LOGE ANTÉRIEURE DE LA JAMBE
Si l’on étudie, sur une coupe, la constitution de la loge antérieure de la jambe (fig. 12 et i3), on voit qu’elle est ainsi limitée: en avant, l’aponévrose jambière ; en dedans, la face externe du tibia, sur le bord antérieur duquel vient se fixer l’aponévrose jambière : en arrière, le ligament interosseux, tendu entre le bord externe du tibia et la crête interosseuse du péroné ; cette crête divise la face interne du péroné en deux territoires ; l’antérieur, toujours très étroit, fait seul partie des parois de la loge antérieure; en dehors, une cloison aponévrotique, tendue entre le bord antérieur du péroné et la face profonde de l’aponévrose jambière, sépare la loge antérieure de celle des péroniers latéraux.
Pour préparer cette région, nous pratiquons une longue incision, allant du tubercule de Gerdy jusqu’au cou-de-pied : deux incisions transversales, branchées aux extrémités de la précédente, permettent de l'elever la peau en deux lambeaux latéraux. Le lambeau externe reçoit par sa face profonde des fdels de la branche cutanée péronière : le lambeau interne reçoit les ramifications antérieures du nerf saphène interne ; au tiers inférieur de la jambe, on aperçoit le musculo- cutané, qui perfore l’aponévrose par une ou deux branches, au niveau de la limite externe de la loge et qui, oblique en bas, en avant et en dedans, gagne la face dorsale du pied.
Muscles. — L’aponévrose jambière, qu’on a sous les yeux, est une forte aponévrose, surtout formée, à la partie supérieure, de fibres verticales, tandis qu’à sa pal lie inférieure ce sont les fibres horizontales qui dominent; on aperçoit, d’ordinaire, un épaississement marqué de ces fibres transversales, qui remonte jusqu’à deux travers de doigt au-dessus
MEMBRE INFÉRIEUR
de l’arliculation tibio-tarsienne ; au-dessous de cet épaississement, une zone plus mince le sépare du ligament fundiforme, ou ligament annulaire antérieur du cou-de-pied.
L’aponévrose sera incisée de bas en haut, en partant du ligament fundiforme. L'incision remontera jusqu’au quart supérieur de la jambe, là où les muscles de la région prennent insertion à la face profonde de cette aponévrose. A ce niveau, 1 aponévrose sera incisée transversalement. d’un seul coup de ciseau, d’un côté jusqu’au bord antérieur du tibia, de l'autre jusqu'à la cloison des péroniers ; puis, on cherchera à séparer les muscles de la loge antérieure, et spécialement le jambier antérieur de l’extenseur commun. Cette séparation est facile, dans les deux tiers inférieurs de la jambe : plus haut, elle est rendue difficile parce que les deux muscles s’insèrent sur la cloison fibreuse qui les sépare ; aussi, pour séparer ces muscles et pour pouvoir atteindre dans la profondeur l’entrée des vaisseaux et nerfs, est-il nécesaire : i° de sectionner artificiellement l’aponévrose jambière, le long du bord antérieur du jambier antérieur, jusqu’au niveau de ses insertions supérieures au tibia ; 2° de désinsérer les fibres de ce muscle, qui se jettent sur la face interne delà cloison, commune avec l’extenseur commun. Trois muscles remplissent la loge antérieure, ce sont: i° le jambier ou tibial antérieur ; 2° l’extenseur commun des orteils ; 3° l’extenseur propre du gros orteil. Nous y joindrons un muscle inconstant, souvent fusionné avec l’extenseur commun, le péronier antérieur.
Le jambier antérieur est un muscle puissant, qui s’insère, en haut, à la moitié supérieure de la face externe du tibia, excavée pour le recevoir, età la portion adjacente du ligament interosseux. A la partie supérieure du tibia, les insertions remontent jusqu’au tubercule de Gekdy et à la crête qui réunit ce tubercule à la tubérosité antérieure du tibia ; à ce niveau, les insertions du jambier antérieur confinent à celles du tenseur du fascia lata. De plus, le jambier antérieur s'insère encore à la face profonde de l’aponévrose jambière et à la cloison fibreuse qui le sépare de l’extenseur commun ; en réalité, cette cloison est uniquement constituée par les fibres tendineuses faisant partie des deux muscles. Il est à remarquer que le bord externe du jambier antérieur s’éloigne beaucoup du tibia, pour s’amincir, en recouvrant l’extenseur; c'est une notion utile en médecine opératoire. La volumineuse masse musculaire du jambier se jette sur un tendon ; d’abord caché au milieu du muscle, il s en dégage à la portion moyenne de la jambe, ne recevant plus à ce niveau qu’un certain nombre de fibres, sur son bord postérieur; chez les sujets musclés, ces fibres descendent
LOGE A N TËUIEUtiE DE LA JAUGE
très bas, jusqu’au quart inférieur de la jambe. Le tendon du muscle, fort et aplati, suit le bord tibial, passe, au cou-de-pied, dans une des lo^es du ligament fundiforme, et vient s’insérer au bord interne du pied, partie sur le premier cunéiforme, partie sur la base du premier métatarsien.
