VI AVERTISSEMENT
besoin du témoignage de leur auteur. Je crois donc convenable de prévenir le lecteur que ces observations sont nouvelles et qu'elles ont besoin d'être vérifiées pour prendre place dans la science. En; eiïet, mesrecherces ne datent que de quelques an-nées. J'en ai publié les premiers résultats dans lai partie de ma thèse inaugurale où je traite de l'anatomie des régions ( Recli. d'anat. , etc. pag. 45 , chez Béchet, place de l'Ecole de Médecine), etî comme des anatomistes distingués ne purent yr croire , je fis préparer toutes les gaines du membre? inférieur par M. Roux, mon prosecteur et mon ami,, actuellement en Espagne , à Madrid , et je déposail la pièce en 1824, à la Faculté de médecine, oùtoutt le monde a pu la voir. J'ai fait moi-même une semblable préparation pour le membre supérieur. Ellœ a été brûlée par un accident, ainsi que beaucoup^ d'autres, dans le séchoir de l'Ecole. MM. Blandin elt Velpeau, alors aides d'anatomie, comme moi, à ïâï Faculté l'y ont vue. Depuis, en 1825 j'ai publié urr article dans le journal de M. de Ferussac (tome 4 m pag. 97, n° de février) , sur les aponévroses en gé^| néral, où j'ai décrit d'une manière abrégée lesJ gaines des muscles, èt où j'ai avancé et prouvé qud presque tous les muscles des membres sont enveloppée cliacundans une gatne spéciale. C'est six mois plus tard.', que M. Yelpeauen a parlé dans sonTraité d'anatomiù des régions , et après la mort de Béclard , arrivée le lii mai. Dans sa préface, l'auteur déplore, en effet, hi perte que renseignement venait de faire dans li:
AVERTrSSEAfENT. vl
personne de l'illustre professeur. Je regrette d'ailleurs d'être obligé de dire que les descriptions de M. Yelpeau et même celles de M. Blandin, publiées, un an après , sont à la fois fort incomplètes et fort inexactes.
IjNîTRODUCTION.
L'homme est, pour lui-même, un sujet inépuisable d études et d'observations. Les uns y étudient seulement l'homme moral, les autres y étudient à la fois l'homme moral et l'homme physique, jusque dans leurs rapports les plus secrets et les plus mystérieux.
Parmi les premiers , le théologien y cherche des passions à dompter par la crainte des peines d'une autre vie, et le morahste, des penchans à contenir, ou à diriger par la raison.
L'auteur comique y cherche des vices à corriger par le ridicule, et le poëte tragique des caractères à faire détester par l'horreur du crime ou admirer par l'éclat de la vertu. Une multitude d'auteurs divers y cherchent des défauts à flétrir, et des qualités à exalter ; mais le philosophe et l'idéologue en étudient à la fois le cœur et l'intelligence, les passions, les pensées et les caractères.
Parmi les seconds, le dessinateur, le peintre, le sculpteur , le graveur y cherchent des formes à imiter, des caractères à rendre, des passions à exprimer et à animer ; le médecin et le chirurgien y cherchent des guides pour les diriger dans les sentierssouvent obscurs et toujours difficiles de leur art; mais le physiologiste , s'éclairant des travaux du théologien, du moraliste, des littérateurs de tous les genres, des artistes et des médecins, réfléchit, sur toutes ces observations , la lumière de celles qui lui sont propres pour montrer l'homme à l'homme, tel qu'il est, au physique comme au moral, et dans la nature comme dans|la société. Tous, d'ailleurs, y font à chaque instant, parleurs recherches, desrcmarques précieuses; et chacun , suivant son attention et sa
ÏC INTRODUCTION.
sagacité, y découvre des faits inaperçus encore, surtout lorsqu'envisageant ce vaste sujet, sujet de tant d'études, sous un point de vue nouveau , il se fraie une route vers un but qu'on n'a jamais cherché.
Ce sont des observations de ce genre qui ont donné naissance à cet ouvrag-e. Nous y considérons l'homme physique par une face à peu près nouvelle pour les anatomistes, quoiqu'on ait déjà publié un assez grand nombre d'ouvrages d'anatomie pour les peintres , et nous espérons y décrire beaucoup de choses encore inconnues , ou qu'au moins nous n'avons vues indiquées nulle part.
Nous nous proposons, dans cette Introduction , après avoir défini l'anatomie en général, de montrer quelle est en particulier l'anatomie des. formes que nous nommerons anatomie des beaux-arts, quand nous l'envisagerons dans son application aux aits. Nous tâcherons d'expliquer comment elle les éclaire par ses lumières ; nous dirons quelles sont les parties de l'anatomiequi leur rendent le plus de services ; nous rechercherons quel est le meilleur plan à adopter pour un traité d'anatomie des beauxarts, et quel est l'ordre, à suivre dans la description des diverses parties et des diverses formes du corps.
Enfin nous déterminerons l'utilité de la science des formes extérieures pour les beaux-arts et aussi pour la chirurgie.
I. L'anatomie est la science de la structure , c'estâ-dire, de la disposition matérielle des êtres qui jouissent ou qui ont joui de la vie. L'anatomie humaine, en particulier, est l'histoire de l'organisation de l'homme, et l'anatomie des formes est la science des formes extérieures et des diverses parties qui concourrenl à les produire ; c'est enfin la science des rapports qui existent entre les unes et les autres.
INTRODUCTION
II. 11 né suffit pas de dire que ranatomie éclaire les beaux-arts d'une vive lumière, il faut montrer comment elle devient un flambeau secourable pour l'artiste dont elle ïè^le l'imagination, dont elle guide et retient la main dans les voies de la nature et de la vérité.
