DE LA CORDE DORSALE
Tab. G, fig. 18.
M. Vogt à décrit ailleurs (**) le développement des cellules de la corde dorsale, et les rapports de cet organe avec les corps des vertèbres jusqu'au moment de l’éclosion. Nous avons dit aussi plus haut que la corde dorsale ne disparaissait jamais complètement chez la Truite adulte, mais que la masse qui remplit les cavités coniques des
($) Hinterlassene Schriften.
*) Histoire naturelle des Poissons d’eau douce, par L. Agassiz. Embryologie, tom. 1, chap. 7.
vertèbres était le faible reste de cette corde, si considérablement développée chez les embryons. Il nous reste à examiner ici la constitution de cette masse chez les adultes, et nous aurons le développement complet de cet organe à travers tous les âges. Nous sommes malheureusement loin de pouvoir en dire autant de tous les autres tissus.
La masse intersticielle, qui remplit l'intérieur des vertèbres, est une pulpe gélatineuse, collante et d’une transparence parfaite. Examinée au microscope, cette gélatine se montre composée, vers le milieu, de cellales plus ou moins globulaires, très-transparentes et remplies d’un liquide gélatineux. Il est fort rare que l’on découvre des véritables noyaux dans ces cellules, mais lorsqu'ils existent, ils se font toujours remarquer par leur aspect plus sombre et légèrement granuleux ; ils sont comme collés à la face interne des parois des cellules. Ce qui est au contraire très-fréquent , ce sont de jeunes cellules se développant dans les anciennes, et il n’y a que très-peu de cellules anciennes dans lesquelles on n’en trouve pas. Ces jeunes cellules sont presque toujours parfaitement circulaires et si transparentes qu’elles ne s’aperçoivent que difficilement. Nous n’avons jamais pu distinguer dans leur intérieur des noyaux ou quelque autre corps hétérogène ; nous avons au contraire toujours trouvé leur contenu parfaitement clair et limpide. Le plus souvent, il n’y a qu’une jeune cellule dans une cellule-mère; mais j'en ai aussi rencontré jusqu'à trois de différentes grandeurs.
La substance intercellulaire n’est pas très-considérable , et tandis qu’elle est parfaitement homogène dans l'embryon , elle présente, au contraire, un aspect fibreux chez l'adulte. Les fines stries, qui indiquent la séparation des fibres, font le tour des eellules, si bien que l’on dirait, à ne voir que le centre de ces masses intervertébrales, qu'il y a des couches servant de doublure aux parois cellulaires. Plus on approche de la circonférence , plus les fibres augmentent ; les cellules deviennent rares, et les fibres prennent une direction distincte. Le pourtour des masses intersticielles est formé par une couche de fibres circulaires, qui s'appliquent immédiatement contre la surface des cavités coniques des vertèbres , et sont évidemment le dernier degré de développement dont les fibres intercellulaires sont susceptibles, Ces fibres sont très-minces, mais roides et réunies en petits faisceaux de trois ou quatre fibres, que l’on prendrait pour des fibres primitives, si l’on n’apercevait pas à leur surface les lignes de démarcation des fibrilles plus fines dont elles sont composées.
Dans la masse de ces fibres circulaires, sont disséminées par-ci par-là des cellules beaucoup plus petites que celles du milieu , mais égalant en grandeur à-peu-près les plus grandes des jeunes cellules enfermées. Celles-là ont pour la plupart un noyau ; mais il est presque impossible de les séparer complètement de la masse fibreuse dans laquelle
elles sont logées. Les fibres ne changent pas de direction à la rencontre des cellules ; elles ne font que s’écarter, et déterminent ainsi un espace fusiforme , destiné à recevoir la cellule.
Plus le poisson est vieux, plus cette couche fibreuse externe est considérable ; ensorte que l’on peut aisément suivre tous les degrés de son développement. Chez les poissons très-jeunes , la couche extérieure présente le même aspect que les couches intérieures chez les vieux, c’est-à-dire de grandes cellules entourées d’une masse intercellulaire fibreuse peu considérable.
D'après cela, la marche du développement des cellules de la corde dorsale peut se résumer de la manière suivante. De jeunes cellules se développent dans l'intérieur des cellules, sans l'intervention d’un noyau; en même temps, la masse intercellulaire devient fibreuse, les fibres augmentent de jour en jour, les anciennes cellules disparaissent , et les jeunes cellules , les seules qui montrent des noyaux, restent enfermées dans la masse fibreuse, qui les entoure de toute part. La corde dorsale fournit ainsi la preuve qu’il peut se former des cellules primitives, aussi bien que des cellules de seconde génération, sans l'intervention de noyaux, et que la masse intercellulaire peut devenir fibreuse, sans donner préalablement lieu à des cellules. Cette dernière loi est aussi confirmée par les cartilages fibreux.
Tour HE. 8
MYOLOGIE.