DES MUSCLES DU TRONC
Tab. H et J.
Le plus important des muscles de la Truite, celui qui constitue la grande masse des chairs, est le grand muscle latéral (n° 4). I est composé d’une multitude de bandes transversales sinueuses, réunies par des feuillets tendineux. Ces feuillets, qu'il est facile de préparer en soumettant à la macération des poissons conservés pendant quelque temps dans l'esprit de vin, sont attachés à la fois sur le milieu de chaque vertèbre , sur les apophyses vertébrales et sur les côtes. Or, comme les apophyses et les côtes sont inclinées en arrière , il s'ensuit que chaque feuillet forme, sur la ligne latérale, un angle dont le sommet est tourné en avant. Arrivé au sommet des apophyses verticales, le feuillet change de direction et se tourne en avant ; il décrit ainsi un nouveau sinus dont l’anse est dirigée en arrière , tandis que les feuillets tendineux se réunissent, sur les lignes médianes du dos et du ventre, à la grande aponévrose qui couvre toutes les apophyses épineuses et les osselets interapophysaires. Les feuillets décrivent ainsi de chaque côté une ligne en zig-zag , qui est brisée sur trois points. Outre ces inflexions, qui se répètent très-régulièrement sur toute la longueur du poisson, les feuillets sont encore couchés obliquement en arrière, de sorte qu’en faisant une coupe verticale sur l’axe du corps, on tranche toujours plusieurs feuillets. L’inclinaison des feuillets se reconnait sur un squelette bien fait à la direction des arètes musculaires, qui sont inclinées d’avant en arrière et qui, chez les Truites du moins, sont enfermées en entier dans l'épaisseur des feuillets. De cette disposition des feuillets tendineux que nous avons représentés Tab. H, fig. 1, 2et 5, et Tab. J, fig. 1, 2 et5 , il résulte un grand nombre de bandes musculaires dont les fibres sont toutes parallèles à l'axe du corps. Chacune de ces bandes correspond à une articulation intervertébrale , et l’on peut affirmer en toute confiance que le grand muscle latéral est composé d’autant de bandes musculaires qu'il y a d’articulations dans la colonne vertébrale. Cet arrangement qui a déjà été signalé par M. Agassiz, dans une communication faite à la réunion des naturalistes allemands à Breslau, a été poursuivie depuis par M. Müller, dans son Anatomie des Myxinoïdes (*), et il est maintenant parfaitement constaté que ce
*) Wergleichende Anatomie der Myxinoiden. Première partie, page 225.
GS
système musculaire primitif de la colonne vertébrale , qui joue un si grand rôle chez les poissons , se perd graduellement chez les vertébrés supérieurs, au point qu'il n’en reste plus que quelques traces dans les muscles supérieurs de la queue et de la colonne vertébrale des mammifères.
L'inflexion des feuillets tendineux (*) occasionne ces dessins variés qui se voient sur les tranches verticales du Saumon , et que tous les amateurs de poisson connaissent fort bien. Il est évident que plus les feuillets sont inclinés, et plus le nombre des bandes musculaires doit être considérable sur une coupe semblable. La fig. 5 de Tab. J, représente une coupe verticale prise au milieu de Ja queue de notre petite Truite. Les dessins sont parfaitement symétriques des deux côtés , et ressemblent assez aux ondulations qu'occasionne un tournant dans un fleuve rapide. La masse musculaire toute entière est séparée en quatre grandes parties par une croix formée par la vertèbre et ses apophyses verticales, et par une fente profonde s’avançant depuis la ligne latérale jusque sur le corps de la vertèbre. C’est dans cette fente latérale que se logent le nerf latéral et le grand canal lymphatique externe.
Les feuillets tendineux si complètement développés en cercle autour du tronc, diminuent vers la tête, par l'effet du développement de la ceinture thoracique et des muscles qui président aux mouvemens de la nageoire pectorale. On compte au moins cinq faisceaux différens par lesquels le muscle latéral s'attache au crâne , à la ceinture thoracique et au corps de l'os hyoïde. Le premier de ces faisceaux (**) prend naissance sur toute la partie occipitale du crâne. On pourrait y distinguer à la rigueur trois parties s’attachant, lune à la fosse occipitale , l’autre à la fosse pariétale , et la troisième à la face postérieure des occipitaux latéraux et externes ; mais ces divisions ne sont pas assez marquées pour qu’on puisse les envisager comme des faisceaux distincts ; il n'y a que les fibres tendineuses qui s’attachent aux crêtes saillantes de l’occiput , qui pourraient justifier une pareille distinction.
