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DES BRANCHIES

Tab. O, fig. 1,2, 3,8 et 9.

Les branchies de la Truite sont composées de chaque côté de quatre ares de doubles feuillets raides, pointus au sommet , tranchants sur les bords et colorés d’un rouge très intense pendant la vie. Les feuillets reposent par leur base sur l'arc branchial . auquel ils sont réunis par une forte membrane, qui se prolonge aussi entre les feuillets eux-mêmes, jusqu’à la moitié de leur hauteur, et les réunit ainsi par paires à leur base. Il est facile de constater cette disposition, en écartant les feuillets d’un arc branchial d’un poisson quelconque. Dans la position normale des arcs branchiaux, les feuillets sont tournés en arrière et se recouvrent les uns les autres, de manière qu'en enlevant l’opercule qui les cache, on ne voit que la face supérieure de la première rangée de feuillets, ceux des autres arcs n'étant visibles que par leur bord postérieur (fig. 9, 0). Pendant la vie, les feuillets des différens ares sont toujours écartés, surtout au moment de l'expiration , où l’eau , poussée à travers l'ouverture branchiale, sort de la cavité buccale par toutes les fentes. La longueur des feuillets diminue en général d'avant en arrière, et s’il est vrai que ceux du second arc ont à-peu-près les mêmes dimensions que ceux du premier, ceux du troisième et du quatrième arc sont en revanche sensiblement plus courts. Il en est de même de la longueur des feuillets d’un même arc; ceux du milieu de l’are sont les plus grands, et à partir de ce point culminant de l'arc branchial, leur longueur diminue graduellement du côte du crâne aussi bien que du côté de la gorge.

Tone II, 15

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Nous avons déjà mentionné la singulière structure des supports osseux des feuillets, en parlant du tissu musculaire en général. Nous rappellerons ici que ces supports ont en général la forme des feuillets, qu’ils ont une base en équerre plus solide , par laquelle ils sont attachés au bord relevé de l’arc, sur lequel ils se meuvent assez facilement, surtout d'avant en arrière. Quant à leur signification générale, les supports aussi bien que les feuillets branchiaux en général, ne font point partie intégrante des os, sur lesquels ils sont fixés. Les arcs osseux de l’hyoïde ne deviennent branchifères que dans les poissons et quelques reptiles ; et là même, ils ne le sont pas toujours, car nous avons vu que le dernier arc de l’hyoïde , l'arc pharyngien aussi bien que l'arc hyoïde proprement dit, peuvent ne pas participer à la fonction respiratoire, sans cesser pour cela d’être des arcs hyoïdiens. D'ailleurs , la preuve que dans les poissons osseux, la fonction respiratoire peut être indépendante des arcs osseux , nous est donnée dans le fait, que les supports et les feuillets supérieurs et inférieurs ne reposent plus sur l’are, mais en sont tout-à-fait séparés , fixés qu'ils sont sur la membrane qui tapisseen haut la cavité branchiale et en bas les faces de l’os hyoïde. Chez d’autres poissons, les ares se dépouillent petit à petit de leurs feuillets, de manière que certains genres n’en ont que deux paires et demi de chaque côté, au lieu de quatre.

Les supports des feuillets sont revêtus de chaque côté d’une membrane fibreuse trèslâche, mais assez épaisse, dont le tissu ne parait être là, que pour servir de trame aux réseaux innombrables des vaisseaux sanguins , qui se ramifient à sa surface. Cependant cette membrane ne revêt pas uniformément tout le feuillet ; elle forme des replis transverses sur l’arc du feuillet, qui diminuent de bas en haut, et qui, sous un faible grossissement, se présentent à-peu-près comme des tuiles carrées imbriquées. Cest sur ces replis de la muqueuse, que se déploient les réseaux sanguins dont nous parlerons plus loin.

Un appareil important pour les fonctions des feuillets branchiaux, c’est l'appareil musculaire qui, dans ces derniers temps, a été décrit avec soin par M. Duvernoy dans ses études sur les branchies de l'Esturgeon (*). Comme la Truite commune n’a que des branchies très petites, nous avons eu recours à la Truite du lac pour examiner les muscles propres des feuillets branchiaux. Voici le résultat de nos recherches.

Les fibres musculaires des branchies se développent entre les deux rangées de feuillets d’un même arc, dans la membrane médiane qui réunit ces mêmes feuillets (fig. 2 et3); quelquefois l’on réussit à mettre en évidence plusieurs rangées de faisceaux, mais

(*) Annales des Sciences naturelles, tom. XII (2: sér.) pag. 65.

c’est toujours une opération difficile. En fendant la membrane par le milieu et en examinant l’une des faces mises à découvert (fig. 2), on voit des faisceaux musclaires (c) monter depuis la base des feuillets, et se réunir au milieu en une seule masse (b) puis diverger de nouveau, pour aller s'attacher au milieu des feuillets (a) à l'endroit où la membrane de réunion rencontre ces derniers. Il y a donc, entre deux feuillets de la même rangée, une masse musculaire en forme de croix, dont les quatre branches fixées d’une part sur la base, de l’autre à mi-hauteur des feuillets, se réunissent dans un seul centre. La contraction de ces faisceaux réunis en croix, doit avoir pour effet de rapprocher deux à deux les feuillets de la même rangée.

On obtient une croix musculaire semblable, en coupant l'arc branchial transversalement (fig. 5), de manière à avoir sous les yeux deux feuillets opposés, appartenant à deux rangées différentes du même arc; seulement les fibres sont plus confuses : elles partent d’une part, de la base, et d’autre part du milieu des feuillets (a, a) pour se réunir en une masse (b) entre ces feuillets opposés, absolument comme dans le cas précédent. Les feuillets opposés, appartenant à deux rangées différentes du même arc, peuvent ainsi être rapprochés et écartés alternativement par la contraction de ces muscles.

Nous voyons par-là que chaque feuillet est en quelque sorte pourvu de plusieurs muscles séparés, dont les uns servent à le rapprocher de son voisin du même arc, les autres, de son vis-à-vis. L'action de ces muscles est à la vérité restreinte par la petitesse de leurs faisceaux et par le rapprochement des feuillets, mais elle n’existe pas moins, et il est facile de l’apercevoir sur des poissons mourans où les muscles subissent des contractions spasmodiques. On voit alors les feuillets des ares branchiaux s’écarter et se rapprocher dans tous les sens ; tandis que durant la vie et aussi longtemps que la respiration est normale, on n’aperçoit que de faibles oscillations , à peine visibles.

En résumé, les parties essentielles des branchies se réduisent aux organes suivans : 1° Les supports osseux implantés en double rangée sur les ares branchiaux et réunis ensemble, jusqu'à une certaine hauteur, par une membrane médiane formant la continuation de la muqueuse; 2° une muqueuse étendue sur les feuillets et plissée transversalement pour offrir plus de surface aux vaisseaux capillaires et enfin, 5° un appareil de faisceaux musculaires destiné à mouvoir les feuillets et à les maintenir par-là en contact continuel avec l'élément ambiant.

Nous traiterons plus loin des vaisseaux sanguins des réseaux respiratoires et nutritifs des branchies.

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