EMPLOYIÎS DANS LES NOTES
Cet ouvrage contient trois espècesMe notes , que j'ai indiquées par trois espèces de signes.
Celles qui portent un chiffre, comme (i) , (2), etc., sont des renvois aux planches.
Celles qui sont marquées par de petites lettres itaîiques, comme (a) , {b) , sont des remarques de chirurgie.
Celles qui sont précédées d'une lettre majuscule, comme (A), (B) , sont des notes critiques sur les ouvrages de l'art. Les chiffres qui accompagneutlacitatiou deces monumensdes arts renvoient aux numéros , sous lesquels ils sont inscrits dans les musées du Louvre. Mais les statues antiques sont indiquées par des chiffres sans crochets , comme i , 2 , 3 ; les tableaux par des chiffres entre crochets, comme , [?.] , [3] ; et les statues modernes par le titre de sculpture moderne placé en tête de la note.
î iV. B. Comme il était difficile d'éviter des erreurs dans les numéros d'ordre des statues et des tableaux cités dans les notes, j'ai donné , à la fin de l'ouvrage , une liste de ces statues et de ces tableaux, qui permettra de rectifier ces erreurs.
CONSIDÉRATIONS PR.ÉLIMINAIÎIES
L'homme est le seul , entre tous les animaux , qui , marchant sur deuxpieds, ait aux membres supérieurs, deux mains caractérisées par un pouce opposable aux autres doigts. Seul entre tous il a le privilège de la raison ^ ou tout au moins , descendil de parens doués de cette raison qui l'éclaire et lui soumet tous les êtres. Le caractère de l'origine , caractère immuable , que les accidens où les maladies ne sauraient lui ravir, le distingue toujours et définitivement de toutes les espèces , comme il distingue toutes les espèces les unes des autres; c'est en effet par l'origine seule qu'un crétin lubrique, qu'un idiot marmoteur, qu'un monstre qui n'a pas la figure humaine, appartiennent encore îi notre espèce, et ne peuvent en être distraits. 11 peut être pénible de les compter parmi nos frères, mais la nature l'a voulu ainsi, soit qu'elle se joue des lois de nos sciences et des prétentions de notre orgueil , soit que , pour les êtres vivans , elle se plaise à varier les individus de la même espèce , et ne s'assujettisse , pour ainsi dire , qu'à la règle de l'inconstance.
L'homme se montre par toute la terre : il n'y a pas de pays si reculé, de recoin si caché, de climat si âpre, qu'il n y ait établi ses habitations , ou qu'au moins il n'y soit par-» venu, et que sa curiosité ou son industrie n'en ait interrogé la solitude dans l'intérêt des sciences et du commerce. l.es
a CONSIDÉRATIONS
jjôles seuls lui paraissent interdits par la nature , comme si elle avait voulu y placer ses secrets et ses mystères, sous la garde du froid qui nous en ferme les passages. Mais , si l'homme est le cosmopolite de la terre , s'il peut naître , vivre et se reproduire sous tous les climats, il ne peut pas se soustraire entièrement à leur influence. Du moins, en conservant partout son unité d'organisation, partout aussi , il porte l'empreinte des lieux où il demeure : les caractères nationaux des diflërens peuples en sont des signes vivans et manifestes, et si les grandes différences que nous présentent les diverses races humaines dans les traits de la physionomie et les formes de leurs corps , dans les caractè- • res de leur chevelure et la teinte de leur peau , ne dépendent point des cieux sous lesquels ils vivent , au moins ohserve-t-on une coïncidence entre ces traits , ces formes , ces couleurs et les lieux qu'ils habitent, et les artistes qui veulent être fidèles à la vérité, ne sauraient négliger ces connaissances sans peindre du roman pour de l'histoire.
L'homme , en se dispersant sur toute la terre , ne s'est . pourtant pas également multiplié partout. Il ne se montre q«e par moment dans les déserts de sable des pays chauds,, et dans les régions glacées qui avoisinent les pôles. 11 vit dispersé dans les contrées stériles , en quelque lieu et sous ■ quelque latitude qu'elles se trouvent placées. 11 se rassemble au contraire en multitudes innombrables dans ces pays fortunés qu'un soleil favorable féconde de sa chaleur et de ■• sa lumière, qu'un ciel propice rafraîchit de ses pluies mo-' dérées , que les sources des montagnes arrosent de , leurs eaux , et où la terre fertile se couvre de fruits pour le nourrir , de gras pâturages pour les animaux qui doivent lui don- ■ ner le vêtement ou servir h ses travaux et à ses plaisirs (i).
