CHAPITRE DEUXIEME
On a l'habitude, quand on considère l'ensemble du cerveau, de le diviser en base et en coiffe du cerveau {Hirnstamm, Hirnmantel^ souche et manteau de l'encéphale). Sous le nom de base du cerveau on comprend, en général, les parties qui dérivent des vésicules cérébrales primitives et qui restent, lorsqu'on enlève d'une part tout ce qui se forme secondairement des deux vésicules des hémisphères, et d'autre part le cervelet. Cette définition de la base n'a pas une valeur bien absolue, puisque le corps strié et le noyau lenticulaire sont considérés actuellement comme des productions des vésicules des hémisphères et non de la première vésicule cérébrale, ce qui, à dire vrai, demande encore confirmation. Cependant, si cette distinction n'est pas absolument juste au point de vue embryologique, elle est encore bonne à conserver, parce qu'elle étaWit une division topogra-
phique très-nette et permet de fixer facilement des points de repère. Si donc nous enlevons la substance corticale grise du cerveau et du cervelet, les parties blanches des hémisphères jusqu'aux masses centrales grises, et si nous détachons le cervelet de ses pédoncules, il nous restera ce que nous appelons les parties de la base du cerveau, à savoir :
1"* Les gros ganglions du cerveau : couches optiques et noyaux lenticulaires ; 2° les faisceaux de fibres qui partent de la région postérieure de ces ganglions et constituent les pédoncules cérébraux avec leurs deux étages (étage inférieur et étage supérieur ou calotte) ; 3° audessus des pédoncules, les tubercules quadrijumeaux^ avec leurs prolongements postérieurs vers la moelle épinière; 4<» enfin la moelle allongée dans laquelle nous retrouvons les prolongements des ganglions cérébraux vers la moelle épinière, à côté des rameaux radiculaires des" nerfs crâniens et d'une série d'organes accessoires. On voit d'après cela que pour construire un schéma du cerveau facile à saisir, on devrait suivre une méthode toute différente de celle qui consiste à réunir simplement ensemble des parties situées, il est vrai, les unes près des autres, mais différant par leur signification fonctionnelle.
Le cerveau et la moelle épinière sont composés de deux substances très-distinctes l'une de l'autre à l'examen microscopique : la substance grise et la substance blanche. La substance blanche est formée de fibres nerveuses de calibre très-variable, et d'un stroma de tissu conjonctif plus ou moins abondant. La substance grise n'est pas dépourvue de fibres nerveuses, mais elle renferme de plus des amas de cellules de formes diverses. On se représente généralement les fibres nerveuses et les cellules comme reliées solidairement entre elles, au point de vue anatomique comme au point de vue fonctionnel. Dans cette opinion, les masses grises sont considérées comme les organes centraux, et les fibres comme les organes d'union ou les conducteurs de la fonction. Il devient ainsi nécessaire de jeter tout d'abord un coup d'œil sur la répartition des masses grises.
Nous diviserons avec Meynert la substance grise en quatre catégones :
lo La substance grise superficielle ou corticale des hémisphères, dans laquelle toutes les fibres qui se dirigent vers la base du cerveau prennent leur origine.
2'' La substance des gros ganglions cérébraux, dont il a déjà été fait mention plus haut. Ces ganglions pourraient être tout aussi bien divisés en deux catégories^ ceux qui sont en connexion avec les
HoGUBMN. — Syst. nerv. 2
i8 DISPOSITIONS GÉNÉRALES DU SYSTÈME NERVEUX.
organes sensibles de la périphérie et ceux qui ne le sont pas (noyau lenticulaire) ; cette division correspond évidemment à la différence fonctionnelle fondamentale.
3"* La substance appelée par Meynert substance grise du canal encéphalo-médullaire (centrale Rôhrengrau). Elle dérive évidemment du canal médullaire primitif et des vésicules cérébrales, et tapisse les cavités centrales du cerveau et de la moelle, depuis l'infundibulum, en passant par Taqueduc de Sylvius, le sinus rhomboïdal et enfin le canal central de la moelle dans toute sa hauteur. C'est elle qui est connue sous le nom de substance grise de la moelle allongée et de la moelle épinière.
4* La substance grise du cervelet et de ses annexes, qui forme bien certainement un système à part ayant des fonctions toutes spéciales.
Ces diverses substances grises sont mises en connexion entre elles par une foule de faisceaux de fibres, dans la disposition desquelles nous allons trouver les éléments d'un schéma général.