L'artiste étranger aux mystères de l'organisation de l'homme reste à chaque instant indécis sur les formes qu'il observe. Sans cesse il est obligé de s'assurer, par le toucher, de ce que lui montrent ses yeux, de lui demander compte des clairs et des ombres qu'il aperçoit, et qui feignent parfois des saillies ou des creux qui ne sont que des illusions.
L'artiste privé des connaissances de l'anatomie est à celui qu'elle éclaire, ce que seraient l'un à l'autre deux peintres, dont l'un prenant son point de vue d'une montagne élevée, voudrait dessiner une vaste campagne sans l'avoir parcourue en détail , et dont l'autre, prenant sa vue du même point, la dessinerait aussi, mais après avoir pratiqué les chemins qui la divisent et la sillonnent, suivi, dans tous leurs détours et leurs replis, les ruisseaux et la rivière qui l'arrosent , battu les bois qui la couvrent , et visité enfin ses ruines et ses hameaux. Le premier, toujours incertain,serait,àchaqueinstant,arrêtéparunefoule de difficultés de détail qu'il ne pourrait jamais Vaincre, souvent même en s'aidant du secours des lunettes qui, en abrégeant les distances, grossissent les objets: tantôt il croirait voir un chemin là où il n'existerait pas; d'autres fois, il ne le verrait pas lorsqu'il serait sous ses yeux; ici, il réunirait deux rivières seulement rapprochées; là, trompé par un circuit rétrograde , il ferait couler dans des lits différens leurs eaux confondues ; ailleurs, il enchaînerait l'un à l'autre deux bois voisins que séparerait uu village, parce que le hameau flanqué d'arbres se
ÎKÏUODUCTIOK.
perdrait dans ces bois au milieu de l'obscurité de leur ombrage, et échapperait entièrement à des jeux qui ne le connaîtraient pas ; ailleurs, des ruines aux formes indécises, élevant leurs murailles dépouillées ou parfois couvertes d'une draperie flottante de verdure, tromperaient encore l'attention de l'artiste. Enfin, pour n'en pas dire davantage, des accidens de terrain et de lumière, des carrières, des amas de pierres grisâtres, fruits de l'industrie des hommes ou de l'activité toujours changeante du temps, pourraient être la source d'une infinité d'illusions, et montrer un village oii il n'y en aurait tout au plus que les élémens.
Voilà comment les yeux ne voient qu'à travers un nuage ce que l'esprit ne comprend pas, comment même , un point échappe entièrement à des yeux inaccoutumés àle voir, ou qui ne l'ont jamais vu que de loin, et comment, pour prendre un exemple dans un fait vulgaire qui rendra, du moins, cette vérité frappante, nous revoyons toujours sur nos vêtcmens une tache légère qui échappe à tous les regards.
Tandis que le premier des deux peintres que nous avons supposés, abusé par tant d'illusions, arrêté par tant d'obstacles , hésiterait , oscillerait, incertain, le second, plus éclairé, marcherait avec assurance au milieu de difficultés qui n'existeraient pas pour lui , ou du moins , au premier embarras, sa mémoire savante, venant au secours de l'impuissance de ses yeux, analyserait les formes les plus indécises, les recomposerait aussitôt et avec assez, de précision pour dissiper toute illusion et toute incertitude. Telle est aussi la puissance de l'anatomie. Dans les cas difficiles, ou soit par le jeu de la lumière et des ombres, soit par la perspective des choses , soit par la maigreur ou l'embonpoint des
I INTIIODUCTIO!^. Xiil
sujets, soit par quelque variété individuelle, les formes se montrent si mal dessinées ou tellement changées que l'artiste ne peut plus les reconnaître ; alors, la science des parties sous-cutanées, dont les formes sont toujours tranchées , donne plus de précision aux formes extérieures en en rappelant la structure. Elle rend distinctes ces formes sous-cutanées, malgré la peau qui les voile , tout comme la connaissance des traits d'une figure vue dans l'éloignement, y apporte de la netteté, malgré la distance qui les affaiblit et les confond ; ainsi l'anatomic ^ venant au secours des yeux, donne de la transparence à la peau et montre à l'intelligence de l'artiste les formes de la surface du corps par le souvenir des parties cachées sous le voile qui les couvre. L'anatomie est, pour ainsi dire, encore un verre j2;rossissant qui rend ces formes sensibles jusque dans les plus minces détails , en sorte qu'éclairé par elle, l'artiste voit beaucoup mieux , beaucoup plus vite, et rend avec plus de fidélité des formes distinctes à ses yeux, parce qu'elles sont claires à son esprit.
III. Mais toutes les parties delà science ne jettent pas un éclat également vif sur la théorie des formes : les grandes divisions du corps , le tronc, les membres et leurs diverses parties tiennent à l'arrangement des os et des muscles; mais la plupart des formes de détail , les saillies et les creux répandus à la surface du corps, sont dus presque toutesàlastructure des muscles. Après ces organes , les os et le tissu cellulaire graisseux concourent à la détermination des formes extérieures plus qu'aucune autre partie , et ils y concourent en proportion inverse. En elîet, chez les gens maigres, le tissu adipeux, pour ainsi dire atrophié, permet aux os de se dessiner dans mille endroits différons j et, chez les
INTRODUCTION
personnes grasses, au contraire, il arrondit les formes et les dissimule partout. Néanmoins, comme les os constituent la charpente de toutes les parties, de toutes les fractions du corps et des membres, ils me paraissent bien plus importans encore que le tissu cellulaire graisseux dans les formes extérieures. Si la peau, exactement accolée aux parties qu'elle recouvre, ne se plissait pas à leur surface par sa laxité , si elle n'en modifiait pas les formes en certains points par son épaisseur, elle ne ferait que traduire fidèlement celles des parties qu'elle nous cache sans concourir à leur production; mais il n'en est point ainsi. Elle les modifie heureusement en certains endroits, elle les altère dans d'autres, et partout elle les voile. Ces observations suffisent pour montrer que son étude doit inspirer de l'intérêt aux artistes. A ces diverses parties , ajoutons les veines sous-cutanées. Elles se traduisent souvent au dehors chez l'homme et concourent ù la production des formes extérieures.
