CHAPITRE IV
Si l'on examine une coupe vertico-transversale, horizontale ou sagittale de l'hémisphère, on constate que chaque circonvolution cérébrale est formée de deux substances, l'une blanche en continuité directe avec le centre ovale, c'est la substance blanche ou médullaire dont la forme détermine celle de la circonvolution correspondante, l'autre grise, la substance grise, cendrée ou corticale, qui se moule très exactement sur la substance blanche, l'entoure de toutes parts et forme Yécorce cérébrale.
Substance blanche et substance grise des circonvolutions.
Uécorce cérébrale mesure en moyenne de 1,8 à 4 millimètres, son épaisseur varie, selon les sujets, selon les régions et selon l'âge. En règle générale elle est plus épaisse au sommet des circonvolutions que dans le fond des sillons, plus épaisse chez l'enfant que chez le vieillard, où elle participe à l'atrophie générale du cerveau. Elle est plus épaisse sur la face externe que sur les faces internes et inférieures des hémisphères, et ce n'est qu'au voisinage du lobe frontal qu'elle présente sur les faces interne et externe une épaisseur égale. Elle atteint enfin son maximum d'épaisseur, dans les régions supérieures des circonvolutions rolandiques et dans le lobule paracentral, son minimum, au pôle occipital.
Lorsqu'on examine à l'œil nu une mince coupe vertico-transversale, provenant par exemple de la première circonvolution frontale ou de la circonvolution frontale ascendante, on voit que la substance grise n'est pas homogène; en allant de la surface vers la profondeur, elle présente, ainsi que Baillarger l'a montré en 1840, une série de zones concentriques, au nombre de six, alternativement blanches et grises, connues sous le nom de stries de Baillarger (fig. 330).
Au niveau de la face interne du lobe occipital, l'écorce cérébrale apparaît formée seulement par trois couches, l'externe et l'interne de coloration grise, la moyenne de coloration blanche. Cette dernière, très facile à déli-
Écorce cérébrale.
Variations dans l'épaisseur de l'é-
Stries du Baillar-
Particularités structurales de l'écorce du lobe occipital.
(le Kolliker.
miter et à suivre sur tous les cerveaux, donne un aspect tout spécial aux coupes pratiquées dans cette région des hémisphères; connue sous le nom Ruban de vicq de ruban ou de ligne de Vicg d'Azyr et de Gennari, elle acquiert son maxin^r " muni d'épaisseur dans la scissure calcarine, est encore très apparente dans
le cunéus, et va en s'amincissant jusqu'au niveau de la pointe occipitale (fig. 223 à 234 et 261 à 266~1. Ces différences de coloration de la substance grise, suivant les régions que l'on examine, montrent déjà, à l'œil nu, que la structure de l'écorce n'est pas partout la même.
Kolliker divisait en 1 8S2 l'écorce cérébrale en trois couches : une couche externe blanche, transparente, extrêmement mince, située à la surface des circonvolutions, c'est la couche blanche corticale de Remak; une couche moyenne, grise, et une couche interne grise également, mais présentant une coloration rouge jaunâtre (fig. 330).
Les trois couches Ces deux couches grises, assez épaisses, sont séparées l'une de l'autre par une zone blanche, mince et mal délimitée en général, la strie externe de Baillarger, ou couche blanche intermédiaire externe de Remak, qui constitue dans le lobe occipital le ruban de Vicq d'Azyr. Dans certaines circonvolutions, en particulier au niveau de la face externe du lobe occipital et du lobe frontal, ainsi que de la face interne de la première circonvolution frontale, la strie de Baillarger se dédouble. La strie externe correspond au ruban de Vicq d'Azyr, la strie interne subdivise la couche grise interne et constitue la strie interne de Baillarger ou couche blanche intermédiaire interne de Remak (fig.. 330).
Meynert étudiant l'écorce au point de vue de l'agencement des cellules, y décrivit cinq couches régulièrement stratifiées dans lesquelles les cellules Les cinq couches varient en forme et en nombre; ce sont : 1° La couche granuleuse ou moléculaire; 2° la couche des petites cellules pyramidales ; 3° la couche des grandes cellules pyramidales ; 4° la couche des petites cellules ir régulier es; 5° la couche des cellules fusiformes (fig. 329 et 330).
La 3e couche ou couche des grandes cellules pyramidales est parcourue à sa partie moyenne par la strie externe de Baillarger. Cette strie présente dans le lobe occipital une grande épaisseur et y forme une véritable couche, la troisième couche de Meynert; cet auteur subdivisa en outre, dans cette région, la 2e couche ou couche des petites cellules pyramidales en deux coudes secondaires, et ainsi se trouva constitué, dans le lobe occipital, le type longtemps classique des huit couches de Meynert (fig. 345).