(i) Voyez à ce gujtjt rcxcelleut ouvrage d'économie po-
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Promenez vos regards sur les régions hypcrLoréennes :. leur étendue est infinie, et leurs liaLitans si rares, si dispersés ^ qu'ils sont pour ainsi dire perdus au milieu de leur immensité et qu'on n'en peut apprécier ie nQmLre. Ainsi on manque de renseignemens précis sur la population des pays septentrionaux ds l'Europe et de l'Asie , sur celle du Spitzberg , de la Terre de Feu et de la Patagonie. Dans ces climats affreux , où règne un froid inhospitalier, de grandes erres restent entièrement désertes : telle est l'île de la Nouyelle-Zemble , telles sont les côtes septentrionales de l'Amérique du nord. Et du moment qu'en descendant vers I0 midi la population devient sensible et peut se compter , elle se montre d'abord si faible , que l'on ne trouve pas un ha^ )itant par mille carré (de soixante au degré de l'équateur ^ 'est-à-dire un peu moins d'une demi-lieue). Dans les vastes )laines de l'Asie septentrionale , où la Piussie ne peut faire m recensement exact des peuples dont elle se dit la maîr resse , et qui ne lui sont pas plus soumis que ne le sont à lous les bêtes sauvages de nos forets , on évalue la popuation h environ 0,8 d'habitaas, sur l'immense surface de f,oo6,Goo milles carrés. Le grand-duché de Finlande , qui i 102, 5oo milles carrés, ne compte encore que 10,1 ha- )itans par mille, et la Russie d'Europe seulement sur me étendue de 1,535,700 milles carrés. Si nous passtms, le ces pays^désolés par la rigueur d'un froid excessif, aux ieux brCdés par l'ardeur d'un soleil insupportable, qu'une ource, qu'un arbre ne rafraîchit jamais , nous n'y trouverons pas des peuples plus nombreux. C'est ainsi que les
itiquc de Mallhus, Essai sur le principe de population, traduit d'anglais par Prévost (Genève, 1809); et vous appréciées 1 énorme influence de la fccondilc de la Icrro sur la muUi, icalion de notre ejpèctî.
^ consid/'-rations
déserts (le saLle de l'Afrique et do l'Arabie sont moins habités que parcourus dans quelques points seulement par quelques troupes de voyageurs. Et comment l'homme pourraitril se multiplier dans leur atmosphère étoulFanto , noyé dans cet océan de lumière et de feu ! C'est par les mêmes causes que la Tartarie chinoise , couverte de déserts ou de hautes montagnes stériles , n'offre qu'une population si peu considérable qu'on ne l'estime guère qu'à dix habitans par lieue sur une surface de 3oo,ooo lieues carrées (i). C'est-àdire un peu plus de quatre par mille , sur une étendue de 1,709,760 milles.
Voyez , au contraire , quelles foules s'agitent et se pressent où la fertilité du sol et la température de l'air favorisent la multiplication de notre espèce. '
La Chine compte, dit-on, quarante-deux habitans par mille sur une étendue de 14,070,000 milles, et il y en a au moins cent soixante par mille en Allemagne , deux cent» en France , deux cent cinquante en Angleterre , et trois cents dans les Pays-Bas. Si l'on trouve une population beaucoup moins considérable en Espagne et en Turquie , cette différence tient , pour la première , h ses anciennes migrations coloniales, et pour l'une et l'autre, au despotisme du clergé et des institutions politiques qui éteignent les lumières et étouffent l'industrie ('i).
Enfin , si l'homme ne fréquente pas également toutes les .
(1) W. Guthric, Jbrégé de ta Nouvelle Géographie , deuxièmepartie, page 224 , in-8 ".
(2) Nous avons emprunté toutes ces évaluations aux rcchcr-ches slatisliques de M. A. Balbi. lin les citant ici, ce n'est pas? que nous les croyons vigoureusement exactes. Nous pen-sons comme M. Bory-de-Saint- Vincent {Essai zool. sur le .enre humain, t. II , §,y), que la géographie et riiisloirc na-
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régions du gloLe , il ne fréquente pas non plus également les diverses parties d'une même région. Vous le voyez rarement se rassembler au milieu dos terres et loin des eaux; c'est , au contraire , h. la source des fontaines , le long des rivières et des fleuves , autour des lacs et sur les côtes do la mer que vous trouvez ses liaLito lions , ses hameaux , ses villages et ses cités populeuses , l'ornement et la gloire des pays civilisés.
Ces observations ne sont peut-être pas sans intérêt pour les artistes. Elles rappellent au paysagiste qu'on ne voit des foules d'hommes , dès villes considérables ni dans les glaces du nord , ni dans les sables ardens du midi ; elles lui appreu" nent qu'on ne peut jamais y rien rencontrer d'analogue h cette activité commerciale qui anime nos marchés : elles lui annoncent encore qu'il ne pourrait y peindre ces expressions vives de la joie et du plaisir qui régnent dans nos réunions et dans nos fêles. Ainsi , là une nature âpre et triste , une plage désolée et sans végétation, un sauvage chélif et misérable, errant, isolé ou réuni U une femelle dans de vastes solitudes; tel est le tableau des régions polaires des deux conlinens , et de toutes les terres stériles abandonnées h la domination absolue du froid et des vents; ici des sables, tantôt soulevés en tourbillons , tantôt roulés comme les flots d'une mer agitée , tantôt immobiles et découvrant une étendue sans limites , où l'on n'aperçoit que par moment quelv ques caravanes voyageuses; tel est l'aspect de la zone torridc qu'un ardent soleil embrase de ses feux continuels.
turclle sont incapables de donner une évaluation précise de la population des principaux états du monde; mais nous pensons aussi qu'on peut arriver pour ceux-ci , à des évaluations approximatives, et c'est comme telles que nous ayons cité celles de M. Balbi.