L ’ extenseur commun des orteils est un long muscle qui s’insère : i° sur les deux tiers supérieurs de la face interne du péroné, en avant du ligament interosseux; 2° sur la partie externe de ce ligament, dans sa partie toute supérieure ; en haut, l'extenseur s’insère sur la tubérosité externe du tibia, en arrière des insertions du jambier antérieur ; enfin, ce muscle prend encore des insertions à la face profonde de l'aponévrose jambière et sur les deux cloisons qui le séparent en dedans du jambier antérieur, en dehors du long péronier latéral. De ces insertions, les fibres musculaires, courtes et parallèles, viennent toutes se jeter sur le bord postérieur d’un tendon, de plus en plus volumineux à mesure qu’il reçoit ses fibres musculaires ; ce tendon s’aplatit, se divise en deux, puis en quatre languettes tendineuses, qui passent, en se réfléchissant, dans la fronde la plus externe du ligament fundiforme. Les tendons se distribuent aux quatre derniers orteils en s’insérant, comme à la main, aux deux dernières phalanges.
L’extenseur propre du gros orteil, plus court que les deux muscles précédents, naît dans le fond de l interslicc qui les sépare : comme le précédent, c’est un muscle semi-penniforme. Il longe, en dedans, les insertions de l’extenseur ; mais, le muscle ne commence qu au-dessous du quart supérieur de la jambe ; il s’insère sur la face interne du péroné, en arrière des insertions parallèles de l’extenseur commun, et déborde un peu sur la portion adjacente du ligament inlerosseux; ses fibres se jettent sur le bord postérieur d’un tendon, qui devient superficiel au quart inférieur de la jambe, et passe sous le ligament fundiforme, dans la fronde moyenne, en croisant de dehors en dedans les vaisseaux et nerfs tibiaux antérieurs. De là, il se dirige au gros orteil et s’insère sur sa phalange unguéale.
Le péronier antérieur, qui manque parfois, se fusionne d’ordinaire avec l’extenseur commun ; pour l’en séparer, il faut procéder de bas en haut; il s’insère sur le tiers inférieur de la face interne du péroné, près du bord antérieur et. par quelques fibres, sur le ligament inlerosseux ; quand il est distinct de l’extenseur commun, il le recouvre en dehors. Semi-penniforme également, il se termine sur un tendon, qui accompagne l’extenseur commun, s’en sépare sur le dos du pied, pour venir s’insérer à la tubérosité du cinquième métatarsien.
Planche 4 i . — Loge antérieure de la jambe.
MUSCLES
M. jamb. ant. = jambier antérieur, échancré à sa partie supérieure, pour laisser voir le ligament interosseux |Lig. interos.] et l’arrivée des vaisseaux et des nerfs. On voit son insertion à la face profonde de l’aponévrose jambière [Apon. jamb ] relevée. 11 constitue nettement un muscle bipenne.
M. ext. pr. = muscle extenseur propre du gros orteil, muscle unipenné, de même que le muscle extenseur commun [M. ext COm.]. Ce dernier est échancré à sa partie supérieure et érigné en dehors.
Au niveau du cou de-pied, on a sectionné le ligament fundiforme, au niveau de l’extenseur propre. En dehors, on voit les deux piliers de la fronde de l’extenseur commun [Ligt fund. 1 et 2]; en dedans, on voit la gaine du jambier antérieur [Ligt. fund. 3].
ARTÈRES
A. tib - ant. = artère tibiale antérieure, qui pénètre par la partie supérieure du ligament interosseux. Elle donne, près de son origine : i» la récurrente tibiale antérieure [A. rec. tib. ant.], qui reste longtemps sous le jambier antérieur, avant de devenir superficielle; 2° une petite artère qui remonte vers le sciatique poplité externe [X]; 3° l’artère des péroniers latéraux [A. des per. 1.]. Puis, l'artère donne un certain nombre de branches musculaires, nées à angle droit; et, dans la région des malléoles, les deux malléolaires, dont l’externe est ici bien développée [A. mall ext.].
NERFS
Le nerf supérieur du jambier antérieur (N. sup. j. ant.] entre dans la région, par l’arcade supérieure de l’aponévrose intermusculaire, bien visible sur la figure précédente. Ce nerf, divisé en trois ou quatre branches, se distribue à la volumineuse extrémité supérieure du jambier antérieur.
N. tib. ant. = nerf tibial antérieur pénétrant par l’arcade sous-jacente ; il donne plusieurs rameaux au jambier antérieur [N. jamb. ant. 1, 2 et 3], presque tous préartériels, un filet à l’extenseur commun (N. ext. COm.] un autre à l’extenseur propre [N. ext. pr.].
lUJARIER. — Anatomie des Membres.
Planche 41
Tète per.
N. sup. j. ant.
N. musc. eut.
Lig. interos. .
Lg. per. 1
N. ext. pr.
M. ext. pr.
Lig' fund. i T. lg. per. ].
T. crt. per. 1
Tub. Gerdy.
— A. rec. tib. ant.
A. tib. ant.
A des. per. 1.
— N. jamb. ant i.
.N. tib. ant.
N. jamb. ant. 2.
..M. jamb. ant.
TL jamb. ant. 3.
A. mall. ext
Loge antérieure de la jambe
G. STEINHEIL, Editeur