Voilà incontestablement les élémens de l'organisation qui jouent le plus grand rôle dans les formes du corps. J'ai, par conséquent, indiqué les tranches de i'anatomie les plus riches en applications pour les beaux-arts; mais je dois dire qu'il en est d'autres encore , qui , bien que moins importantes , méritent aussi notre attention.
Ce sont , par exemple : les poils répandus sur divers points de la peau , les ongles qui arment nos doigts , les yeux qui brillent à la face par leur éclat et l'animent par leur mouvement ; les parties extérieures de la génération qui diversifient les sexes; le sein de la femme qui lui donne tant de charmes.
Les autres parties de l'organisation n'ayant plus d'importance pour les beaux-arts , les branches «de
INTRODUCTION
> ranatoniie, qui s'y rapportent, perdent également la leur.
IV. Disons maintenant quel plan on doit adopter dans un traité d'anatomie des beaux-arts.
Deux plans se présentent à notre choix : i» on pourrait, après une description abrégée des principales formes extérieures , passer à celle des os et de leurs dépendances, des muscles et du tissu cellulaire , de la peau , des poils et des ongles , des veines , des yeux , des organes de la génération et de quelques autres , ce qui composerait la première partie de l'ouvrage. Dans la seconde on ferait la description détaillée des formes extérieures , et on rappellerait les élémens dont se composent les diverses régions auxquelles elles appartiennent. La troisième comprendrait l'histoire des nombreuses modifications des formes chez la femme , chez les hommes de tempéramens différens , chez les habitans de climats divers , et mille autres modifications que les formes peuvent revêtir dans l'agitation des mouvemens , dans l'orage des passions , et dans les révolutions de l'accroissement aux différens âges. J'y rattache même les principales différences que présententles quadrupèdes mammifères, pour montrer la dégradation progressive de formes humaines, et préparer, s'il est possible, des combinaisons idéales entre les formes de l'homme et de la bête, plus justes et plus naturelles que les combinaisons des anciens, quelque grâce et quelque beauté qu'ils aient su répandre sur des conqDOsitions souvent bizarres. Voilà autant de choses qui doivent servir de complément à un traité d'anatomie appliquée aux beaux-arts, bien que les mouvemens, les passions, les changemens de l'âge soient des phénomènes de la vie, et, conséquemment , appartiennent à la physiologie, qui en- e&t la science,
X V INTRODUCTION
On peut encore, ainsi que nous le faisons dan» cet ouvrage, commencer par la seconde partie., continuer par la troisième, et terminer parla pre « mière de l'ordre que nous venons d'indiquer. ; V. Pour arriver à des applications réelles et nombreuses , il faut s'assujettir dans ses descriptions in une méthode qui, par son étendue et par son exac-titude , puisse embrasser successivement chacun dey caractères matériels dont la traduction au dé hors con-< court à la production des formes extérieures ; et cettee méthode ne doit pas craindre de les suivre dans les> détails les plus minutieux s'ils conduisent à l'explication des formes.
Nous entendons, par caractères matériels, les? diverses manières d'être , les divers états sous les-quels se présentent les corps , leur situation , leur: forme , leur couleur, par exemple. Ils se réduisent,, par l'analyse, à un assez petit nombre de genres,, quoique la variété de leur nomenclature voilant leur,, identité, les fasse paraître beaucoup plus nombreux.. C'est ainsi que V adhérence des os du crâne les uns« avec les autres , et les attaches des muscles , ne soutt que des connexions très-intimes de contiguité ; que; la naissance et la terminaison des artères et des= nerfs , le commencement et la fin des différentes» portions du canal intestinal ne sont que des connexions de continuité; c'est ainsi encore, pour prendre un exemple hors de l'anatomie, que le gi" jicment des minéraux, les habitations des plantes et. des animaux ne sont autre chose que des rapports^ de situation, bien que tous ces caractères, de mêmenature , soient exprimés par des dénominations différentes.
Parmi les caractères matériels, les uns sont rela-' tifs au système, c'est-à-dire à l'ensemble dont un corps fait partie , les autres sont essentiels et existent .
iNTÎlODUCïICPf.
XVIÎ
indépondamment d'aucun autre corps que celui auquel ils appartiennent. Les premieis sont ceux de nombre on de multiplicité , de situation et de connexion, détendue relative et de direction; les seconds sont ceux de la forme, de 1 étendue propre évaluée par des mesures connues, des propriétés sensibles qui tombent spécialement sous un des sens soit de l'œil, soit du toucher, etc.; ce sont ceux enfin de la composilion visible , c'est-à-dire de la structure ou de l'organisation.
Ces caractères matériels s'observent dans les diverses parties de l'économie animale, ainsi que dans tous les corps de la nature; et il n'en est aucun, chez l'homme, qui ne puisse se traduire au dehors. IJès iors ils méritent tous l'attention des artistes. Les exemples que je vais exposer en fourniront, par avance , des preuves irrécusables.
Le nombre des parties qui sont doubles mérite l'attention des artistes, parce qu'elles répètent les mêmes formes à droite et à gauche.
