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DE L'OREILLE

Tab. M, fig. 1-6 et 15. Tab. N, fig. 22 et 23.

L'oreille de la Truite est formée de la réunion de plusieurs parties entièrement. cachées dans l'épaisseur des os et des cartilages de la tête, et sans aucune communication avec l'extérieur ni avec la cavité buccale. Toutes les parties de l'oreille qui, chez les animaux supérieurs, constituent l'appareil tympanique, manquent par conséquent. On n’y trouve qu'un sac aplati, pyriforme, contenant deux otolithes de grandeur différente, et s’ouvrant en haut dans un vestibule élargi latéralement, auquel sont attachées trois ampoules, qui sont les points de départ des trois canaux sémicireulaires. Ces parties forment ensemble un organe fermé de toutes parts, rempli d’un liquide gélatineux, et qui ne communique par aucune ouverture avec la cavité cérébrale. Ayant déjà indiqué, dans la description du squelette, les os qui participent à la formation des cavités dans lesquelles sont logées les différentes parties de lorgane de l’ouie, nous ne reviendrons pas ici sur ce sujet. Nous ferons seulement remarquer que ni la face interne du vestibule, ni le canal commun des canaux sémicirculaires antérieur et postérieur, ne sont séparés de la cavité cérébrale par le développement des os; mais que les enveloppes des canaux s'appliquent au contraire immédiatement contre ces parties. Les cavités, qui entourent le reste de l’oreille, sont exactement moulées sur l’organe de l’ouïe, avec cette différence pourtant qu'elles sont plus spacieuses, et que l’espace qui n’est pas occupé par les parties membraneuses,

est rempli d’un liquide gélatineux, qui ne diffère en rien de celui de la cavité cränienne.

Le sac du labyrinthe (fig. 4, 2 et 5, a) est situé près de la ligne médiane, dans une cavité à part, creusée dans loccipital principal et dans la grande aile du sphénoïde. Il est aplati en dedans, un peu bombé en dehors; son bord inférieur, presque tranchant, se relève pour former, avec le bord antérieur descendant, une pointe obtuse qui est tournée en avant, landis que le bord postérieur est arrondi. La membrane, qui forme le sac, est mince et transparente, et permet d’apercevoir, à travers sa paroi externe (fig. 1), les deux otolithes b, contenues dans son intérieur ; tandis qu’à sa paroi interne (fig. 2) les mailles serrées, que forment les fibres nerveuses c, lui ôtent toute transparence. Nous examinerons plus loin la structure microscopique de cette membrane.

Une ouverture assez étroite communique avec le vestibule en formant un col étranglé, à l'endroit où le nerf acoustique se rend au labyrinthe. Le vestibule (fig. 4, 2 et 5, d) est un sac oblong , étendu horizontalement, ayant à sa face supérieure quatre ouvertures, dont l’une, située en dedans et au milieu, conduit dans le canal commun (fig. 2 et 3, e) ; une autre se rend , en arrière, dans l’ampoule des canaux semicireulaires postérieur et extérieur réunis (fig. 1 et 2,f), et deux débouchent sur le devant, l’une dans l’ampoule du canal sémicirculaire externe (fig. 4 et 2, g), l'autre dans celle du canal antérieur (fig. 1 et 2, h).

On peut envisager, à bon droit, les ampoules elles-mêmes comme faisant partie du veslibule. Chez la Truite, elles sont entièrement globulaires, ayant en bas, sur la face tournée contre le vestibule, un étranglement très-prononcé, qui correspond à une saillie membraneuse en dedans, sur laquelle s’apercoit le nerf de l’ampoule. Nous décrirons plus loin la structure de l’ampoule , ainsi que celle du vestibule et des canaux sémicireulaires, et l’on pourra alors se convaincre que les filets nerveux ne s'étendent pas plus loin que les ampoules, et que les canaux semicireulaires en sont entièrement dépourvus.

Les canaux semicirculaires sont au nombre de trois. Le canal extérieur (fig. 1, 2 et 5, i) est le plus petit de tous. Il décrit une courbe fort régulière, dont la cavité est creusée presque en entier dans le temporal, et s'ouvre des deux côtés dans les ampoules postérieure et extérieure. Le canal postérieur (fig. 4, 2et 5, k) forme aussi une courbe assez régulière , en montant depuis l’ampoule postérieure ; mais arrivé en haut, il se réunit au canal antérieur dans un canal commun , qui descend verticalement sur le vestibule pour s'ouvrir à la face postérieure. Ce canal commun est beaucoup plus large et plus aplati que les autres, qui sont parfaitement arrondis et plus rigides que

le canal commun, e. Le canal antérieur (fig. 1, 2et5, {) est le plus long et le plus tor-

tueux de tous. En descendant depuis le canal commun, il se fléchit en dedans, se relève de nouveau, et s'ouvre en formant un coude arrondi, très-prononcé dans l’ampoule antérieure.

