LOBE OLFACTIF
celle du lobe frontal de rhomme n'est en réalité autre chose que la partie frontale du gyrm fornicatus (1).
Pour achever la description de la surface du cerveau, nous devons encore dire quelques mots du nerf ou lobe olfactif. Chez l'homme et le singe, cet organe est petit et fort réduit ; il est cependant un peu plus développé chez le singe. Si nous descendons plus bas dans Téchelle des animaux, nous trouvons un développement considérable de l'organe qui concorde avec sa signification physiologique.
Voici comment les choses sont disposées chez l'homme.
Dans le sillon droit, à la face inférieure du cerveau, se trouve une petite masse allongée offrant un renflement à sa partie antérieure, et qui est désignée généralement sous le nom de nerf olfactif. Cet organe n'est rattaché au cerveau qu'à sa racine, au commencement du sillon droit, par une base un peu élargie. On remarque facilement que la partie renflée, le bulbe olfactif, se compose d'un autre tissu que le pédicule. Mais l'examen le plus superficiel fait voir que ce n'est pas là un nerf dans la signification ordinaire de ce mot (système de projection du troisième ordre). Au bulbe olfactif arrivent les fibres de la membrane de Schneider ; ce sont ces fibres qui appartiennent au système de projection du troisième ordre, d*où il ressort déjà que le nerf olfactif est une partie du cerveau lui-même, aussi lui a-t-on donné depuis longtemps le nom de lobe olfactif au lieu de nerf olfactif. Comme nous l'avons fait observer antérieurement, l'organe se compose chez l'homme lui-même Je plusieurs parties : à son extrémité antérieure se trouve le bulbe olfactif qu\ est en rapport avec les rameaux nerveux périphériques. Du bulbe sortent en arrière les prolongements de ces nerfs (système de projection du deuxième ordre), ce qui semble déjà indiquer que le lobe olfactif ne doit être considéré que comme servant de support et de soutien à l'organe. Sur toute la face inférieure du lobe jusqu'à sa racine se trouve un faisceau de fibres blanches que nous désignerons une fois pour toutes sous le nom de tractus olfactif. Ce faisceau émerge de dessous le
(1) Sans entrer ici dans la discussion de l'opinion émise par Huguenin, nous ne saurions nous empêcher de nous inscrire catégoriquement contre la conclusion à laqueUe il arrive. Nous ajouterons seulement qu'une longue étude comparée du cerveau de l'homme et du cerveau du chien nous a amené à considérer sur ce dernier le sillon crucial (SC, fig. 40 et 41) comme l'analogue du sillon perpendiculaire externe (ou sillon occipital de i'homme}, tandis que le sillon de Rolande aurait^ chez le chien, son analogue dans le sillon a de la figure 41; le chien aurait donc, à la face externe de l'hémisphère, un véritable lobe frontal, très-peu développé il est vrai, et représenté par la région que désigne la lettre F dans la figure 41.
58 SURPACB DB8 HSHISPHBRBS.
bulbe olfaclif ; il se porte en arrière et se divise à son extrémité postérieure en trois tractus secondaires connus sous le nom classique de racines du nerf olfactif. Ces racines sont les seuls prolongements qui naissent du tractus olfactif, elles établissent entre le bulbe olfactif el
Fig. 42. — Face inférieure du lobe frontal de l'homme {•).
des parties très-diverses du cerveau des connexions fort apparentes dans leur trajet superficiel.
Il est facile de suivre, sur un cerveau frais, la direction de la plus extérieure des racines blanches : elle passe transversalement, sous forme d'un très-mince cordon, sur la scissure de Sylvius, en se main-
LOBE OLFACTIF. Stt
tenant dans tes parties superficielles de l'écorce ; par-ci par-là elle pénètre dans la profondeur, et va aboutir à la circonvolution de l'hippocampe. Il peut être démontré qu'une partie des fibres se continue avec la substance blanche réticulée et que l'autre partie se rend à l'écorce elle-même.
La racine blanche moyenne ne peut être suivie que dans une courte étendue. Elle disparaît dans le point où l'écorce cérébrale se termine par un bord tranchant.
La plus interne des racines blanches se perd à l'extrémité frontale de la circonvolution de l'ourlet ; son rôle est encore peu élucidé.
On a admis chez l'homme une circonvolution olfactive interne et une circonvolution olfactive externe. Ces circonvolutions olfactives
Fig. 43. — Faceinférieure da cerveau du chien (').
existent réellement chez beaucoup d'animaux, mais chez l'homme il n'y a bien certainement pas de circonvolution olfactive externe, c'està-dire une circonvolution propre qui accompagnerait la racine
(') H, ciruoDiolutîon de rbippoaniiw ; — etib, racine islenie el eiterne da triclni olfUlir.
SURFACE DBS HÉMISPHÈRES.
externe jusqu'à la circonvolution de rhippocampe. Par contre, on peut distinguer quelquefois une petite circonvolution qui suit la racine blanche interne jusqu'à l'extrémité frontale de la circonvolution de l'ourlet.
