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ORIGINES DU NERF TRIJUMEAU

baire) du nerf trijumeau, fibres qui naissent très-bas dans le cordon postérieur de la moelle épinière et montent vers le haut, entraînant avec elles la substance gélatineuse de la corne postérieure (substance gélatineuse de Rolando). Arrivée au niveau de l'émergence du trijumeau, la masse entière des fibres se recourbe brusquement pour constituer la plus grosse masse radiculaire du trijumeau émergent. Il est très-difficile de démontrer cette disposition sur des coupes transversales chez l'homme (1) ; par contre la chose est très-facile chez le chien, le porc-épic, la taupe. En regardant attentivement la face inférieure de la moelle allongée de ces animaux, on voit sur les côtés ces racines bulbaires, suivies de haut en bas, très-superficiellement situées, descendre vers le bulbe, et, sur des séries de coupes transversales, on les suit très-facilement de bas en haut jusque dans le tronc du trijumeau. Cette disposition est bien évidente; par contre on n'est pas encore fixé sur les rapports qui existent entre les fibres descendantes et la substance gélatineuse ; nous reviendrons sur ce point (2).

(1) Avec une série non interrompue de coupes portant sur le bulbe et la protubérance, cette démonstration nous a paru très-facile {\oy, Joum. de l'anat. de Ch. Robin, nov. 1877, p. 572).

(2) Cette racine inférieure ou bulbaire du trijumeau est des plus évidentes sur de bonnes coupes ; sMI est possible de discuter encore sur la question de préciser le niveau le plus inférieur auquel elle descend et d'établir les connexions qu'elle présente dans son trajet, il n'est plus possible de méconnaître son existence. Elle a été vue par les premiers observateurs qui se sont occupés de la structure des centres nerveux, et plusieurs ont pu la suivre à Taide de simples dissections^ alors que les anatomistes n'avaient pas encore recours à la pratique de coupes fines. Nous avons donc été grandement étonné de voir quelques auteurs modernes ou bien nier catégoriquement l'existence de cette racine bulbaire du trijumeau, ou bien n'y faire aucune allusion, la passer complètement sous silence (Voy. pour cet historique, Journ. de l'anat, et de laphysiol.j nov. 1877, p. 577).

Nous devons donc indiquer ici les résultats de tentatives expérimentales qui viennent démontrer, avec une nouvelle évidence, l'existence et la nature de cette ^racine. Nous avons fait ces recherches de vivisection avec notre ami le docteur Laborde, et les résultats en ont été exposés dans une série de communications à la Société de biologie. Ces recherches ont eu pour point de départ le fait suivant : aux cours d'expériences sur les troubles produits par les lésions des noyaux moteurs oculaires, M. Laborde constata que, dans certains cas, les lésions ayant porté sur les parties latérales et inférieures du bulbe, l'animal (chien ou lapin) avait présenté des troubles trophiques du côté de l'œil : injection, puis suppuration de la conjonctive, opacité de la cornée. Nous pensâmes aussitôt qu'il s'agissait dans ces cas de lésions de la racine bulbaire du trijumeau. Ayant alors reprisées recherches, en nous efforçant d'aller atteindre cette racine bulbaire, dont nous connaissions avec précision le trajet, grâce à nos nombreuses études anatomiques sur ce sujet, nous sommes parvenus, un grand nombre de fois, à la sectionner, sans produire de lésions du bulbe assez étendues pour amener la mort rapide de l'animal. Dans ces circonstances, nous avons observé des phénomènes immédiats et des phénomènes consécutifs,

la^^ phénomènes immédiats sont l'insensibilité du côté de la face correspondant au côté lésé dans le bulbe : c'est la sensibilité de la cornée que nous interrogions de préférence, et, dans tous les cas, nous avons constaté que la sensibilité de la cornée était absolument abolie immédiatement après l'opération. Ces faits ne sont pas entiè-

3. Les racines descenda7ites du trijumeau [racines supérieures). — Deux espèces de fibres, venant d'en haut, paraissent contribuer à la formation du trijumeau. Une troisième catégorie doit être considérée encore comme hypothétique.

a. On ne saurait mettre en doute l'existence de racines qui peuvent être suivies depuis les tubercules quadrijumeaux jusqu'au niveau de Témergence du trijumeau, où elles forment en dernier lieu un faisceau à coupe semi-lunaire très-nette (111, b) (1). Sur des préparations heureuses on voit tout le faisceau de fibres se diriger en bas et en dehors et se mélanger au tronc commun du nerf.

