V. — Centre vaso-moteur
La moelle allongée renferme de nombreuses fibres vaso-motrices. Nous ignorons si ces conducteurs trouvent leur origine dans cet organe. D'après Budge, l'excitation des pédoncules cérébraux détermine la contraction de l'ensemble des vaisseaux du corps. Au point de vue anatomique nous ne connaissons encore dans le pédoncule cérébral que des fibres motrices sensitives et des fibres du cervelet. On devrait y ajouter, d'après Budge, des fibres vaso-motrices. La volonté n'a toutefois pas d'action sur le calibre des vaisseaux (rougeur, pâleur) ; ce sont là des phénomènes purement réflexes, de sorte qu'il est tout au moins douteux que les fibres vaso-motrices soient contenues dans les pédoncules ; il est au contraire plus que probable qu'elles appartiennent à la région de la calotte.
La preuve que des fibres vaso-motrices traversent la moelle allongée et que leur centre se trouve probablement dans cette région, ressort de ce fait que la section de la moelle cervicale entraîne la paralysie de toutes les artères du corps. Quand on excite la moelle cervicale, toutes les artères se contractent, la tension artérielle s'élève, le cœur s'accélère par cela même. De la moelle épinière les^ nerfs vaso-moteurs se rendent au grand sympathique par les rameaux communiquants, et par celui-ci aux différents territoires vasculaires.
Ce centre est bien certainement un centre réflexe : il est mis en jeu par l'excitation de nerfs centripètes ; mais il est en activité permanente [tonus des nerfs vaso-moteurs). Son action est modérée par Tinfluence du nerf dépresseur du pneumogastrique (chien) et par des fibres contenues dans le pneumogastrique lui-même ; elle est augmentée par des fibres du nerf vague, du laryngé supérieur, du cordon du sympathique ; l'excitation des nerfs sensibles d'une région quelconque fait cesser par action réflexe le tonus vasculaire (hypérémie par irritation), et élève la température de cette région. — Le
centre vaso-moteur est enfin mis en action par l'augmentation de l'acide carbonique dans le sang ; il s'en suit un resserrement des vaisseaux et une élévation de la pression sanguine dans leur intérieur.
L'anatomie ne nous enseigne encore rien qui puisse nous expliquer ces lois expérimentalement établies. Plus haut, dans la moelle allongée, nous avons signalé quelques points qui nous ont semblé représenter des centres vaso-moteurs ; tels sont le noyau antérieur de l'acoustique, les petits amas de cellules qui se trouvent à côté de la racine descendante du trijumeau; mais les fibres qui naissent dans ces points quittent le cerveau avec leurs nerfs respectifs (nerfs crâniens). Nous parlerons plus loin des ganglions spinaux et du ganglion de Gasser.
iVI. — Centre dilatateur des pupilles.
Ce centre est en action constante, mais nous ne connaissons pas les conditions qui président à sa mise en action par un acte réflexe. Elle est provoquée par la présence en excès de l'acide carbonique dans le sang ; en efiet l'accumulation de ce gaz donne lieu à une dilatation de la pupille, et ce phénomène se produit dans toutes les convulsions épileptiformes, ainsi que dans la véritable épilepsie : au summum de l'attaque les pupilles sont toujours dilatées. Il en est de même dans les convulsions de la paralysie générale, dans Téclampsie des enfants, dans les cas de compression des carotides, dans la pendaison, etc. Dans presque toutes ces circonstances, et aussi dans les hémorrhagies, il se produit d'abord une contraction de la pupille, de courte durée^ et dont on ne s'explique guère encore la cause. Tandis que la pupille s'élargit dans les crises épileptiques, le pouls radial et celui de toutes les autres artères devient plus petit et presque imperceptible. Ce phénomène est dû à l'excitation concomitante du centre vaso-moteur par le sang chargé d'acide carbonique. Il existe des observations (Reynolds) où la dilatation des pupilles et la disparition du pouls, puis (avec la cessation de l'attaque) la contraction des pupilles et la réapparition du pouls coïncidaient de la façon la plus exacte.
La dilatation de la pupille est produite sous l'influence des fibres du sympathique ; ces fibres arrivent par le cordon sympathique cervical et se rendent à leur destination avec lé trijumeau. La situation exacte de ce centre est inconnue comme pour les autres centres.
346 MOELLE ÉPINIËRE.