Chez les mammifères qui ont l'odorat très-développé le lobe olfactif est très-grand et occupe les faces inférieures et antérieures du lobe frontal. Rappelons-nous ce que nous avons dit précédemment, à savoir que le lobe frontal du chien [fig. 40 et 41) n'est pas formé par des circonvolutions de la surface des hémisphères, mais par l'extrémité frontale excessivement développée de la circonvolution de l'ourlet. Le lobe olfactif est par conséquent situé dans le voisinage immédiat de cette circonvolution ou plutôt il en émane, et le chemin que le tractus olfactif a à parcourir jusqu'à son point d'insertion est fort court. Sur le profil du cerveau des carnivores [fig. 20, renard), il est facile de voir combien les extrémités frontales et temporales de , la circonvolution de l'ourlet débordent sur les lobes correspondants. Du sinus qui résulte de cette disposition part le lobe olfactif sous
forme d'une masse allongée, recouverte d'écorce cérébrale et portant antérieurement le bulbe olfactif qui le recouvre comme un capuchon. La partie postérieure du bulbe donne • naissance à un système de fibres très-volumineux qui se dirige en arrière et va presque tout entier aboutir à la circonvolution de l'hippocampe. Une partie de ces fibres se rendent cependant en dedans à l'extrémité frontale de la circonvolution de l'ourlet, ce qui établit l'analogie avec le cerveau de l'homme. Il est impossible de préciser le point où le faisceau moyen pénètre dans la profondeur chez le chien.
Nous conserverons par conséquent chez les animaux les dénominations de lobe et de bulbe olfactif, et nous envisagerons chez eux aussi le lobe comme un organe de soutien qui porte le bulbe. Ce rôle n'infirme du reste en rien celui que l'organe remplit comme partie du cerveau. Le bulbe offre une moelle composée de fibres, et une
Fig. 44. — Coupe longitudinale schématique du lobe et du bulbe olfactif du chien (*).
(*) a, extrémité frontale de la circonvolution de l'ourlet {jgyrus fornicatus); 6, lobe olfactif; — c, bulbe olfactif; — d, tractus olfactif.
TOPOGRAPHIE CRANIO-CÉRÉBRALE. 61
écorce dont les éléments sont semblables à ceux des autres parties de récorce cérébrale, mais probablement autrement distribués. Nous établirons plus tard que le lobe olfactif ne prend aucune part dans les fonctions de l'organe de l'olfaction (1).
Quoique nous n'ayons envisagé jusqu'ici que l'aspect extérieur des hémisphères, il ne sera cependant pas sans utilité de jeter dès main-
(1) Ce n'est pas tout que de connaître la géographie des circonvolutions cérébrales : pour que cette connaissance soit utile, il faut y associer celle des rapports de ces circonvolutions avec les divers points de la voûte crânienne. C*est à cette étude^ aujourd'hui portée déjà fort loin par les recherches de Broca, Fulhouse, Heftler, Turner, Féré, Paris, etc., qu'on a donné le nom de topographie crânio-cérébrale. Pour résumer les résultats de ces nombreux travaux, nous avons recours à l'excellente analyse qu'en a donnée le docteur G. KuhfT, dans la Revue des sciences médicales (janvier 1877). Déjà Gratiolet s'était occupé de cette question et avait cru reconnaître que le lobe frontal était entièrement contenu sous l'écaillé de l'os frontal. Lorsque Broca eut démontré que l'exercice de la faculté du langage est subordonné à l'intégrité de la partie postérieure de la troisième circonvolution frontale gauche, il fut conduit à chercher la position exacte de la petite région très-circonscrite dont les lésions troublent ou abolissent le langage. Cette petite portion du cerveau est située au-dessus de la scissure de Sylvius et en avant de la scissure de Rolando. Elle fait donc partie du lobe frontal et dès lors elle aurait dû, d'après la détermination faite par Gratiolet, se trouver sous l'écaillé de l'os frontal. Or, dans les discussions provoquées par la question de la localisation de la faculté du langage, on produisit un certain nombre de faits d'où il résultait que les lésions les plus graves de ce qu'on appelait les lobes frontaux, ostéologiques, pouvaient laisser la parole parfaitement intacte. Broca avait observé luimême deux faits de ce genre. Il fut donc conduit à penser que la petite région dite du langage devait être située en arrière de l'os frontal, c'est-à-dire, en d'autres termes, qu'en dépit de l'autorité de Gratiolet, la scissure de Rolando devait être placée en arrière de la suture coronale. Les recherches entreprises à ce sujet confirmèrent cette opinion et montrèrent définitivement toute l'importance des études de topographie crânio-cérébrale.
Dans une observation clinique mémorable, Broca, guidé par la notion de localisation de la faculté du langage dans la troisième circonvolution frontale gauche, et par la notion de la topographie crânio-cérébrale de cette circonvolution, montra que le chirurgien pouvait invoquer, dans le choix du lieu de Tapplication du trépan, la nature des symptômes (aphasie), qui indiquent que telle circonvolution est atteinte dans son rôle fonctionnel (Voir l'observation complète in Ârchiv, d'anthropologie, 1876, t. V, p. 244).