6 CON*S!r>yiR.\TIONS
Dos phîlosoplî'és qui , h force de réfléchir et de raisonner, raisonnent quelquefois plus mal que le vulgaire, qui conçoit les choses telles que la nature les lui présente , les redit naïvement telles qu'il les voit , sans s'efforcer de deviner t e que la nature ne dit pas elle-même; ces philosophes se sont ûvisés de proclamer que l'homme , qui marche partout la tôle élevée vers le ciel, et foulant la terre de ses pieds , ne doit cette majestueuse attitude qu'à la civilisation , et que, dans la vie sauvage , il repose sur le sol par ses quatre membres , comme les animaux quadrupèdes. J'aimerais autant dire que le kanguroo , qui ne court jamais qu'en sautant sur ses deux Tnemhrôs de derrière , tandis qu'il marche toujours sur ses quatre memhres , le doit aussi h quelque mauvaise habitude que ne lui avait point donnée la nature, •^e ne rappellerai pas ici les mille et mille inductions d'anatomie et de physiologie que l'on a invoquées pour démontrer combien serait difficile pour nous la marche des hôtes. Peut-être vaudrait-il mieux inviter les partisans de ce mode de progression à en essayer l'usage dans l'espoir que rexpérience les persuaderait bien plus sûrement que la foule des raisons probables des anatomistes et des physiologistes, raisons qui ne sont nullement convaincantes , ainsi que nous le démontrerons dans l'ouvrage de physiologie que nous espérons publier bientôt. Aussi , nous bornerons-nous h énoncer -en principe que les attitudes choisies et adoptées par l'homme et par les animaux dans le repos, la marche, où la course-, «oiït constamment les plus commodes pour eux ; à c(ft ; .égard ils n'obéissent qu'à l'instinct, et il n'y a pas de' motifs pour qu'ils préfèrent les attitudes les plus pénibles • et les plus fatigantes. C'est môme pour obéir à celle loii de la nature que l'homme, au matin de la vie, se traîne sur ses genoux et sur ses mains; mais alors même, il nemarche pas plus comme les autres animaux qu'il ne ie-
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fera par la suîte. Remarquez , en effet, que le porcls ie.S0;n corps ne repose point sur ses pieds , qu'il se traîne sur ses genoux et sur ses jamLes , et que , pour marcher ainsi, ses^ pieds et ses jamLes ne lui sont pas seulement inutiles , mais très-embarrassans. Aussi , les auteurs qui ont .comparé la marche de l'enfant à celle des quadrupèdes n'ont pas môme fait une comparaison juste et rigoureuse , et lorsqu'ils en ont conclu que l'homme avait primitivement la marche des quadrupèdes , ils ont appuyé une erreur sur une erreur. .. Ces remarques ne fourniront aucune application aux beaux-arts; mais du moins elles les justifieraient, s'ils en avaient besoin , d'avoir conserv^é partout et à tous les hommes , aux tribus sauvages comme aux nations pohcécs , l'attitude que la nature leur a donnée.
C'est vainement encore que l'exagération des voyageurs a rapetissé les Lapons et agrandi les habitans de la Pataigonie. L'exagération ne peut pas plus ajouter que jetran- .cher k la nature. Les géaus des temps passés ne sont pas .plus avérés que les géans de nos jours , les nains ne sont pas des peuples de la terre , et la grandeur la plus com- .mune est de cinq pieds l\ cinq pieds et demi.
L'homme, dans son orgueil-, peut se regarder comme le tplus beau des animaux; mais je doute qu'ils voulussent y souscrire s'ils avaient en partage la raison qui permet d'eu »juger. Je crois bien qu'il l'emporte sur tous par les traits et .par l'expression de sa physionomie ; mais l'emporte-t-il ' .également parles autres parties du corps ?L'emporte-t-.il. par .l'immobilité de ses oreilles aplaties en lames irrégulières , sur le cheval, sur le chat, dont les oreilles figurées en un cornet plein de grâce ont une mobihté si animée. et si ex- •pressive? L'emportc-t-il par la brièveté de son cou sur le cou si majestueux et si fier du cheval rongeant le frein qui modère sa fougue et son ardeur ? L'cmporte-t-il par les for-