Le second faisceau, séparé du premier par la fente latérale, est beaucoup plus faible; il s'attache à la face latérale de l'occiput et semble quelquefois se diviser en deux portions , dont la supérieure prend naissance dans la dépression de Poccipital latéral et de la grande aile, tandis que l’inférieure , s'attache plus spécialement à la face externe du sphénoïde principal, en bas (***).
Le troisième faisceau (***) s'attache à la face interne de la clavicule (n° 48), immé-
(F) Tab; fig let 2. ç*) Tab. H, fig. 1, N° g. 4 Le] ,
1,a (#84) Tab. H, fig. #, N°1, 6. (CFA) Tab EH, fs Nour:
ee HD diatement au-dessus du grand muscle attracteur de la pectorale (n° 14) ; tandis que le quatrième faisceau, s’enfonçant derrière la charpente de la nageoire pectorale, s'attache en bas à la face interne de lhumérus (n° 51). C’est entre ces deux faisceaux que la nagcoire pectorale se fait jour au dehors.
Le dernier de ces faisceaux enfin (*), s'étend fort en avant, recouvrant extérieurement toute la partie de la gorge comprise entre les rayons branchiostègues et se fixant sur les deux faces de la carène linguale.
Vers la partie postérieure du corps , les feuillets tendineux du grand muscle latéral diminuent dans la même proportion qu'à la tête. L’extrémité de la colonne vertébrale étant occupée par les muscles profonds de la caudale , les feuillets ne peuvent s'attacher qu'aux extrémités des apophyses , et à la fin chaque muscle latéral se transforme en deux languettes tendineuses et plates, séparées par une profonde échancrure , et s’attachant aux faux rayons de la caudale. Chacune de ces languettes est ordinairement subdivisée en deux portions par une fente longitudinale (**).
L'action du grand muscle latéral résulte très-clairement de sa disposition anratomique. Chacun des bandeaux musculaires s'étendant sur une articulation intervertébrale , doit tendre à rapprocher les vertèbres de son côté, et de la contraction simultanée de tous ces bandeaux , résultent ces fortes inflexions de la colonne vertébrale. desquelles dépend surtout la locomotion du poisson.
Les régions voisines de la ligne latérale sont garnies de fibres musculaires d’un aspect tout particulier, que nous n'hésitons pas à envisager comme un premier vestige du muscle cutané, qui est si largement développé dans quelques mammifères. Ces muscles (n° #5) se voient beaucoup mieux sur des coupes transversales (***) que sur des poissons préparés à la manière ordinaire : ce sont deux bandes minces , longitudinales, quise logent dans la face latérale du grand muscle latéral, et qui sont surtout bien visibles dans la partie médiane du tronc, tandis qu’elles disparaissent insensiblement en avant et en arrière. Sur les truites bouillies, elles se reconnaissent facilement à la couleur plus foncée de leurs fibres, qui sont en même temps beaucoup plus grossières que celles du grand muscle latéral. On peut également s’assurer de l'existence de ce Système de fibres cutanées sur presque tous nos poissons d’eau douce. Les fibres adhérent quelquefois assez fortement à la peau, et restent attachées à cette dernière, sur des poissons cuits ou desséchés.
() Tab 4, fig. 2, N°l,e et 4, N°1,e. @*) Tab. H, fig. 1. CA)ÉTab fr. 1 2reto:
On observe tout le long de la ligne médiane du dos et du ventre un système de muscles grèles et allongés, qui s'étend depuis la tête jusque vers la queue, et qui est séparé en plusieurs portions distinctes par les nageoires. Les muscles grèles supérieurs de la Truite (n° 7) (*) sont séparés au milieu par l'interposition de la nageoire dorsale. La partie antérieure (n° 7 a) est une bande plate qui s’attache à la face postérieure des os sur-scapulaires (n° 46), et qui s'étend, en se rétrécissant, jusque vers la nageoire dorsale, où elle se fixe au premier rayon. La partie postérieure du même muscle (n°7) s'attache d’un côté au dernier osselet interapophysaire de la dorsale, de l’autre au premier faux rayon de la caudale, La nageoire adipeuse ne cause aucune interruption dans le cours de ce muscle ; les deux moitiés latérales ne font que s’écarter un peu pour donner passage à la masse graisseuse dont cette nageoire est remplie.