La situation et V étendue relative sont du nombre des caractères qui doivent être étudiés avec soin, parce qu'ils se dessinent très -souvent et d'une manière très-visible à travers la peau. Ainsi le crâne s'abaisse visiblement derrière l'oreille jusqu'au niveau de la base du nez et du conduit auditif. Ce conduit répond assez exactement au milieu de la distance qui s'étend , de l'aile du nez , jusque derrière le crâne ; et la mâchoire inférieure, en se portant jusqu'à l'oreille, mesure, d'avant en arrière, la moitié des côtés latéraux de la tête; l'os large de l'épaule n'atteint pas tout-à-fait en haut le niveau de l'apophyse osseuse la plus saillante, en arrière et en bas c(u cou. 11 descend, d'ailleurs, aussi bas que les mamelles. La saillie des dernières cotes, en bas , se montre ordinairement à deux traycrs de doigt au-
INTRODUCTION
dessus du niveau de l'ombilic, et à un travers de doigt en dedans d'une li^ne verticale qui passerait, par l'angle antérieur de l'os de la hanche , à l'extréniitc supérieure du pli de l'aine. Cet angle, lui-même, répond à un travers de doigt environ en dedans d'une ligne verticale que l'on abaisserait du mamelon. Dans les bras pendans d'un homme debout, le coude atteint les deux dernières côtes et le niveau de l'ombilic. Les os de l'avant-bras, dans le même cas , se prolongent jusqu'à .l'articulation de la hanche; et ceux des dernières phalanges des doigts atteignent le milieu de la longueur de la cuisse. Une saillie osseuse proémine au-dessus de la base du pouce, sur la paume du poignet, à une ou deux lignes plus bas que la saillie osséuse visible au-dessus des chairs du petit doigt; les saillies osseuses, sensibles en dehors du genou , ont toutes des connexions constantes et appréciables. Il en est de même de celles des malléoles.
Parmi les divers muscles du corps, deux forment, au ventre , des pians allongés et aplatis qui se portent de chaque côté de la ligne médiane, depuis la poitrine jusqu'au bassin. Un muscle volumineux embrasse l'articulation de l'épaule et se prolonge en pointe anguleuse en dehors et vers le milieu du bras. Le plus grand des muscles de la fesse descend jusqu'au pli de cette partie et se porte en dedans jusqu'à la rainure qui la sépare de l'opposée. Un muscle aplati se prolonge visiblement de l'angle antérieur de la hanche jusqu'à deux travers de doigt au-dessous de la saillie produite par son articulation. Un autre descend, en dedans du genou, jusqu'au niveau de la rotule saillante, au-devant de cette jointure. Une autre masse musculaire descend, en dehors, jusqu'à deux travers de doigt au-dessus du genou et de lu rotule, Des deux muscles superficiels
ÏNTRODDCTîOiV.
du mollet, l'Interne se prolonge toujours plus bas que l'externe. Toutes ces dispositions de situation et (l'étendue sont sensibles à l'extérieur.
Comme la manière de déterminer la situation des parties peut être arbitraire , je dois , avant de passer à un autre caractère , prévenir le lecteur que je désignerai toujours comme postérieures, parmi les parties comparées les unes aux autres, celles qui se porteront vers le derrière du corps ; comme externes celles qui se dirigeront vers Tun des côtés latéraux du corps, l'homme supposé debout , le pouce de la main dirigé en dedans et un peu en avant, ainsi qu'il l'est naturellement dans l'homme et chez tous les animaux. Alors le bord de l'avant-bras , du poignet et de la main, 'correspondant au pouce, en deviendra le bord interne , et la surface antérieure en deviendra la postérieure et réciproquement
La direction des parties sous-cutanées est souvent si distincte qu'elle ne saurait échapper à des regards attentifs , et que l'anatomie ne peut se dispenser de la préciser, alors, avec la plus rigoureuse exactitude. Ainsi, la direction de la clavicule, si souvent horizontale, si rarement dirigée en haut et en dehors ; la direction différente des arcs des côtes, surtout visibles dans leur portion antérieure; la direction du dos et des reins, qui est sinueuse; la direction oblique, en haut et en avant, du bassin; la direction, alternativement oblique en sens inverse, du bras, de l'avant-bras et de la main; la direction de la cuisse, oblique en bas et en dedans sur la jambe; l'obliquité des muscles qui occupent, de haut en bas, le milieu du ventre et déterminent un sillon médian au-dessus de l'ombilic, par leur écartement, et une saillie médiane au-dessus du pubis, par leur rapprochement; l'obliquité des cordes tendineuses qui occupent le milieu do la surlace palmaire de
XX INTRODUCTIOxN.
l'avanl-bras et se portent obliquement au poignet du côté du pouce; celle des tendons des muscles postérieurs de la cuisse, qui se portent en dedans et en dehors du genou; la direction d'une foule d'autres parties sous-cutanées, enfin, se trahit si souvent jiar la peau , qu'il serait impardonnable de n'en pas faire mention dans une description particulière.
La forme des os , des muscles et de quelques autres parties, se traduit parfois au dehors, avec tant d'exactitude et dans des détails si déliés , que l'anatomie des beaux-arts doit, alors, la décrire aussi jusque dans ses plus minutieux détails. Ainsi, la surface extérieure du front, ses bosses latérales ou sa bosse médiane unique, la dépression qui vient immédiatement au-dessous , les arcades orbitaires et soui'cilières qui s'y voient au-dessus des yeux ; toutes ces formes appartiennent à l'os frontal; les saillies du menton et de l'angle de la mâchoire sont des formes qui dépendent surtout de celles de l'os de la mâchoire inférieure; la saillie transversale que l'on observe sur le sillon médian de la poitrine; les saillies qui se montrent latéralement chez les gens maigres; celles des épaules et des hanches; l'angle du coude demi-lléchi ; les renllemens osseux du poignet, ceux des articulations des doigts chez les personnes qui ont peu d'embonpoint; la saillie de la rotule devant le genou, des malléoles sur les côtés du coude-pied, sont autant de formes extérieures qui dépendent de celles des os. Ainsi , encore, les digitations anguleuses empreintes sur les côtés de la poitrine, la saillie fusiforme du bras en avant; la même forme au-devant de la cuisse ; l'échancrure qui sépare inférieurement les muscles superficiels du mollet, leur extrémité inférieure arrondie, sont autant de formes qui se dessinent souvent de la ma-
lïvTRODUCTION. XXI
nièrc la plus évidente et qui appaiticnnent à des iïiuscles sous-cutanés.