Dans les coupes plus inférieures on ne peut plus retrouver aucune

rement nouveaux : Vulpian en avait été témoin dans ses expériences sur le bulbe raciiidien. » Le bulbe rachidien, dit-il (1), a une influence toute spéciale sur la sensibilité de la face, ce qui s'explique facilement, lorsqu'on sait qu'il donne naissance à une partie très-importante du trijumeau, c'est-à-dire à la racine descendante de ce nerf, ou racine de Rolando. Lorsqu'on coupe transversalement une moitié du bulbe rachidien, on produit une paralysie de la sensibilité de la moitié correspondante delà face.i Puis le même auteur ajoute, en note : a Lorsqu'on se contente de couper, sur un cliien, le faisceau du bulbe qui est constitué par la racine descendante du trijumeau, on ne produit qu'un affaiblissement peu marqué de la sensibilité du côté correspondant de la face. C'est que ce faisceau, à l'endroit où on le coupe, au niveau ou eaarrière du sommet de l'angle postérieur du quatrième ventricule, est bien loin de contenir encore toutes les fibres radiculaires du nerf, etc. »

Mais, si le fait de la perte plus ou moins complète de la sensibilité, comme résultat immédiat de la section intra-bulbaire du trijumeau, est un fait déjà connu, il n'en est pas de même des phénomènes consécutifs à cette section. Dès le lendemain de ropéralion, l'œiltlu côté correspondant présente une conjonctive très-injectée et une cornée qui a perdu son poli : bientôt la cornée devient opaque, et une sorte de fonte purulente plus ou moins étendue et plus ou moins profonde ne tarde pas à se produire. Ces pliénomènes se présentent aussi bien chez le lapin que chez le chien.

On sait que Magendie, puis Cl. Bernard, appelèrent l'attention des physiologistes sur les troubles trophiques qui se manifestent du côté de l'œil à la suite de la section du trijumeau, pratiquée au delà du ganglion de Gasser (entre ce ganglion et la périphérie). On fut tenté tout d'abord de considérer ce ganglion comme le centre auquel le Irijumeau empruntait ses propriétés trophiques. C'est alors que CI. Bernard opéra la section de ce nerf en deçà du ganglion, c'est-à-dire entre le ganglion et l'émergence du nerf; les troubles du côté de la nutrilion de l'œil se produisirent comme dans les premières expériences, d'où il fallut absolument conclure que le trijumeau contenait ces fibres trophiques dès sa sortie de la protubérance, c'est-à-dire qu'il fallait chercher, non dans un ganglion, mais dans l'axe céphalo-rachidien, le centre correspondant de ces fibres. (Par fibres trophiques, nous entendons, pour le cas spécial, et sans entrer nullement dans la question si controversée des nerfs trophiques, nous entendons des nerfs dont la section produit, par un mécanisme inconnu, des troubles de nutrition du globe oculaire et de ses annexes.)

En montrant que la section de la racine bulbaire du trijumeau produit ces mêmes troubles trophiques, nous sommes sur la voie qui doit nous conduire à trouver les centres correspondants. Ces centres sont dans le bulbe, ou plus bas, vers la partie' «supérieure de la moelle cervicale.

(1) Ce faisceau, au niveau du tubercule quadrijumeau postérieur, croise le nerf pathétique, et affecte avec lui des rapports de contiguïté si intimes, que plusieurs auteurs, et entre autres Stilling, ont décrit la racine supérieure du trijumeau cororae une racine inférieure du pathétique.

(1) Leçons sur la physiologie du système nerveux^ p. 510.

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