Les muscles grèles inférieurs forment un système analogue au précédent, sur la ligne médiane inférieure du tronc, avec cette différence qu'ici les muscles sont séparés en trois parties distinctes (n°5, 6 et 8) par l’interposition des nageoires ventrales et de l’anus avec la nageoire anale (**). La partie antérieure de ces muscles (n°5) se détache insensiblement du grand muscle latéral, sous forme de deux cylindres minces, qui vont se fixer à la face extérieure des os du bassin. La partie moyenne (n° 6) prend naissance sur lapophyse postérieure des os du bassin, et en s’écartant pour donner une issue à l’ouverture de l'anus, les deux moitiés se fixent à la tête articulaire du premier osselet interapophysaire de la nageoïre anale. La troisième partie enfin (n° 8) s’étend depuis le dernier osselet interapophysaire de l’anale, jusqu’au premier rayon de la caudale.
Tous ces muscles grèles du tronc ne peuvent guère avoir d’autre action que celle de fixer convenablement les différentes nageoires qui se trouvent placées sur la ligne médiane. La partie moyenne du muscle grèle inférieur (n° 6) sert en outre à resserrer l'ouverture anale.
La nageoire caudale qui est le principal instrument de la natation , possède en outre des muscles propres, destinés à éloigner les rayons les uns des autres, afin d’augmenter ainsi la surface de la nageoire. Il y a de chaque côté cinq muscles différens, dont les plus profonds s’attachent aux fourchettes par lesquelles les rayons s’insèrent sur la plaque terminale de la queue , tandis que les superficiels s’attachent aux rayons euxmêmes. Ces derniers , les muscles caudaux superficiels (n° 14) (**), se trouvent sur la
(*) Tab. H, fig. 1 et 3. — Tab. J, fig. 2. (88) Tab. H, fig. 2. — Tab. J, fig. 2. (888) Tab. H, fig. 1.
Die
ligne médiane , immédiatement sous la peau , attachés à laponévrose superficielle par laquelle se termine le grand muscle latéral. Leurs fibres musculaires rayonnent obliquement en haut et en bas vers tous les rayons articulés de la nageoire , formant ainsi deux petits muscles triangulaires qui ont leurs sommets dans la ligne médiane. En se contractant, ces muscles attirent les rayons vers la ligne médiane , et rapprochant ainsi les rayons les uns des autres , ils diminuent la surface de la nageoire caudale.
Il existe en outre deux muscles antagonistes en haut et en bas de la colonne vertébrale (n° 9 et 10), qui sont presque entièrement couverts par lextrémité du grand mascle latéral et qui s’attachent des deux côtés à la base des fourchettes des rayons articulés. Le supérieur, le caudal profond supérieur (n° 9) (*), s'attache à tous les rayons articulés supérieurs, à dater du troisième, tandis que l’inférieur, le caudal profond inférieur (n° 10) (**), fournit à chacun des rayons articulés inférieurs un faisceau à part.
Le rôle essentiel de ces muscles, est de fléchir la nageoiïire caudale à droite et à gauche , et ce mouvement s’observe d’une manière très-distinete chez les Truites lorsqu'elles nagent. Mais comme le point d’attache des faisceaux musculaires de la caudale se trouve sur la ligne médiane de la colonne vertébrale , et que par conséquent leurs fibres se dirigent obliquement en arrière, pour se porter vers la base des rayons , ils doivent aussi pouvoir attirer les apophyses en fourchettes vers la ligne médiane et écarter ainsi les rayons les uns des autres.
Un muscle à part, le caudal profond moyen (n° 13) (**), est encore consacré à cet usage. Ce muscle prend naissance entre les deux muscles précédens , au-dessous de la ligne médiane de la colonne vertébrale, et se dirigeant obliquement en haut et en arrière , il s'attache par des faisceaux séparés aux fourchettes des rayons articulés supérieurs, depuis le quatrième jusqu’au neuvième. Il doit fortement attirer l'extrémité des fourchettes vers la ligne médiane , et en faisant tourner les rayons autour du point de réunion des branches de la fourchette, éloigner les rayons les uns des autres. Cuvier, en décrivant ce muscle dans la Perche, s’est probablement trompé sur le point d’insertion de ses faisceaux , puisqu'il affirme qu’il doit contribuer à rétrécir la nageoire. Mais comme chaque rayon de la nageoire caudale forme un levier à bras extrêmement inégaux, et que le point autour duquel ce levier se meut est justement le point de soudure des deux apophyses latérales de la fourchette, dont les extrémités embrassent la plaque terminale de la queue, ce muscle peut être envisagé comme ayant une action
tout-à-fait opposée , suivant que son point d'appui se trouve en dedans ou en dehors du point autour duquel le rayon se meut.