Cette division de l'écorce cérébrale en un nombre limité de couches présente évidemment quelque chose d'arbitraire; car, sauf pour la couche granuleuse ou moléculaire dont les limites sont assez précises, les autres couches de l'écorce se continuent entre elles par des transitions graduelles; aussi, tous les auteurs n'ont-ils pas admis le schéma si longtemps classique des cinq couches de Meynert. Stieda, Henle, Boll, Schwalbe décrivent quatre couches, Krause sept, et Golgi, ne trouvant pas que l'on puisse admettre l'existence de couches nettement tranchées, divise l'écorce en trois parties égales, superficielle, moyenne et profonde.
'le Meynert.
OCo
Ramon yGajal, considérant que la 4° et la 5e couche do Meynert n'en
font en réalité qu'une seule, distingue avec Sclnvalbe dans la région psycho-motrice de l'écorce du cerveau des mammifères, quatre couches, à savoir : 1° la zone moléculaire; 2" la zone des petites cellules pyramidales ; 3° la zone des grandes cellules pyramidales; 4° la zone des cellules polymorphes (fig. 330).
La nomenclature de ces différents auteurs se trouve résumée dans le tableau suivant, (fig. 330) qui représente en quelque sorte, les progrès réalisés depuis un siècle dans la structure de l'écorce cérébrale.
Si on examine au microscope une coupe de circonvolution pratiquée après durcissement perpendiculairement à sa longueur et colorée soit par les méthodes deWeigert ou Pal, soit par le carmin, on constate que l'écorce cérébrale est formée de cellules nerveuses, de fibres nerveuses, de névroglie et de vaisseaux. Les cellules nerveuses présentent des formes très variées : elles sont en général pyramidales et se disposent en couches stratifiées. Les fibres nerveuses qui naissent des cellules pyramidales se réunissent en fascicules, forment les fibres radiées, puis pénètrent dans la substance blanche.
D'une manière générale, la direction des fibres radiées, ainsi que celle des cellules pyramidales, est perpendiculaire au grand axe de la circonvolution.
Mais à côté des fibres radiées on en trouve d'autres, perpendiculaires à leur direction et en général parallèles au grand axe des circonvolutions : ce sont les fibres tangentielles ou fibres d'association intra-corticales. Elles occupent toute l'épaisseur de l'écorce cérébrale, forment une mince couche à la surface des circonvolutions, et donnent naissance aux stries blanches de Baillarger et en particulier au ruban de Vicq d'Azyr.
C'est au mode d'agencement des cellules, ainsi qu'au mode de distribution des fibres tangentielles, qu'est dû l'aspect concentrique que présente l'écorce cérébrale sur une coupe
Lcsquatro couches do Ramon y Cajal.
Fig. 329. — Coupe transversale de l'écorce cérébrale d'un supplicié colorée au picro-carmin.
Gross. 250 diam. (d'après W.
Vignal.)
A .première couche de Meynert ou couche granuleuse. — B, deuxième couche de Meynert ou couche des petites cellules pyramidales. — C, troisième couche de Meynert ou couche des grandes cellules pyramidales. — D, quatrième couche de Meynert ou couche des petites cellules irrégulières. — E, cinquième couche de Meynert ou couche des cellules fusiformes.
Structure de l'écorce cérébrale.
Cellules nerveuses.
Fibres radiées.
Fibres transversales ou tangentielles.
cm
l/rca ctnwr Jjau/aiVc
Kolliher
iïeynert Vf
H.Gilht.
H.QiJLt
Fie 330. — Schéma résumant la concordance des différentes couches de l'écorce cérébrale, depuis Vicq d'Azyr (1790), jusqu'à Ramon y Cajal (1890).
La première colonne représente les trois couches de Vicq d'Azyr (1190) et les six couches de Baillarger (1840). La deuxième colonne représente les trois couches décrites par Kùlliker en 18o2. La troisième colonne reproduit le type à cinq couches de Meynert (1867) et la quatrième colonne représente les quatre couches de Cajal (1890). Les fibres tangentielles, le ruban de Vicq d'Azyr, les stries interne et externe de Baillarger et la substance blanche sont colores en rouge : M, couche moléculaire. — pP'J, couche des petites cellules pyramidales. — gPij, couche des grandes cellules pyramidales. — Pm, couche des cellules polymorphes.
transversale, apparence si facile à constater sur des cerveaux durcis dans les bichromates.
La distribution de ces éléments n'est du reste pas la même dans toute l'étendue de l'écorce cérébrale, et il convient de distinguer à cet égard l'écorce du manteau cérébral (pallium cerebri) de celle du rhinencéphalon.
Écorce du mautoau cérébral ot écorce du rhinencéphalon.