Tout cet ensemble d'organes, qui, au fond, ne forment qu’une seule cavité close et continue, a aussi une structure très-semblable. A la simple vue, on dirait, il est vrai, qu'une partie du vestibule, ainsi que le sac et le canal commun , sont formés d’un autre tissu que les ampoules et les canaux sémicirculaires, qui conservent si parfaitement leur forme, même après avoir été vidés; tandis que les premiers (le vestibule, le sac et le canal commun) s’affaissent assez volontiers. Mais examinés au microscope, toutes ces parties se montrent composées des mêmes élémens, et ce n’est que de l’un d’eux, de la couche cartilagineuse, que dépend leur solidité plus ou moins grande.

En effet, ce n’est pas un tissu fibreux ou cellulaire qui forme les membranes du labyrinthe de la Truite, mais un véritable cartilage. Ce cartilage montre une substance principale hyaline, transparente, qui, sous les plus forts grossissemens, parait légèrement grenue et parsemée d’une quantité de corpuscules diversement groupés (Tab. N, fig. 25). Les vraies cellules cartilagineuses n'existent plus ; les corpuscules qu’on aperçoit ne sont que des vides, des anciens restes de cavités cellulaires ou des noyaux qui ne se sont pas comblés entièrement. Dans les ampoules ainsi que dans les canaux semicirculaires , où la lame cartilagineuse est plus épaisse, ces cavités sont alongées, diversement contournées , tandis que dans le sac et le vestibule, où la lame est plus mince, les cavités sont toutes rondes ou cylindriques, et placées verticalement à la surface. L'aspect de cette multitude de cavités cylindriques, à circonférence fortement accusée, a beaucoup de ressemblance avec certaines formations épithéliales, dans lesquelles entrent des cellules cylindriques ; aussi, avant d’avoir examiné le tissu des ampoules et des canaux semicirculaires, croyions-nous avoir à faire à un épithelium de cette nature, étendu sur le sac.

Le cartilage forme la masse principale du labyrinthe. Il est entouré extérieurement par un prolongement des enveloppes du cerveau, présentant de nombreuses cellules de piment noir et jaune, déposées entre les fibres du tissu conjonctif. En dedans, le cartilage est recouvert par une ou plusieurs couches de cellules très-particulières, qui n'y adhèrent que très-faiblement, et dont on enlève la plus grande partie en écoulant le liquide gélatineux qui remplit tout l’intérieur. Ces cellules sont assez grandes, irrégulières, aplaties et fortement grenues, mais dépourvues de noyaux. Elles paraissent se continuer sur toute la surface interne du labyrinthe et mème des canaux semicirculaires. Nous n'avons trouvé aucun autre élément constitutif entre ces cellules et le cartilage.

Le liquide, qui remplit la cavité interne du labyrinthe, est visqueux et transparent. Il contient une quantité de cristaux calcaires d’une petitesse extrême, qui même, sous des grossissemens de 800 fois le diamètre, ne nous ont pas offert des faces assez nettes pour que nous eussions pu déterminer leur forme exacte. On trouve, outre ces pelits cristaux, qui sont surtout nombreux près des ampoules et dans le canal commun. trois otolithes considérables, dont deux se trouvent dans le sac, et la troisième dans le vestibule près des deux ampoules des canaux antérieur et extérieur. Comme les fig. & et 5, Tab. M, représentent la forme exacte de ces otolithes , nous pouvons nous dispenser d’en donner une description détaillée. Nous ferons seulement observer qu'on se tromperait, si l’on croyait que ces otolithes sont de simples cristallisations minérales, sans bases organiques, puisqu’en les chauffant au feu elles se noircissent pour blanchir après; preuve qu'elles contiennent de la matière organique, en trèspetite quantité, il est vrai. Quoique leur place soit invariable, les otolithes ne sont pourtant pas fixées par des ligamens ou des supports; mais elles nagent librement dans le liquide visqueux.

Il y a plusieurs années, la structure des ampoules a été l'objet de recherches détaillées de la part de M. Steifensand (*). Nous avons représenté une ampoule grossie Tab. N, fig. 22. C'est une vessie globuleuse qui est divisée transversalement par un pli saillant venant du dehors, Le nerf a entre dans ce pli et s’y ramifie, non moins que sur l’espace circulaire assez nettement circonscrit, qui se trouve des deux côtés de lampoale, là où le pli joint la paroi interne de sa vessie. Chaque nerf ampoulaire a la même distribution, mais la grande masse des fibrilles primitives du nerf acoustique se rend à la face interne du sac du labyrinthe (Tab. M, fig. 2 et 15). Arrivé ici, les fibres se divisent en deux parties, dont l'une, la plus considérable (fig. 15, a), forme des mailles nombreuses sur toute la partie antérieure du sac, vis-à-vis de la place qu'occupe la grande otolithe. Le tissu des réseaux nerveux imite assez bien la forme de l'otolithe elle-même. La partie la moins considérable des fibres nerveuses (fig. 15, b) se rend à l'extrémité postérieure du sac, pour y former un réseau qui, par sa distribulion, ressemble assez à la petite otolithe. La paroi interne du sac du labyrinthe est sans contredit la partie la plus appropriée pour l'étude de la terminaison des fibrilles nerveuses. Il est facile de se convaincre, sur cette pattie si transparente, que ces fibrilles, en formant des mailles de plus en plus serrées , viennent se terminer dans des anses récurrentes, dont la courbe est tournée en dehors, et dont les deux bras regagnent le tronc nerveux.

(*) Archives de Muller, 1835, p. 174.

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