DU TISSU OSSEUX
Tab. G, fig. 9—17, 19 et 20.
Les os des poissons diffèrent par plusieurs particularités de ceux des animaux supérieurs. Et d’abord , leur couleur n’est pas d’un blanc aussi pur, et leur tissu en général est beaucoup plus transparent, ce qui semble devoir être attribué autant à la moindre quantité de sels calcaires, qui y sont déposés, qu’à l'absence de lamelles constitutives croisées, dont la réfraction augmente l’opacité.
Pour examiner les os au microscope , on a soin d’en préparer des lames très-minces, en les usant sur une pierre à repasser, d’un grain fin. On obtient de cette manière des feuillets transparens , faciles à observer à la lumière directe. Il est bon de macérer les os qui sont parcourus par de larges canaux, et qui renferment par conséquent beaucoup de parties molles, par exemple , les vertèbres. Il suffit pour cela de les mettre dans une solution forte de potasse caustique, qui n’attaque nullement la substance des os, tandis qu’elle dissout les parties charnues.
De minces feuillets d’os préparés de cette manière nous offrent d’abord une substance fondamentale , dans laquelle il est impossible de reconnaitre la moindre structure. Elle est à-peu-près semblable à la substance intercellulaire des cartilages . mais plus opaque. Comme celle-ci, elle n'offre pas la moindre trace de lames ou de fibres ; mais on y trouve partout les mêmes propriétés dans le même os, et ce n’est que dans quelques cas particuliers, dont nous traiterons plus tard, qu’elle offre une structure plus compliquée.
Dans cette substance fondamentale sont disséminés les corpuscules osseux (fig. 9, 10, 12, 15). Dans tout corpuseule osseux, à quelque os qu'il appartienne, il faut distinguer deux choses , Le corps et les rameaux calcifères. Le corps vu à la lumière réfléchie, est d’un blanc mat; à la lumière directe, il présente une teinte plus ou moins sombre , et souvent l’on découvre, au moyen d’un très-fort grossissement, des indices d’une substance granuleuse, qui remplit Fintérieur. Les corpuscules ronds (fig. 9) laissent presque toujours apercevoir un petit point transparent situé tantôt au milieu , tantôt à la paroi du corpuseule, et qui très-souvent présente l'aspect d'une vessie. Quelquefois les parois de cette vésicule sont bien distinctes ; d’autres fois elles se confondent en partie avec la matière granuleuse environnante. Îl arrive même souvent qu’on remarque au centre de cette vésieule une petite tache noire , comme si elle était percée d’un trou. Les corpuscules allongés . fusiformes , qui se trouvent principale-
ment dans les os longs , par exemple dans les mâchoires (fig. 12), ne nous ont jamais offert rien de semblable. Ils ne présentent à l’intérieur qu’une masse entièrement homogène , d’un aspect granuleux.
Les rameaux calcifères existent dans les corpuscules ronds, comme dans les corpuscules allongés. Dans les premiers, ils rayonnent dans tous les sens ; dans les seconds, ils se trouvent principalement aux deux extrémités allongées. Ce sont des lignes noires, plus grosses à leur point de départ, qui se ramifient et s’amincissent toujours plus, jusqu’à ce qu'on les perd de vue. Il paraît en outre qu'ils sont toujours disposés dans le plan des lamelles. Il arrive souvent que les ramifications de deux corpuscules se rencontrent et se confondent, et dans certains os de Truite, cette fusion est si fréquente, que toute la substance de l’os ressemble à un réseau continu de ramifications. Ces ramifications trahissent l’opacité des corpuscules d’une manière encore plus frappante ; sur des lames très-minces , elles se présentent comme des lignes très-fines , mais très-bien accusées par leur teinte sombre.
La régularité avec laquelle les corpuscules sont déposés chez les animaux supérieurs, ne se retrouve pas chez les poissons. Les os plats, qui appartiennent surtout à la tête, ont une certaine analogie avec les écailles, puisqu'ils sont formés de couches horizontales superposées les unes aux autres. Il va sans dire que dans ces os , la disposition des corpuscules concorde avec cette formation par lamelles ; mais si l’on taille une lame parallèlement au plan horizontal de los, on ne trouvera pas la moindre trace d’un arrangement régulier. Dans les vertèbres, les corpuscules semblent indiquer des couches concentriques, mais cette disposition n’existe que sur le bord de la vertèbre, et elle s’efface bientôt par l’effet des profondes coupures qui caractérisent les vertèbres.
Il existe dans les os des animaux supérieurs , des canaux plus ou moins amples, revêtus à leur face interne d’une couche de tissu celluleux et remplis de graisse, que l’on désigne sous le nom de système des canaux médallaires. Souvent et principalement dans les os longs des mammifères et des oiseaux, Faxe de los correspond à un canal très-large d’où partent, comme d’un centre, les réseaux des canaux médullaires, tandis que dans d’autres os ce tube manque. Dans les poissons et notamment dans les Truites, les réseaux médullaires sont très-réduits. Il y a bien des o$S, par exemple, dans les environs de l'oreille, qui ne sont formés que d’un système de petits feuillets, et criblés dans tous les sens de cellules contiguës remplies d'une matière huileuse ; les larges entailles des vertèbres semblent aussi appartenir à ce système médullaire. Mais dans les os plats, comme sont le plus grand nombre des os de la tête, les réseaux médullaires sont réduits à quelques canaux rectilignes
à peine ramifiés et partant presque toujours d'un centre commun. Outre la graisse huileuse déja mentionnée , les canaux médullaires contiennent aussi des vaisseaux sanguins, servant à la nutrition des os.