' La forme provenant de la circonscription d'un 'corps et la circonscription résultant de l'arrangement, de la réunion des surfaces, des bords, des angles d'un corps, il en résulte que les surfaces', les bords ne sont que les élémcns des formes. Or, l'anatomie des arts doit , pour étudier exactement les formes, en analyser les élémenset décrire successivement leurs surfaces, leurs bords, leurs /-angles, leurs extrémités, comme si c'étaient des organes particuliers.
De toutes les propriétés sensibles, il n'y a que la couleur de la peau et de ses dépendances , la couleur des veines sous-cutanées modiliée parla peau, la consistance des diverses formes du corps qui puissent se manifester aux yeux et rentrer dans les connaissances qui intéressent les arts. Ce que je dis de la couleur de la peau et de ses dépendances est si évident pour la peinture, que je n'ai pas besoin d'y insister. Quant à la consistance des parties, il ne faut pas croire que , parce qu'elle ne tombe immédiatement que sous le sens du toucher, elle ne s'apprécie pas au moyen des yeux ; ce serait une erreur. Comme elle sert de soutien aux formes , elle devient par l'intermédiaire des yeux du corps, sensible aux yeux de la raison , suivant qu'elle cède ou résiste à la pression ou à la pesanteur. En effet, les parties qui ont de la fermeté conservent leurs formes dans toutes les positions du corps; et certaines positions altèrent ces formes dans toutes les parties qui manquent de consistance : c'est ainsi que la fermeté du sein lui conserve ses formes arrondies et ses contours gracieux tant que l'affaiblissement delà santé, l'amaigrissement, les grossesses répétées, les maladies, lu vieill^Siîe ou le liberli-
^'^^ INTRODUCTION
m^e .ne viennent point les lui ravir. Mais nussiiôt quil a perdu la fermeté qui en lait le elinrme, le sem n en conserve l'apparence qu'au moyen de soutiens etran-ers. Abandonné à lui-même, sa pesanteur renU;aîne en bas , le déplace, l'allonge et le déforme. Des chairs qui ont de la consistance s'altèrent peu par la pression ; c'est le contraire lorsqu elles en sont privées. Tout le monde sait que les lesses comprimées s'affaissent lorsqu'on est assis; ch bien! il est des sujets chez lesquels cet affaissement n'existe pas, ou du moins, chez lesquels il n'est pas sensible. Je me rappelle avoir vu , dans l'ateher de M. le sculpteur Petitot, un jeune homme qui prenait le titre d'Hercule de Hollaiide , et chez qui les fesses ne s'affaissaient pas sensiblement, sous le poids du corps lorsqu'il s'était assis.
La structure , l'arrangement des élémens constituans d'une partie est le dernier caractère matériel qui doive arrêter l'attention de l'anatomie des formes; mais ce n'est pas le moins important, peut-être même est-il le plus intéressant. Du moins, il n'en est pas qui modifie davantage et plus souvent les formes extérieures. Néanmoins, je dois m'empresser d'avouer qu'il n'y a que les muscles, parmi les parties sous-cutanées, dont la structure produise cet effet ; et cet effet provient de ce que les parties ligamenteuses, tendons ou aponévroses, ayant peu d'épaisseur et de volume, et les parties charnues en ayant bien davantage , surtout au moment de la contraction , les muscles diminuent de volume et se dépriment vers leurs tendons et leurs aponévroses; c'est, pour ainsi dire, une loi générale pour les formes extérieures. Aussi , presque toutes les dépressions de la surface du corps répondent-elles, à des parties ligamenteuses ou à des os; et presque toutes les saillies, à des portions
INTllODUCTION. XXI"
^charnues ; ainsi, les sillons' médians cIg la poitrine et cUi ventre , les sillons latéraux qu'on observe A .quatre ou cinq travers de doigt en dehors de la li- ^ne médiane sur ce dernier, le méplat ovalaire ou liiomboïdal qui se dessine au bas du cou. et au comluencement du dos , le sillon médian dé cette partie , les sillons latéraux qui s'y dessinent à quatre ou cinq doigts en dehors , le sillon médian des reins , un sillon latéral des fossettes lombaires kr térales et méchanes , qu'on observe dans la même région , sont autant de dépressions qui répondent au tissu ligamenteux des muscles. Ainsi, encore, un méplat considérable s'observe au-dessus du pH du coude, parce que les fibres charnues s'arrêtent là-, presque toutes à la fois , sur un tendon aplati. Un méplat très-distinct remonte depuis le coude, sur le dos du bras, jusqu'au milieu de sa hauteur, et il correspond au tendon inférieur du muscle postérieur de ce membre. Une grande hgne courbe embrasse le côté ra<^/frt«Ve de l'articulation du coude, en se prolongeant depuis le cinquième inférieur du bras jusqu'au milieu du bord radiaire de l'avantbras, où elle finit brusquement, en donnant naissance à une hgne droite. Cette double disposijtion tient à des masses de fibres charnues, qui finissent toutes à peu près au môme point sur leuis tendons aplatis que la peau recouvre immédiatement. Au bord opposé où l'on ne voit, au contraire, qu'une seule et grande ligne courbe, qui va finir graduellement et insensiblement en dehors du poignet, au-dessus du petit doigt , on trouve aussi une organisation différente de celle que nous venons de signaler. On y trouve un muscle dont les fibres charnues, au lieu de s'arrêter toutes ensemble vers le milieu de la longueur du membre ,. descendent
^^^^ INTIIODUCTION.
successivement jusqu'au poignet, le long du tendon où elles se fixent.