Depuis cette époque, la Société de chirurgie a eu à enregistrer plusieurs observations (Lucas-Championnière, Terriilon. F. Proust) dans lesquelles l'opérateur a été utilement guidé par la connaissance des rapports du crâne et du cerveau : ces notions, jointes à celles des localisations cérébrales (Voy. ci-après la partie physiologique de cet ouvrage), sont indispensables au chirurgien pour appliquer exactement la trépanation. La notion la plus générale à retenir à ce sujet se réduit en somme aujourd'hui à une formule peu compliquée, parce que l'étude des localisations n'a encore donné de résultats positifs que pour un département très-circonscrit de l'écorce cérébrale. Ainsi il suffit de savoir que tous les centres dits moteurs sont groupés dans un espace restreint, autour du sillon de Rolando, correspondant sur le crâne à la région antérieure du pariétal. En plaçant une couronne de trépan sur la ligne appelée par Broca ligne rolandique, elle sera toujours à cheval sur le sillon. H n'est besoin de reconnaître qu'un seul point de repère, qu'on trouve toujours facilement, c'est l'apophyse orbitaire externe. Ce point déterminé, on arrive, à l'aide de quelques mesures, à trouver la ligne rolandique avQp la précision nécessaire pour la pratique. Sans entrer ici dans tous ces détails d'applications chirurgicales pour lesquels nous renvoyons au Mémoire de Broca
sa MASSES CENTRALES DES BËHISPBÉRES.
tenant un coup d'œil rapide sur une coupe Iranversale passant par ces deux hémisphères. La figure 45 représente le schéma de cette coupe.
Pig. 45. — Coupe transversale passant par Us deux hintispkéres (•),
Nous voyons dans le milieu les groupes pairs des trois ganglions cérébraux ; TA est la couche optique, CS, le corps strié, L, le noyau len-
(') TA. (ouche Dpllque; — CS, corps BlrW (novau caude ou Lnlri-ïcnlricuIaLre) ; — L, noy» lentie» Jaire(oiieilri-YCDtriculaire]^FS, ictsaure de Sjltius; — J, dlon^e de l'IaauU; — I, n, III, 1« Ini)
lem ; — A Irigoot; a, ea*iM du troLsièniE Teolricule; — A, A, renlpiculo! lalÈraui; — MO, bwdektte optique; — A. coupe de L'hippocampe ; — P, pédoDcule cérébral.
{Revue <r anthropologie, t. V, p. !4!j, et nous en tenant aux rapports anatomtqaes appréciables sur le cadavre, nous indiquerons rapliiement tes jirocédés mia en usage dans les rectiercttes de topographie crânio-cérébrale et les principaux résultais qu'elleBOot tournis.
Le procédé employé par Broca est connu sous le nom de procédé det fiches. Il eoosiste, d'une manière générale, k dénuder ta calotte crânienne et à pratiquer, sur des poiats systématiquement marqués d'avance, des perforations au foret, par lesquelles on enfonce dans la substance cérébrale des fiches de bois de 3 à 3 centimètres de long- Après cette opération, on ouvre le crâne é ta scie, en Taisant passer la coupe drcnlaire aussi bas que possible, on incise la dure-mère et on enlève à la fois lo cerveau, la dure-mère de la voûte crâniejine, la faux du cerveau et la calotte crâDienne. Le cerveau est ensuite extrait de cette calotte. 11 est alors facile, au moyen des ftohes, qui représentent sur le cerveau la position des principaux points de la voûte crânienne; de déterminer par la mensuration les rapports d'im point quelconque du cerveau. Voici tes principaux résultats obtenus par cette inélhode :
1* La scissure de Rolando est postérieure à ta suture caroaaie; l'extrémité supérieure
CORPS OPTO-STRIÉS. 63
ticulaire, FS la scissure de Sylvius et au fond de cette scissure Técorce de Tinsula de Reil, J. En haut et en bas de la scissure de Sylvius on voit les trois circonvolutions primitives sous for me de bosselures sectionnées transversalement.
Immédiatement au-dessus du corps calleux se trouve la circonvolution de l'ourlet [gyrus fornicattii). On l'aperçoit aussi tout à fait en bas dans la coupe du lobe temporal en F. C'est la partie qui se trouve au voisinage du crochet (circonvolution de l'hippocampe). La coupe pas^e assez en arrière, à peu près sur la ligne S [fig, 46).
Nous arrivons maintenant à l'étude de la disposition extérieure de la base du cerveau ou tige [Bimstamm). Nous entendons par base du cerveau, les gros ganglions avec leurs prolongements appartenant au système de projection du deuxième ordre. Nous aurons donc à étudier :
1** La face libre des couches optiques et du corps strié ;
2"* Les tubercules quadrijumeaux avec les parties avoisinantes ;
3** Les pédoncules cérébraux ;
4"* Le trajet et la terminaison des nerfs optiques ;
5° Le quatrième ventricule ;
6** La structure extérieure delà moelle allongée.