Pour établir un schéma compréhensible, le mieux est de prendre comme point de départ l'écorce du cerveau. Celle-ci est étendue comme une coiffe au-dessus d'Une épaisse couronne de fibres, qui va en divergeant des gros ganglions de la base vers la couche corticale des hémisphères (couronne rayonnante). La couronne rayonnante représente la majeure partie de la masse des hémisphères, c'est-àdire toute leur portion blanche. Elle renferme d'une part toutes les voies motrices qui établissent les relations entre le centre psychique et le monde extérieur et d'autre part toutes les voies sensitives qui permettent aux impressions extérieures d'être perçues. D'une façon générale, toutes ces voies convergent en bas vers les gros ganglions du cerveau. Cependant tous les systèmes de fibres ne pénètrent pas dans ces ganglions. Nous apprendrons à en connaître un qui réunit l'écorce cérébrale au cervelet, et un autre de conduction sensitive, qui passe de même à côté des ganglions pour gagner directement les centres situés plus haut. Nous verrons du reste que ce système général des fibres radiées (couronne rayonnante) se divise lui-même eu^un certain nombre de feuillets qui se rendent aux ganglions de façons fort diverses, et nous aurons à étudier les dispositions anatomiques assez coniphquées qui en résultent. Avec Meynert nous nommerons cette puissante couronne de fibres rayonnantes : système de projection du premier ordre (rf, rf, rf, fig. { 1).
A côlé des fibres rayonnantes, on trouve dans la substance blanche des hémisphères d'autres faisceaux de £bres, notamment les fibres
COUBOWHE RAYONNANTE.
commissuralcs elles libres d'association ou libres arquées. Parmi les fibres commissurales (système des commissures), nous devons placer en première ligne le corps calleux dont les fibres réunissent entre elles les parties homologues de l'écorce des deux hémisphères(/',ySj. Il)
masses grises d'oriifme
en seconde ligne la commissure antérieure, qui est plus rapprochée de la base du cerveau, et joue vis-à-vis des lobes temporaux un rôle semblable à celui que le corps calleux remplit pour les parties supérieures des hémisphères; Les fibres arquées ou systèmes d'association relient au contraire des parties non homologues de l'écorce d'uo même hémisphère {g, y, fig. il), et se trouvent en nombre considé-
90 DISPOSlTlOiNS GÉNÉRALES DU SYSTÈME NERVEUX.
rable de tout côté, sous Técorce et dans les régions profondes de la / moelle du cerveau. Les gros ganglions (6, fig. 41) sont désignés par Meynert sous le nom de masses (T interruption pour Tensemble du système de projection, ce qui s'explique par la disposition du système de projection du premier ordre dans les ganglions et sa sortie à leur pôle opposé. Mais on doit aussi les considérer comme des organes de réduction, par la raison que le système de projection du deuxième ordre renferme un nombre de fibres bien moins grand que le système de projection du premier ordre. Il doit par conséquent y avoir dans les ganglions des dispositions qui entraînent une réduction trèsmarquée dans le nombre des fibres.
Les gros ganglions sont :
1* La couche optique [thalamus]] 2* Le corps strié [corpus striatum) ; 3** Le noyau lenticulaire [nucleus lentiformis) ; Ces trois ganglions sont en nombre pair et disposés de chaque côté de la ligne médiane.
4° Les tubercules quadrijumeaux, impairs et situés en arrière des précédents.
On peut considérer aussi les tubercules quadrijumeaux comme formés de deux ganglions bilatéraux, réunis sur la ligne médiane, quoique Tunion des deux parties soit ici presque complète et équivalente à une fusion en une masse unique.
La couronne rayonnante se divise d'une façon générale en autant de feuillets qu'il y a de ganglions de chaque côté. De la partie périphérique des ganglions, part ensuite un système de fibres extrêmement complexe qui se dirige en bas et se termine dans la substance grise du canal encéphalo-méduUaire. Nous donnerons d'après Meynert le nom de système de projection du deuxième ordre à cette seconde partie des fibres longitudinales du centre nerveux.
Nous avons établi plus haut que la substance grise du canal encéphale-médullaire s'étend depuis le troisième ventricule, en tapissant l'aqueduc de Sylvius et le sinus rhomboïdal, jusqu'à l'extrémité inférieure de la moelle épinière. Il en résulte que les fibres du système de projection du deuxième ordre, pour arriver à cette substance, auront un chemin d'une longueur très-variable à parcourir. Certaines fibres se terminent déjà au-dessus de la moelle allongée (noyau de l'oculo-moteur commun) tandis que d'autres s'étendent jusqu'au niveau des derniers nerfs sacrés.
Cette substance grise du canal encéphalo-méduUaire doit aussi