^ Si maintenant nous jetons les yeux sur le bassin et sur les membres inférieurs, nous y retrouverons d'autres exemples de la même loi/La fesse })résente constamment une dépression en debors , dans rbomme debout. Cette dépression provient de ce que l'aponévrose antérieure du grand muscle de la fesse, alors tirée en arrière de la saillie formée par l'artlcnlation deJa bancbc , est loin d'égaler en épaisseur la portion charnue du même muscle, rendue d'ailleurs plus épaisse en ce moment par sa contraction. Un méplat se montre au-dessus de la rotule ; il est du à ce qu'en ce point l'extenseur de la jambe est réduit à un tendon aplati que surmontent d'un relief, à l'entour, les fibres charnues du muscle. Le mollet présente sur le milieu de sa largeur une saillie verticale, parce qu'il n'est formé Là que par des fibres charnues. Il présente au contraire, sur les côtés de cette saillie, deux méplats distincts , parce que la peau y est appliquée sur deux tendons épanouis en aponé-
TTOSe.
Tant de faits prouvent ' suffisamment qu'il n'est pas de caractère matériel qui ne puisse concourir à la détermination des formes extérieures, et qu'il n'en est aucun , par conséquent , qui ne doive arrêter l'attention de l'anatomie des beaux-arts; aussi doit-elle rechercher sans cesse le rapport des formes sous -cutanées avec les formes extérieures qu'elles produisent et qu'elles expriment; c'est là nn de ses princiiiaux objets; et, c'est là, seulement, qu'elle tiouvera des applications réelles et nombreuses. Toute autre méthode ne l'y conduira jamais.
INTRODUCTION. •'^W
Tel est, jo crois, l'ordre à suivre clans la description particulière d'un os , d'un muscle ou de tout autre organe; tel est aussi l'ordre à suivre dans là description des formes extérieures. C'est, du moins, la marche que nous nous sommes imposée pour cet ouvrage. Wons avons même décrit le profil de certaines formes en même temps que nous exposions les divers plans que l'on y aperçoit, lorsqu'on les observe en face. Ainsi, après avoir parlé de la surface du front , nous avons fait remarquer les deux plans qu'il présente en profd de haut en bas. Ainsi la poitrine , dont le prohl suit une ligne fort oblique en bas et en avant; le tronc, qui offre, depuis îe cou jusqu'au bassin, une grande ligne ônduleuse par-derrière ; le profd antérieur du ventre qui rentre depuis la base de le poitrine jusqu'à l'ombilic, pour ressortir et se porter en avant jusqu'aux organes de la génération ; le prohl des côtés du tronc, qui rentre vers le flanc, à peu près au niveau de l'ombilic, nous ont paru dignes d'être mentionnés. INous avons décrit également les proflls des côtés principaux de nos membres. Ainsi, pour en citer quelques exemples, nous avons montré comment la ligne courbe du côté radiaire de l'articulation du coude embrasse la moitié de la longueur du bord radiaire de l'avant-bras ; comment la ligne du côté cubitaire, partant d'un peu plus bas au côté oppose', embrasse le coude et le bord externe de l'avanl-bras jusqu'au poignet ; comment la ligne du côté extérieur de la cuisse s'étend parfois depuis le pli du liane, parfois depuis la hanche, parfois depuis la saillie de son articulation jusqu'en dehors du genou ; comment la ligne du côté interne s'étend depuis le pubis jusqu'au tiers inférieur de la cuisse environ ; comment la ligne du côté interne du genou succède immédiatement à
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celle -ci, embrasse l'articulation en derlans et se prolonge Jusqu'au-dessous, en dépassant de beaueoup l'extrémité inférieure de la ligne externe de la cuisse; comment la ligne interne et supérieure • de la jambe embrasse le bord interne du mollet, tandis que la ligne inférieure se prolonge jusqu'à la malléole ; comment la ligne externe de la jambe s'étend sans interruption , depuis le dehors du genou où elle commence, tantôt jusqu'à la malléole externe, tantôt seulement, jusqu'au niveau de l'extrémité inférieure de la ligne interne du mollet où elle offre une légère dépression pour se relever aussitôt et projetter enfin sa courbure jusque vers la malléole externe.
Voilà encore quelques-unes de ces observations minutieuses que doit recueillir, avec le plus vif intérêt, l'anatomie des beaux-arts.
J'ose espérer qu'après tant d'exemples accumules dans cette introduction pour donner une idée des faits qui appartiennent à l'anatomie qui nous occupe, personne ne la regardera désormais comme une anatomie abrégée , frivole , inexacte et sans précision. Si je puis me permettre d'en juger parce que j'ai appris, ou par ce que je crois avoir appris dans les études auxquelles je me suis livré jusqu'à ce jour, je puis dire que c'est une science bien peu connue des anatomistes.
VI. II me reste à exposer comment la science des formes extérieures en particulier , science qui fait plus spécialement le sujet de cette première partie de mon Anatomie des beaux-arts, peut guider le pinceau ou le ciseau de l'artiste , et même , dans un art indépendant du, dessin, l'instrument du chirurgien.
