ; mais dans la figure 131 elle s'est portée en arrière, et forme évidemment déjà la tète de la corne postérieure de la moelle épinière.
Dans la figure 122, te nerf vague passe au travers de la substance gélatineuse, et même la racine ascendante du trijumeau entraîne avec elle des fibres sorties de la substance gélatineuse (Clarke).
'*) P> pjnm<d«i — H, DO]r>u de rhjpogloiM; — h, ruiites d« M nerf i — V, noyau Kniilir du nerf pacumagutriqM ; — S. md Da)au iUini noteurj — g, m Bhm ndiculur»; — T, tuins bulbaire ds IrijniHau.
240 BULBE ET HOBLLB ËPlMËnE.
Quand les parties ont pris la disposition représentée par la figure 1 31 ,
ce ne sont plus des fibres du nerf vague qui passent au travers de la
substance gélatineuse et de la racine ascendante du trijumeau,
mais bien des Gbres sensibles
d'une racine postérieure de la
moelle épinière , En tenant
compte par conséquent de sa
situalion, le noyau du nerf
^ vsgiie serait l'analogue du eot
de la future corne postérieure;
et l'on peut en réalité montrer
V celte continuité sur des coupes
successives.
La transformation définilive
de la substance gélatineuse en
lêle de la corne postérieureest
g. 11. -Schéma d-u«e c$oupe au-de„of\u Q^^re due vraisemblablemeni
de l'extrémité infirievre du quatrième . , -, ■ f • i
ventricule ^ ' "^ à ce fait que le funiculus ci»-
neatus et gracilis perd sa substance grise dans son trajet descendant. Ce cordon devient de plusai plus grêle, il se réduit à la fin à de simples masses de fibres [fig. 130 et 13i ; la substance grise (r) a presque lotalemen disparu).
Les figures 126 à 129, donnent une représentation schématique de ces transformations, ^représente sur toutes les quatre le noyau de l'hypoglosse, h les racines efférenles de ce nerf, Kle noyau do .
nerf vague, v ses racines, Fig. 1Î8. - schinui d-ime coupe à la partie (oirf y (g racine ascendante du
inférieure du bulbe ("). , ., . , ,
tnjumeau, S le noyau l^ téral (antérieur) du glosso-pharyngien, du vague et de l'accessoire, P les pyramides. Le noyau de l'hypoglosse est celui qu'on suit le pli»
(') H, h, reprtMntent la riciaei et nojsui du premitr nerf ctrtictl («cim motrie*) ; — T, T, B. (") !*> pjtimiiei ; — V,v, nâaea scDsitlKg (poilérievrts) d« U prcmlén pain caniula {tnne }»
ENTRB-CBOISBHENT DES PYBAHIDES. 241
facilement, il se continue sans changement bien réel, jusque dans la corne antérieure de la moelle épinière.
Dans les figures 127, 128, 129, il n'y a plus de fibres de l'hypoglosse, mais des racines antérieures du premier nerf cervical. Le noyau du nerf vague (V) n'est déjà plus le noyau du nerf vague de la
Fig. 129. — Schéma d'une coupe faite au niveau du collet du bulbe ('),
figure 126; il fournit des fibres du nerf accessoire {fig. 127, «). Le nerf reçoit aussi des fibres du noyau latéral (S). Sur la figure 128, le prolongement du noyau du vague (V) n'émet plus de fibres de l'accessoire, mais des racines sensibles de la moelle. L'accessoire a vient du noyau latéral S qui se trouve placé sur les côtés de la racine antérieure ; enfin sur la figure 129 le noyau du nerf vague est représenté par le point V, devenu tout à fait le col de la corne postérieure. Le nerf accessoire a prend naissance dans la région indiquée précédemment.
I^s fibres de l'accessoire cessent complètement un peu plus loin et la moelle épinière est définitivement constituée.
ART. III. — L'ENTRE-CnOISEHENT DES PYHAIIIDES.
Nous avons déjà si souvent parlé des propriétés physiologiques du pédoncule et des pyramides, qu'il n'est presque plus nécessaire que
(■) Uhnt bttnt qoe dsD> I* Ègan ftéeéitott.
ictt&gaits IIS k Mt »Dt deilinéss k maotrCF lea homalDgica d« pirlIeigtiMa et dti Sbrta ndleii-
Iiiru duu la. moelle cl duii le bulbe. Vo^" P"" ''<ti><tB complÈle da en Ininlbtnuillou U nota
d-tprti, p. U7.)
HueuENin. — SraL narr. 16
S4S BULBE ET HOELLE ËPINIËBE.
nous énuraérions les différentes régions d'où émanent les fibres des pyramides. Il nous suffira de dire que nous sommes en droit de considérer la plus grande partie de ces fibres, celles qui sont le plus rapprochées de la ligne médiane, comme motrices ; la plus petite partie par contre, celles qui sont en dehors, comme sensitives. Les fibres motrices s'entre-croisent, au niveau de l' entre-croisement extérieurement visible des pyramides, dans les cordons latéraux ; les fibres sensitives s'entre-croisenl plus haut, en partie dans les cordons postérieurs, en partie dans la corne postérieure de la substance grise ; l'entre-croisement serait par conséquent triple ; les deux entre-croisements supérieurs seraient formés de fibres sensitives, l'inférieur de fibres motrices.
!• — Entre-croisement supérieur (des fibres sensitives des pyramides) ifig. 130).
Les faisceaux extérieurs sensitife des pyramides se dirigent eo
dehors et en arrière, et s'entre-croisent sur la ligne médiane {/îg. 130, a, c). Arrivées du côté opposé, tes fibres contournent le ca-