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DE LA PEAU

Tab. O, fig. 12 et 13.

La structure de la peau est assez difficile à débrouiller chez la Truite, à cause de la grande quantité de piment-de toutes couleurs qui y est déposé. Le procédé que nous avons suivi, et que nous croyons le plus simple, consiste à faire des coupes transversales très-minces, qui permettent d'apercevoir la succession des différentes couches qui composent la peau. Mais il faut avant tout distinguer les endroits non écaillés, tels que la peau de la tête et de la nageoire adipeuse, et les endroits recouverts d’écailles cachées dans l'épaisseur de la peau elle-même. Traitons d’abord de la peau munie d’écailles.

Nous y reconnaissons quatre couches distinctes (fig. 12). La plus superficielle est l’épiderme (a) composé de cellules arrondies très-transparentes, à noyaux elliptiques et uniformément aplatis. Ces cellules, dont les contours sont fort nettement accusés, sont agglutinées par une matière visqueuse, et l’on peut se convaincre facilement que les plus externes de cette couche épidermoïdale sont en général plus aplaties et plus irrégulières que celles qui touchent la couche écaillée de la peau. Ces dernières sont toujours plus globuleuses et plus transparentes. La mucosité qui recouvre toute la surface du poisson n’est autre chose que cet épiderme, qui se renouvelle, à mesure que les cellules les plus externes se perdent.

La seconde couche de la peau b, que nous appelons la couche écaillère, entoure les écailles de tous côtés, et forme des poches assez basses, dans lesquelles les écailles sont enfermées. Elle est tellement surchargée de piment, qu'il nous à été impossible de reconnaitre exactement la nature des fibres dont elle est composée, d'autant plus que le piment n’est pas homogène , mais de plusieurs espèces. Néanmoins il y a quelques indices qui semblent prouver que ces fibres ne se distinguent pas des fibres conjone-

tives en général. Le piment noir, qui se trouve en abondance dans toutes les parties de la peau, est formé par des cellules étoilées, montrant quelquefois, mais assez rarement, des noyaux plus clairs. Les ramifications de ces cellules sont souvent fort tortueuses et assez alongées ; mais nous n’avons jamais pu rencontrer, chez la Truite, des branches terminales tournées en spirale, telles que M. Peters les a vues sur d’autres poissons. Le piment jaune se présente sous la forme de taches rondes, indistinctement limitées en dehors, et beaucoup plus petites que les cellules à piment noir. On aperçoit au milieu une petite tache ronde, plus foncée, qui probablement entoure le noyau de la cellule primitive de piment. Le piment rouge ne paraît être qu’une modification du piment jaune. Il forme presque toujours des taches plus ou moins grandes, qui paraissent nettement circonscrites à l'œil nu ; mais qui, lorsqu'on les examine au microscope, montrent sur leurs confins des cellules assez semblables à celles du piment jaune, remplies seulement d’un contenu plus foncé. Le noyau disparait d’abord; les petits points rouges affectent une circonscription moins nette, s’alongent et se ramifient à l'instar des cellules à piment noir, et à la fin toutes ces cellules rouges sont tellement accumulées et entrelacées les unes dans les autres, qu’au milieu d’une grande tache visible à l'œil nu, il est impossible de reconnaitre leur structure intime.

Ces différens pimens paraissent ainsi être de même nature, c’est-à-dire, des amas de substance colorante , déposés dans des cellules distinctes. C’est de ces pimens et de leur accumulation diverse, que dépendent toutes les couleurs non métalliques de la Truite. Les teintes verdâtres et bleuâtres que l’on trouve sur la tête et sur le dos de ces poissons, sont particulièrement dues à l’accumulation et à la pénétration du piment jaune et noir.

Les couleurs métalliques de la Truite, et surtout les teintes d'argent vif et d'argent mat, proviennent de pelites paillettes plates, alongées, à extrémités pointues, qui sont surtout très-développées sur les écailles, et qui reposent immédiatement sur leurs deux faces. Les paillettes des membranes qui ont un éclat d'argent mat, comme par exemple la couche la plus interne de la peau, la couche externe de la chorioïde, sont beaucoup plus petites que les paillettes qui se trouvent sur les écailles, et qui occasionnent cet éclat si vif que l’on remarque sur la peau des Truites. Ces grandes paillettes brillent, sous le microscope, de toutes les couleurs du spectre, et il parait que c’est surtout à cette décomposition et à cette réfraction puissante de la lumière, qu'il faut attribuer l'aspect si différent que présentent les Truites, suivant leur position vis-à-vis de la lumière.

Ce n’est que dans celte seconde couche, et uniquement dans celle-ci, que sont dé-

posées les écailles. Quant à la structure des écailles, nous nous en reférons à ce qui en a été dit dans le premier volume des Recherches sur les Poissons fossiles, et nous rappellerons seulement ici, que les écailles de la Truite sont composées de deux couches, dont l’une, la plus interne, est distinctement lamellaire, tandis que la couche supérieure ressemble plitôt par son aspect nacré à une couche d’émail trèsmince, Les lignes concentriques, qui se trouvent à la face extérieure de l’écaille , se présentent, sur des coupes transversales, comme des collicules relevés, et il est facile de démontrer qu’elles ne sont autre chose que des bandes circulaires en relief, à la face externe de lécaille. La partie de la membrane écaillère, qui recouvre les écailles, et forme les poches dans lesquelles les écailles sont renfermées , est beaucoup plus mince que celle sur laquelle ies écailles reposent ; mais elles ne diffèrent nullement dans leur structure.

La troisième couche de la peau (ec) ou le derme proprement dit, est fort épaisse en quelques endroits. Elle ne contient plus de piment; mais elle est essentiellement formée de fibres roides, grossières, lisses et fort cassantes, qui sont nerpendiculaires à la surface de l'animal. Ces fibres n'ont point d’analogue dans les animaux supérieurs , si ce n’est qu'elles ressemblent quelque peu aux fibres élastiques du ligament nuchal; dans quelques endroits, surtout dans les parties dépourvues d’écailles, leur roideur est telle, qu’on croirait quelquefois avoir à faire à des piquans microscopiques. Elles sont réunies par des fibres conjonctives qui courent dans la direction de la peau.

Enfin la couche la plus intime de la peau, celle qui repose immédiatement sur les muscles et sur les os, et qui se sépare souvent en grands lambeaux, ayant plus d’adhérence avec les muscles qu'avec le derme , est formée par un tissu de fibres conjonctives, dans lequel sont déposées une quantité de petites paillettes argentées, mélées à des cellules à piment noir. Nous l’appelons la couche argentée de la peau.

Les parties de la peau, qui sont dépourvues d’écailles, ressemblent en tout point à celles que nous venons de décrire, avec cette différence pourtant, que la couche écaillère se confond insensiblement avec le derme proprement dit, si bien que les pimens divers sont tout aussi uniformément répandus entre les fibres du derme, surtout à la face externe de ce dernier. Pour rendre cette différence plus sensible, nous avons représenté (Tab. O, fig. 13 } une coupe mince de l'extrémité de la nageoïre adipeuse. On y voit les fibres du derme (c) disposées comme les voussures d’une voûte, et par-

semées de différens pimens à leur partie externe.

ANGIOLOGIE.

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