L'anatomie des formes, en faisant, de celles-ci, le sujet spécial de ses démonstrations; y arrête beau-
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/;Oiip mieux rattention par ses remarques , les fixe plus sûrement dans la mémoire par ses descriptions, .et en grave plus profondément les caractères dansle souvenir, par sa méthode et par ses explications , que ne Je pourrait faire la simple observation de la nature. La simple observation ne voit jamais qu'imparfaitement les choses ; et , si elle suffisait pour bien voir, si elle suppléait entièrement à l'anatomie des formes,lesartistescélèbresnese seraient jamais trompés à cet égard, et surtout ils ne seraient pas tombés dans une erreur qu'ils auraient déjà évitée. Ainsi, ils n'auraient pas, ou, du moins, ils n'auraient peut-être pas détruit ou changé les rapports naturels de la fosse sous-claviculaire , du mamelon , des digitations du grand dentelé de la poitrine, delà saiUiedes dernières côtes en bas, du sillon latéral du ventre, et de l'angle antérieur del'ilium , comme on en trouve des exem- .pies dans les formes conventionnelles de la plupart des statues antiques; ils n'auraient probablement pas tronqué l'angle du deltoïde , comme on ■le voit dans le Centaure et sur d'autres figures ; ils n'auraient pas donné, aux muscles et aux tendons qui occupent le milieu du ventre de l'avant-bras , tantôt leur obliquité naturelle , et tantôt une direction parallèle au membre , comme on en trouve des ■exemples, non-seulement dans les antiques, mais même dans les peintures de David et de Girodet ; ils n'auraient pas élevé, au même niveau , la saillie des éminences thénar et hypothénar de la main, comme l'ont fait, dans l'antiquité, une foule de statuaires, comme l'ont fait, de nos jours, Girodet, qid est presque constamment tombé dans cette faute, et David même, quoiqu'il l'ait presque toujours évitée, car la main prend alors une forme carrée peu agréable; ils n'auraient pas tous reproduit, comme ù l'envi , chez, l'enfant ou l'adolescent ,
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comme chez l'adulte, dans des genoux fléchis, comme dans des genoux étendus, ce pli oblique qui se montre quelquefois , chez l'adulte et le vieillard , au-dessus et en dedans de la rotule, et seulement dans l'extension ou la demi-extension de la jambe ; ils ne l'auraient point dessiné chez des jeunes gens, parce qu'ils ne l'ont pas encore, et chez des hommes dont les genoux sont fléchis , parce que la flexion de cette jointure les efface. Cette dernière faute , qui me paraît grave, se trouve pourtant dans les genoux du Laocoon , et dans ceux de l'homme adulte de la Scène du déluge , par Girodet. Entin , si la simple observation eût pu suppléer entièrement aux connaissances anatomiques qui leur manquaient, les anciens statuaires delà Grèce et de Rome ne se seraient pas é?;arés dans les formes de l'aisselle et des épaules, dans celles de la surface externe de i'avant-bras et de la jambe, et ils n'auraient pas employé leurs talens à changer certaines formes delà nature en des formes conventionnelles, qu'il est impossible d'observer et de justilier. Leur génie aurait pu les embellir encore, mais il n'en aurait pas autant altéré la vérité, et ils n'auraient jamais oublié des détails que les descriptions de la science auraient signalés à leur attention, et qu'au besoin elles auraient rappelé à leur souvenir, parce qu'encore une fois, les descriptions gravent lesc hoses plus profondément dans la mémoire par leur méthode , que ne peut le faire la simple observation de la nature.
YII. Voyons maintenant quelles lumières la chirurgie , à son tour, peut retirer de la connaissance des formes. Je l'ai dit dans mon épigraphe, les formes extérieures, par leurs relations avec les formes intérieures, montrent à l'intcUigence du chirurgien ce qui C3t caché dans la profondeur du corps, par ce
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qui est visible à la surface. J'en vais citer quelques exemples , qui ne laisseront , je crois , aucun doute. L'arcade surcilière, qui est visible au-dessus et en dedans de l'arcade orbitaire, dont elle est très-distincte et par sa proéminence et par sa largeur, et par le sourcil qui la recouvre, et enfin par la dépression sus-orbitaire qui la sépare de cette arcade orbitaire , répond précisément au sinus frontal où le chirurgien ne doit appliquer le trépan que par nécessité , et avec des précautions toutes particulières. La dépression sus-orbitaire est un guide pour en couper le nerf à sa sortie de l'orbite. On la distingue à la vue, lorsque l'arcade surcilière «^st trèsvisible ; on la retrouve parle toucher au-dessus d'une ligue verticale qui passerait à peu près parla première molaire supérieure , et quelquefois par la seconde. Ces deux premières molaires se rapprochent aussi plus ou moins dans chacune des mâchoires correspondantes d'une ligne verticale qui passerait par les trous sous-orbitaire et meutonnier; et la deuxième molaire en particulier s'en rapproche davantage. L'apophyse mastoïde a un rapport si voisin avec le nerf facial et la veine jugulaire interne placée à une ou deux lignes en dedans , qu'un instrument glissé directement en dedans ne manquerait pas de l'atteindre à environ cinqligues de profondeur, à moins qu'il ne fût arrêté par une apophyse slybïde , que l'os occipital présente assex fréquemment sur son apophyse jugulaire , et dont je ne connais pas de description. La fossette susslernaire, celle du sterno-mastoïdien, la moitié in-i terne de la fosse sous-clavière, ont des rapports trèsimportans avec les artères brachio - céphaliquc , carotide et sous-clavière, et avec le sommet de la plèvre, les nerfs pneumo-gastriqucs et les nerfs diaphraguuiliqucs, Li\ fosse soLis-cjavièrc offre, encore,
iîvthoduction.