C)Tab. T5 fig. 12: (CHMTab fe 12; BR Tab. Jeifie. 12:
Les petits muscles qui vont d’un rayon à l’autre dans la Perche , et que M. Cuvier a désignés dans ses figures par le chiffre 12, manquent complètement chez la Truite.
Les autres nageoires verticales du tronc, la dorsale et Fanale, sont pourvues de muscles construits sur le même plan , dans les deux nageoires. Chaque rayon a trois paires de muscles différens, dont les uns, les muscles superficiels, le tirent à droite ou à gauche , tandis que les muscles profonds écartent où rapprochent les rayons les uns des autres. Les muscles superficiels des rayons (n° 2) (‘) prennent naissance à laponévrose générale du grand muscle latéral , et s’attachent à la face latérale de la tête glénoïdale du rayon. Les muscles interépineux antérieurs (n° 4) (?) naissent sur la face antérieure de l’arète latérale des osselets interapophysaires , et s’attachent à la face antérieure de la tête glénoïdale du rayon ; les muscles interépineux postérieurs (n°3) (). au contraire , naissent sur la face postérieure de cette arète, et s’attachent à la partie postérieure de la tête glénoïdale.
Les muscles de la nageoire pectorale sont au nombre de trois pour chaque nageoire ; ils se divisent en deux couches ; une superficielle, et une profonde. Le grand muscle superficiel ou externe (n° 14) (*) prend naissance sur loute la face extérieure des os du bras et du carpe, dans la fosse triangulaire qui se trouve entre ces derniers et la branche horizontale de la clavieule. La base de chaque rayon reçoit un faisceau à part qui s’attache à l'extrémité de la fourchette. L’antagoniste de ce muscle , le muscle pectoral interne (n° 16) (), est une masse musculaire tout aussi puissante, qui prend naissance sur la face interne des mêmes os , et qui s’attache de la même manière à la base des rayons. Une portion de ce muscle (n° 16 «) vient de la face interne de l'os cubital (n° 52), mais conflue bientôt avec les autres fibres.
Un troisième muscle , le muscle du pouce (n° 45) (°), est particulièrement destiné au premier rayon. Partant de la face interne de la clavicule , et se portant vers la face antérieure de la base du premier rayon , il doit attirer puissamment le premier rayon vers la clavicule et par conséquent écarter la nageoire, tandis que les deux autres muscles , tout en tirant chacun la nageoire de leur côté, la rétrécissent, en rapprochant les rayons les uns des autres.
Deux couches de muscles sont destinées à mouvoir les rayons de la nageoire ventrale. lis couvrent les deux faces de la planche triangulaire qui est formée par la réu-
() Tab. H, fig. 1,2 et 3, et Tab. J, fig. 5. @) Tab. J, fig. 5. () Tab. J, fig. 5. (6) Tab. 3, fig. 6. — Tab. H, fig. 1 et 2. (5) Tab. J, fig. 7. (5) Tab. J, fig. 6.
nion des deux os du bassin (*). La couche externe est divisée en deux muscles, les abaisseurs externes (n° 17), qui se portent obliquement de dedans en dehors, vers la base des rayons qu'ils servent à dilater; et les abaisseurs internes (n° 18), qui font un trajet plus direct, et servent uniquement à éloigner les rayons du ventre.
Les releveurs de la nageoire (n° 19) (**) ne forment qu'une seule masse, séparée en autant de languettes qu'il y a de rayons.
Outre leurs muscles propres, les nageoires ventrales ont encore une langueite tendineuse (***), qui partant de la face interne du grand muscle latéral s'attache à la carène interne des os du bassin et sert à les soutenir. Il arrive quelquefois que des fibres charnues se développent dans cette languette, qui prend alors l'apparence d’un muscle à part, propre à tirer le bassin en arrière.