La disposition des os par lames ou couches, devient plus évidente, lorsqu'on traite les os au moyen d’un acide quelconque, capable de dissoudre les sels calcaires déposés dans la substance. La même 2pération nous explique aussi le rôle que jouent les corpuscules et leurs ramifications dans l’économie des os. On voit que le phosphate de chaux , aussi bien que le carbonate de chaux sont en moindre quantité dans les os des poissons que dans ceux des animaux supérieurs, mais qu’en revanche , les parties organiques et principalement la masse cartilagineuse sont beaucoup plus considérables. Or, par cela même, les os des poissons seraient beaucoup plus flexibles que ceux des animaux supérieurs , si l’absence d’un réseau médullaire développé ne compensait ce défaut de sels consistans.
Quand on macère des os dans de l'acide muriatique étendu , on obtient une substance demi transparente, élastique et absolument semblable aux cartilages par ses propriétés extérieures (fig. 10 et 11). C'est le cartilage des os, c’est-à-dire , la masse organique dans laquelle étaient déposés les sels calcaires que l'acide muriatique a dissous. Examiné au microscope , ce cartilage offre une substance homogène , mais d’un aspect indistinctement granuleux, avec des traces de corpuscules. On se convaine alors que les corpuscules ne sont que des cavités remplies jadis de sels, et que les ramifications qui sont devenues invisibles, étaient des tubes extrêmement minces , remplis de ces mêmes sels, qui, dans l'os frais, leur donnaient cette opacité considérable. Les lames sont au contraire devenues plus distinctes. Elles ont l'air d’être toutes dans le même plan, qui est horizontal dans les os plats. Les canaux médullaires des poissons semblent dépourvus de lamelles concentriques propres ; dans les os plats du moins, ils sont simplement formés par lécartement des lamelles des os.
Mais ce n’est pas seulement dans les corpuscules et dans leurs ramifications que sont déposés les sels calcaires. En attaquant une lamelle par lacide , sous le microscope même , il est facile de voir que les bulles d’acide carbonique ne s’élèvent pas seulement des corpuscules , mais aussi de la substance intermédiaire. IT y a aussi des os où ces sels ne se bornent pas à une combinaison chimique avec la substance organique. mais où ils se trouvent aussi à l'état libre ou granuleux, comme dans les corpuscules. Ce sont ces dépôts granuleux calcaires qui occasionnent, dans plusieurs os de la tête. notamment aux parties plates de l’opercule, des frontaux et des occipitaux, ces bandes blanches qui alternent avec des bandes plus transparentes (fig. 15).
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Quand on examine au microscope une lame mince d’un os ayant de pareilles bandes (fig. 9), on y voit de gros amas noirs d’une substance granulée. En usant la lame encore davantage , on distingue des stries parallèles et granulées , qui semblent être creuses et aplaties, et qui disparaissent par laction de Facide. L'idée nous était d’abord venue, que ces lignes pourraient bien être une accumulation de corpuscules osseux ; mais l'examen microscopique n’a pas confirmé cette opinion. L’arrangement et le nombre des corpuscules n’en est pas affecté , et il est évident que les sels calcaires sont déposés dans la substance mème, à l’état granuleux.
Les auteurs ne sont pas d'accord sur les rapports qui existent entre les corpuscules osseux et les cellules primitives dont se forment les os. Cependant toutes les opinions émises jusqu'ici sont basées sur le fait bien avéré, chez les animaux supérieurs, de la transformation directe des cartilages en os. Il fallait dès-lors chercher le rapport des corpuscules avec les cellules cartilagineuses. M. Schwann (*) pense que les cellules chondriques elles-mêmes se ramifient et se remplissent d’un dépôt inorganique, après que le noyau a disparu. MM. Gerber (**) et Mayer (***) admettent, au contraire, que les corpuscules sont des noyaux transformés et ramifiés, tandis que la paroi de la cellule elle-même se confondrait avec la substance intercellulaire. M. Henle (***)
enfin , et c’est à son opinion que nous aimons nous ranger de préférence, propose d'envisager les corpuscules osseux comme des vides de cellules confondues avec la substance intercellulaire et les ramifications de ces cavités, comme les analogues des canaux poreux que l’on observe si souvent dans les plantes. Ce qui nous engage, faute d’observations propres sur ce point, à donner la préférence à celte opinion, c’est la présence de corps vésiculaires observés dans les corpuscules, et qui semblent être les faibles restes des anciens noyaux des cellules primitives. Si ces corps sont véritablement des noyaux , il est impossible d’expliquer d’une autre manière la présence des corpuscules osseux. Cette explication semble d’ailleurs confirmée par les dessins de M. Mayer luimême. M. Vogt pense aussi, que les cavités qu’il a observées dans les cartilages des têtards du crapaud-accoucheur (*
*), et qu'il regarde comme des noyaux creux, ne sont autre chose que des cavités cellulaires, qui commencent à s'étendre et à former des canaux poreux , tandis que la paroi cellulaire en augmentant de volume, se confond avec la substance intercellulaire.
Il semble donc qu'il se forme chez les poissons des cellules primitives sur le bord (*) Microscopische Untersuchuugen, p. 35, 115. @#*) Müllers Archiv, 1841, p. 210 (