un guide pour parvenir promptemcnt à l'axillaire parla paroi antérieure de laissellc. La saillie naturelle de l'articulation scapulo-claviculaire doit être présente à notre souvenir quand nous annonçons une luxation externe de la clavicule. Le plan de l'acromion et la saillie de la tête de l'humérus suivraient à un aveugle pour désarticuler le bras. La fossette râr^/mi/v conduit directement à l'articulation huméro-cubitale. La fossette cubitaire mérite l'attention de la chirurgie par ses connexions avec le nerf cubital qu'elle renferme. Une ligne prolongée au milieu de la largeur de la tubérosité cubitaire de l'humérus, en dedans du pisiforme immédiatement , trace précisément la direction à suivre pour découvrir et lier l'artère cubitale. Une autre ligne , partant du bord externe du tendon du biceps, et venant au bas de la dépression radiaire de l'avantbras, suit exactement la direction de l'artère radiale. Une incision faite le long du bord radiaire du grand palmaire, aboutit sur le bord correspondant du lléchisseur sublime ; et, si on repousse celui-ci vers le cubitus, on arrive directement sur l'interosseuse antérieure des auteurs. Par la rainure qui sépare les tendons des grand palmaire et palmaire grêle, on découvre le rameau cutané du nerf médian, ce nerf lui-même, et plus loin encore la même artère interosseuse. Des lignes prolongées de bas en haut, dans la direction des tendons des grand et petit palmaires, du cubital antérieur des auteurs , donneraient la direction de ces muscles et de leur gaine ligamenteuse. De semblables lignes, conduites depuis les tendons de chacun des muscles superficiels du dos et du bord radiaire de l'avant-bras jusqu'à la tubérosité externe de l'humérus, indiqueraient, avec précision , le trajet de ces muscles, de leurs gaîaesj et offriraient, au besoin, des guides sCu's pour
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les ouvrir et pour lier l'interosseuse postérieure, accolée sur la cloison qui sépare , en dedans, l'extenseuL commua du radial externe. La saillie du tendon du grand extenseur du pouce a des rapports remarquables avec l'artère radiale à son entrée dans l'anneau fibreux, qu'une dissection minutieuse découvre à la base du premier interosseux dorsal , et qui la conduit dans la paume de la main. L'éminence thénar correspond, dans son tiers inférieur, à la gaîne palmaire interne; lliypolliénar, dans toute sa longueur, aux gaines des muscles du petit doigt, et le milieu de la paume de la main à la gaine palmaire moyenne. Les dépressions du dos de la main répondent aux interosseux et à leurs gaines ligamenteuses. Les plis de la paume de la main ont des rapports avec l'arcade paluiaire superficielle. Les plis articulaires que les doigts présentent dans leur flexion , offrent des rapports assez constans avec l'articulation des phalanges pour que l'on puisse les prendre pour guides dans les amputations des phalanges.
La saillie de l'articulation des cartilages stcrnaux aveclaportion osseuse des côtes a , du côté gauche, des rapports prochains avec les attaches du médiastin antérieur qui peuvent intéresser le chirurgien dans les abcès placés sous le sternum. La saillie des articulations de ces n^êmes cartilages avec le sternum n'a pas des connexions moins importantes à connaître avec l'artère mammaire interne. Le sillon médian du ventre correspond aux points les plus larges de la hgne blanche , et explique pourquoi les hernies médianes du ventre sont plus nombreuses au-dessus qu'au dessous de l'ombilic. Le silion latéral du ventre répond aux points les plus minces des porois abdominales , point où l'on ne trouve que des aponévroses - dis-
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position qui rend compte des hernies ventrales qu'on y observe. Le milieu du pli de l'aine, mesuré de l'épine du pubis à l'angle antérieur de l'ilium , tombe précisément et immédiatement en dehors de l'artère inguinale. La saillie inguiuaire du psoas et de l'iliaque se trouve aussi immédiatement en dehors de ce vaisseau. Enfin la division du pli de l'aine en une branche supérieure qui suit le pubis et une inférieure qui descend en devant de la cuisse, ré{Dond encore assez, exactement à cette artère. La fossette antérieure de la cuisse a des connexions avec l'articulation coxo-fémorale et l'artère articulaire antérieure. L'artère fessière sort du bassin au milieu de l'intervalle qui sépare la fossette lombaire latérale d'avec la tubérosité de l'ischion, et une incision horizontale, en cet endroit, permet d'}^ reconnaître le bord supérieur de l'échancrure scialique, et d'y lier l'artère placée sous ce bord osseux. Des plans particuliers et souvent distincts traduisent, à l'extérieur, le couturier, le droit antérieur de la cuisse, le vaste interne, le grêle interne, le troisième adducteur, le muscle du fascia-lata, le vaste e. .crue et la masse des muscles postérieurs de la cuisse; aussi serait-il aisé d'en ouvrir les gaines particulières au besoin. Un sillon articulaire interne conduit directement dans l'articulation du genou. 11 existe, à l'extrémité supérieure du tibia, un tubercule antérieur et externe qui a, je crois, échappé à l'attention des ostéologistes ; ce tubercule a des connexions importantes à connaître avec l'articulation du genou , la tête du péroné et l'artère tibiale antérieure. Ses rapports avec cette artère donnent beaucoup de facilité pour la découvrir et la lier. La tête du péroné a aussi des connexions avec le nerf scialique popliic externe. Le jicvf saphèuc cxlçrnc passe dans
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1 echancmre du mollet. Le milieu do ]a gouttière qui sépare le tendon d'Achille du bord voisin du ^ tibia répond exactement à l'artère tibiale postérieure , et le milieu de la voûte creusée sous la malléole interne, au commencement de l'artère plantaire.
Vous voyez, par ces exemples, que les formes extérieures n'ont pas seulement des relations avec les parties sous-cutanées qui les déterminent, mais qu'elles en ont encore avec les parties profondes qui ne jouent aucun rôle dans leur organisation. De ces relations les premières sont directes, immédiates, nécessaires , et leur connaissance intéresse tous les anatomistes dont elles agrandissent et perfectionnent la science; les secondes sont des relations éloignées, mais positives, dont la connaissance intéresse non-seulement les anatomistes, mais aussi les chirurgiens qu'elles éclairent dans leur art et dont elles perfectionnent les opérations. ^